



{"id":3036,"date":"2009-12-14T17:09:32","date_gmt":"2009-12-14T15:09:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3036"},"modified":"2009-12-14T23:15:13","modified_gmt":"2009-12-14T21:15:13","slug":"portrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3036","title":{"rendered":"Philippe Gaydoul: Denner d&rsquo;acier"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large151209_1.jpg\" alt=\"large151209_1.jpg\" title=\"large151209_1.jpg\" width=\"468\" height=\"305\" border=\"0\" \/>A l\u2019\u00e2ge o\u00f9 les gar\u00e7ons r\u00eavent encore d\u2019un destin d\u2019astronaute ou de cascadeur, Philippe Gaydoul avait d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 sa voie. Pour cet \u00e9colier dissip\u00e9, la grande aventure s\u2019appellera Denner, l\u2019entreprise de son grand-p\u00e8re Karl Schweri. De d\u00e9ballage de cartons en collage d\u2019\u00e9tiquettes, le jeune homme travaille tr\u00e8s t\u00f4t dans la firme familiale, son univers. Quelques ann\u00e9es plus tard, arm\u00e9 d\u2019un modeste dipl\u00f4me d\u2019employ\u00e9 de commerce, il allait se voir propuls\u00e9 par le patriarche aux commandes de l\u2019entreprise, intronis\u00e9 sous les ricanements, \u00e0 seulement 26 ans.<\/p>\n<p>Le Zurichois a accompli depuis, par son seul m\u00e9rite, une carri\u00e8re d\u2019entrepreneur qui force le respect. En un peu plus d\u2019une d\u00e9cennie, il aura en effet dop\u00e9 les affaires du discounter helv\u00e9tique en faisant tripler son chiffre d\u2019affaires (pr\u00e8s de 3 milliards de francs en 2008). Sous l\u2019\u00e8re Gaydoul, Denner a d\u00e9laiss\u00e9 son image vieillotte, rafra\u00eechi ses surfaces de vente, \u00e9tendu son assortiment aux articles de marque et aux produits frais, tout en maintenant des prix serr\u00e9s. Parall\u00e8lement, les conditions d\u2019embauche et de travail du personnel, autrefois sujettes \u00e0 pol\u00e9mique, se sont am\u00e9lior\u00e9es.<\/p>\n<p>Deux ans seulement apr\u00e8s la prise de fonction de Philippe Gaydoul, le magazine \u00e9conomique Bilanz faisait remarquer &#8212; presque \u00e0 contre-c\u0153ur &#8212; que le jeune patron n\u2019avait commis aucune bourde notable, et que les ventes du groupe avaient augment\u00e9 de 20%&#8230; En 2005, nouveau coup de ma\u00eetre, Philippe Gaydoul rach\u00e8te la cha\u00eene Pick Pay de l\u2019Allemand Rewe, ce qui accro\u00eet d\u2019un tiers le chiffre d\u2019affaires de Denner et vaut au jeune patron d\u2019\u00eatre officiellement adoub\u00e9 par la presse \u00e9conomique: la Handelszeitung et Cash le d\u00e9signent tous deux \u00abEntrepreneur de l\u2019ann\u00e9e.\u00bb Plus r\u00e9cemment, la revente du groupe \u00e0 Migros en 2007, salu\u00e9e comme une strat\u00e9gie habile et opportune, devrait permettre d\u2019assurer la p\u00e9rennit\u00e9 du groupe face aux nouveaux venus du secteur comme Lidl et Aldi.<\/p>\n<p>Les succ\u00e8s n\u2019effacent pas les souvenirs difficile des d\u00e9buts. \u00abJe ne voudrais pas avoir \u00e0 revivre ma premi\u00e8re ann\u00e9e en tant que chef, avoue aujourd\u2019hui Philippe Gaydoul, mais r\u00e9trospectivement, je comprends les r\u00e9actions des gens; je n\u2019avais aucune exp\u00e9rience de direction, pas de titre universitaire, pas m\u00eame de grade militaire, je ne parlais aucune langue et je n\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une exp\u00e9rience comme caissier, puis comme g\u00e9rant, le grand-p\u00e8re Karl Schweri avait jug\u00e9 le jeune homme suffisamment m\u00fbr pour lui confier sa succession, le pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une cohorte de pr\u00e9tendants aux r\u00e9f\u00e9rences prestigieuses &#8212; ultime pied de nez aux \u00e9lites arrogantes que l\u2019impr\u00e9visible dirigeant n\u2019affectionnait gu\u00e8re. \u00abJ\u2019ai eu de la chance, mais j\u2019ai aussi \u00e9norm\u00e9ment travaill\u00e9. Mon grand-p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 mon mod\u00e8le. J\u2019ai beaucoup appris \u00e0 son contact, c\u2019\u00e9tait une \u00e9cole tr\u00e8s dure.\u00bb<\/p>\n<p>Dans un premier temps exag\u00e9r\u00e9ment autoritaire &#8212; de son propre aveu &#8212;, le mince jeune homme aux cheveux gomin\u00e9s gagnera pourtant rapidement la confiance et le respect de ses collaborateurs. \u00abJe connais Philippe Gaydoul depuis sa naissance, t\u00e9moigne Hans-Rudolf Brauchbar, 63 ans, actuel responsable des achats; j\u2019ai pu observer l\u2019ensemble de son parcours dans l\u2019entreprise et j\u2019ai toujours pens\u00e9 qu\u2019il r\u00e9ussirait en tant que chef. Il a une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute et de d\u00e9cision tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne. Avec lui, on ne s\u2019embarrasse pas de longs rapports ou d\u2019h\u00e9sitations interminables. Il est capable de prendre la bonne d\u00e9cision en dix secondes. Et lorsqu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 quelque chose, l\u2019application n\u2019attend pas des semaines. Elle entre en vigueur le lendemain, voire le jour m\u00eame.\u00bb Propos corrobor\u00e9s par son ami Thomas Matter, l\u2019ex-manager de la banque al\u00e9manique Swissfirst: \u00abPhilippe est rapide, vraiment tr\u00e8s rapide.\u00bb<\/p>\n<p>Si Philippe Gaydoul tient toujours la barre de Denner, et cela jusqu\u2019\u00e0 la fin de cette ann\u00e9e, sa reconversion est d\u00e9j\u00e0 bien amorc\u00e9e. Via la soci\u00e9t\u00e9 de participations Gaydoul Group, fond\u00e9e en 2008, il se lance d\u00e9sormais dans une carri\u00e8re d\u2019investisseur. L\u2019entrepreneur milliardaire, class\u00e9 parmi les 115 plus grandes fortunes de Suisse, selon le magazine Bilanz, a rachet\u00e9 l\u2019an dernier la marque suisse de chaussures Navyboot avec l\u2019ambition de la d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Sept nouvelles enseignes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 ouvertes en Allemagne et des projets d\u2019implantation sont \u00e0 l\u2019\u00e9tude dans d\u2019autres pays d\u2019Europe et, \u00e0 plus long terme, aux Etats-Unis et en Asie.<\/p>\n<p>Sur sa lanc\u00e9e, Gaydoul Group a acquis en octobre dernier la petite marque Fogal, active sur le segment haut de gamme dans le domaine des bas, tops, chaussettes et de la lingerie. Puisqu\u2019il travaille encore chez Denner, Philippe Gaydoul consacre ses week-ends au d\u00e9veloppement de sa nouvelle soci\u00e9t\u00e9, lorsqu\u2019il n\u2019est pas accapar\u00e9 par sa fondation, qui soutient financi\u00e8rement les enfants malades en Suisse. Un agenda surcharg\u00e9 qui lui laisse pourtant le temps de remplir un mandat suppl\u00e9mentaire, celui de pr\u00e9sident de la Ligue suisse de hockey sur glace, poste qu\u2019il occupe depuis cet \u00e9t\u00e9. Un choix strat\u00e9gique? \u00abOn est venu me chercher. J\u2019ai accept\u00e9 avec enthousiasme car j\u2019ai toujours ador\u00e9 ce sport tr\u00e8s populaire, je suis un vrai fan de hockey, m\u00eame si je n\u2019ai jamais jou\u00e9 moi-m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 une s\u00e9rie ininterrompue de succ\u00e8s, les proches du Zurichois, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 37 ans, assurent qu\u2019il n\u2019a pas chang\u00e9. D\u2019un naturel discret, l\u2019homme vit le plus souvent retir\u00e9 dans sa maison de Wollerau. Il fuit la presse people, ne fr\u00e9quente pas les cocktails et r\u00e9unions mondaines, pr\u00e9f\u00e9rant consacrer son temps libre \u00e0 son \u00e9pouse &#8212; rencontr\u00e9e \u00e0 la cantine de Denner &#8212; et \u00e0 son fils de 5 ans. De son grand-p\u00e8re, Philippe Gaydoul a h\u00e9rit\u00e9 une forme d\u2019aversion terrienne pour l\u2019univers de la finance: \u00abJe me consid\u00e8re comme un entrepreneur, pas comme un manager. La diff\u00e9rence, c\u2019est que je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 long terme et que je mets en jeu mon propre argent. Certes, j\u2019aime le risque, synonyme de plaisir, mais quand je prends une d\u00e9cision, il faut d\u2019abord que je la ressente avec mes tripes.\u00bb Un temps pressenti pour reprendre le club de football endett\u00e9 des Grasshoppers, le Zurichois avoue avoir fait une croix sur ce projet, car le \u00abfeeling n\u2019y \u00e9tais plus\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abPhilippe a du flair, t\u00e9moigne sa m\u00e8re Denise Gaydoul, \u00e9galement administratrice de Gaydoul Group. Il dispose aussi d\u2019une grande d\u00e9termination, c\u2019est un trait de caract\u00e8re qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9 tr\u00e8s jeune. Il ne brillait pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole, o\u00f9 il s\u2019ennuyait, mais il s\u2019est engag\u00e9 autant qu\u2019il a pu aupr\u00e8s de son grand-p\u00e8re. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 12 ans, il avait clairement d\u00e9cid\u00e9 de faire carri\u00e8re chez Denner.\u00bb<\/p>\n<p>Rebelle dans l\u2019\u00e2me, ce fils unique, huguenot par son p\u00e8re, s\u2019est aussi souvent distingu\u00e9 par son opposition aux exc\u00e8s outranciers du capitalisme, en suivant (encore) la voie du grand-p\u00e8re, lequel avait \u00e0 c\u0153ur de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des petites gens. L\u2019histoire retiendra la mise au ban des chocolats Cailler, boycott\u00e9s en raison de leur co\u00fbt excessif et de leur emballage jug\u00e9 trop sophistiqu\u00e9. Plus r\u00e9cemment, ce sont les prix pratiqu\u00e9s en Suisse par les grandes marques, tr\u00e8s audessus de ceux affich\u00e9s dans les pays voisins, qui ont agac\u00e9 le CEO de Denner. L\u2019entreprise en a fait \u00e9tat, par la voie de Hans-Rudolf Brauchbar, lors de l\u2019\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9 al\u00e9manique Kassensturz.<\/p>\n<p>Philippe Gaydoul continuera de si\u00e9ger au conseil d\u2019administration de l\u2019entreprise familiale, tout en poursuivant sa carri\u00e8re d\u2019investisseur au sein de Gaydoul Group. Navyboot, Fogal, et ensuite? \u00abJ\u2019ai de nombreux projets, laisse entendre l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que je continuerai \u00e0 suivre mon instinct et mes envies. Pour m\u2019int\u00e9resser, une marque doit d\u2019abord me toucher \u00e9motionnellement.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans l&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le patron milliardaire de Denner attaque sur tous les fronts. Apr\u00e8s avoir vendu son entreprise \u00e0 Migros et rachet\u00e9 les chaussures Navyboot, il vient de s\u2019offrir les collants Fogal, tout en pr\u00e9sidant depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 la F\u00e9d\u00e9ration suisse de hockey. 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