



{"id":303,"date":"2000-01-13T00:00:00","date_gmt":"2000-01-12T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=303"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"balade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=303","title":{"rendered":"Le souffle de Chappaz sur les archives suisses"},"content":{"rendered":"<p>Emmen\u00e9 de <a href= http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=286  target=_blank>Gen\u00e8ve<\/a> aux cr\u00eates du Jura puis \u00e0 <a href= http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=296 target=_blank>Fribourg<\/a> par ma balade dans les derni\u00e8res parutions litt\u00e9raires romandes, je n\u2019ai curieusement trouv\u00e9 aucune raison de m\u2019arr\u00eater \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p>\u00abCe sera pour une prochaine fois\u00bb, me suis-je dit en prenant, l\u2019\u00e2me l\u00e9g\u00e8re, la route du Valais, ce Valais de Maurice Chappaz qui se confond souvent avec celui que j\u2019aime. M\u00eame dans l\u2019approche: comme lui, \u00abje n\u2019ai jamais pu lire le journal entre Pully et Vevey\u00bb tant l\u2019appel de l\u2019eau et de la montagne y est fort.<\/p>\n<p><a href= http:\/\/www.culturactif.ch\/ecrivains\/chappaz.htm target=_blank>Chappaz<\/a> vit dans ce val de Bagnes que la force d\u2019attraction de Verbier prot\u00e8ge en quelque sorte des grands flux touristiques. Juste apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans Le Chable, les foules sont aspir\u00e9es vers la station, alors qu\u2019il suffit de prendre \u00e0 droite, par le vieux pont sur la Dranse, pour entrer dans le vrai pays bagnard. La premi\u00e8re maison apr\u00e8s le pont, une maison forte aux murs con\u00e7us pour r\u00e9sister aux avalanches comme aux jacqueries, est la demeure du po\u00e8te.<\/p>\n<p>On l\u2019appelle l\u2019Abbaye. Elle doit son nom aux temps d\u00e9sormais lointains o\u00f9 les abb\u00e9s de Saint-Maurice \u00e9taient seigneurs du lieu. Chaque fois que je passe par l\u00e0, j\u2019ai envie de m\u2019arr\u00eater, d\u2019aller frapper \u00e0 la porte et de demander \u00e0 Chappaz quelle impression cela lui fait \u00e0 lui, le po\u00e8te peu proph\u00e8te en son pays, d\u2019habiter une maison abbatiale. Surtout si l\u2019on prend en compte le fait que la maison m\u00e8re, celle de la plaine et de la cluse, celle des chanoines professeurs, a marqu\u00e9 si fort sa vie quand il y fut coll\u00e9gien.<\/p>\n<p>Saint-Maurice. Le vieux Chappaz plus qu\u2019octog\u00e9naire y fait un retour remarquable en publiant ce magnifique \u00abPartir \u00e0 vingt ans\u00bb dans lequel lui, l\u2019ancien des ann\u00e9es 30, dialogue avec les \u00e9tudiants de la fin des ann\u00e9es 90.<\/p>\n<p>Choqu\u00e9 par le r\u00e9cent rappel de r\u00e9alit\u00e9s que la bonne conscience d\u2019une Mob r\u00e9ussie avait refoul\u00e9es, il empoigne courageusement ses jeunes ann\u00e9es pour tenter moins d\u2019y voir clair (son \u0153il a toujours \u00e9t\u00e9 vif!) que d\u2019\u00e9clairer les jeunes.<\/p>\n<p>Il s\u2019y montre sans complaisance dans l\u2019effort de m\u00e9moire, tentant de tracer la limite entre le su et le non su, entre la rumeur et le fait: \u00abJ\u2019essaie de redonner litt\u00e9ralement le tintement. Le son de cette \u00e9poque. Les archives vous souffleront notes et chiffres, je vous transmets une bribe de souffle.\u00bb (p.98)<\/p>\n<p>Ce souffle, cette bribe de souffle ne va pas \u2013 c\u2019est singulier et tr\u00e8s heureux \u2013 dans le sens de celui des anciens qui aujourd\u2019hui s\u2019\u00e9poumonent dans le sillage du professeur Lambelet \u00e0 crier que non, la Suisse n\u2019a rien \u00e0 se reprocher, que oui, la Suisse a pratiqu\u00e9 la seule des politiques possibles.<\/p>\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019or nazi, des r\u00e9fugi\u00e9s, de l\u2019antis\u00e9mitisme, Chappaz affronte bravement, en homme et en citoyen, un pass\u00e9 qui ne lui a pas toujours paru aussi lourd \u00e0 porter.<\/p>\n<p>Ainsi, dans son \u00abPortrait des Valaisans en l\u00e9gende et en v\u00e9rit\u00e9\u00bb publi\u00e9 en 1965, les quelques allusions qu\u2019il fait au \u00abmilitaire\u00bb rel\u00e8vent de la gaudriole. \u00abLa mobilisation m\u2019appara\u00eet presque comme une f\u00eate populaire\u00bb, \u00e9crivait (p.59) le Chappaz de l&rsquo;\u00e9poque, apportant ainsi sa pierre \u00e0 l\u2019immense bunker patriotico-mensonger que le pays se construisait depuis 1945 &#8211; et qu\u2019il ne cessa de construire qu\u2019au lendemain de l\u2019\u00e9lectro-choc cr\u00e9\u00e9 par l\u2019initiative \u00abPour une Suisse sans arm\u00e9e\u00bb en 1989, en concomitance avec l\u2019implosion de l\u2019URSS.<\/p>\n<p>Et sa jeunesse, comment le Chappaz de 1965 voyait-il la Mob de sa jeunesse? \u00abJe me souviens de mes soldats quand j\u2019\u00e9tais lieutenant. Je m\u2019en souviens avec fantaisie et avec nostalgie. Nous occupions un poste \u00e0 cheval sur les contours d\u2019une route. Nous tenions la neige, les nuages, le vent d\u2019un important col fronti\u00e8re. Nous nous pr\u00e9lassions au soleil et nous chassions le chamois.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, avec un recul suppl\u00e9mentaire de 35 ans, le ton diff\u00e8re: \u00abO\u00f9 ai-je donc d\u00e9visag\u00e9 le crime? Je fus chef de poste, deux ou trois semaines au d\u00e9but d\u2019octobre 1943, au col du Grand-Saint-Bernard. J\u2019ai fait connaissance avec les \u00abordres de police\u00bb, petits papiers envoy\u00e9s par des bureaux, instructions non sign\u00e9es, sans aval d\u2019une hi\u00e9rarchie militaire pr\u00e9cise, variant de trois jours en trois jours, parfaitement aberrantes: ainsi l\u2019\u00e2ge qui permettait d\u2019\u00eatre admissible \u00e0 d\u2019\u00e9ventuels r\u00e9fugi\u00e9s passait de 16 \u00e0 15 ans, puis revenait \u00e0 16 au plus et de 55 \u00e0 60 ans au moins. (\u2026) L\u2019inhumanit\u00e9 m\u2019a paru conjugu\u00e9e avec l\u2019ill\u00e9galit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019elle soit d\u2019\u00e9crivain ou de simple p\u00e9kin, la m\u00e9moire est, nous le voyons, tr\u00e8s s\u00e9lective. Mais sur le commun des mortels, l\u2019\u00e9crivain a l\u2019immense avantage d\u2019avoir sem\u00e9 des \u00e9crits. Et Chappaz n\u2019a pas fait que flirter avec le r\u00e9gionalisme pernicieux du jeune \u00e9diteur Bertil Galland, inventeur de la formule des \u00abPortrait des \u2026\u00bb.<\/p>\n<p>En effet, au lendemain de la guerre, il a, entre autres, compos\u00e9 un po\u00e8me dont la force justifie \u00e0 elle seule une vie de po\u00e8te. Il s\u2019appelle \u00abComplainte des Chr\u00e9tiens qui tu\u00e8rent le Christ au Col de Collon\u00bb. <\/p>\n<p>R\u00e9\u00e9dit\u00e9 aujourd\u2019hui, ce po\u00e8me dit ceci: \u00abSoldat dans l\u2019autre guerre\/ Je fus t\u00e9moin d\u2019un crime\/ Comme il y en eut mille\/ Qui ne comptent plus gu\u00e8re\/ (\u2026) J\u2019ai vu dans la jumelle\/ L\u2019Homme \u00e0 l\u2019\u00e9toile jaune\/ Qui demandait l\u2019aum\u00f4ne\/ Sa femme dans son ombre (\u2026) C\u2019est la loi du refus\/ Je vois en habits neufs\/ Sans c\u0153ur Sarah Jacob\/ Qui remontent vers le col\u2026\u00bb (p.185 sq.)<\/p>\n<p>C\u2019est une histoire v\u00e9cue par un ami de Chappaz qui, en poste au col de Collon, assista au renvoi d\u2019un couple de Juifs et en porta \u00e0 jamais la blessure.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<a href=http:\/\/www.fnac-direct.fr\/fnacdirect-bin\/fiche_livre?l-titre=MAURICE+CHAPPAZ&#038;type=1&#038;fisbn=9782882581549&#038;ffiche=N&#038;go.x=18&#038;id=525947081069&#038;go.y=10 target=_blank>\u00abPartir \u00e0 vingt ans\u00bb<\/a>, de Maurice Chappaz, pr\u00e9face de Jean Starobinski, Ed. La Joie de Lire, Gen\u00e8ve, 220 pages.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nA consulter aussi, l&rsquo;<a href=http:\/\/193.135.174.3\/expochap\/info.htm target=_blank>exposition en ligne<\/a> consacr\u00e9e \u00e0 Maurice Chappaz par les Archives litt\u00e9raires suisses.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nProchaine \u00e9tape de la \u00abBalade \u00e0 travers les nouveaut\u00e9s de la litt\u00e9rature romande\u00bb: D\u00e9couvrir Turin avec Fr\u00e9d\u00e9ric Pajak, redire le nom de Marie en Toscane avec Fabienne Guillermin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ma \u00abBalade \u00e0 travers les nouveaut\u00e9s de la litt\u00e9rature romande\u00bb, je me suis arr\u00eat\u00e9 sur le dernier livre de Maurice Chappaz. Le po\u00e8te s\u2019y montre sans complaisance dans l\u2019effort de m\u00e9moire.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-303","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/303","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=303"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/303\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=303"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=303"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=303"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}