



{"id":3000,"date":"2009-10-26T13:35:36","date_gmt":"2009-10-26T11:35:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3000"},"modified":"2009-10-26T21:19:05","modified_gmt":"2009-10-26T19:19:05","slug":"futur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3000","title":{"rendered":"La nanom\u00e9decine s\u2019attaque au cancer"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large271009.jpg\" alt=\"large271009.jpg\" title=\"large271009.jpg\" width=\"468\" height=\"299\" border=\"0\" \/>En m\u00e9decine comme ailleurs, tout est question de taille. Dans la ligne de mire des nanom\u00e9dicaments se profile un espace d\u00e9laiss\u00e9, situ\u00e9 entre l\u2019\u00e9chelle macroscopique de la chirurgie et la dimension mol\u00e9culaire des m\u00e9dicaments. Malgr\u00e9 leur nom, les nanoparticules sont, avec une taille de 10 \u00e0 300 nanom\u00e8tres (ou milliardi\u00e8mes de m\u00e8tre), bien plus grosses qu\u2019une mol\u00e9cule th\u00e9rapeutique. Et cette taille leur permet de d\u00e9velopper des fonctionnalit\u00e9s multiples.<\/p>\n<p>Les nanom\u00e9dicaments fonctionnent comme des pi\u00e8ces de Lego que les chercheurs peuvent assembler pour combiner diff\u00e9rents effets. Le secret de cette flexibilit\u00e9? Le principe de la nanobo\u00eete (ou \u00abnanocontainer\u00bb), une sorte de coquille vide qui s\u2019auto-assemble \u00e0 partir de polym\u00e8res ou de mol\u00e9cules de graisse et qui officie comme unit\u00e9 centrale du nanom\u00e9dicament.<\/p>\n<p>Il devient ainsi possible d\u2019attacher des r\u00e9cepteurs \u00e0 la surface du nanocontainer afin que celui-ci ne se fixe que sur certaines cellules canc\u00e9reuses. A l\u2019int\u00e9rieur, il transporte trouvent des mol\u00e9cules toxiques capables de tuer ses cibles. On peut m\u00eame lui ajouter des marqueurs fluorescents ou m\u00e9talliques pour visualiser la zone o\u00f9 le m\u00e9dicament se trouve dans l\u2019organisme. Cette combinaison du traitement et de l\u2019observation a m\u00eame accouch\u00e9 du nouveau buzzword \u00abtheragnostics\u00bb (de th\u00e9rapie et diagnostic). <\/p>\n<p><strong>Des nanobo\u00eetes pour une livraison cibl\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>\u00abNotre premier but est la th\u00e9rapie cibl\u00e9e, explique Patrick Hunziker, m\u00e9decin \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire de B\u00e2le et pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne pour la nanom\u00e9decine. Nous voulons que les substances actives soient uniquement d\u00e9livr\u00e9es l\u00e0 o\u00f9 elles doivent agir. Cela augmente leur efficacit\u00e9 et permet de diminuer les doses et, ainsi, les effets secondaires.\u00bb C\u2019est toute l\u2019id\u00e9e de la \u00ablivraison intelligente de m\u00e9dicament\u00bb: utiliser un container pour transporter les substances au bon endroit dans l\u2019organisme.<\/p>\n<p>Premier avantage des nanom\u00e9dicaments: ils poss\u00e8dent une taille suffisante pour rester dans les art\u00e8res et s\u2019accumuler dans les tumeurs. Contrairement aux mol\u00e9cules anticanc\u00e9reuses usuelles qui finissent dans tout le corps car elles sont trop petites et s\u2019\u00e9chappent des vaisseaux sanguins devenus poreux \u00e0 cause de la maladie. <\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, les r\u00e9cepteurs permettent de cibler les cellules canc\u00e9reuses, \u00e0 l\u2019instar des certains anticanc\u00e9reux tels que l\u2019Herceptin. De plus, les chercheurs peuvent \u00e9galement rajouter des marqueurs capables de stimuler, chez les cellules canc\u00e9reuses, l\u2019absorption de la \u00abbo\u00eete\u00bb. Elle peut alors transporter les substances toxiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la cible, o\u00f9 elles seront bien plus efficaces que depuis l\u2019ext\u00e9rieur.<br \/>\nDernier point, les substances transport\u00e9es peuvent aussi viser une voie de signalisation pr\u00e9cise, \u00e0 savoir un processus biomol\u00e9culaire essentiel au d\u00e9veloppement du cancer. Gr\u00e2ce \u00e0 ce ciblage sur quatre niveaux, l\u2019\u00e9quipe b\u00e2loise a pu multiplier l\u2019efficacit\u00e9 du m\u00e9dicament par 100 lors de tests r\u00e9alis\u00e9s avec des cultures cellulaires. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 leur jeune \u00e2ge, ces recherches sont d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9es. A B\u00e2le, les chercheurs ont maintenant entam\u00e9 des \u00e9tudes sur des souris. Dans d\u2019autres laboratoires, on est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 chez l\u2019homme: \u00abDepuis un an, nous r\u00e9alisons sur sept personnes une \u00e9tude en phase I pour \u00e9tudier la s\u00e9curit\u00e9 des nanom\u00e9dicaments, explique Esther Chang de l\u2019Universit\u00e9 de Georgetown \u00e0 Washington. Nous sommes tr\u00e8s optimistes car nous avons d\u00e9j\u00e0 pu multiplier les doses par six sans rencontrer de probl\u00e8mes.\u00bb <\/p>\n<p>Chez l\u2019un des patients, la taille de la tumeur a suffisamment diminu\u00e9 pour permettre une op\u00e9ration. Cette approche s\u2019est aussi av\u00e9r\u00e9e tr\u00e8s efficace dans des mod\u00e8les animaux pour une quinzaine de pathologies diff\u00e9rentes comme le cancer des poumons, du colon, de la prostate ou encore du sein. <\/p>\n<p>\u00abUn traitement de seulement trente jours a pu \u00e9viter le moindre retour de la maladie chez certains rongeurs\u00bb, se r\u00e9jouit la scientifique. Dans leur nanobo\u00eete faite de liposomes, les chercheurs ont pu d\u00e9livrer dans des m\u00e9tastases des m\u00e9dicaments anticanc\u00e9reux d\u00e9j\u00e0 existants (tels que le Gleevec ou l\u2019Iressa) ainsi que des g\u00e8nes tels que le p53, qui dysfonctionne dans pr\u00e8s de 80% des cancers \u2013 une technique qui rappelle la th\u00e9rapie g\u00e9nique.<\/p>\n<p><strong>Chauffer pour gu\u00e9rir<\/strong><\/p>\n<p>Au lieu d\u2019une action chimique, il est \u00e9galement possible d\u2019utiliser la chaleur pour d\u00e9truire les tumeurs. Des particules m\u00e9talliques amen\u00e9es par les nanobo\u00eetes dans les tissus canc\u00e9reux peuvent \u00eatre chauff\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne rappelant les plaques de cuisini\u00e8re \u00e0 induction: un champ magn\u00e9tique alternatif aimante \u00e0 distance les particules m\u00e9talliques, ce qui les chauffe et endommage les tissus canc\u00e9reux environnant. <\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019id\u00e9e poursuivie par Antia Therapeutics, une start-up fond\u00e9e en septembre 2007 par des chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et de l\u2019EPFL, avec n\u00e9anmoins une diff\u00e9rence: les nanoparticules m\u00e9talliques sont ici directement inject\u00e9es dans les tissus tumoraux, sans \u00eatre v\u00e9hicul\u00e9es \u00e0 l\u2019aide d\u2019un nanocontainer. Leur cible? Des m\u00e9tastases situ\u00e9es dans la colonne vert\u00e9brale.<\/p>\n<p>\u00abPr\u00e8s de la moiti\u00e9 des patients atteints d\u2019un cancer d\u00e9veloppent des m\u00e9tastases dans les tissus osseux, explique Olivier Jordan, chercheur au Groupe de pharmacie gal\u00e9nique de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et co-fondateur de la start-up. Pour renforcer leurs os affaiblis, un produit durcissant est parfois inject\u00e9 chez les patients, comme un ciment ou un gel. Cette technologie est d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9e, mais reste passive. En rajoutant des nanoparticules au produit, nous le rendons fonctionnel. Nous pouvons alors le chauffer et ainsi attaquer les tissus canc\u00e9reux.\u00bb <\/p>\n<p>Cette technique pourrait de plus se combiner avec les traitements usuels car le chauffage affaiblit les cellules canc\u00e9reuses et les rend plus sensibles \u00e0 la radioth\u00e9rapie et \u00e0 certaines chimioth\u00e9rapies. De plus, il endommage les vaisseaux sanguins qui se d\u00e9veloppent autour des cellules canc\u00e9reuses pour les nourrir.<br \/>\nA l\u2019origine de la start-up se trouvent des premiers tests prometteurs r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve: 20 minutes de chauffage ont fait dispara\u00eetre la tumeur chez pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des souris sur lesquelles des tissus de c\u00f4lon canc\u00e9reux avaient \u00e9t\u00e9 greff\u00e9s. <\/p>\n<p>La prochaine \u00e9tape, pour laquelle l\u2019entreprise a d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9 deux millions de francs, consiste \u00e0 d\u00e9velopper un dispositif m\u00e9dical utilisable en clinique. \u00abNous esp\u00e9rons passer chez l\u2019homme d\u2019ici 2 ou 3 ans, indique Olivier Jordan. Nous sommes \u00e9galement confiants sur le plan de la s\u00e9curit\u00e9, car les nanoparticules restent localis\u00e9e dans l\u2019implant, ce qui \u00e9vite leur diss\u00e9mination dans tout le corps.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Vers la vie artificielle?<\/strong><\/p>\n<p>Pour le chercheur de l\u2019H\u00f4pital universitaire de B\u00e2le Patrick Hunziker, la nanom\u00e9decine nous fait entrevoir un nouveau paradigme, celui d\u2019une m\u00e9decine personnalis\u00e9e qui s\u2019adapte \u00e0 la maladie de chaque patient en s\u2019articulant sur quatre \u00e9tapes: analyser la maladie; d\u00e9terminer les meilleurs r\u00e9cepteurs \u00e0 attacher aux nanocontainers; d\u00e9velopper le bon m\u00e9lange de mol\u00e9cules actives et finalement combiner les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments. <\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai d\u2019abord travaill\u00e9 sur des nanom\u00e9dicaments contre l\u2019art\u00e9rioscl\u00e9rose, dit-il. Mais j\u2019ai vite r\u00e9alis\u00e9 que les m\u00eames techniques peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour de nombreuses autres maladies, dont le cancer. Il suffit de changer les r\u00e9cepteurs, voire \u00e9ventuellement la taille de la nanoparticule, pour pouvoir s\u2019attaquer \u00e0 d\u2019autres cibles.\u00bb<\/p>\n<p>A terme, les nanom\u00e9dicaments pourraient avoir des fonctionnalit\u00e9s plus complexes: non pas seulement reconna\u00eetre une cellule-cible, mais \u00e9galement r\u00e9agir \u00e0 cette information. La reconnaissance doit pouvoir d\u00e9clencher une r\u00e9action chimique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bo\u00eete qui agit ensuite sur la cible. <\/p>\n<p>\u00abL\u2019un de nos container peut r\u00e9agir au nouvel environnement trouv\u00e9 lorsqu\u2019il p\u00e9n\u00e8tre dans certaines cellules, poursuit Hunziker. Des canaux laissent entrer un peu de fluide intracellulaire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bo\u00eete, o\u00f9 le changement soudain d\u2019acidit\u00e9 enclenche l\u2019action d\u2019une enzyme. Le m\u00e9dicament n\u2019est donc plus simplement passif, mais devient r\u00e9actif.\u00bb<\/p>\n<p>Cette fonctionnalit\u00e9 rappelle d\u2019ailleurs celle de certains organites simples (des dispositifs cellulaires sp\u00e9cialis\u00e9s) charg\u00e9s par exemple de couper des prot\u00e9ines. Ainsi, le chercheur imagine m\u00eame pouvoir combattre un jour certaines maladies rares en rempla\u00e7ant certains organites d\u00e9ficients par des nanobo\u00eetes intelligentes. Une premi\u00e8re \u00e9tape vers la fabrication artificielle des briques de la vie.<\/p>\n<p>Susceptible de pouvoir r\u00e9parer certaines fonctionnalit\u00e9s d\u00e9ficientes, la nanom\u00e9decine pourrait donc jouer un r\u00f4le tr\u00e8s important en m\u00e9decine r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des strat\u00e9gies mieux connues comme la th\u00e9rapie g\u00e9nique et les cellules souches. <\/p>\n<p>\u00abCe genre de recherche peut changer profond\u00e9ment la mani\u00e8re dont nous concevons la vie, souligne le chercheur. Nous nous engageons \u00e9norm\u00e9ment sur les aspects \u00e9thiques lors de nos conf\u00e9rences, pour essayer de d\u00e9couvrir tous les \u00e9ventuels probl\u00e8mes cach\u00e9s. Nous voulons aussi stimuler un d\u00e9bat sur le genre de m\u00e9decine que nous voulons. Sur le plan de la s\u00e9curit\u00e9, nous sommes assez confiants car, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la toxicit\u00e9 de nos approches reste tr\u00e8s faible. La nanom\u00e9decine pr\u00e9sente peu de dangers, mais elle aura un impact \u00e9norme sur notre soci\u00e9t\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine scientifique Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Minuscules r\u00e9cipients qui am\u00e8nent les m\u00e9dicaments \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des cellules, nanoparticules qui br\u00fblent les tumeurs&#8230; La recherche laisse entrevoir de nouveaux traitements r\u00e9volutionnaires. Zoom.<\/p>\n","protected":false},"author":19478,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3000","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19478"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3000"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3000\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}