



{"id":2983,"date":"2009-10-04T19:45:27","date_gmt":"2009-10-04T17:45:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2983"},"modified":"2009-10-04T19:54:02","modified_gmt":"2009-10-04T17:54:02","slug":"cancer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2983","title":{"rendered":"La pol\u00e9mique du d\u00e9pistage"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large051009.jpg\" alt=\"large051009.jpg\" title=\"large051009.jpg\" width=\"468\" height=\"301\" border=\"0\" \/>D\u00e9pister le plus t\u00f4t possible la maladie. A priori, rien ne semble plus logique: \u00abPlus un cancer est d\u00e9tect\u00e9 t\u00f4t, meilleures sont les chances de gu\u00e9rison\u00bb, rappelle le docteur Cyril Ducros, responsable du programme de d\u00e9pistage du cancer du sein dans le canton de Vaud.<\/p>\n<p>En pratique, les choses ne sont pas aussi simples, et la mise en place de d\u00e9pistages pr\u00e9coces g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, notamment pour les cancers du sein et de la prostate, continue de susciter de vifs d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>\u00abEntre les partisans du d\u00e9pistage et ses opposants, il existe une v\u00e9ritable guerre de religion, avec ses fanatiques, ses croisades et ses anath\u00e8mes, confie le professeur Andr\u00e9-Pascal Sappino, chef du service d\u2019oncologie aux H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG). Dans ces conditions, il reste difficile d\u2019ouvrir un vrai d\u00e9bat sur ces pratiques, d\u2019autant que les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques sont parfois contradictoires sur le sujet.\u00bb<\/p>\n<p>La mammographie syst\u00e9matique r\u00e9alis\u00e9e tous les deux ans chez les femmes \u00e2g\u00e9es de 50 \u00e0 69 ans a \u00e9t\u00e9 mise place dans les cantons romands, mais pas en Suisse al\u00e9manique. R\u00e9sultat, on parle d\u00e9sormais d\u2019un \u00abMammograben\u00bb pour \u00e9voquer cette fronti\u00e8re invisible qui rend les femmes suisses in\u00e9gales devant la pr\u00e9vention. Cette situation a pouss\u00e9 certains \u00e9lus \u00e0 r\u00e9agir, tel l\u2019ancien conseiller national radical et m\u00e9decin Yves Guisan, qui demande \u00abla g\u00e9n\u00e9ralisation de programmes de d\u00e9pistage du cancer du sein dans tous les cantons\u00bb.<\/p>\n<p>Mais pourquoi la Suisse al\u00e9manique refuse-t-elle la syst\u00e9matisation des mammographies pour les femmes \u00e0 risque? Outre l\u2019aspect culturel &#8212; les r\u00e9gions germanophones consid\u00e9rant que la sant\u00e9 demeure du ressort de l&rsquo;individu et non de l&rsquo;Etat &#8211;, les Al\u00e9maniques remettent en cause l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une telle mesure \u00e0 diminuer la mortalit\u00e9.<\/p>\n<p>Un argument que r\u00e9fute Cyril Ducros: \u00abDans les pays o\u00f9 une mammographie syst\u00e9matique est mise en place, on observe une diminution de 20 \u00e0 25% de la mortalit\u00e9 li\u00e9e aux cancers du sein. De plus, diagnostiquer cette maladie de mani\u00e8re pr\u00e9coce permet souvent d\u2019\u00e9viter une ablation totale du sein. On se contente d\u2019enlever la tumeur ce qui est beaucoup plus supportable psychologiquement pour les patientes. Sur ces deux points, on peut donc affirmer aujourd\u2019hui que les programmes de d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s ont d\u00e9montr\u00e9 leur efficacit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Chef du service d\u2019oncologie aux HUG, Andr\u00e9-Pascal Sappino se montre plus mesur\u00e9: \u00abJe ne suis absolument pas contre ces programmes. Il est incontestable qu\u2019ils ont diminu\u00e9 la mortalit\u00e9 due au cancer du sein. N\u00e9anmoins, je pense que leur impact r\u00e9el est beaucoup plus faible que ce que l\u2019on pense, loin des discours triomphalistes de ses partisans.\u00bb <\/p>\n<p>La cause de ce scepticisme est li\u00e9e au manque de pr\u00e9cision des mammographies: \u00abL\u2019appareil permet de d\u00e9tecter une tumeur au stade pr\u00e9-cancer, pr\u00e9cise Andr\u00e9-Pascal Sappino. Mais il ne permet pas de savoir si celle-ci va d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en cancer ou rester \u00e0 ce stade. Dans un certain nombre de cas, des femmes vont donc subir des traitements lourds, puis entrer dans les statistiques avec l\u2019\u00e9tiquette \u00abgu\u00e9rie\u00bb, alors que sans d\u00e9pistage elles n\u2019auraient jamais \u00e9t\u00e9 malades. Bref, le d\u00e9pistage pose la question du surtraitement.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abEn effet, nous ne disposons pas actuellement de tests permettant de distinguer les cancers pour lesquels il faudrait intervenir de ceux pour lesquels c&rsquo;est inutile, confirme Cyril Ducros. Un certain nombre de femmes sont donc op\u00e9r\u00e9es pour rien. Mais ce surdiagnostic demeure un peu en marge par rapport aux femmes que nous sauvons.\u00bb<\/p>\n<p>Autre critique avanc\u00e9e: le manque de sensibilit\u00e9 des tests. \u00abSur cent femmes passant une mammographie, les m\u00e9decins vont d\u00e9tecter dix cas suspects n\u00e9cessitant des examens compl\u00e9mentaires, calcule Andr\u00e9-Pascal Sappino. Ces dix femmes vont alors subir une biopsie dont les r\u00e9sultats ne confirmeront qu\u2019un cas de cancer. Le d\u00e9pistage va donc stresser neuf femmes pour rien et leur faire subir des examens inutiles.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces inconv\u00e9nients, les campagnes de d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du cancer du sein ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas remises en cause l\u00e0 o\u00f9 elles sont install\u00e9es, car elles permettent d\u2019atteindre des femmes qui, sinon, n\u2019auraient pas eu acc\u00e8s au soin en raison de leur manque d\u2019information.<\/p>\n<p><strong>Chez les hommes aussi<\/strong><\/p>\n<p>Chez les hommes, les m\u00eames questions se posent au sujet du d\u00e9pistage du cancer de la prostate: faut-il proposer un examen \u00e0 tous les quinquag\u00e9naires? Pour la majorit\u00e9 des urologues, la r\u00e9ponse est oui. Mais les \u00e9pid\u00e9miologistes et les oncologues y sont farouchement oppos\u00e9s. \u00abIl n\u2019y a aucune preuve que le d\u00e9pistage du cancer de la prostate apporte un b\u00e9n\u00e9fice au patient, tonne Andr\u00e9-Pascal Sappino. Par contre, on sait les d\u00e9sagr\u00e9ments qu\u2019il cause!\u00bb <\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, la d\u00e9tection du cancer de la prostate se fait lors d\u2019analyses sanguines incluant le dosage du PSA (Prostate Specific Antigen). Cette prot\u00e9ine servant \u00e0 liqu\u00e9fier le sperme est naturellement produite par les cellules prostatiques. Mais les cellules canc\u00e9reuses en secr\u00e8tent dix fois plus que les normales. Mesurer la concentration du PSA sanguin permet donc de suspecter le d\u00e9veloppement d\u2019une tumeur chez le patient. Probl\u00e8me: d\u2019autres maladies comme l&rsquo;hypertrophie b\u00e9nigne de la prostate (HBP) peuvent engendrer un taux \u00e9lev\u00e9 de PSA. Le diagnostic doit donc \u00eatre confirm\u00e9 par une biopsie transrectale. <\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que commence la pol\u00e9mique. Si un cancer de la prostate est diagnostiqu\u00e9, faut-il pour autant le traiter? La question peut paraitre incongrue, mais le cancer de la prostate \u00e9tant une maladie d&rsquo;hommes \u00e2g\u00e9s (60% des personnes concern\u00e9es ont plus de 70 ans au moment du diagnostic), beaucoup mourront pour d&rsquo;autres raisons.<\/p>\n<p>\u00abSi vous r\u00e9alisez une autopsie des accident\u00e9s de la route, vous observerez qu\u2019un homme sur deux de plus de 50 ans poss\u00e8de un cancer de la prostate, explique Andr\u00e9-Pascal Sappino. Au-del\u00e0 de 80 ans, leur nombre passe \u00e0 deux sur trois. Pourtant, l\u2019extr\u00eame majorit\u00e9 de ces personnes mourront d\u2019autre chose. Mieux, leur maladie restera asymptomatique durant toute leur vie! Le d\u00e9pistage de cette maladie place donc le patient dans une situation extr\u00eamement difficile: il sait qu\u2019il a un cancer, avec le stress qu\u2019occasionne une telle nouvelle, mais il ne sait pas si celui-ci met sa vie en danger. Dans ce contexte, la majorit\u00e9 des malades qui ont une tumeur pr\u00e9f\u00e8rent qu&rsquo;on l&rsquo;enl\u00e8ve plut\u00f4t qu&rsquo;on la surveille.\u00bb<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, le probl\u00e8me r\u00e9side dans le fait que les techniques de d\u00e9pistage actuelles ne permettent pas de distinguer les tumeurs qui resteront sans gravit\u00e9 de celles qui se d\u00e9velopperont rapidement. \u00abOr neuf fois sur dix, les tumeurs de la prostate restent b\u00e9nignes, rapporte Andr\u00e9-Pascal Sappino. Nombre de patients vont donc \u00eatre surtrait\u00e9s pour rien.\u00bb<\/p>\n<p>Un traitement radical qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. L\u2019ablation de la prostate, associ\u00e9e \u00e0 une chimioth\u00e9rapie et\/ou une radioth\u00e9rapie, provoque fr\u00e9quemment une impuissance et une incontinence. De quoi faire r\u00e9fl\u00e9chir\u2026<\/p>\n<p>Pour d\u00e9fendre le d\u00e9pistage du cancer de la prostate, ses partisans mettent en avant une diminution de la mortalit\u00e9. Un argument controvers\u00e9. \u00abContrairement aux d\u00e9pistages du cancer du sein ou du c\u00f4lon, qui apportent un vrai b\u00e9n\u00e9fice en terme d\u2019esp\u00e9rance de vie, l\u2019effet du d\u00e9pistage des cancers prostatique sur la morbidit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9vident. Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques restent contradictoires \u00e0 ce propos\u00bb, rapporte Cyril Ducros.<\/p>\n<p>Dernier exemple en date, la publication simultan\u00e9e en mars dernier de deux \u00e9tudes sur le sujet dans le New England Journal of Medicine. Pour la premi\u00e8re, qui portait sur 160\u2019000 hommes europ\u00e9ens \u00e2g\u00e9s de 55 \u00e0 69 ans, \u00able d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 permet de r\u00e9duire de 20% la mortalit\u00e9 li\u00e9 au cancer de la prostate\u00bb. Pour la seconde, r\u00e9alis\u00e9e aux Etats-Unis sur 76&rsquo;000 patients, le d\u00e9pistage n\u2019apporte aucun b\u00e9n\u00e9fice!<\/p>\n<p><strong>L\u2019espoir vient de la sarcosine<\/strong><\/p>\n<p>Pour am\u00e9liorer la d\u00e9tection, les chercheurs tentent de mettre au point de nouveaux tests plus efficaces. Ainsi, une \u00e9quipe am\u00e9ricaine de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Ann Arbor vient de mettre en \u00e9vidence une prot\u00e9ine facilement dosable dans les urines, la sarcosine, qui permettrait de distinguer tr\u00e8s pr\u00e9cocement les tumeurs prostatiques d&rsquo;\u00e9volution lente de celles n\u00e9cessitant un traitement imm\u00e9diat et puissant. La revue scientifique britannique Nature ne s&rsquo;est pas tromp\u00e9e sur l\u2019importance de cette avanc\u00e9e consacrant fin 2008, 35 pages et un \u00e9ditorial \u00e0 cette d\u00e9couverte majeure.<\/p>\n<p>A Gen\u00e8ve, les recherches d\u2019Irmgard Irminger-Finger, docteur en biologie mol\u00e9culaire au Laboratoire de gyn\u00e9cologie obst\u00e9trique mol\u00e9culaire des HUG, laisse poindre l\u2019espoir d\u2019une meilleure d\u00e9tection du cancer du sein. \u00abNous avons identifi\u00e9 une prot\u00e9ine, BARD1, qui appara\u00eet sous forme tronqu\u00e9e dans les cancers du sein. Sous cette forme mutante, la prot\u00e9ine favorise la prolif\u00e9ration de la tumeur au lieu de prot\u00e9ger le corps.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019organisme, qui ne reconnait plus cette prot\u00e9ine, d\u00e9veloppe alors des anticorps pour la d\u00e9truire (et comme cette prot\u00e9ine n\u2019existe plus sous sa forme non tronqu\u00e9e, la tumeur continue \u00e0 prolif\u00e9rer). En mesurant le taux sanguins de ces anticorps, Irmgard Irminger-Finger esp\u00e8re pouvoir d\u00e9tecter les patients porteurs de tumeurs agressives. <\/p>\n<p>Pour v\u00e9rifier cette hypoth\u00e8se, la chercheuse vient de lancer des essais cliniques. La suite, si les r\u00e9sultats se r\u00e9v\u00e8lent convaincants, consistera \u00e0 d\u00e9velopper un kit de d\u00e9pistage. Pour cette partie du travail, l\u2019\u00e9quipe genevoise s\u2019est associ\u00e9e \u00e0 une start-up de l\u2019Ecole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale Lausanne (EPFL) sp\u00e9cialis\u00e9e dans ce domaine, Ayanda Biosystems SA. La d\u00e9tection du cancer du sein pourra alors se faire via une simple prise de sang et de mani\u00e8re beaucoup plus fiable qu\u2019avec une mammographie.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine scientifique Reflex, en vente en kiosques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des tests permettent de diagnostiquer tr\u00e8s t\u00f4t les cancers du sein, de la prostate ou du c\u00f4lon. Et pourtant, de nombreux sp\u00e9cialistes s&rsquo;opposent \u00e0 leur usage syst\u00e9matique. 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