



{"id":2980,"date":"2009-09-30T18:05:29","date_gmt":"2009-09-30T16:05:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2980"},"modified":"2009-10-04T19:46:07","modified_gmt":"2009-10-04T17:46:07","slug":"euthanasie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2980","title":{"rendered":"Choisir sa mort, l\u2019ultime libert\u00e9?"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/large011009.jpg\" alt=\"large011009.jpg\" title=\"large011009.jpg\" width=\"468\" height=\"312\" border=\"0\" \/>Le g\u00e9n\u00e9ticien <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axel_Kahn\">Axel Kahn<\/a> est l&rsquo;un des scientifiques fran\u00e7ais les plus \u00e9cout\u00e9s. Dans son dernier livre, \u00ab\u00a0L&rsquo;ultime libert\u00e9\u00a0\u00bb, il prend une position courageuse sur la question de l&rsquo;euthanasie. Largeur.com l&rsquo;a rencontr\u00e9 \u00e0 Paris. Interview.<\/p>\n<p><strong>Le th\u00e8me de l&rsquo;euthanasie est devenu une question br\u00fblante de notre soci\u00e9t\u00e9. Pourquoi?<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord \u00e0 cause de l\u2019affaiblissement de la sacralit\u00e9 de la vie en Occident. Si la vie est aux mains de Dieu et lui seul la donne et peut la reprendre, l\u2019id\u00e9e m\u00eame du suicide n\u2019est plus imaginable. Cet interdit dispara\u00eet dans notre existence largement la\u00efcis\u00e9e. Nous assistons aussi \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de l\u2019individualisme: chacun d\u2019entre nous veut \u00eatre le seul ma\u00eetre \u00e0 m\u00eame de d\u00e9cider de ce qui est bien ou mal. <\/p>\n<p><strong>Y a-t-il encore une place pour tous nos a\u00een\u00e9s dans notre soci\u00e9t\u00e9 moderne?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a une confusion croissante entre l\u2019\u00eatre et le corps, qui am\u00e8ne l\u2019id\u00e9e qu\u2019une vie d\u00e9sirable devrait n\u00e9cessairement s\u2019\u00e9panouir dans un corps jeune, beau, productif, actif\u2026 Un nombre croissant de personnes se demandent quelle est la valeur d\u2019une vie qui s\u2019\u00e9loigne radicalement de ces exigences. Il en r\u00e9sulte un sentiment de culpabilit\u00e9 lorsque l\u2019on devient une charge pour les siens ou pour la communaut\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 tend \u00e0 d\u00e9velopper cette culpabilit\u00e9. Ainsi, la vie qui ne correspond plus \u00e0 ces standards de vie d\u00e9sirable, la vie de la personne qui n\u2019est plus jeune ni forte, ni productrice ni vraiment consommatrice (si ce n\u2019est de soins) finit par \u00eatre retranch\u00e9e de la famille et de la cit\u00e9. <\/p>\n<p><strong>Que pensez-vous de la l\u00e9gislation suisse, qui autorise l\u2019aide au suicide?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis moi-m\u00eame terriblement perplexe et h\u00e9sitant. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 si souvent \u00e0 ces questions que je me d\u00e9fends de tout manich\u00e9isme. Cela dit, je vois bien le danger du syst\u00e8me suisse. De nombreuses personnes demandant \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 ce service sont d\u2019un certain \u00e2ge, et non pas des gens atteints de maladies incurables. On peut donc penser que la d\u00e9pression li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge joue un grand r\u00f4le. La premi\u00e8re r\u00e9ponse ne doit pas \u00eatre de leur offrir la possibilit\u00e9 de mourir, mais de questionner la place de la personne \u00e2g\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 ainsi que la continuit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations. Je ne me retrouve pas dans les deux positions extr\u00eames: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019id\u00e9e que, la vie est absolument sacr\u00e9e et que seul le Seigneur peut la reprendre. De l\u2019autre, une l\u00e9galisation donnant \u00e0 certains la l\u00e9gitimit\u00e9 de d\u00e9cider d\u2019interrompre la vie d\u2019un autre.<\/p>\n<p><strong>L\u2019euthanasie doit donc rester ill\u00e9gale?<\/strong><\/p>\n<p>La loi ne doit pas se fixer pour but de rentrer dans les d\u00e9tails de toutes les pratiques. Elle a avant tout un r\u00f4le p\u00e9dagogique; elle doit d\u00e9finir des valeurs autour desquelles une soci\u00e9t\u00e9 se r\u00e9unit. Et une loi qui indique que donner la mort volontairement reste interdit me convient. Mais il peut \u00e9videmment y avoir des exceptions. La situation o\u00f9 l\u2019euthanasie serait la seule possibilit\u00e9 pour \u00e9viter un scandale encore plus terrible &#8212; \u00e0 savoir la douleur que l\u2019on ne sait pas calmer &#8212; m\u2019am\u00e8nerait sans doute \u00e0 y consentir. Dans de tels cas, les tribunaux acquittent d\u2019ailleurs souvent celui qui a pris la responsabilit\u00e9 personnelle d\u2019aider son prochain \u00e0 se suicider, comme pour les cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense. Il est alors important que la proc\u00e9dure judiciaire soit rapide et simplifi\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Comment r\u00e9pondre \u00e0 une personne demandant la mort?<\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9ponse ne doit jamais \u00eatre d\u2019acc\u00e9der \u00e0 cette demande, m\u00eame si une proc\u00e9dure en d\u00e9finit les conditions, comme dans les pays o\u00f9 l\u2019euthanasie est l\u00e9gale. Il faut d\u2019abord s\u2019efforcer de r\u00e9tablir les conditions d\u2019un choix r\u00e9el et faire que diff\u00e9rentes perspectives potentiellement d\u00e9sirables s\u2019ouvrent \u00e0 la personne. Si celle-ci souffre, il faut d\u2019abord arr\u00eater la douleur. Si elle est totalement abandonn\u00e9e ou d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et qu\u2019elle remet en question sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, il faut essayer par tous les moyens de lui faire prendre conscience de son importance pour autrui, du fait qu\u2019elle reste une personne ayant de la valeur aux yeux des autres et qu\u2019elle peut \u00eatre r\u00e9ellement l\u2019objet d\u2019amour. <\/p>\n<p><strong>Est-ce vraiment toujours possible?<\/strong><\/p>\n<p>Non, malheureusement. Mais il faut alors reconna\u00eetre que donner la mort parce que l\u2019on est incapable d\u2019offrir l\u2019amour, refl\u00e8te l\u2019absence de toute bonne solution et n\u2019offre pas une r\u00e9elle libert\u00e9. La libert\u00e9, c\u2019est au moins d\u2019avoir le choix entre deux solutions. <\/p>\n<p><strong>Les soins palliatifs apportent-ils une r\u00e9ponse? <\/strong><\/p>\n<p>Les soins palliatifs doivent permettre de continuer \u00e0 trouver de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la vie malgr\u00e9 une issue fatale pr\u00e9visible \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance. Leur but n\u2019est pas de pr\u00e9parer \u00e0 la mort, mais de d\u00e9terminer les conditions d\u2019une vie pour qu\u2019elle reste d\u00e9sirable. Une personne qui va mourir peut se r\u00e9jouir d\u2019\u00e9changer avec des gens qu\u2019elle aime ou qu\u2019elle respecte, comme par exemple d\u2019avoir simplement des nouvelles de ses petits-enfants. <\/p>\n<p><strong>Peut-on donner la mort pour soulager la douleur?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, il s\u2019agit de l\u2019approche du \u00abdouble effet\u00bb, qui est encadr\u00e9 par la loi en France. Avant m\u00eame l\u2019interdiction de tuer se trouve l\u2019assistance obligatoire que doit la soci\u00e9t\u00e9 aux personnes dont la souffrance provoque une d\u00e9tresse insupportable. L\u2019exigence de les soulager vient absolument en premier, m\u00eame si cela doit entra\u00eener la mort.<\/p>\n<p><strong>Est-il normal de penser \u00e0 la mort?<\/strong><\/p>\n<p>Chacun d\u2019entre nous porte cette id\u00e9e. Ce qui n\u2019est pas normal, c\u2019est de ne pas penser \u00e0 la mort. La connaissance et la terreur de la mort, qui habitent chaque individu, peuvent d\u2019ailleurs pousser \u00e0 h\u00e2ter ce que l\u2019on craint et qui est in\u00e9luctable. Plut\u00f4t que de vivre avec cette terreur, on va alors d\u00e9sirer en finir une fois pour toutes.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans CHUV Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour le chercheur fran\u00e7ais Axel Kahn, figure de l\u2019\u00e9thique m\u00e9dicale, le d\u00e9sir de suicide n&rsquo;est jamais l&rsquo;expression de la libert\u00e9. Il aborde de mani\u00e8re passionnante la question de l&rsquo;euthanasie dans son dernier livre. 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