



{"id":296,"date":"2000-01-05T00:00:00","date_gmt":"2000-01-04T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=296"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=296","title":{"rendered":"Balade \u00e0 travers les nouveaut\u00e9s de la litt\u00e9rature romande (II)"},"content":{"rendered":"<p>Le Jura n\u2019est pas que bucolique comme nous l\u2019avons vu dans la <a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=286>premi\u00e8re \u00e9tape<\/a> de cette balade, il a aussi un je ne sais quoi de secret enfoui dans ses fermes et ses bourgades qui tient peut-\u00eatre au refus long et ent\u00eat\u00e9 de la domination bernoise ou, plus profond\u00e9ment, \u00e0 son exceptionnelle appartenance \u00e0 la langue d\u2019o\u00efl tout en \u00e9tant reli\u00e9 par la culture et la politique \u00e0 l\u2019espace franco-proven\u00e7al. Pendant la derni\u00e8re guerre, une maison d\u2019\u00e9dition de Porrentruy portait fi\u00e8rement le nom embl\u00e9matique de \u00abAux Portes de France\u00bb. Jamais Gen\u00e8ve ou Lausanne ne se seraient senties \u00e0 la porte de quelque chose!<\/p>\n<p>De ce Jura-l\u00e0, catholique et conservateur, jusqu\u2019\u00e0 ce que le combat ind\u00e9pendantiste le propulse dans la modernit\u00e9, nous vient un tr\u00e8s beau r\u00e9cit de <a href=http:\/\/www.fnac-direct.fr\/fnacdirect-bin\/rech_livre?type=1&#038;id=525947081069&#038;l-auteur=PHILIPPE+VINCENT target=_blank>Vincent Philippe<\/a>, \u00abLe silence d\u2019Ilona\u00bb. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un secret de famille, de ces secrets qui, \u00e0 leur r\u00e9v\u00e9lation, vous bouleversent une existence, vous fichent une vie en l\u2019air, ou vous font au contraire aborder les rivages sereins et distants de la sagesse. Il ne fait aucun doute que le protagoniste du \u00abSilence d\u2019Ilona\u00bb acquiert une grande sagesse au fil de ses p\u00e9r\u00e9grinations familiales, historiques et g\u00e9ographiques. <\/p>\n<p>N\u00e9 dans une famille de notables jurassiens, il d\u00e9couvre sur le tard que sa m\u00e8re d\u2019origine hongroise et catholique, Ilona, est en r\u00e9alit\u00e9 issue d\u2019une famille juive qui a vers\u00e9 son tribut \u00e0 la Shoah. Le choc est violent: \u00abCar Auschwitz au bout d\u2019une interrogation, Auschwitz comme r\u00e9ponse \u00e0 une question, \u00e9tait au d\u00e9part une chose qui n\u2019arrivait qu\u2019\u00e0 d\u2019autres, qui ne m\u2019arrivait pas \u00e0 moi et aux miens, qui ne pouvait m\u2019arriver, jamais je ne l\u2019aurais imagin\u00e9, c\u2019\u00e9tait forc\u00e9ment ext\u00e9rieur \u00e0 mon horizon, \u00e7a ne pouvait pas, c\u2019\u00e9tait impensable, toucher de loin ou de pr\u00e8s cette petite famille suisse et catholique dont je suis.\u00bb<\/p>\n<p>Ebranl\u00e9, le narrateur enqu\u00eate tant sur l\u2019histoire de la Suisse, de la Hongrie, des Juifs que sur sa famille maternelle en confrontant ses d\u00e9couvertes \u00e0 sa propre exp\u00e9rience. Cela donne un r\u00e9cit passionnant, d\u2019une grande puret\u00e9, \u00e9crit dans un style d\u00e9pouill\u00e9 qui ne lui donne que plus de force, un livre qui apporte un t\u00e9moignage de plus sur l\u2019\u00e9poque revisit\u00e9e par le rapport Bergier.<\/p>\n<p>De D\u00e9l\u00e9mont \u00e0 Saint-Imier, la route n\u2019est pas longue, aussi ne faut-il peut-\u00eatre pas s\u2019\u00e9tonner si les pr\u00e9occupations de Sylviane Chatelain sont proches de celles de Vincent Philippe. A une diff\u00e9rence notable toutefois: Sylviane Chatelain donne dans la pure fiction et ses nouvelles, regroup\u00e9es sous le titre \u00abL\u2019Etrang\u00e8re\u00bb, s\u2019inscrivent dans un monde fait de fragilit\u00e9, de violence latente, d\u2019angoisse.<\/p>\n<p>Un univers o\u00f9 seuls les enfants, attentifs aux chats et aux oiseaux, sont porteurs d\u2019humanit\u00e9 sur fond de d\u00e9sespoir. Ainsi Clara, enferm\u00e9e dans \u00abLa Tour\u00bb: \u00abQuand elle s\u2019est \u00e9veill\u00e9e, le soleil avait la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du matin. Et peut-\u00eatre avait-elle grandi, le mur ne lui cachait plus les champs, les collines qui s\u2019\u00e9tendaient \u00e0 perte de vue, les maisons group\u00e9es en villes ou en villages et, sur les routes, dans les rues, les hommes, les femmes, les enfants. Mais si elle distinguait chacun d\u2019eux, personne ne s\u2019apercevait de sa pr\u00e9sence. Elle \u00e9tait seule (&#8230;). Le soir venu, elle savait que leurs routes s\u2019entrecroisent sans jamais se rejoindre.\u00bb Ou cette enfant dans \u00abLa ville\u00bb: \u00abElle s\u2019est assise sur le mur. Elle \u00e9tait fatigu\u00e9e, engourdie dans le silence de la place depuis que le chat l\u2019avait quitt\u00e9e. Elle aurait voulu s\u2019\u00e9tendre sur le mur comme le vagabonds et attendre que le chat revienne, sentir sa fourrure.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019univers de <a href=http:\/\/www.fnac-direct.fr\/fnacdirect-bin\/fiche_livre?type=1&#038;fisbn=9782882410955&#038;ffiche=O&#038;l-sousfamille=AA%3bAA&#038;id=525947081069&#038;l-auteur=Sylviane+Chatelain target=_blank>Sylviane Chatelain<\/a> est suspendu entre l\u2019irr\u00e9el et le cauchemardesque. Le soleil n\u2019y fait que de timides apparitions, peinant \u00e0 percer la grisaille d\u2019une quotidiennet\u00e9 dont tous les traits rappellent la dominante concentrationnaire du si\u00e8cle qui s\u2019ach\u00e8ve: \u00abChacun doit rester seul et se taire, \u00e9viter surtout l\u2019insupportable addition de leurs m\u00e9moires.\u00bb<\/p>\n<p>Sylviane Chatelain est une tr\u00e8s grande dame de la litt\u00e9rature. Ses textes, dans leur \u00e2pre violence, sonnent comme autant d\u2019invitations \u00e0 d\u00e9passer une condition d\u00e9cid\u00e9ment trop inhumaine. En cela, elle ressemble beaucoup \u00e0 <a href=http:\/\/www.fnac-direct.fr\/fnacdirect-bin\/rech_livre?type=1&#038;id=525947081069&#038;l-auteur=KRISTOF+AGOTA>Agota Kristof<\/a>, sa voisine neuch\u00e2teloise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir fr\u00e9quent\u00e9 de tels sommets, je n\u2019aurais pas d\u00fb, quittant le Jura pour me diriger vers le sud, m\u2019arr\u00eater \u00e0 Fribourg. Pierre-Laurent Ellenberger y situe l\u2019action de son dernier roman, \u00abLa f\u00eate en ville\u00bb. L\u2019auteur, hell\u00e9niste distingu\u00e9, n\u2019a, semble-t-il, pas support\u00e9 l\u2019invasion de la ville \u00e9piscopale par les participants \u00e0 une \u00abstreet-parade\u00bb.<\/p>\n<p>Aussi tente-t-il de construire, autour d\u2019un p\u00e8re policier et d\u2019un fils m\u00e9di\u00e9viste, une intrigue provoquant un face \u00e0 face entre envahisseurs anciens et nouveaux, barbares d\u2019autrefois et barbares contemporains. Le propos est ouvertement r\u00e9actionnaire et l\u2019auteur arrogant dans sa r\u00e9action. C\u2019est son droit le plus strict, mais la moindre des choses serait, en d\u00e9fense des traditions, de ne pas maltraiter la langue. Or chez Ellenberger, les erreurs de style, de syntaxe et d\u2019orthographe sont non seulement grossi\u00e8res, mais elles pullulent. Peut-\u00eatre aurait-il d\u00fb faire revoir sa copie par une jeune barbare contemporaine tout de cuir v\u00eatue\u2026<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abLe silence d\u2019Ilona\u00bb, de Vincent Philippe, <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/editions\/campiche.htm>Bernard Campiche<\/a> \u00e9diteur, 138 p.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019Etrang\u00e8re\u00bb, nouvelles, de Sylviane Chatelain, <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/editions\/campiche.htm>Bernard Campiche<\/a> \u00e9diteur, 238 p.<\/p>\n<p>\u00abLa f\u00eate en ville\u00bb, de Pierre-Laurent Ellenberger, Editions de l\u2019Aire, 95 p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nProchaine \u00e9tape: Au Ch\u00e2ble chez Chappaz, \u00e0 Turin et en Toscane en compagnie de Fr\u00e9d\u00e9ric Pajak et Fabienne Guillermin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une bourgade jurassienne, on se plonge dans les secrets de famille, avant de vivre l&rsquo;angoisse vers Saint-Imier. 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