



{"id":286,"date":"1999-12-27T00:00:00","date_gmt":"1999-12-26T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=286"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=286","title":{"rendered":"Balade \u00e0 travers les nouveaut\u00e9s de la litt\u00e9rature romande (I)"},"content":{"rendered":"<p>\u00abLes ports c\u2019est con\/ Les gares aussi\/ Quant aux Orly\/ N\u2019en parlons pas\/ J\u2019aime bien ma taule\/ Et mes bouquins\/ Je voyage en douce\/ \u00c7a me co\u00fbte rien\u2026\u00bb chantait le Ferr\u00e9 de ma jeunesse. La raideur du propos me choquait d\u2019autant plus que j\u2019aimais bien les gares, mais elle rejoignait aussi en profondeur un go\u00fbt de la lecture solitaire qui jamais ne m\u2019abandonna. Surtout quand les jours baissent, vers la fin novembre.<\/p>\n<p>Ainsi, ces derni\u00e8res semaines, je me suis pay\u00e9 une longue balade en Suisse romande. J\u2019ai beau m\u2019y agiter en tous sens depuis longtemps, il y a toujours des d\u00e9couvertes \u00e0 faire. Laiss\u00e9es au hasard, elles sont parfois surprenantes.<\/p>\n<p>Bon prince envers notre m\u00e9tropole locale, j\u2019ai commenc\u00e9 par Gen\u00e8ve o\u00f9 <a href=http:\/\/www.fnac-direct.fr\/fnacdirect-bin\/fiche_livre?type=1&#038;fisbn=9782825112861&#038;ffiche=N&#038;l-sousfamille=AA%3bAA&#038;id=455944412596&#038;l-auteur=Jean%2dMichel+Olivier target=_blank>Jean-Michel Olivier<\/a> situe l\u2019action d\u2019un ambitieux roman (\u00abL\u2019Amour fant\u00f4me\u00bb, L\u2019Age d\u2019Homme) o\u00f9 l\u2019on voit une m\u00e8re abusive r\u00e9duire en bouillie un fils trop ch\u00e9ri. Le fiston s\u2019\u00e9mancipe aux lendemains de Mai 68 avec Rose, retombe dans le giron maternel en 1978 apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 \u00e0 Mona rencontr\u00e9e dans un happening branch\u00e9 et s\u2019effondre en 1994 apr\u00e8s s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 s\u00e9duire par les divagations New Age de Neige et fricot\u00e9 avec une secte ressemblant fort \u00e0 l\u2019Ordre du Temple Solaire.<\/p>\n<p>Jean-Michel Olivier tenait un bon filon en se branchant ces trois moments des modes genevoises de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. H\u00e9las! Ses personnages manquent trop de consistance, sont trop st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s pour que le lecteur croche. Quelques mois de travail suppl\u00e9mentaires sur le texte, un affinement de l\u2019\u00e9criture, auraient peut-\u00eatre permis d\u2019en faire un bon roman.<\/p>\n<p>Abandonnant un homme plus que quadrag\u00e9naire blotti contre le sein de sa m\u00e8re plus que sexag\u00e9naire, j\u2019ai quitt\u00e9 Gen\u00e8ve pour les collines jurassiennes.<\/p>\n<p>J\u2019ai toujours eu un faible pour le Jura. J\u2019y ai, \u00e0 l\u2019ombre de la Dent de Vaulion, pass\u00e9 une enfance magique dans une bicoque plant\u00e9e au milieu des sapins du Risoux. Mon imagination n\u2019\u00e9prouvait aucune difficult\u00e9 \u00e0 entendre hurler les meutes de loups de Curwood, mais peinait \u00e0 imaginer l\u2019univers des \u00abPlanteurs de la Jama\u00efque\u00bb et leurs champs de cannes \u00e0 sucre. Notre sucre venait d\u2019Aarberg. Les seules cannes de ma connaissance avaient une extr\u00e9mit\u00e9 ferr\u00e9e et l\u2019autre recourb\u00e9e en guise de poign\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Quand un matin, au saut du lit, H. F., marchand de papier hygi\u00e9nique, se met impromptu \u00e0 suivre une dame aux chaussures d\u00e9pareill\u00e9es, l\u2019une rouge l\u2019autre noire, il n\u2019a pas besoin de canne pour gagner les faubourgs d\u2019une ville que l\u2019on peut supposer \u00eatre La Chaux-de-Fonds. C\u2019est l\u2019instinct (aid\u00e9 par le go\u00fbt: \u00abmalgr\u00e9 la jupe noire \u00e0 mi-mollet, il subodora des jambes comme il les aimait\u2026\u00bb) qui le pousse dans ce myst\u00e9rieux \u00abFace \u00e0 dos\u00bb imagin\u00e9 par <a href=http:\/\/www.fnac-direct.fr\/fnacdirect-bin\/rech_livre?type=1&#038;id=455944412596&#038;l-auteur=VUILLEME+JEAN%2dBERNARD target=_blank>Jean-Bernard Vuill\u00e8me<\/a>. Mais le h\u00e9ros par inadvertance de ce polar hautement m\u00e9taphysique est lui-m\u00eame suivi par l\u2019inspecteur If que le conseil d\u2019administration a mis aux trousses du vendeur trop innovateur dans ses m\u00e9thodes.<\/p>\n<p>Cette extravagante divagation d\u2019une inconnue doublement suivie par deux hommes est prestement enlev\u00e9e par l\u2019auteur. Vuill\u00e8me a une belle plume, son r\u00e9cit une plaisante l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. En suivant ces chaussures rouge et noir, je me suis pris une grande bol\u00e9e d\u2019air frais avant de prendre le chemin des cr\u00eates en direction des montagnes jurassiennes o\u00f9 les chevaux cavalent en libert\u00e9. L\u00e0 m\u2019attendaient les nouvelles bucoliques de Jean-Pierre Rochat.<\/p>\n<p>Bucoliques, les Franches-Montagnes le sont en toutes saisons. J\u2019aime m\u2019y perdre dans les p\u00e2turages en octobre. Je garde des images fortes de longues randonn\u00e9es \u00e0 ski de fond en f\u00e9vrier, le visage fouett\u00e9 par une bise glaciale, l\u2019\u0153il \u00e9bloui par le scintillement de la neige sur les sapins. La vie y est rude, les plaisirs aussi. Je me souviendrai toujours d\u2019un Nouvel-An que j\u2019y ai pass\u00e9 il y a dix ou quinze ans.<\/p>\n<p>Je logeai dans un H\u00f4tel de la Gare des plus simples o\u00f9 le patron avait, pour les grandes occasions, am\u00e9nag\u00e9 une salle \u00e0 boire tr\u00e8s fonctionnelle en sous-sol: des murs de ciment, un bar de poutres grossi\u00e8rement \u00e9quarries et rien d\u2019autre. La nuit durant, jeunes et vieux, hommes et femmes se sont so\u00fbl\u00e9s \u00e0 mort avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour la Suze. Au petit matin, le patron, un peu blet, chassait vomissures et d\u00e9chets avec un puissant jet d\u2019eau\u2026<\/p>\n<p>Ce sont ces paysans qui inspirent, semble-t-il, Jean-Pierre Rochat. De jour, il <a href=http:\/\/www.limpartial.ch\/journal\/1999\/faitdujour\/aout\/faitdujour09-08.htm target=_blank>\u00e9l\u00e8ve des chevaux<\/a> en observant ses contemporains; le soir il taquine la muse. Son recueil de nouvelles qualifi\u00e9es de bucoliques par antiphrase porte bien son titre: \u00abH\u00e9catombe\u00bb. Le monde qu\u2019il y d\u00e9crit est sinistre. Avec une touche de rustrerie rurale qui le rend encore plus d\u00e9primant. C\u2019est Barnab\u00e9 le berger qui, la saison termin\u00e9e, descend en ville et tue sans le vouloir une sommeli\u00e8re qui tente de l\u2019escroquer. C\u2019est le racisme ordinaire du Caf\u00e9 de la poste: \u00abMoi personnellement je ne suis pas raciste, bien au contraire, mais\u2026\u00bb C\u2019est le fils qui revient \u00e0 la ferme apr\u00e8s avoir fini son \u00e9cole d\u2019agriculture et qui bazarde les chevaux que son p\u00e8re aimait. C\u2019est le petit Oscar martyris\u00e9 par son instituteur parce qu\u2019il sent l\u2019\u00e9curie.<\/p>\n<p>Un monde qui fait si mal qu\u2019il donne envie de se r\u00e9fugier chez les loups, de conna\u00eetre l\u2019\u00abAmour Loup\u00bb: \u00abLa louve ferme les yeux, vous sentez les battements de son c\u0153ur \u00e0 travers ses flancs, son c\u0153ur est le v\u00f4tre, vous \u00eates louve et vous \u00eates infini, mais elle se renverse, vous roulez sur la mousse, elle s\u2019enfuit en quelques bonds, vous \u00eates toujours louve et votre regard ne sera plus jamais niais et servile.\u00bb <\/p>\n<p>Jean-Pierre Rochat a la prose triste, mais quelle prose! Morcel\u00e9e, mottel\u00e9e comme une terre grasse fra\u00eechement retourn\u00e9e par le socle de la charrue, elle cerne l\u2019homme au tr\u00e9fonds de son \u00eatre.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abL\u2019Amour fant\u00f4me\u00bb, de Jean-Michel Olivier, <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/editions\/agedhomme.htm target=_blank>L\u2019Age d\u2019Homme<\/a>, 196 p.<\/p>\n<p>\u00abFace \u00e0 dos\u00bb, de Jean-Bernard Vuill\u00e8me, <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/editions\/zoeautomne99.htm target=_blank>Zo\u00e9<\/a>, 154 p.<\/p>\n<p>\u00abH\u00e9catombe. Nouvelles bucoliques\u00bb, de Jean-Pierre Rochat, La Chambre d\u2019\u00e9chos (Diffusion <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/editions\/agedhomme.htm target=_blank>L\u2019Age d\u2019homme<\/a>), 94 p.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nProchaine \u00e9tape : De Porrentruy \u00e0 Fribourg, en passant par Saint-Imier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>O\u00f9 l\u2019on se plonge dans les d\u00e9rives genevoises avant de vivre un polar m\u00e9taphysique du c\u00f4t\u00e9 de La Chaux-de Fonds et de survivre \u00e0 une h\u00e9catombe dans les montagnes du Jura.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=286"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/286\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}