



{"id":2855,"date":"2009-05-14T00:00:00","date_gmt":"2009-05-13T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2855"},"modified":"2009-06-19T16:23:45","modified_gmt":"2009-06-19T14:23:45","slug":"alimentation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2855","title":{"rendered":"Comment Le Mar\u00e9chal est parti \u00e0 la conqu\u00eate du monde"},"content":{"rendered":"<p>Derri\u00e8re les paysages bucoliques de la Broye, o\u00f9 les cantons de Vaud et de Fribourg s\u2019imbriquent \u00e0 l\u2019infini, une petite fromagerie fait preuve d\u2019une \u00e9tonnante pugnacit\u00e9. Exportant ses meules jusqu\u2019aux Etats-Unis et en Russie, l\u2019entrepriseLe Mar\u00e9chal a connu une croissance annuelle spectaculaire depuis sa cr\u00e9ation en 1994, et commercialise d\u00e9sormais plus de 300 tonnes de fromage par an. <\/p>\n<p>Un \u00eelot de succ\u00e8s dans le paysage plut\u00f4t morose de l\u2019agriculture helv\u00e9tique. Ce fromage \u00e0 p\u00e2te dure, dont la surface est trait\u00e9e avec un m\u00e9lange d\u2019herbes durant sa maturation, doit sa r\u00e9ussite \u00e0 l\u2019esprit pionnier du fromager Jean-Michel Rapinet de ses producteurs de lait F\u00e9lix Baertschi, Stefan Hugi et Bernard Nicod, qui sont sortis du syst\u00e8me de production \u00e9tatique avant l\u2019heure pour lancer leur propre sp\u00e9cialit\u00e9. \u00abLorsque nous avons cr\u00e9\u00e9 Le Mar\u00e9chal, les gens ne nous comprenaient pas, se souvient Jean-Michel Rapin. Nous nous sommes ent\u00eat\u00e9s car nous sentions que le vent allait tourner. Nous avons demand\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque une d\u00e9rogation pour pouvoir commercialiser une nouvelle sp\u00e9cialit\u00e9 fromag\u00e8re. Nous formions une \u00e9quipe qui partageait la m\u00eame vision lib\u00e9rale de l\u2019agriculture et du futur.\u00bb<\/p>\n<p>Professeur \u00e0 l\u2019Ecole d\u2019agriculture de Grange-Verney (VD), Thierry Gallandaz, qui observe le secteur de pr\u00e8s, estime que Jean-Michel Rapin et ses producteurs de lait ont su prendre des risques \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019agriculture \u00e9tait encore fortement r\u00e9gul\u00e9e par l\u2019Etat, qui garantissait l\u2019achat du lait \u00e0 un certain prix: \u00abCela leur a permis d\u2019arriver sur le march\u00e9 lorsqu\u2019il y avait encore peu de sp\u00e9cialit\u00e9s. Ceux qui se sont lanc\u00e9s plus tard ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 un march\u00e9 beaucoup plus satur\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Autre innovation, la production de la fromagerie Le Mar\u00e9chal est organis\u00e9e selon un syst\u00e8me qui se diff\u00e9rencie de la coop\u00e9rative, le mod\u00e8le traditionnel de la majorit\u00e9 des fromages suisses comme le gruy\u00e8re ou l\u2019emmental. \u00abDans une coop\u00e9rative, le producteur livre ses boilles de lait quotidiennement \u00e0 la laiterie, les verse dans une cuve, et ne se soucie pas de la suite, d\u00e9taille Bernard Nicod, producteur de lait pour Le Mar\u00e9chal \u00e0 Granges-pr\u00e8s-Marnand. Avec l\u2019Organisation de producteurs-utilisateurs (OPU), sur laquelle est bas\u00e9e notre fromagerie, nous sommes impliqu\u00e9s dans la commercialisation du produit.\u00bb C\u2019est-\u00e0-dire que toutes les d\u00e9cisions, qu\u2019elles soient d\u2019ordre financier, marketing ou autres, sont prises conjointement par les producteurs et le fromager. <\/p>\n<p>\u00abAucune partie ne peut imposer ses d\u00e9cisions aux autres, car les voix sont r\u00e9parties \u00e9quitablement avec les producteurs\u00bb, pr\u00e9cise Jean-Michel Rapin. Alors que dans une coop\u00e9rative classique la relation est souvent tendue entre les producteurs et le fromager, dans le syst\u00e8me OPU \u00abtout le monde tire \u00e0 la m\u00eame corde\u00bb, ajoute le professeur Thierry Gallandaz: \u00abLes producteurs de lait pour Le Mar\u00e9chal se rendent en personne sur les foires et chez les grossistes. Ils comprennent mieux le march\u00e9 et peuvent ainsi s\u2019y adapter. \u00bb<\/p>\n<p>Pour le professeur, la cl\u00e9 du succ\u00e8s du Mar\u00e9chal dans ce march\u00e9 tr\u00e8s comp\u00e9titif (80% des nouveaux produits \u00e9chouent apr\u00e8s un an) r\u00e9side aussi dans le fait que ses cr\u00e9ateurs ne se sont jamais repos\u00e9s sur leurs lauriers. \u00abIls prospectent sans arr\u00eat de nouveaux march\u00e9s et de nouvelles m\u00e9thodes de production. En 2001, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le march\u00e9 du fromage se portait encore tr\u00e8s bien et o\u00f9 leurs affaires croissaient, Jean-Michel Rapin et ses producteurs ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019ajouter du lin dans le fourrage des vaches, afin que leur fromage contienne davantage d\u2019om\u00e9ga 3. Ils se sont compliqu\u00e9 la vie et ont augment\u00e9 leurs co\u00fbts. Mais ils r\u00e9coltent aujourd\u2019hui les fruits de cette audacieuse strat\u00e9gie.\u00bb<\/p>\n<p>Actuellement, 45% des 313 tonnes de la production annuelle du Mar\u00e9chal sont export\u00e9es en Europe, aux Etats-Unis, au Canada et, depuis 2008, en Russie. Son prix de vente au d\u00e9tail tourne autour des 60 francs le kilo. En Suisse, il est distribu\u00e9 par Coop, Migros, ainsi que par diff\u00e9rents grossistes et fromageries. \u00abCe qui nous a d\u00e9marqu\u00e9, outre la qualit\u00e9, c\u2019est l\u2019authenticit\u00e9 de notre produit, estime Jean-Michel Rapin. Nous avons toujours mis en avant la tra\u00e7abilit\u00e9 de nos fromages. Et comme nous n\u2019avions pas les moyens de payer un sp\u00e9cialiste pour faire notre marketing, nous avons donc fait les choses \u00e0 l\u2019instinct&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Pour donner un nom \u00e0 son produit, le fromager s\u2019est inspir\u00e9 de son propre grand-p\u00e8re, mar\u00e9chal-ferrant \u00e0 Corcelles-pr\u00e8s-Payerne (VD) au d\u00e9but du si\u00e8cle. L\u2019\u00e9tiquette repr\u00e9sente l\u2019a\u00efeul, dont la photo est imprim\u00e9e en noir et blanc. \u00abUn sp\u00e9cialiste en marketing l\u2019avait qualifi\u00e9e de \u00abvieux jeu\u00bb, rigole Jean-Michel Rapin. Mais nous n\u2019avions pas les moyens de l\u2019imprimer en couleur.\u00bb La mine joviale d\u2019Emile Rapin se r\u00e9v\u00e9lera pourtant cruciale pour la conqu\u00eate du march\u00e9 am\u00e9ricain: \u00abUn grossiste new- yorkais a ador\u00e9 notre \u00e9tiquette. Sans m\u00eame go\u00fbter le fromage, il a d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019importer!\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 leur r\u00e9ussite, Jean-Michel Rapin et ses acolytes ne se consid\u00e8rent pas comme un cas d\u2019\u00e9cole pour l\u2019agriculture suisse. \u00abNous avons b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la lib\u00e9ralisation de l\u2019agriculture. Ce qui fonctionne pour les uns ne fonctionne pas forc\u00e9ment pour les autres.\u00bb <\/p>\n<p>Une perspective confirm\u00e9e par le professeur Thierry Gallandaz: \u00abLes conditions de chaque fili\u00e8re agricole sont diff\u00e9rentes. Il est plus difficile de se d\u00e9marquer pour un producteur de sucre ou de bl\u00e9 \u00e9videmment. Reste que davantage d\u2019agriculteurs pourraient s\u2019inspirer de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit combatif des cr\u00e9ateurs du Mar\u00e9chal.\u00bb On ne saurait mieux dire.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b>Une PME qui a trouv\u00e9 ses marques<\/p>\n<p><font siez=2>Depuis sa cr\u00e9ation, la fromagerie maintient sa croissance.<\/b><\/p>\n<p>Structure &#8211; Fond\u00e9e en 1994, la fromagerie Le Mar\u00e9chal est une soci\u00e9t\u00e9 anonyme implant\u00e9e dans le village broyard de Granges-pr\u00e8s Marnand (VD). Elle emploie actuellement neuf personnes, dont les deux fils et la femme du fondateur Jean-Michel Rapin. <\/p>\n<p>D\u00e9veloppement &#8211; L\u2019entreprise conna\u00eet une croissance de 8 \u00e0 9% depuis sa cr\u00e9ation et son chiffre d\u2019affaires annuel s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 4,5 millions de francs. <\/p>\n<p>Partenaires &#8211; La fromagerie travaille en \u00e9troite collaboration avec 14 producteurs de lait de la r\u00e9gion, qui lui livrent quelque 3,5 millions de litres annuellement. Ces agriculteurs sont soumis \u00e0 un cahier des charges des plus exigeants.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine \u00e9conomique Bilan du 6 mai.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fromagerie broyarde s\u2019est impos\u00e9e sur les march\u00e9s suisses et internationaux, o\u00f9 elle \u00e9coule plus de 300 tonnes par an. Un succ\u00e8s d\u00fb \u00e0 l\u2019audace de ses cr\u00e9ateurs, qui ont profit\u00e9 de la lib\u00e9ralisation. <\/p>\n","protected":false},"author":19538,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2855","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2855","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19538"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2855"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2855\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2855"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2855"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2855"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}