



{"id":2781,"date":"2009-01-26T00:00:00","date_gmt":"2009-01-25T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2781"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"architecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2781","title":{"rendered":"\u00abLa ville est capable d\u2019auto-organisation\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Faut-il consid\u00e9rer la ville comme un organisme vivant? Pour Patrick Berger, les m\u00e9tropoles contemporaines, en continuelle transformation, sont capables d\u2019auto-organisation. L\u2019architecte parisien a lanc\u00e9 \u00e0 l\u2019EPFL le projet \u00abMorphogen\u00e8se de la m\u00e9tropole\u00bb pour d\u00e9couvrir, cach\u00e9 sous un d\u00e9veloppement urbain qui semble parfois anarchique, un semblant d\u2019ordre. En d\u00e9veloppant des nouveaux outils informatiques de repr\u00e9sentation des agglom\u00e9rations urbaines, son \u00e9quipe traque les lois de la morphogen\u00e8se: comment les constructions s\u2019attirent, se repoussent et finissent par donner aux villes les formes qu\u2019elles ont.<\/p>\n<p><b> En quoi nos villes ont-elles chang\u00e9?<\/b><br \/>\nLes fronti\u00e8res entre la cit\u00e9 et la campagne, entre le construit et la nature, se sont estomp\u00e9es. L\u2019agglom\u00e9ration urbaine est devenue une m\u00e9tropole en interaction constante avec sa r\u00e9gion et qui n\u2019est pas seulement en expansion, mais \u00e9galement en continuelle r\u00e9organisation interne. Les quartiers changent de visage, des zones industrielles deviennent culturelles puis r\u00e9sidentielles\u2026 La ville est une entit\u00e9 complexe, compos\u00e9e d\u2019une multitude d\u2019acteurs diff\u00e9rents. <\/p>\n<p><b>L\u2019urbaniste dispose aujourd\u2019hui de cartes tr\u00e8s pr\u00e9cises et d\u2019outils informatiques puissants. Pourquoi chercher une nouvelle mani\u00e8re de repr\u00e9senter la ville?<\/b><br \/>\nActuellement, les villes sont repr\u00e9sent\u00e9es sous une forme d\u2019images statiques. Des cartes satellitaires donnent une vision tr\u00e8s pr\u00e9cise d\u2019une agglom\u00e9ration, mais ne rendent pas compte des \u00e9volutions extr\u00eamement rapides qui se produisent au niveau de l\u2019organisation des activit\u00e9s humaines et des affectations des b\u00e2timents. Pendant que nous discutons, des milliers de permis de construire sont d\u00e9cern\u00e9s autour du monde, des b\u00e2timents sont r\u00e9affect\u00e9s\u2026<br \/>\nUn urbaniste planifie un d\u00e9veloppement urbain sur une trentaine d\u2019ann\u00e9es en se basant sur un plan fig\u00e9 mais, en m\u00eame temps, l\u2019agglom\u00e9ration se d\u00e9veloppe d\u2019elle-m\u00eame, d\u00e8s les premi\u00e8res constructions achev\u00e9es. Le r\u00e9sultat ne correspond jamais au projet initial. Il est crucial de mieux comprendre comment les quartiers s\u2019auto-organisent, et pour ce faire, il faut changer de repr\u00e9sentation. Une m\u00e9tropole n\u2019est pas seulement l\u2019ensemble des b\u00e2timents, car ces derniers interagissent. Nous voulons comprendre cette dynamique urbaine afin de pouvoir mieux la contr\u00f4ler. <\/p>\n<p><b>Comment des b\u00e2timents peuvent-ils interagir?<\/b><br \/>\nUne construction vient toujours avec un objectif, \u00e0 savoir une activit\u00e9 humaine: travail, logement, loisir, transport&#8230; La r\u00e9ussite d\u2019un tel programme architectural d\u00e9pend fortement de sa localisation. L\u2019implantation d\u2019un \u00e9l\u00e9ment polluant comme une route \u00e0 grand trafic rendra des logements avoisinants bien moins attractifs et, \u00e0 moyen terme, les fera fuir pour les remplacer par des programmes qui, eux, se portent bien dans cet environnement, comme par exemple un centre commercial pour qui la proximit\u00e9 d\u2019une route est un avantage. Le syst\u00e8me (le quartier) r\u00e9agit \u00e0 cette nouvelle arriv\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re autonome, sans qu\u2019il y ait forc\u00e9ment une intervention directe d\u2019un planificateur humain, et ainsi la cit\u00e9 s\u2019auto-organise. Il peut aussi y avoir un effet d\u2019entra\u00eenement. <\/p>\n<p>Des nouveaux logements vont par exemple attirer l\u2019implantation de commerces, puis de moyens de transport et ensuite d\u2019une \u00e9cole&#8230; M\u00eame des quartiers peuvent interagir! Nous \u00e9tudions les principes qui r\u00e9gissent ces interactions entre les constructions. Notre but est de comprendre les lois de la \u00abmorphogen\u00e8se\u00bb d\u2019une ville, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019\u00e9volution des formes que prend une agglom\u00e9ration.<\/p>\n<p><b>La ville est-elle donc un \u00eatre vivant, ind\u00e9pendant et dou\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 propre, et qui \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le<\/b><br \/>\nLa ville peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 un organisme biologique, qui lui aussi est un syst\u00e8me complexe, dynamique et autog\u00e8ne, c\u2019est-\u00e0-dire capable d\u2019auto-organisation. Comme les biologistes qui cherchent \u00e0 comprendre ce qui a produit la forme d\u2019un coquillage ou le motif de la peau du l\u00e9opard, nous voulons savoir comment une agglom\u00e9ration s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, et pourquoi elle a pris la forme qu\u2019elle a. C\u2019est le processus dynamique qui nous int\u00e9resse. C\u2019est d\u2019ailleurs bien diff\u00e9rent du biomim\u00e9tisme esth\u00e9tique ou symbolique dans lequel on copie une forme de la nature telle quelle \u2013 comme par exemple la capitale Brasilia qui suit la forme d\u2019un oiseau. Mais je n\u2019aime pas aller trop loin dans l\u2019analogie avec le monde biologique, car les cit\u00e9s poss\u00e8dent des \u00e9l\u00e9ments qui sont sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019homme, comme par exemple les espaces culturels, ludiques, de loisirs ou encore \u00e0 vocation symbolique que l\u2019on ne trouve pas dans le monde naturel. <\/p>\n<p>Je ne vois pas les m\u00e9tropoles comme chaotiques, car cette complexit\u00e9 est le r\u00e9sultat de r\u00e8gles, de lois sous-jacentes. Il ne faut surtout pas baisser les bras et laisser le d\u00e9veloppement urbain \u00e0 lui-m\u00eame! En comprenant la dynamique de la ville, l\u2019urbaniste sera mieux \u00e0 m\u00eame de l\u2019accompagner et la guider dans son d\u00e9veloppement \u2013 comme un tuteur qui soutient une plante et la guide dans sa croissance.<\/p>\n<p><b>Comment traduisez-vous ces concepts th\u00e9oriques en un outil utilisable par un urbaniste?<\/b><br \/>\nNous avons identifi\u00e9 quelques centaines de \u00ablois de morphogen\u00e8se\u00bb d\u00e9crivant les interactions positives ou n\u00e9gatives existants entre les diff\u00e9rents b\u00e2timents ainsi que l\u2019influence de l\u2019environnement naturel. Les constructions sont int\u00e9gr\u00e9es dans un syst\u00e8me d\u2019information g\u00e9ographique qui permet de visualiser leur \u00e9volution, laquelle est d\u00e9termin\u00e9e par ces lois. Il est possible de voir ainsi sur une carte des logements appara\u00eetre, se concentrer, changer d\u2019affectation ou dispara\u00eetre. Nous pouvons d\u00e9j\u00e0 mod\u00e9liser l\u2019\u00e9volution d\u2019une centaine de b\u00e2timents. A terme, notre but est de d\u00e9velopper un outil d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision utilisable par les urbanistes: ils pourront observer comment un quartier \u00abr\u00e9agira\u00bb suivant l\u2019endroit o\u00f9 une nouvelle construction est implant\u00e9e.<\/p>\n<p><b>Vous avez donc d\u00fb travailler avec des informaticiens du Laboratoire de syst\u00e8me d\u2019information g\u00e9ographique (LaSIG) de l\u2019EPFL. L\u2019interdisciplinarit\u00e9 est-elle un aspect important de votre recherche?<\/b><br \/>\nL\u2019interdisciplinarit\u00e9 est un concept \u00e0 la mode, mais cela ne sert \u00e0 rien de mettre des disciplines ensemble dans une bo\u00eete et de la secouer pour voir ce qui en sort. Des architectes ont essay\u00e9 depuis longtemps d\u2019int\u00e9grer des domaines tels que la sociologie ou l\u2019ethnologie. Des visions int\u00e9ressantes ont pu en d\u00e9couler, mais sans toujours \u00eatre vraiment utiles pour la production des projets architecturaux. Je crois \u00e0 l\u2019approche multidisciplinaire seulement lorsqu\u2019elle permet de r\u00e9pondre \u00e0 des questions pr\u00e9cises. Dans notre cas, il \u00e9tait n\u00e9cessaire de faire appel \u00e0 des comp\u00e9tences ext\u00e9rieures pour d\u00e9velopper les solutions informatiques. <\/p>\n<p><b>Vous avez \u00e0 la fois une chaire \u00e0 l\u2019EPFL et un bureau d\u2019architectes \u00e0 Paris. Votre recherche influence-t-elle votre pratique?<\/b><br \/>\nLa plupart des architectes enseignant dans des hautes \u00e9coles pratiquent \u00e9galement l\u2019architecture dans le priv\u00e9. C\u2019est tr\u00e8s important pour les \u00e9tudiants, qui apprennent dans nos cours essentiellement l\u2019art de penser un projet architectural et de le r\u00e9aliser en tenant compte de tous les aspects pratiques. Mais les technologies, les conditions sociales du m\u00e9tier \u2013 comme par exemple la forme des concours architecturaux \u2013 sont en changement perp\u00e9tuel. De nouveaux crit\u00e8res, comme les questions \u00e9nerg\u00e9tiques, deviennent tr\u00e8s importants dans l\u2019attribution des mandats. Il est donc crucial que l\u2019enseignant soit au fait de cette \u00e9volution en s\u2019y confrontant lui-m\u00eame par les projets de son bureau priv\u00e9. Inversement, ma pratique b\u00e9n\u00e9ficie grandement des id\u00e9es qui \u00e9mergent de mon activit\u00e9 universitaire, qui permet de prendre de la distance par rapport \u00e0 des questions plus fondamentales. Ce va-et-vient entre recherche et pratique est tr\u00e8s f\u00e9cond.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b>Mod\u00e9liser un quartier vivant, mode d\u2019emploi<\/b><\/p>\n<p><font size=2>Etudier la ville par une d\u00e9marche scientifique rigoureuse, voil\u00e0 l\u2019essence du projet \u00abMorphogen\u00e8se de la m\u00e9tropole\u00bb. Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019auto-organisation et \u00e9nonc\u00e9 les lois les r\u00e9gissant, il faut passer \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9tape, celle des pr\u00e9dictions. Une seule solution: la simulation informatique, impl\u00e9ment\u00e9e par un syst\u00e8me d\u2019information de g\u00e9ographie (SIG), \u00e0 savoir un logiciel de cartographie permettant d\u2019acqu\u00e9rir, s\u00e9lectionner et manipuler des donn\u00e9es g\u00e9ographiques. <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de Patrick Berger a collabor\u00e9 avec le Laboratoire de SIG de l\u2019EPFL pour incorporer dans un SIG la dynamique autonome des constructions. R\u00e9sultat: le logiciel permet de visualiser sur une carte l\u2019apparition, la disparition ou encore la r\u00e9affectation des b\u00e2timents. Il permet ainsi de comparer les diff\u00e9rentes \u00e9volutions que suivra un quartier selon l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on implante certains b\u00e2timents. <\/p>\n<p>Le moteur de cette \u00e9volution est la croissance: des nouvelles constructions doivent appara\u00eetre \u00e0 des endroits encore libres, de pr\u00e9f\u00e9rence l\u00e0 o\u00f9 l\u2019environnement leur est le plus favorable. Chaque construction est mod\u00e9lis\u00e9e par un \u00abagent vecteur\u00bb poss\u00e9dant un degr\u00e9 de satisfaction d\u00e9pendant de son environnement naturel et construit. Un agent repr\u00e9sente le b\u00e2timent avec sa forme r\u00e9elle en 3D et peut \u00eatre situ\u00e9 \u00e0 n\u2019importe quel point g\u00e9ographique du SIG, ce qui permet de programmer les interactions entre les b\u00e2timents en tenant compte de leur \u00e9loignement exact. Cela serait impossible avec le proc\u00e9d\u00e9 usuel bas\u00e9 sur des automates cellulaires, dans lequel une grille divise le SIG en des cellules qui peuvent prendre diff\u00e9rentes fonctions. <\/p>\n<p>Un logement b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un commerce proche, d\u2019un taux d\u2019ensoleillement \u00e9lev\u00e9 ou encore d\u2019une belle vue sur le lac a un degr\u00e9 de satisfaction \u00e9lev\u00e9, alors que l\u2019apparition d\u2019une usine voisine le diminue. Si la satisfaction devient trop faible, la construction dispara\u00eet ou voit son utilisation se modifier: un entrep\u00f4t se transforme en logement, une villa devient un commerce. La topographie est \u00e9galement prise en compte: un b\u00e2timent s\u2019oriente a priori parall\u00e8lement \u00e0 la route, face au lac si possible, ou face \u00e0 la pente si celle-ci d\u00e9passe un certain angle. Une rang\u00e9e de villas a tendance \u00e0 rester align\u00e9e. <\/p>\n<p>Les premi\u00e8res simulations ont mod\u00e9lis\u00e9 le d\u00e9veloppement d\u2019un quartier de l\u2019Ouest lausannois d\u2019un kilom\u00e8tre carr\u00e9 contenant une centaine de b\u00e2timents. Elles ont par exemple d\u00e9montr\u00e9 comment l\u2019installation d\u2019un cin\u00e9ma ou le d\u00e9sir d\u2019avoir une vue sur le lac influence l\u2019implantation d\u2019une dizaine de villas. Les chercheurs impl\u00e9mentent actuellement un syst\u00e8me multi-agents et multi-\u00e9chelles: les b\u00e2timents pourront n\u00e9gocier entre eux s\u2019ils veulent par exemple s\u2019installer au m\u00eame endroit) et le syst\u00e8me pourra reconna\u00eetre un ensemble de b\u00e2timents comme d\u00e9finissant un quartier. Ce dernier devient alors lui-m\u00eame un agent capable de d\u00e9cisions. Ce nouvel outil informatique permettra de tester les lois de la morphogen\u00e8se et \u00eatre utilis\u00e9 par les urbanistes comme instrument d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision. Pour savoir enfin si d\u00e9m\u00e9nager le Stade de la Pontaise au bord du lac est une bonne id\u00e9e.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine scientifique Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laur\u00e9at du concours pour la r\u00e9novation des Halles, \u00e0 Paris, l\u2019architecte Patrick Berger est aussi un chercheur. 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Rencontre.<\/p>\n","protected":false},"author":19478,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2781","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2781","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19478"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2781"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2781\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}