



{"id":2725,"date":"2008-11-04T00:00:00","date_gmt":"2008-11-03T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2725"},"modified":"2017-07-12T11:25:44","modified_gmt":"2017-07-12T09:25:44","slug":"monde-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2725","title":{"rendered":"Il fallait en plus qu\u2019Obama soit beau"},"content":{"rendered":"<p>Il faut imaginer Barack Obama vieux, chauve, jaune. Ou compl\u00e8tement noir. Ou tout blanc. Il faut imaginer Barack Obama moche, inculte, habill\u00e9 comme un plouc texan. Toutes ces imperfections, dont il semble miraculeusement pr\u00e9serv\u00e9, montrent que Barack Obama, sous peine d\u2019\u00e9chec imm\u00e9diat, ne pouvait \u00eatre diff\u00e9rent de ce qu\u2019il est. <\/p>\n<p>Il fallait d\u2019abord qu\u2019Obama soit m\u00e9tis. Parce que d\u00e9sormais, tout le monde l\u2019est ou le sera bient\u00f4t. Ou voudra l\u2019\u00eatre. Parce que la puret\u00e9 ethnique a suffisamment d\u00e9montr\u00e9, de l\u2019Allemagne nazie au conflit yougoslave, sa proximit\u00e9 avec le meurtre rituel. Parce qu\u2019\u00eatre tout simplement blanc, c\u2019est porter sur son visage un pass\u00e9 suppos\u00e9 de domination brute, de colonisation, de s\u00e9gr\u00e9gations multiples. Parce qu\u2019\u00eatre compl\u00e8tement noir, c\u2019est porter sur son visage les stigmates suppos\u00e9s de la violence, de l\u2019assistanat, d\u2019une inf\u00e9riorit\u00e9 pr\u00e9tendument tomb\u00e9e du ciel.<\/p>\n<p>Ainsi, le plus dur pour Obama aura finalement \u00e9t\u00e9 de conqu\u00e9rir cette adh\u00e9sion aujourd\u2019hui \u00e9crasante de la communaut\u00e9 noire: 95% des votants. Le r\u00e9v\u00e9rend Jesse Jackson, plusieurs fois candidat noir sacrifi\u00e9 \u00e0 la Maison Blanche, n\u2019a par exemple jamais \u00e9t\u00e9 convaincu par Obama, qu\u2019il trouve tr\u00e8s condescendant dans sa fa\u00e7on de s\u2019adresser \u00e0 ses fr\u00e8res plus noirs.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, pour les Blancs &#8212; tout de m\u00eame 73% de la population des Etats-Unis &#8211;, il \u00e9tait \u00e9videmment capital qu\u2019Obama ne soit pas trop noir. Pour s\u2019en convaincre, il suffit d\u2019\u00e9couter cette interlocutrice oblig\u00e9e des envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux europ\u00e9ens aux Etats-Unis lors de chaque \u00e9v\u00e9nement \u00e9lectoral: la petite barmaid blanche et dure \u00e0 la t\u00e2che. Celle qui s\u2019exprime dans Le Temps, par exemple, ne cache pas ce qu\u2019elle pense vraiment des vrais Noirs: \u00abIls sont horribles, arrogants et plein de pr\u00e9jug\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Nous y voil\u00e0: il fallait, en plus, que Barack Obama soit beau. Un crit\u00e8re devenu terriblement d\u00e9cisif en politique et qui \u00e9tonne de moins en moins, tant les explications abondent pour justifier la toute-puissante dictature du glamour partout: \u00e9vidente sup\u00e9riorit\u00e9 communicative de la forme sur le fond, du visuel sur l\u2019\u00e9crit, de l\u2019apparence sur la r\u00e9alit\u00e9, de l\u2019image sur le sens.<\/p>\n<p>Il fallait m\u00eame que Barack Obama soit intelligent. Apr\u00e8s huit ann\u00e9es d\u2019un Bush triomphalement intronis\u00e9 cr\u00e9tin universel, c\u2019\u00e9tait le minimum. Pour oublier d\u2019un seul coup les caricatures souvent injustes, toujours m\u00e9prisantes, de cette Am\u00e9rique profonde qu\u2019on ne veut voir d\u2019Europe que profond\u00e9ment inculte.<\/p>\n<p>Il fallait, dans la foul\u00e9e, que Barack Obama soit un peu bigot, dans un monde o\u00f9 pratiquement seule l\u2019Europe blanche se d\u00e9clare la\u00efque, voire m\u00e9cr\u00e9ante. Et puis, il y a ce deuxi\u00e8me pr\u00e9nom, prononc\u00e9 uniquement par ses adversaires, ce \u00abHussein\u00bb, parfait en petite touche discr\u00e8te pour que m\u00eame les musulmans, m\u00eame la rue arabe, m\u00eames les Palestiniens, ne se sentent, une fois n\u2019est pas coutume, pas compl\u00e8tement largu\u00e9s. <\/p>\n<p>Il fallait enfin que Barack Obama ait exactement l\u2019\u00e2ge qu\u2019il a. Fasse partie de cette g\u00e9n\u00e9ration molle n\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante. Trop tard pour avoir particip\u00e9 au triomphe des trente glorieuses et se retrouver vite le ventre repu et l\u2019esprit vide. Trop tard aussi pour fomenter les \u00e9meutes de 68, et croire \u00e0 un autre monde.<\/p>\n<p>Une g\u00e9n\u00e9ration entr\u00e9e dans la vie professionnelle en pleines ann\u00e9es fric, au moment de l\u2019effondrement des derni\u00e8res utopies. Fin de l\u2019URSS, conversion de la sociale d\u00e9mocratie au march\u00e9 pur et dur, d\u00e9but de la course sans remord aux milliards. Mais une g\u00e9n\u00e9ration arrivant aux manettes, entrevoyant le pouvoir supr\u00eame, apr\u00e8s le 11 septembre, c\u2019est-\u00e0-dire dans un monde d\u00e9sormais \u00e9clat\u00e9, multiple, beaucoup moins simple, ni noir, ni blanc, sur fond de catastrophe \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Cela tombe bien: cette g\u00e9n\u00e9ration-l\u00e0, Obama en t\u00eate, ne conna\u00eet ni la r\u00e9volte de posture, ni le dogmatisme \u00e9touffant, ni le cynisme des vainqueurs. <\/p>\n<p>Bref il fallait que Barack Obama soit parfait. Cela explique sa popularit\u00e9 plan\u00e9taire proche de la ferveur messianique, mais ne dit pas quel pr\u00e9sident il pourrait \u00eatre. Ceux qui voudront g\u00e2cher la f\u00eate pourront facilement rappeler que la plupart des grands pr\u00e9sidents am\u00e9ricains \u00e9taient, au d\u00e9part, bourr\u00e9s de tares multiples. <\/p>\n<p>Roosevelt? Un malade chronique. Nixon? Un cynique \u00e0 gueule de psychopathe. Reagan? Un imb\u00e9cile fier de l\u2019\u00eatre. Clinton? Un vicelard inconsistant. Tous allaient se r\u00e9v\u00e9ler, pourtant, taill\u00e9s pour le job.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 peut-\u00eatre bien le seul doute que peut encore susciter Obama: \u00eatre dot\u00e9 d\u2019un talon d\u2019Achille in\u00e9dit, qui consisterait \u00e0 n\u2019en point avoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le candidat noir devait \u00eatre parfait. Il l\u2019a \u00e9t\u00e9 au point de conqu\u00e9rir une ferveur universelle. Qui ne dit pourtant rien sur le futur pr\u00e9sident. Une fonction o\u00f9 les sales types r\u00e9ussissent souvent mieux.<\/p>\n","protected":false},"author":19223,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[1298],"class_list":["post-2725","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","tag-chroniques","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2725","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19223"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2725"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2725\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5392,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2725\/revisions\/5392"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2725"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2725"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2725"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}