



{"id":2713,"date":"2008-10-16T00:00:00","date_gmt":"2008-10-15T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2713"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2713","title":{"rendered":"Il fallait laisser mourir l\u2019UBS"},"content":{"rendered":"<p>Dans l\u2019\u00e9dition d\u2019hier du quotidien Le Temps, l\u2019\u00e9ditorialiste a jou\u00e9 de malchance en commen\u00e7ant ainsi son article: \u00abLa Suisse s&rsquo;en tire apparemment tr\u00e8s bien alors que l&rsquo;Europe, en proie \u00e0 la crise financi\u00e8re, se serre les coudes. UBS a recapitalis\u00e9 \u00e0 temps pour \u00e9viter un coup de main salvateur de ses cons\u0153urs helv\u00e9tiques ou de l&rsquo;Etat\u00bb, car au moment o\u00f9 le lecteur le lisait en buvant son caf\u00e9, la radio annon\u00e7ait juste le contraire. <\/p>\n<p>A savoir que la Conf\u00e9d\u00e9ration allait entrer au capital d\u2019UBS \u00e0 hauteur de 6 milliards de francs suisses et que la banque nationale (BNS) allait reprendre une partie de ses actifs pourris pour 60 milliards de dollars. On apprenait par ailleurs que sur injonction de la Commission f\u00e9d\u00e9rale des banques, Credit Suisse, deuxi\u00e8me banque du pays, se recapitalise \u00e0 hauteur 6,5 milliards d&rsquo;euros (avec les sous du Qatar), alors qu\u2019il affiche une perte nette de pr\u00e8s de 900 millions d&rsquo;euros au troisi\u00e8me trimestre.<\/p>\n<p>Cette intervention directe de l\u2019Etat sur le march\u00e9 bancaire se situe dans la droite ligne trac\u00e9e par les gouvernements des Etats-Unis et de l\u2019Union europ\u00e9enne. Elle prouve, comme les autres, que le credo lib\u00e9ral du laissez-faire a atteint ses limites. Elle prouve aussi que, dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e, abandonner la gouvernance des banques aux seuls banquiers est sur le long terme source de catastrophes aux cons\u00e9quences politiques et sociales incalculables. Qui dressera dans deux ou trois ans le bilan des pertes subies par les millions de ch\u00f4meurs que la r\u00e9cession en cours abandonnera sur les marges de la soci\u00e9t\u00e9?<\/p>\n<p>Est-ce \u00e0 dire que le retour de l\u2019Etat en premi\u00e8re ligne des politiques financi\u00e8res signifie un retour au socialisme pur et dur bien connu pour ses nationalisations massives des appareils de production? Certainement pas. En Europe occidentale, ce socialisme-l\u00e0 est mort entre 1981 et 1983, au d\u00e9but de la pr\u00e9sidence Mitterrand et des \u00e9checs de son premier gouvernement. Confront\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie d\u00e9j\u00e0 largement transnationale et \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 du n\u00e9o-conservatisme anglo-saxon de Reagan &#038; Thatcher, les socialistes fran\u00e7ais durent vite abandonner leurs chim\u00e8res. Et chanter tout aussi vite les vertus du lib\u00e9ralisme. Parce que le monde a tourn\u00e9 et que les nationalisations comme leur nom l\u2019indique concernent l\u2019\u00e9conomie d\u2019une nation, d\u2019un Etat-nation. Aujourd\u2019hui les Etats-nations ne sont plus rien. <\/p>\n<p>Tout est imbriqu\u00e9, chacun se tient par la barbichette. La course en solitaire n\u2019existe plus que pour les sportifs, pas pour les financiers. Mais que dire alors de l\u2019UBS et de l\u2019intervention de la Conf\u00e9d\u00e9ration? Rien d\u2019autre que de hurler au scandale.<\/p>\n<p>Le sauvetage t\u00e9l\u00e9guid\u00e9 par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et la BNS n\u2019est qu\u2019une prime \u00e0 la cupidit\u00e9, \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, \u00e0 l\u2019irresponsabilit\u00e9. Il t\u00e9moigne d\u2019une solidarit\u00e9 de caste entre des \u00e9lites qui fonctionnent selon une id\u00e9ologie primitive qui ne vise qu\u2019\u00e0 d\u00e9fendre des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s personnels au d\u00e9triment de ceux de la collectivit\u00e9. Nous l\u2019avons vu il y a six ans avec l\u2019affaire Swissair o\u00f9 les deux milliards vers\u00e9s \u00e0 fonds perdu par l\u2019Etat n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 remplir les poches des faillis que personne ne montre plus du doigt.<\/p>\n<p>Mais, direz-vous, il n\u2019est pas possible de laisser une banque telle qu\u2019UBS faire faillite. Pourquoi pas? Premi\u00e8rement, la faillite peut encore venir. Deuxi\u00e8mement, il aurait mieux valu que l\u2019Etat conserve son argent pour indemniser les victimes, irriguer les entreprises mises en difficult\u00e9s, voire aider les banques (cantonales ou coop\u00e9ratives) de moindre importance \u00e0 reprendre les dossiers laiss\u00e9s en d\u00e9sh\u00e9rence par l\u2019incomp\u00e9tence d\u2019UBS.<\/p>\n<p>On ne voit pas en effet par quel miracle un groupe dirigeant (la direction et le conseil d\u2019administration) pourrait r\u00e9ussir aujourd\u2019hui \u00e0 r\u00e9tablir une situation qu\u2019ils ont mis une bonne quinzaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer. Je ne vois pas par quel miracle ces messieurs qui pensaient devenir les premiers \u00e0 Wall Street vont se r\u00e9soudre \u00e0 changer de comportement. A retourner labourer chez les Waldst\u00e4tten. A penser solidarit\u00e9 plut\u00f4t que big business!<\/p>\n<p>La chose est d\u2019autant plus incongrue que ces gens nous mentent depuis des ann\u00e9es, ont encore menti en faisant une assembl\u00e9e bidon avec annonce de b\u00e9n\u00e9fices il y a quelques jours et qu\u2019ils continuent de mentir en pr\u00e9tendant aujourd\u2019hui que leur situation est bonne et que la recapitalisation ne vise qu\u2019\u00e0 redonner un peu de confiance au march\u00e9. On n\u2019en peut plus de cette mentalit\u00e9. Il devient insupportable pour nous, citoyens avant que d\u2019\u00eatre contribuables, de voir une caste de banquiers et de managers qui a perdu tout sens de la d\u00e9mocratie et de la morale, parader en toute impunit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Etat-nation n\u2019ayant plus le pouvoir de ma\u00eetriser totalement ces d\u00e9rives, il peut cependant intervenir \u00e0 la source en n\u00e9gociant au niveau international par des accords multilat\u00e9raux ou globaux quelques mesures prophylactiques. On les conna\u00eet, ne serait-ce que par les travaux d\u2019une fondation comme <a http:\/\/www.ethosfund.ch\/default.asp target=_blank class=std>Ethos<\/a>. La revitalisation des entreprises globalis\u00e9es passe par le d\u00e9veloppement de leur d\u00e9mocratie interne: assembl\u00e9es des actionnaires, discussion des propositions alternatives, contr\u00f4le r\u00e9el des cadres dirigeants, \u00e9lection d\u00e9mocratique du conseil d\u2019administration. Il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 inutile qu\u2019avant d\u2019allonger des milliards, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral pose \u00e0 UBS comme condition la tenue d\u2019une assembl\u00e9e extraordinaire des actionnaires, la d\u00e9mission collective du conseil d\u2019administration et l\u2019\u00e9lection d\u2019un nouveau groupe dirigeant.<\/p>\n<p>A la radio, le pr\u00e9sident Couchepin a annonc\u00e9 (probablement en fron\u00e7ant le sourcil, cela ne se voyait pas) que les crit\u00e8res de r\u00e9mun\u00e9ration des cadres seraient revus \u00e0 la baisse. Tenant le b\u00e2ton des milliards par le manche, il aurait pu pr\u00e9ciser un plafond, sans entrer dans les d\u00e9tails. En disant par exemple: pas plus d\u2019un million pas ann\u00e9e! Mais il ne l\u2019a pas fait.<\/p>\n<p>Parce que le pr\u00e9sident Couchepin entra\u00een\u00e9 comme les autres par la mode des salaires monstrueux n\u2019a pas plus de sens moral qu\u2019un banquier ou qu\u2019un patron de la chimie. Or la Suisse pendant des lustres s\u2019est singularis\u00e9e chez les capitalistes par l\u2019\u00e9troitesse des diff\u00e9rences entre le bas et le haut de l\u2019\u00e9chelle des salaires. <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cette \u00e9troitesse semble grotesque. La preuve: le m\u00eame bulletin d\u2019information annon\u00e7ait que le patron des CFF, entreprise f\u00e9d\u00e9rale comme son nom l\u2019indique, a touch\u00e9 l\u2019an dernier un salaire de 1,2 millions de francs. On se demande vraiment pourquoi et \u00e0 quel titre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par r\u00e9flexe de caste, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral abreuve la premi\u00e8re banque du pays. Mieux valait la laisser faire faillite et garder l\u2019argent pour payer les pots cass\u00e9s. Ces banquiers-l\u00e0 ne m\u00e9ritent aucune piti\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2713","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2713","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2713"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2713\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2713"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}