



{"id":2710,"date":"2008-10-13T00:00:00","date_gmt":"2008-10-12T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2710"},"modified":"2009-06-22T10:00:05","modified_gmt":"2009-06-22T08:00:05","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2710","title":{"rendered":"\u00abHome\u00bb, le renouveau du cin\u00e9ma suisse"},"content":{"rendered":"<p> \u00abHome\u00bb s\u2019ouvre sur une sc\u00e8ne de rires. Une famille joue au rink-hockey sur la route abandonn\u00e9e qui borde sa maison. On pense \u00e0 la gaiet\u00e9 miraculeuse de ces dimanches sans voiture, \u00e0 la f\u00e9licit\u00e9 qu\u2019on peut ressentir loin de tout, lorsqu\u2019on est simplement entour\u00e9 des gens qu\u2019on aime. Au d\u00e9but \u00e9tait le bonheur. Mais la menace ne tarde pas \u00e0 s\u2019installer. Julien, le benjamin des trois enfants, aper\u00e7oit une premi\u00e8re machine de chantier. Le lendemain, le bal des goudronneurs commence, avec des ouvriers mis en sc\u00e8ne comme des techniciens de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s dix ans d\u2019inactivit\u00e9, le tron\u00e7on 57 de l\u2019autoroute se met \u00e0 d\u00e9verser son flot Ininterrompu de voitures, toujours plus dense, toujours plus effrayant. La petite maison solitaire se retrouve cern\u00e9e par le trafic et un bruit ent\u00eatant de moteurs. La m\u00e8re immature, interpr\u00e9t\u00e9e par une Isabelle Huppert mont\u00e9e sur bottines Balenciaga, refuse de partir. Par amour, toute la famille l\u2019accompagne dans son attachement obsessionnel \u00e0 un bonheur \u00e9vanoui. Commence alors une r\u00e9sistance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e contre l\u2019envahisseur qui m\u00e8ne jusqu\u2019au calfeutrement dans une maison tombeau. Aux couleurs chaudes de la campagne bulgare, o\u00f9 s\u2019est tourn\u00e9 le film, succ\u00e8de la noirceur d\u2019un blockhaus fortifi\u00e9. Dans ce huis clos, ce \u00abroad-movie \u00e0 l\u2019envers\u00bb comme le d\u00e9crit la r\u00e9alisatrice Ursula Meier, violence et ali\u00e9nation viennent supplanter la joie originelle.<\/p>\n<p>Les cin\u00e9philes penseront au Septi\u00e8me Continent du r\u00e9alisateur allemand Michael Haneke, autre film o\u00f9 folie et enfermement se conjuguent. Mais ce long-m\u00e9trage d\u00e9passe toute comparaison.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large141008art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Ursula Meier, r\u00e9alisatrice suisse de 37 ans, dont c\u2019est le premier film au cin\u00e9ma apr\u00e8s le t\u00e9l\u00e9film tr\u00e8s remarqu\u00e9 Des Epaules solides pour Arte, fa\u00e7onne un univers qui lui est propre, m\u00e9canique comme une trag\u00e9die, o\u00f9 l\u2019on doit traverser l\u2019enfer pour peut-\u00eatre esp\u00e9rer une r\u00e9demption. Fable existentialiste, son film laisse la place \u00e0 diff\u00e9rentes lectures. On peut y voir un discours sur l\u2019amour qui conduit au plus profond aveuglement, un conte \u00e9colo sur la perte d\u2019un paradis perdu, ou encore une critique de la Suisse, pays qui comme ces cinq Robinsons de bord d\u2019autoroute tente d\u2019endiguer, contre toute logique, les assauts du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Coproduction suisse, belge et fran\u00e7aise, le film a re\u00e7u un accueil triomphal \u00e0 Cannes ce printemps o\u00f9 il \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre de la Semaine de la Critique. Film d\u2019auteur exigeant, dur m\u00eame, mais qui pourrait rencontrer un succ\u00e8s international du type de ceux qu\u2019ont connu Festen du Danois Thomas Vinterberg ou certaines productions belges de ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large141008art2.jpg><\/center><\/p>\n<p>Ce long-m\u00e9trage confirme l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau genre de cin\u00e9ma en Suisse, loin de notre mythologie nationale et des d\u00e9cors de t\u00e9l\u00e9film. \u00abHome\u00bb profite d\u2019une esth\u00e9tique superbe, gr\u00e2ce notamment \u00e0 la photographie d\u2019Agn\u00e8s Godard, et de performances d\u2019acteurs remarquables. On rel\u00e8vera surtout celle du Belge Olivier Gourmet qui campe un patriarche athl\u00e9tique chauss\u00e9 de santiags, presque m\u00e9connaissable pour qui l\u2019a vu affubl\u00e9 de grosses besicles dans Le Fils des fr\u00e8res Dardenne. Parmi les trois enfants, c\u2019est le r\u00f4le de Julien, interpr\u00e9t\u00e9 par un jeune gar\u00e7on originaire de Bussigny (VD), qui marque les esprits. Gamin d\u00e9boussol\u00e9, il est r\u00e9veill\u00e9 en pleine nuit par une m\u00e8re qui lui dit de profiter des heures de calme de l\u2019autoroute pour faire du roller, et effray\u00e9 par une grande soeur obs\u00e9d\u00e9e par les particules fines. Impeccable comme \u00e0 son habitude, Isabelle Huppert offre toute sa fougue rentr\u00e9e \u00e0 cette m\u00e8re en d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9, qui s\u2019accroche \u00e0 sa maison comme \u00e0 son seul espoir de bonheur. Nous l\u2019avons rencontr\u00e9e, de m\u00eame qu\u2019Olivier Gourmet, pour \u00e9voquer l\u2019exp\u00e9rience de ce film aussi brillant qu\u2019oppressant. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b>\u00abLes actrices sont des m\u00e8res \u00e9tranges\u00bb<\/p>\n<p><font size=2>A l\u2019affiche de \u00abHome\u00bb, l\u2019actrice fran\u00e7aise Isabelle Huppert a re\u00e7u Largeur.com en exclusivit\u00e9.<\/b><\/p>\n<p>Le milieu de l\u2019art contemporain new-yorkais la v\u00e9n\u00e8re. Londres en a fait sa reine le temps de l\u2019interpr\u00e9tation de Mary Stuart sur les planches du Royal National Theater. En France, elle tourne avec tous les plus grands r\u00e9alisateurs: Claude Chabrol, Patrice Ch\u00e9reau, Beno\u00eet Jacquot, Jacques Doillon\u2026Un quasi sans-faute depuis trente ans, mais toujours un d\u00e9sir insatiable de cin\u00e9ma, une curiosit\u00e9 pour les jeunes r\u00e9alisateurs et les projets risqu\u00e9s. A l\u2019instar de \u00abHome\u00bb o\u00f9 elle interpr\u00e8te unem\u00e8re ind\u00e9racinable qui s\u2019accroche \u00e0 sa maison. Rencontre exclusive dans un caf\u00e9 parisien.<\/p>\n<p><b>Ursula Meier a \u00e9crit ce r\u00f4le en pensant \u00e0 vous, qu&rsquo;est-ce qui vous a convaincue de l&rsquo;accepter?<\/b><\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario ne ressemblait pas \u00e0 ceux qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude de lire. On sentait un univers assez particulier, quelque chose d&rsquo;obsessionnel dans l&rsquo;\u00e9criture, une id\u00e9e fixe qui se r\u00e9p\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;infini. J&rsquo;avais vu \u00e9galement Des Epaules solides, le premier film d&rsquo;Ursula Meier. En plus, elle m&rsquo;a parl\u00e9 de son projet quand je tournais Nue Propri\u00e9t\u00e9 en Belgique, peut-\u00eatre que cela m&rsquo;a influenc\u00e9e car elle poss\u00e8de un talent assez semblable \u00e0 celui de Joachim Lafosse, le r\u00e9alisateur.<\/p>\n<p><b>O\u00f9 r\u00e9side, \u00e0 votre avis, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce film?<\/b><\/p>\n<p>Dans l&rsquo;observation de la cellule familiale, ces personnages qui vivent en compl\u00e8te autarcie. L\u2019escalade de micro-\u00e9v\u00e9nements va entra\u00eener certaines situations d\u2019une grande violence.<\/p>\n<p><b>Comment comprenez-vous les motivations de votre personnage, dont on sait peu de choses si ce n&rsquo;est son attachement terrible \u00e0 sa maison?<\/b><\/p>\n<p>Je les comprends \u00e0 hauteur de ce que le film propose. \u00abHome\u00bb peut \u00eatre pris comme une fable, comme une m\u00e9taphore de notre \u00e9poque et de la violence du monde ext\u00e9rieur dont il faut se prot\u00e9ger. Tout est symbole, comme cette autoroute qui ne m\u00e8ne nulle part, qui vient d&rsquo;on ne sait o\u00f9 et ce flux incessant de voitures qui arrivent peu \u00e0 peu comme une menace, \u00e0 la mani\u00e8re du camion dans Duel, et vient troubler le bonheur et la paix de cette famille.<\/p>\n<p><b>Le film White Material de Claire Denis qui devrait sortir prochainement sur les \u00e9crans raconte aussi l&rsquo;histoire d&rsquo;une femme qui s&rsquo;accroche, au d\u00e9pit du bon sens, \u00e0 sa plantation de caf\u00e9 en Afrique. Est-ce une simple co\u00efncidence, ou cela participe-t-il d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat pour ces personnages obsessifs?<\/b><\/p>\n<p>Curieusement on m&rsquo;a propos\u00e9 trois fois le m\u00eame r\u00f4le la m\u00eame ann\u00e9e car il faut ajouter \u00e0 la liste Barrage contre le Pacifique de Rithy Panh o\u00f9 je joue \u00e9galement une m\u00e8re qui s&rsquo;attache de mani\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e \u00e0 son territoire. Ces films parlent du lieu auquel on se cramponne et de l&rsquo;amour fusionnel d&rsquo;une m\u00e8re pour ses enfants.<\/p>\n<p>Cette proximit\u00e9 th\u00e9matique me paraissait d&rsquo;abord un handicap, mais elle s&rsquo;est finalement transform\u00e9e en avantage car les contextes de tournages \u00e9taient tr\u00e8s diff\u00e9rents, dans trois pays marquants: le Cambodge, le Cameroun et la Bulgarie, et en compagnie de r\u00e9alisateurs au style tr\u00e8s singulier.<\/p>\n<p><b>Voyez-vous ces trois films comme une trilogie?<\/b><\/p>\n<p>En quelque sorte. J&rsquo;aime en tout cas en parler en m\u00eame temps, m\u00eame s&rsquo;ils vont sortir \u00e0 des dates assez \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n<p><b>Vous avez jou\u00e9 dans plus de soixante films, est-ce qu&rsquo;au travers du prisme de tous ces r\u00f4les on peut d\u00e9couvrir la vraie Isabelle Huppert?<\/b><\/p>\n<p>Je laisse une facette de moi dans chacun de mes r\u00f4les, mais il y a aussi une id\u00e9e de progression dans le temps car tous ces films n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9s aux m\u00eames \u00e2ges de ma vie. Ils repr\u00e9sentent \u00e9galement un \u00e9ventail large du cin\u00e9ma, car si ces r\u00f4les appartiennent pour la plupart \u00e0 la cat\u00e9gorie dite des films d&rsquo;auteur, on trouve aussi des films plus grand public, plus l\u00e9gers. Je crois surtout qu&rsquo;ils refl\u00e8tent mes go\u00fbts.<\/p>\n<p><b>Quel r\u00f4le vous ressemble le plus?<\/b><\/p>\n<p>Je dirais La Denteli\u00e8re, La Pianiste, Violette Nozi\u00e8re et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale tous les films que j&rsquo;ai jou\u00e9s avec Chabrol et qui dans leur expression se rapprochent de mon \u00eatre, raison pour laquelle j&rsquo;aime les faire.<\/p>\n<p><b>Depuis quelques ann\u00e9es, on vous voit souvent au th\u00e9\u00e2tre, est-ce une fa\u00e7on pour une com\u00e9dienne exigeante comme vous de prendre plus de risques?<\/b><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une question de risque ou de mise en danger, mais j&rsquo;aime beaucoup ce que j&rsquo;ai fait au th\u00e9\u00e2tre ces derni\u00e8res ann\u00e9es car il s&rsquo;agissait de projets assez aventureux avec des grands metteurs en sc\u00e8ne comme Bob Wilson ou Claude R\u00e9gy.<\/p>\n<p><b>Avez-vous l&rsquo;impression qu&rsquo;il se passe des choses plus int\u00e9ressantes au th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;au cin\u00e9ma?<\/b><\/p>\n<p>A la lumi\u00e8re des films que je vois au cin\u00e9ma en ce moment, je dirais oui. On ne comprend souvent pas pourquoi certains produits, manufactur\u00e9s sans \u00e2me et sans personnalit\u00e9, arrivent sur les \u00e9crans.<\/p>\n<p><b>On vous sent tr\u00e8s cin\u00e9phile, combien de films voyez-vous par semaine?<\/b><\/p>\n<p>Je ne peux m\u00eame pas dire que je vois un film par semaine, mais quelquefois sans m\u00eame visionner un film, je peux deviner s&rsquo;il est de qualit\u00e9. <\/p>\n<p><b>On a vu votre fille Lolita Chammah jouer Salom\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, que pensez-vous de sa jeune carri\u00e8re?<\/b><\/p>\n<p>Que du bien!<\/p>\n<p><b>Est-ce que vous lui transmettez l&rsquo;art de jouer?<\/b><\/p>\n<p>Pas de mani\u00e8re directe et explicative, je pense qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas besoin de moi de cette mani\u00e8re. Elle poss\u00e8de une grande force, un talent propre qui lui appartient. Je lui transmets plut\u00f4t un go\u00fbt, un int\u00e9r\u00eat pour certains univers, certains textes ou certains auteurs.<\/p>\n<p><b>Est-ce que vos r\u00f4les de m\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran influencent d&rsquo;une quelconque mani\u00e8re votre r\u00f4le de m\u00e8re \u00e0 la ville, est-ce qu&rsquo;ils vous aident \u00e0 trouver les cl\u00e9s, les comportements appropri\u00e9s?<\/b><\/p>\n<p>Non, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de d\u00e9finition univoque du r\u00f4le de m\u00e8re. Surtout chez les m\u00e8res actrices o\u00f9, au fond, la fonction maternelle a plus de mal \u00e0 co\u00efncider avec l&rsquo;image publique et mouvante. Les actrices sont des m\u00e8res \u00e9tranges parce qu&rsquo;elles sont insaisissables.<\/p>\n<p>A l&rsquo;inverse, il y a \u00e9norm\u00e9ment de points communs entre l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;actrice et celui de m\u00e8re, avec quelque chose de tr\u00e8s intime qui est exprim\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s.<\/font><\/p>\n<p><center><img src=images\/large141008art3.jpg><\/center><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b>\u00abUrsula, \u00e7a ne s\u2019explique pas\u00bb<\/p>\n<p><font size=2>Acteur f\u00e9tiche des fr\u00e8res Dardenne, l\u2019acteur belge Olivier Gourmet incarne le p\u00e8re de famille dans \u00abHome\u00bb.<\/b><\/p>\n<p>Olivier Gourmet prom\u00e8ne depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es sa face lunaire dans des films d\u2019auteurs belges et fran\u00e7ais. Acteur f\u00e9tiche des fr\u00e8res Dardenne, il a remport\u00e9 le Prix d\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 Cannes pour son r\u00f4le de ma\u00eetre menuisier qui enseigne son m\u00e9tier \u00e0 l\u2019assassin de son fils dans Le Fils. Plus cool, plus rock\u2019n\u2019roll, mais toujours aussi barr\u00e9, il incarne le pilier vacillant de la famille dans \u00abHome\u00bb.<\/p>\n<p><b>Vous avez d\u2019habitude une approche assez minutieuse de vos r\u00f4les, comment vous \u00eates-vous pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 celui-ci?<\/b><\/p>\n<p>Je m\u2019entra\u00eene beaucoup quand mon personnage \u00e9volue dans le milieu du travail comme le menuisier que j\u2019ai jou\u00e9 dans Le Fils. Cette approche me permet de donner une densit\u00e9 au personnage en r\u00e9p\u00e9tant ses gestes. Pour \u00abHome\u00bb, un film focalis\u00e9 sur la cellule familiale, je n\u2019ai pas abord\u00e9 mon r\u00f4le de cette mani\u00e8re pratique. Ursula m\u2019avait demand\u00e9 d\u2019\u00e9voluer de fa\u00e7on plus l\u00e9g\u00e8re que d\u2019habitude, je m\u2019y suis donc efforc\u00e9. Sinon, j\u2019ai plut\u00f4t r\u00e9fl\u00e9chi jusqu\u2019\u00e0 quel point je devais aller dans la folie, l\u2019aveuglement et la violence.<\/p>\n<p><b>Que pensez-vous du travail d\u2019Ursula Meier?<\/b><\/p>\n<p>Ursula, \u00e7a ne s\u2019explique pas. Elle parvient \u00e0 emmener les gens exactement l\u00e0 o\u00f9 elle le d\u00e9sire. Avant de travailler avec un r\u00e9alisateur, j\u2019aime discuter avec lui pour savoir de quelle trempe il est afin de m\u2019assurer qu\u2019il va maintenir le cap face aux producteurs et d\u2019autres contingences. J\u2019ai tout de suite reconnu en elle quelqu\u2019un de tr\u00e8s solide et de t\u00eatu. En plus, elle \u00e9tait bien entour\u00e9e avec Agn\u00e8s Godard (directrice de la photographie de Claire Denis, ndlr) \u00e0 l\u2019image.<\/p>\n<p><b>Comment avez-vous v\u00e9cu cette exp\u00e9rience de tournage avec les enfants?<\/b><\/p>\n<p>Quand la production les s\u00e9lectionne bien, qu\u2019on sait qu\u2019ils sont bons et naturels et qu\u2019on les met dans des conditions agr\u00e9ables, les enfants donnent le \u00abla\u00bb de l\u2019orchestre des com\u00e9diens. Bien s\u00fbr, dans les sc\u00e8nes plus psychologiques, il faut prendre le pouvoir, les guider, mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 leur spontan\u00e9it\u00e9 et leur plaisir de jouer.<\/p>\n<p><b>Quel souvenir gardez-vous de ce tournage en Bulgarie?<\/b><\/p>\n<p>La chaleur! Le tournage s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 fin ao\u00fbt-d\u00e9but septembre. Il faisait 50\u00b0 degr\u00e9s dans cette maison calfeutr\u00e9e.<\/p>\n<p><b>On sent un potentiel comique encore non exploit\u00e9 chez vous, allez-vous explorer cette voie \u00e0 l\u2019avenir?<\/b><\/p>\n<p>Quand je parle de com\u00e9die, les gens me disent souvent qu\u2019il s\u2019agit de drame. Je trouve Ken Loach plut\u00f4t amusant, mais on le classe sous l\u2019\u00e9tiquette drame social. Le probl\u00e8me avec la com\u00e9die, c\u2019est qu\u2019il faut tomber sur la bonne. J\u2019en ai fait pas mal au th\u00e9\u00e2tre avec de bons auteurs. Au cin\u00e9ma, je trouve qu\u2019il manque d\u2019auteurs capables d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois dr\u00f4les, f\u00e9roces, d\u00e9cal\u00e9s ou cocasses. Mais dans cette maison en Bulgarie, on aurait pu tourner une com\u00e9die autour du m\u00eame sujet.<\/p>\n<p><b>Vous partez au P\u00e9rou demain, qu\u2019allez-vous y tourner?<\/b><\/p>\n<p>Un film belge de Peter Brosens et Jessica Woodworth, un couple de r\u00e9alisateurs flamand et am\u00e9ricain. Ils vivent depuis plusieurs mois dans une r\u00e9gion recul\u00e9e du P\u00e9rou \u00e0 4500 m\u00e8tres d\u2019altitude pour s\u2019impr\u00e9gner de la fa\u00e7on de vivre traditionnelle de ses habitants. Le sc\u00e9nario parle de la modernit\u00e9 qui bouleverse les valeurs et la culture de ces villageois, le tout dans une esth\u00e9tique tr\u00e8s l\u00e9ch\u00e9e.<\/p>\n<p><b>Vous \u00eates plut\u00f4t habitu\u00e9 \u00e0 des \u00e9critures plus brutes\u2026<\/b><\/p>\n<p>Oui, j\u2019ai g\u00e9n\u00e9ralement peur de l\u2019esth\u00e9tisme. Quoique le c\u00f4t\u00e9 brut des Dardenne, par exemple, constitue aussi une forme d\u2019esth\u00e9tique. Ils sont tr\u00e8s attentifs aux couleurs, aux bruns, aux gris. Si ce parti pris l\u00e9ch\u00e9 s\u2019allie au sujet, je l\u2019accepte.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine Trajectoire de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le film \u00e9patant de la r\u00e9alisatrice suisse Ursula Meier sort en octobre. Rencontre exclusive avec ses deux acteurs principaux: Isabelle Huppert et Olivier Gourmet.<\/p>\n","protected":false},"author":19343,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2710","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19343"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2710"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2710\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}