



{"id":2706,"date":"2008-10-07T00:00:00","date_gmt":"2008-10-06T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2706"},"modified":"2009-08-11T16:56:44","modified_gmt":"2009-08-11T14:56:44","slug":"sciences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2706","title":{"rendered":"Les chercheurs pouss\u00e9s \u00e0 la fraude"},"content":{"rendered":"<p>Coup dur pour les d\u00e9tracteurs des ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques. En 2005 puis au printemps 2008, des chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 m\u00e9dicale de Vienne d\u00e9montrent que les ondes \u00e9mises par les t\u00e9l\u00e9phones portables et les antennes relais causent des ruptures dans les brins d\u2019ADN. Cons\u00e9quences possibles? Des cancers. Ces r\u00e9sultats, les plus macabres jamais publi\u00e9s en la mati\u00e8re, ont fait sensation lors de leur publication, fournissant aux opposants de la radiot\u00e9l\u00e9phonie de nouvelles munitions. Sauf que\u2026 ces donn\u00e9es \u00e9taient fabriqu\u00e9es de toutes pi\u00e8ces! Une technicienne du laboratoire, Elisabeth K., les avait tout bonnement invent\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette affaire, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e en mai 2008, rappelle que les errements de la science sont fr\u00e9quents. Les cas les plus c\u00e9l\u00e8bres? Le biologiste sud-cor\u00e9en Hwang Woo-suk, qui pr\u00e9tendait en 2004 avoir r\u00e9ussi le premier clonage humain; le physicien Hendrick Sch\u00f6n, des Bell Labs, auteur d\u2019au moins 16 articles \u00abbidonn\u00e9s\u00bb entre 1998 et 2001; ou encore Jon Sudb\u00f8, sp\u00e9cialiste du cancer, qui inventait des patients pour ses \u00e9tudes sur la prise de m\u00e9dicaments anti-inflammatoires.<\/p>\n<p>\u00abCes cas m\u00e9diatiques repr\u00e9sentent l\u2019arbre qui cache la for\u00eat, estime Andr\u00e9 Blum, ex-gastroent\u00e9rologue \u00e9m\u00e9rite du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Le nombre de fraudes est bien plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019il n\u2019y para\u00eet.\u00bb En 2005, une \u00e9tude publi\u00e9e par la revue \u00abNature\u00bb r\u00e9v\u00e8le l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. Sur 3247 scientifiques questionn\u00e9s sous le couvert de l\u2019anonymat, 33% confessent un comportement coupable au cours des trois ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Parmi les fautes les plus graves: 0,3% des chercheurs interrog\u00e9s admettent une invention pure et simple de r\u00e9sultats, 6% reconnaissent avoir cach\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments contradictoires et 15,5% une modification de leurs donn\u00e9es sur demande d\u2019un bailleur de fonds. C\u00f4t\u00e9 plagiat, une autre \u00e9tude, publi\u00e9e d\u00e9but 2008 dans la revue \u00abNature\u00bb, s\u00e8me le trouble. Les auteurs ont pass\u00e9 au crible 7 millions d\u2019articles de la base documentaire m\u00e9dicale Medline, via le logiciel de d\u00e9tection du plagiat \u00abeTblast\u00bb. R\u00e9sultat: 70\u2019000 papiers (soit 1%) pr\u00e9sentent une \u00abhaute ressemblance\u00bb avec d\u2019autres \u00e9crits. Un examen manuel de ces publications suspectes indique que trois quarts d\u2019entre elles sont clairement recopi\u00e9es!<\/p>\n<p>\u00abToutes les \u00e9tudes indiquent qu\u2019environ 1% de la litt\u00e9rature scientifique r\u00e9sulte de fraudes graves, comme la fabrication de donn\u00e9es, la falsification ou le plagiat. Et la tendance semble \u00eatre \u00e0 la hausse\u00bb, dit Jean-Pierre Alix, conseiller Science-soci\u00e9t\u00e9 de la pr\u00e9sidence du CNRS et charg\u00e9, en France, d\u2019une mission sur l\u2019int\u00e9grit\u00e9 scientifique. Aux Etats-Unis, selon les chiffres recens\u00e9s par l\u2019autorit\u00e9 am\u00e9ricaine de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 scientifique (ORI, pour Office of Research Integrity), le nombre d\u2019all\u00e9gations de fraudes s\u2019est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 266 cas en 2006. Un nombre relativement stable par rapport \u00e0 2005, mais en hausse de pr\u00e8s de 50% par rapport \u00e0 2003.<\/p>\n<p><strong>UN JEU D\u2019ENFANT<\/strong><\/p>\n<p>La tentation de tricher est d\u2019autant plus forte qu\u2019avec les outils actuellement disponibles (Web, Photoshop, etc.), retoucher une image, trouver des informations et les recopier est devenu un jeu d\u2019enfant. \u00abAvant d\u2019\u00eatre publi\u00e9s, les articles scientifiques sont toujours relus par au moins deux sp\u00e9cialistes du domaine concern\u00e9, appel\u00e9s reviewers, qui jugent de leur validit\u00e9, explique Claude Joseph, chercheur au service Interface Science-soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (Unil) et ancien relecteur de la revue \u00abNuclear Instruments and Methods in physics\u00bb. Mais, si la fraude est bien faite, il est tr\u00e8s difficile de la d\u00e9celer. Comment voulez-vous voir que des r\u00e9sultats sont invent\u00e9s si l\u2019ensemble para\u00eet logique?\u00bb<\/p>\n<p>Un reviewer de \u00abScience\u00bb jette un autre pav\u00e9 dans la mare: \u00abIl faut comprendre que les revues, en particulier \u00abScience\u00bb et \u00abNature\u00bb, sont en comp\u00e9tition. C\u2019est \u00e0 qui sortira en premier le prochain scoop scientifique, avec les retomb\u00e9es \u00e9conomiques que cela implique. Dans ce contexte, mon impression est que, parfois, elles publient des papiers plus ou moins sans l\u2019avis de leur board d\u2019experts, en raison de leur impact potentiel. \u00bb Un argument rejet\u00e9 par le docteur Bruce Alberts, l\u2019\u00e9diteur en chef de \u00abScience\u00bb: \u00abMalheureusement, malgr\u00e9 tous nos contr\u00f4les, nous \u00e9chouons parfois \u00e0 d\u00e9tecter les fraudes. Mais nous mettons tout en place pour que cela n\u2019arrive pas.\u00bb<\/p>\n<p>Denis Duboule, biologiste de l\u2019EPFL et de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve (Unige), ainsi que membre de \u00abl\u2019editorial board\u00bb de la revue \u00abScience\u00bb, poursuit: \u00abBien s\u00fbr, les revues scientifiques laissent passer des articles frauduleux. Mais, imm\u00e9diatement apr\u00e8s leur publication, des centaines de laboratoires tentent de refaire les exp\u00e9riences. Si personne n\u2019y parvient, la suspicion est forte. R\u00e9sultat: les tricheurs sont aujourd\u2019hui d\u00e9masqu\u00e9s en un an ou deux maximum, alors qu\u2019il fallait quarante ans il y a un demi-si\u00e8cle!\u00bb<\/p>\n<p><strong>STAR-SYSTEM<\/strong><\/p>\n<p>Si le risque de se faire pincer est d\u00e9sormais si \u00e9lev\u00e9, qu\u2019est-ce qui pousse les chercheurs \u00e0 sortir du droit chemin? \u00abLa pression\u00bb, r\u00e9pond unanime la sph\u00e8re scientifique. \u00abCes vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, la comp\u00e9tition, notamment pour obtenir des fonds, s\u2019est nettement accrue entre les chercheurs, dit Peter Suter, ancien vice-recteur de l\u2019Unige. R\u00e9sultat: tout le monde veut et doit publier, condition sine qua non \u00e0 l\u2019obtention de nouveaux financements.\u00bb Et, si possible, il faut \u00e9crire dans une revue prestigieuse. \u00abUn doctorant qui publie dans \u00abNature\u00bb ou \u00abScience\u00bb est s\u00fbr d\u2019obtenir un poste dans un bon labo, explique Denis Duboule. La tentation de franchir la ligne jaune afin d\u2019assurer son avenir est tr\u00e8s forte.\u00bb Le carri\u00e9risme et l\u2019\u00e9go sont \u00e9galement des \u00e9l\u00e9ments incitant \u00e0 passer \u00e0 l\u2019acte. \u00abLa science est un star-system avec ses prix et ses escaliers, fa\u00e7on Festival de Cannes, poursuit Denis Duboule. On s\u2019arrache les places. Mais, apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 aux paillettes, il est tr\u00e8s difficile de s\u2019en passer.\u00bb<\/p>\n<p>Typique, le cas de fraude par anticipation: un r\u00e9sultat est pr\u00e9dit par la sph\u00e8re scientifique, mais personne ne parvient \u00e0 le v\u00e9rifier exp\u00e9rimentalement. Un chercheur invente alors les donn\u00e9es que tout le monde attend, afin d\u2019avoir la primeur de la publication. Un pari risqu\u00e9. En 1981, Karl Illmensee, professeur de biologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, affirme dans la revue \u00abCell\u00bb avoir clon\u00e9 trois souris \u2013 une premi\u00e8re. La gloire est imm\u00e9diate. Illmensee devient une star. Mais aucun scientifique n\u2019arrive \u00e0 reproduire ses r\u00e9sultats. Et pour cause: ils sont truqu\u00e9s! En 1982, Denis Duboule, alors doctorant d\u2019Illmensee, d\u00e9nonce son sup\u00e9rieur. Le scandale est imm\u00e9diat. Illmensee d\u00e9ment, mais perd toute cr\u00e9dibilit\u00e9 et dispara\u00eet de la sc\u00e8ne scientifico-m\u00e9diatique. Le premier mammif\u00e8re clon\u00e9, Dolly, na\u00eetra en 1996, quinze ans apr\u00e8s la \u00abpremi\u00e8re\u00bb d\u2019Illmensee\u2026<\/p>\n<p>Ironie du sort: \u00abSi nous savons aujourd\u2019hui qu\u2019il ne pouvait pas cloner un mammif\u00e8re avec la technique qu\u2019il employait, il n\u2019\u00e9tait pas si loin de trouver la solution \u00bb, sourit Denis Duboule. Si proche du but, Illmensee a peut-\u00eatre craqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>CULTE DU SILENCE<\/strong><\/p>\n<p>Souvent \u00e9voqu\u00e9, le financement de la recherche par des entreprises priv\u00e9es est-il un autre facteur menant \u00e0 la fraude? Peter Suter se veut mesur\u00e9 sur la question: \u00abUne entreprise n\u2019a pas forc\u00e9ment int\u00e9r\u00eat \u00e0 sponsoriser des r\u00e9sultats frauduleux. Cela aboutirait \u00e0 la conception de produits d\u00e9fectueux, pour lesquels elle devra payer, t\u00f4t ou tard, les pots cass\u00e9s. Mais, bien s\u00fbr, il existe des cas comme l\u2019affaire Rylander\u2026\u00bb Entre 1973 et 2001, ce chercheur su\u00e9dois, enseignant aux Universit\u00e9s de G\u00f6teborg et Gen\u00e8ve, a produit divers travaux o\u00f9 il minimisait ou niait les effets nocifs du tabagisme passif. Probl\u00e8me: \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, il \u00e9tait un consultant grassement pay\u00e9 par\u2026 Philip Morris! Il est d\u00e9masqu\u00e9 en 2001. La Cour de justice de Gen\u00e8ve le reconna\u00eet, en 2003, coupable de \u00abfraude scientifique sans pr\u00e9c\u00e9dent, dans le domaine du tabagisme passif\u00bb. Michel Halp\u00e9rin, l\u2019avocat qui a d\u00e9fendu Ragnar Rylander, rappelle que son client continue de clamer qu\u2019il n\u2019a pas trafiqu\u00e9 ses r\u00e9sultats. Quoi qu\u2019il en soit, le scandale fut si lourd que Rylander a perdu toute cr\u00e9dibilit\u00e9 scientifique. \u00abPour ceux qui se font prendre, les cons\u00e9quences sont toujours dramatiques. Ils sont grill\u00e9s \u00e0 vie\u00bb, dit Denis Duboule. Les coll\u00e8gues et l\u2019institution payent aussi la note. \u00abSuite \u00e0 une fraude prouv\u00e9e, une universit\u00e9 est discr\u00e9dit\u00e9e sur la sc\u00e8ne internationale et elle peut perdre des sources de financement, notamment de la part des cantons\u00bb, note Claude Joseph. De quoi inciter les centres de recherche \u00e0 garder le silence lorsqu\u2019un de leurs chercheurs se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un fraudeur.<\/p>\n<p>\u00abDans la presse, l\u2019Unige a \u00e9t\u00e9 discr\u00e9dit\u00e9e apr\u00e8s les cas Rylander et Illmensee, rel\u00e8ve Peter Suter, qui \u00e9tait doyen de l\u2019Unige au moment de l\u2019affaire du tabac. Pourtant des cas similaires existaient dans d\u2019autres universit\u00e9s suisses. Mais, ils n\u2019ont pas eu la m\u00eame couverture m\u00e9diatique.\u00bb Il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, Andr\u00e9 Blum, ancien m\u00e9decin du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), testait un m\u00e9dicament en d\u00e9veloppement pour le traitement de probl\u00e8mes gastroent\u00e9rologiques. \u00abNous avions recrut\u00e9 un m\u00e9decin \u00e9tranger, qui devait exp\u00e9rimenter le produit sur une centaine de ses patients, raconte-t-il. Les recherches se sont tr\u00e8s bien d\u00e9roul\u00e9es, mais les r\u00e9sultats \u00e9taient trop semblables. J\u2019avais un doute. J\u2019ai donc fait analyser g\u00e9n\u00e9tiquement les \u00e9chantillons qu\u2019il nous avait transmis. Et l\u00e0, stupeur: tous les pr\u00e9l\u00e8vements provenaient en tout et pour tout de trois patients!\u00bb En clair, le m\u00e9decin avait invent\u00e9 une centaine de malades. Suite \u00e0 cette affaire, Andr\u00e9 Blum l\u2019a d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 l\u2019Ordre des m\u00e9decins de sa r\u00e9gion. Et puis? Rien! \u00abJe suis extr\u00eamement f\u00e2ch\u00e9 parce qu\u2019il continue d\u2019exercer exactement comme avant. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9!\u00bb Pourtant, selon Peter Suter, la survenue d\u2019une fraude peut repr\u00e9senter, pour l\u2019institution, \u00abun mal pour un bien\u00bb. \u00abSuite \u00e0 l\u2019affaire Rylander, la direction de l\u2019universit\u00e9 a totalement interdit les subventions de recherche issues de l\u2019industrie du tabac. D\u2019autres chercheurs que Rylander, travaillant \u00e0 l\u2019Unige mais \u00e9galement dans d\u2019autres universit\u00e9s suisses, touchaient des cr\u00e9dits de ce secteur. Ils les ont perdus. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je dirais que la transparence concernant les financements priv\u00e9s a nettement augment\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Autre avanc\u00e9e majeure, l\u2019Acad\u00e9mie suisse des sciences m\u00e9dicales a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au probl\u00e8me en publiant, en 2002, un rapport pour \u00abl\u2019int\u00e9grit\u00e9 dans la recherche scientifique\u00bb. Adapt\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par l\u2019ensemble des Acad\u00e9mies suisses des sciences, en mai 2008. Co auteur de ce rapport, Peter Suter s\u2019en f\u00e9licite: \u00abCela permet de donner un cadre clair aux chercheurs et aux institutions, pour qu\u2019ils sachent comment transmettre des r\u00e8gles d\u2019\u00e9thique aux \u00e9tudiants et comment se comporter en cas de suspicion de fraudes. La majorit\u00e9 des universit\u00e9s de notre pays ont maintenant introduit des r\u00e8gles claires bas\u00e9es sur ces m\u00eames principes.\u00bb Seul probl\u00e8me, dans une recherche ultra-mondialis\u00e9e, ces r\u00e8gles ne s\u2019appliquent pas partout. Le 22 mai 2008, le \u00abNew York Times\u00bb r\u00e9v\u00e9lait que l\u2019Universit\u00e9 Virginia Commonwealth recevait encore des fonds de la part de Philip Morris. \u00abN\u00e9anmoins, depuis les grosses fraudes r\u00e9v\u00e9l\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il existe une r\u00e9elle pr\u00e9occupation internationale sur ce sujet. Dans diff\u00e9rents pays, les exemples de bonnes solutions (lois, codes, proc\u00e9dures) se multiplient\u00bb, rapporte Jean- Pierre Alix. En f\u00e9vrier 2007, un colloque s\u2019est tenu \u00e0 Tokyo, \u00e0 l\u2019initiative du Forum mondial de la science de l\u2019OCDE et, en septembre 2007, une conf\u00e9rence internationale a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e \u00e0 Lisbonne, sous l\u2019\u00e9gide de la Fondation europ\u00e9enne de la science et de l\u2019ORI. \u00abCe sont de bonnes initiatives, conclut Andr\u00e9 Blum, car si rien n\u2019est fait, tricher vaut vraiment le coup.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<font size=\"2\"><strong>La fraude de Mendel: le compte \u00e9tait trop bon<\/strong><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Au milieu du XIXe si\u00e8cle, Johann Gregor Mendel, un moine et botaniste autrichien, invente la g\u00e9n\u00e9tique moderne en croisant des petits pois dans son jardin (ci-contre). Observant la fr\u00e9quence de sept caract\u00e8res h\u00e9r\u00e9ditaires dont la forme des graines (lisse ou rid\u00e9e), il d\u00e9duit la mani\u00e8re dont se transmettent les g\u00e8nes. Probl\u00e8me: ses r\u00e9sultats sont statistiquement trop beaux pour \u00eatre vrais. Par exemple, lorsqu\u2019on lance une pi\u00e8ce de monnaie 4 fois de suite, il est peu probable d\u2019obtenir 2 piles \/ 2 faces. Pour obtenir un ratio proche de 50%, il faut lancer la pi\u00e8ce un grand nombre de fois. De la m\u00eame mani\u00e8re, il aurait fallu que Mendel consid\u00e8re beaucoup plus de petits pois pour obtenir ses r\u00e9sultats. Le p\u00e8re de la g\u00e9n\u00e9tique les aurait donc sciemment am\u00e9lior\u00e9s. Une fraude qui, r\u00e9trospectivement, aura servi la science. <\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>La fraude de Pasteur: le vaccin mortel<\/strong><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">En 1885, Louis Pasteur, scientifique fran\u00e7ais de renom, r\u00e9alise ses premiers essais sur l\u2019homme de son vaccin contre la rage. Fort de premiers succ\u00e8s \u00e9clatants, son vaccin devient c\u00e9l\u00e8bre et les patients affluent. Mais, en 1886, Jules Rouyer, un enfant, d\u00e9c\u00e8de vingt-quatre jours apr\u00e8s sa vaccination et son p\u00e8re porte plainte. L\u2019autopsie montre que l\u2019enfant est mort de la rage, mais le m\u00e9decin l\u00e9giste fait un rapport en sens contraire. \u00abSi je ne prends pas position en faveur [du vaccin], c\u2019est un recul imm\u00e9diat de cinquante ans dans l\u2019\u00e9volution de la science, il faut \u00e9viter cela!\u00bb aurait-il dit, avant de rendre ses conclusions. Finalement, apr\u00e8s d\u2019autres cas similaires, les m\u00e9decins finissent par renoncer au traitement de Pasteur-Roux. Mais sans scandale. <\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>La fraude de Piltdown: le cha\u00eenon manquait<\/strong><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Le 18 d\u00e9cembre 1912, c\u2019est en grande pompe que Charles Dawson, avocat et g\u00e9ologue amateur, et Arthur Smith Woodward, le c\u00e9l\u00e8bre pal\u00e9ontologue pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9ologique de Londres, pr\u00e9sentent une d\u00e9couverte d\u2019importance: le \u00abcha\u00eenon manquant\u00bb! Pour \u00e9tayer leurs propos, ils pr\u00e9sentent un cr\u00e2ne \u00abhumain\u00bb trouv\u00e9 \u00e0 Piltdown en Angleterre, qui poss\u00e8de la particularit\u00e9 d\u2019avoir une m\u00e2choire semblable \u00e0 celle des singes. La d\u00e9couverte stup\u00e9fie les savants. Mais, en 1949, la tricherie \u00e9clate au grand jour. Apr\u00e8s analyse, il est montr\u00e9 que la m\u00e2choire provient d\u2019un orang-outan, alors que la bo\u00eete cr\u00e2nienne est tout simplement celle d\u2019un homme moderne!  <\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>La fraude de Vioxx: Merck cache ses morts<\/strong><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">En 2000, lors d\u2019une \u00e9tude comparative entre le Vioxx et un autre antalgique, le Naprox\u00e8ne, des scientifiques mettent en \u00e9vidence que le nombre de crises cardiaques est plus important dans le \u00abgroupe Vioxx\u00bb. Leur conclusion est des plus \u00e9tonnantes: le Vioxx n\u2019augmenterait pas le risque de crise cardiaque. Ce serait le Naprox\u00e8ne qui aurait un effet protecteur! Pire encore: trois personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es lors de l\u2019\u00e9tude ont \u00e9t\u00e9 ray\u00e9es des archives. R\u00e9sultat: quatre ans (et 2,5 milliards de dollars de b\u00e9n\u00e9fices) plus tard, Merck retire son produit, car le risque d\u2019arr\u00eat cardiaque est trop grand\u2026 Selon les chiffres de la FDA (Food &amp; Drug Administration), le Vioxx a caus\u00e9 pr\u00e9s de 27\u2019000 d\u00e9c\u00e8s. Pour solder les 25\u2019000 plaintes d\u00e9pos\u00e9es contre lui, Merck a n\u00e9goci\u00e9 un accord \u00e0 l\u2019amiable fin 2007. Le groupe devrait verser 4,85 milliards de dollars. <\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>La fraude de cristal: les cr\u00e2nes brillaient trop<\/strong><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Au centre du dernier \u00abIndiana Jones\u00bb, sorti le 21 mai, des cr\u00e2nes de cristal aux pouvoirs myst\u00e9rieux&#8230; Dans la r\u00e9alit\u00e9, on d\u00e9nombre 13 de ces objets dans le monde. D\u00e9couverts au XIXe si\u00e8cle, deux d\u2019entre eux ont longtemps \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s au Mus\u00e9e du quai Branly (Paris) et au British Museum (Londres), en tant que reliques de l\u2019\u00e9poque pr\u00e9colombienne. Mais, \u00e0 partir de 1996, des \u00e9tudes men\u00e9es sur le cr\u00e2ne de Londres tendent \u00e0 prouver qu\u2019il s\u2019agit de faux grossiers. En effet, des observations au microscope \u00e9lectronique ont montr\u00e9 sur leur surface des marques droites et parfaitement espac\u00e9es qui apportent la preuve de l\u2019utilisation d\u2019une roue de polissage moderne. Un mat\u00e9riel qui n\u2019\u00e9tait pas disponible \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9colombienne&#8230;<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>Hwang: manipulateur g\u00e9n\u00e9tique ou g\u00e9nie de la manipulation?<\/strong><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">En 2004 puis 2005, Hwang Woo-suk, brillant biologiste cor\u00e9en, fait sensation en publiant deux articles r\u00e9volutionnaires dans la c\u00e9l\u00e8bre revue \u00abScience\u00bb. Son \u00e9quipe y d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois la production d\u2019une lign\u00e9e de cellules souches \u00e0 partir d\u2019un embryon humain clon\u00e9. La d\u00e9couverte fait grand bruit. Elle ouvre la voie au clonage th\u00e9rapeutique, Saint-Graal des th\u00e9rapies du futur. D\u00e8s lors, la sph\u00e8re scientifique s\u2019emballe: on parle de Prix Nobel, Hwang est gratifi\u00e9 du titre de \u00abscientifique supr\u00eame\u00bb, un timbre \u00e0 son effigie est imprim\u00e9 en Cor\u00e9e\u2026 Las. En fait, la qualit\u00e9 premi\u00e8re de ses r\u00e9sultats est qu\u2019ils sont invent\u00e9s. D\u00e9but 2006, la supercherie est av\u00e9r\u00e9e et Hwang finit par avouer. Un proc\u00e8s est en cours.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le num\u00e9ro 5 du magazine scientifique <a href=\"http:\/\/www.reflexmagazine.ch\/\" target=\"_blank\" class=\"std\">Reflex<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un tiers des scientifiques admet recourir \u00e0 des pratiques frauduleuses: chiffres bidonn\u00e9s, images retouch\u00e9es, r\u00e9sultats invent\u00e9s&#8230; La palette est large. En cause: une pression de plus en plus forte, qui pousse \u00e0 la faute. 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