



{"id":2705,"date":"2008-10-06T00:00:00","date_gmt":"2008-10-05T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2705"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2705","title":{"rendered":"Le cabinet des curiosit\u00e9s du docteur Laurent Schweizer"},"content":{"rendered":"<p>Le sourire de Freddie Mercury. Son une-pi\u00e8ce de pilote de chasse, fermeture \u00e9clair ouverte sur le torse, fa\u00e7on Tanguy &#038; Laverdure de retour de mission. Le sommet du Montreux Palace, son immense suite et le champagne qui coule \u00e0 flot. Ces flashes, Laurent Schweizer les retient comme ses meilleurs souvenirs de journaliste people. C\u2019\u00e9tait il y a longtemps, dans une des multiples vies de l\u2019\u00e9crivain dont le troisi\u00e8me roman, \u00abLatex\u00bb, inspir\u00e9 du meurtre \u00e0 Gen\u00e8ve du banquier Edouard Stern, vient de sortir aux \u00e9ditions du Seuil. <\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 80 allaient mourir. Culture Club, Duran Duran et Nik Kershaw squattaient les charts anglais, Tony Blair n\u2019avait pas encore invent\u00e9 le New Labour et Londres \u00e9tait cette ville sale qui attirait les effront\u00e9s. Laurent Schweizer venait de terminer son \u00e9cole de recrue lorsqu\u2019il se d\u00e9cide d\u2019aller y vivre. \u00abPour la musique. Pour cette \u00e9nergie incroyable que d\u00e9gageait la sc\u00e8ne anglaise\u00bb, se rappelle l\u2019\u00e9crivain. Nostalgique? \u00abJe n\u2019ai rien gard\u00e9 de cette \u00e9poque. Ni des autres. Je ne suis pas f\u00e9tichiste.\u00bb A bient\u00f4t 41 ans, l\u2019auteur, install\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, n\u2019entretient pas de nostalgie. Au contraire, ses livres sont des concentr\u00e9s du monde contemporain. Des \u00abTime Capsules\u00bb des n\u00e9vroses d\u2019aujourd\u2019hui. Les \u00e9crire, dit-il, est la chose qui le captive le plus.<\/p>\n<p>Retour \u00e0 Londres. Quelques semaines apr\u00e8s son arriv\u00e9e, Laurent Schweizer devient le poisson pilote d\u2019un journaliste, animateur des pages people du \u00abDaily Express\u00bb. L\u2019homme l\u2019emporte partout avec lui. \u00abOn ne pouvait pas entrer dans un restaurant sans qu\u2019un artiste, ou un agent, ne nous interpelle pour nous glisser des informations ou des indiscr\u00e9tions sur des concurrents.\u00bb<\/p>\n<p>Les soir\u00e9es s\u2019encha\u00eenent, la proximit\u00e9 s\u2019installe. Le syst\u00e8me de promotion des produits culturels ne connaissait pas encore les r\u00e8gles strictes et parano\u00efaques d\u2019aujourd\u2019hui. \u00abTous les soirs, on c\u00f4toyait des chanteurs, des acteurs, des producteurs. On faisait partie de leur entourage.\u00bb Laurent Schweizer vend leurs interviews \u00e0 une agence de presse fran\u00e7aise. L\u2019affaire lui permet de vivre. Mais elle n\u2019est de loin pas l\u2019entreprise la plus florissante qu\u2019il ait connue.<\/p>\n<p>Fin des ann\u00e9es 70, \u00e0 Lausanne. Gymnasien, Laurent Schweizer cr\u00e9e un fanzine. Pour remplir \u00abSingle\u00bb, il s\u2019improvise critique rock. \u00abMais ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019\u00e9criture qui m\u2019int\u00e9ressait. C\u2019\u00e9tait l\u2019aspect \u00e9conomique.\u00bb De fait, le magazine se vend bien. \u00abJe n\u2019ai jamais gagn\u00e9 autant d\u2019argent qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque. Les \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles priv\u00e9es \u00e9taient d\u2019excellents clients. Des jeunes filles distribuaient \u00abSingle\u00bb \u00e0 la sortie de plusieurs \u00e9tablissements scolaires. Elles \u00e9taient un peu comme les bunnies de Hugh Hefner!\u00bb<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de cette publication estudiantine, au ton tr\u00e8s \u00absex, drugs and rock\u2019n roll\u00bb, inqui\u00e8te bient\u00f4t la hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00e9cole qu\u2019il fr\u00e9quente. Son directeur convoque les parents du futur \u00e9crivain. Ils ont le choix: soit leur fils cesse de publier \u00abSingle\u00bb, soit il doit quitter l\u2019\u00e9tablissement. Laurent Schweizer part.<\/p>\n<p>Cette libert\u00e9 d\u2019esprit, le futur \u00e9crivain s\u2019appliquera \u00e0 l\u2019affirmer de la m\u00eame mani\u00e8re, radicale, une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, lorsqu\u2019il devra choisir un sujet de th\u00e8se pour conclure ses \u00e9tudes de droit. Alors que l\u2019art brut d\u00e9clenche une obligation d\u2019extase dans toute l\u2019intelligentsia romande, lui s\u2019interroge sur la notion de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle de ces productions. Les promoteurs de l\u2019art brut seraient-ils des usurpateurs? Son travail lui vaudra de solides inimiti\u00e9s.<\/p>\n<p>Le meurtre d\u2019Edouard Stern, le 28 f\u00e9vrier 2005, est au c\u0153ur de \u00abLatex\u00bb, le troisi\u00e8me roman de Laurent Schweizer, d\u00e9sormais install\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve. Mais le banquier fran\u00e7ais en est totalement absent. Le fait divers est pass\u00e9 par l\u2019esprit transformateur de l\u2019\u00e9crivain. Stern devient Philipp Kidman et le thriller politico sexuel n\u2019emprunte que des \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars \u00e0 l\u2019affaire: une combinaison SM, des pistolets rutilants, du sexe en exc\u00e8s. Beaucoup de drogue aussi.<\/p>\n<p>Le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 animait \u00abPrions\u00bb, son deuxi\u00e8me roman, paru en 2004. L\u2019intrigue se noue dans les couloirs de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9, pour laquelle l\u2019auteur a travaill\u00e9 comme juriste, mais le lecteur qui irait y chercher un mode d\u2019emploi de l\u2019organisation internationale bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve feraient fausse route. Derri\u00e8re la froide description des couloirs et des relations de travail polic\u00e9es, la fulgurance d\u2019amours charnels avec des \u00eatres aussi v\u00e9n\u00e9neux et contagieux que les maladies qui ont secou\u00e9 la m\u00e9decine et l&rsquo;\u00e9conomie alimentaire, mena\u00e7ant l\u2019esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n<p>Laurent Schweizer \u00e9crit actuellement son quatri\u00e8me roman. Une histoire o\u00f9 les enfants violentent leurs parents.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine Trajectoire d&rsquo;automne 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9crivain genevois vient de publier \u00abLatex\u00bb, un roman \u00e9tonnant, inspir\u00e9 par le meurtre du banquier Edouard Stern. 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