



{"id":2679,"date":"2008-08-31T00:00:00","date_gmt":"2008-08-30T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2679"},"modified":"2009-07-20T15:50:15","modified_gmt":"2009-07-20T13:50:15","slug":"architecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2679","title":{"rendered":"Biomim\u00e9tisme: la vie est un mod\u00e8le"},"content":{"rendered":"<p>Le stade olympique de Herzog et de Meuron a attir\u00e9 tous les regards lors des r\u00e9cents Jeux de P\u00e9kin: sa structure en enchev\u00eatrement de poutres lui a valu, comme on le sait, le nom de \u00abnid d\u2019oiseau\u00bb.<\/p>\n<p>Si de nombreux architectes tels que Gaudi, Hundertwasser ou Frank Lloyd Wright s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 inspir\u00e9s de la nature pour en reproduire les formes, un nombre croissant de b\u00e2tisseurs vont aujourd\u2019hui plus loin et tentent de copier non seulement l\u2019esth\u00e9tique du monde biologique, mais \u00e9galement ses fonctionnalit\u00e9s. <\/p>\n<p>On retrouve ici un courant qui s\u2019est r\u00e9cemment d\u00e9velopp\u00e9 dans tous les domaines de la science: le biomim\u00e9tisme. En approchant l\u2019\u00e9tude de la nature d\u2019un point de vue de l\u2019ing\u00e9nieur, le chercheur esp\u00e8re trouver dans le monde biologique des solutions \u00e0 des probl\u00e8mes technologiques modernes.<\/p>\n<p>\u00abPendant des milliards d\u2019ann\u00e9es, des millions d\u2019esp\u00e8ces ont d\u00fb r\u00e9soudre de mani\u00e8re efficace des probl\u00e8mes auxquels les architectes sont \u00e9galement confront\u00e9s, souligne Dayna Baumeister, cofondatrice de la Biomimicry Guild, une agence de conseil am\u00e9ricaine qui aide les ing\u00e9nieurs \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019approche biomim\u00e9tique. Ce qui nous int\u00e9resse n\u2019est pas simplement la forme qu\u2019a pris un organisme, mais la fonction qu\u2019elle apporte.\u00bb<\/p>\n<p>Des nouveaux mat\u00e9riaux et des progr\u00e8s dans les techniques de construction ont permis aux architectes de tirer profit d\u2019une telle approche, en particulier dans les domaines de la ventilation, du chauffage et de la r\u00e9gulation de la lumi\u00e8re. <\/p>\n<p>Le meilleur exemple d\u2019un b\u00e2timent biomim\u00e9tique se trouve \u00e0 Harare, au Zimbabwe. En regardant un documentaire animalier de Richard Attenborough sur les termites, l\u2019architecte Mick Pierce s\u2019\u00e9tait rendu compte que ces insectes r\u00e9solvent d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s efficace le probl\u00e8me de refroidissement et de ventilation de leur r\u00e9sidence. Leurs termiti\u00e8res conservent une temp\u00e9rature quasi constante de 31o C. A un degr\u00e9 pr\u00e8s, et cela malgr\u00e9 une temp\u00e9rature ext\u00e9rieure qui conna\u00eet des variations extr\u00eames, de 3o C la nuit et 42o C la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Des ouvertures \u00e0 la base de la structure permettent \u00e0 l\u2019air d\u2019entrer, de se refroidir dans une chambre excav\u00e9e sous la surface du sol et de monter \u00e0 travers la termiti\u00e8re en la refroidissant. Les termites contr\u00f4lent le flux d\u2019air en ouvrant et rebouchant de nouveaux tunnels en permanence, ce qui leur permet de ma\u00eetriser le refroidissement et le taux d\u2019humidit\u00e9. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir discut\u00e9 avec des biologistes, Mick Pierce a int\u00e9gr\u00e9 dans son projet de centre commercial Eastgate \u00e0 Harare des ventilateurs \u00e0 la base des tours ainsi que des dizaines de chemin\u00e9es permettant la circulation de l\u2019air \u00e0 travers l\u2019\u00e9difice. Le r\u00e9sultat est probant: le syst\u00e8me de refroidissement passif d\u2019Eastgate n\u2019utilise que 10% de l\u2019\u00e9nergie utilis\u00e9e par un b\u00e2timent de taille comparable refroidi par air conditionn\u00e9. Soit une \u00e9conomie estim\u00e9e \u00e0 quelques 3,5 millions de dollars sur cinq ans, pour un b\u00e2timent ayant co\u00fbt\u00e9 35 millions. <\/p>\n<p>Avec ses 300 m\u00e8tres, la Pearl River Tower actuellement en construction en Chine deviendra peut-\u00eatre le premier gratte-ciel produisant plus d\u2019\u00e9nergie qu\u2019il n\u2019en consomme. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 la mani\u00e8re dont les \u00e9ponges absorbent au mieux l\u2019\u00e9nergie disponible dans leur environnement au lieu de la renvoyer, Adrian Smith du cabinet g\u00e9ant S.O.M. de Chicago a int\u00e9gr\u00e9 dans la tour non seulement des collecteurs d\u2019eau de pluie et des capteurs solaires, mais \u00e9galement des turbines \u00e9oliennes plac\u00e9es au milieu de la fa\u00e7ade.<\/p>\n<p>Tirant parti de nouvelles technologies, les ing\u00e9nieurs d\u00e9veloppent des fa\u00e7ades intelligentes qui r\u00e9agissent automatiquement aux conditions m\u00e9t\u00e9orologiques et permettent de mieux contr\u00f4ler les \u00e9changes entre les b\u00e2timents et leur environnement. La nature est, dans ce domaine, une source d\u2019inspiration tr\u00e8s riche, car les interfaces biologiques comme la peau et la fourrure poss\u00e8dent des fonctionnalit\u00e9s tr\u00e8s complexes: refroidissement par transpiration, r\u00e9chauffement par chair de poule, \u00e9changes de fluides, d\u00e9tection de chaleur et de lumi\u00e8re\u2026 L\u2019architecte moderne ne parle donc plus de l\u2019enveloppe du b\u00e2timent, mais de sa \u00abpeau\u00bb.<\/p>\n<p>La fourrure de l\u2019ours polaire et sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9guler les \u00e9changes de chaleur se retrouvent dans le Singapore Arts Centre. Sa surface, r\u00e9alis\u00e9e par les ing\u00e9nieurs d\u2019Atelier One, est recouverte de losanges en aluminium qui jouent le r\u00f4le des poils de la fourrure. Leur orientation est contr\u00f4l\u00e9e par des capteurs de lumi\u00e8re photo\u00e9lectriques. Par mauvais temps, les losanges s\u2019ouvrent pour laisser passer la lumi\u00e8re directe du soleil et chauffer le b\u00e2timent. En cas d\u2019ensoleillement, les losanges se referment afin de r\u00e9duire le rayonnement solaire direct tout en laissant passer suffisamment de lumi\u00e8re indirecte, qui arrive \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur en se r\u00e9fl\u00e9chissant sur la surface en aluminium des losanges.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est un \u00e9tonnant b\u00e2timent \u00e0 la forme arrondie qui ressemble davantage \u00e0 la carapace du tatou qu\u2019\u00e0 un ours polaire. On retrouve ici une caract\u00e9ristique des b\u00e2timents int\u00e9grant des \u00e9l\u00e9ments de biomim\u00e9tisme \u00abfonctionnel\u00bb: d\u2019un point de vue esth\u00e9tique, il n\u2019y a aucune raison qu\u2019ils ressemblent aux organismes dont les proc\u00e9d\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 copi\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019architecture et la mani\u00e8re dont ses concepteurs en parlent sont un reflet des pr\u00e9occupations de notre soci\u00e9t\u00e9; si la fin du XIXe \u00e9tait sous le charme d\u2019une technique froide et m\u00e9caniste, on assiste aujourd\u2019hui \u00e0 un retour en force du naturel &#8212;  un courant naturaliste que critique le futurologue britannique James Woudhuysen.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019homme moderne a parfois tendance \u00e0 croire que l\u2019esth\u00e9tique devrait imiter la nature, nous confie-t-il. Mais il est na\u00eff de penser que la nature apporte toujours la meilleure solution, et que le fait de simplement copier le biologique pourra r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes environnementaux, comme par exemple celui des \u00e9missions de CO2. Souvent, la pens\u00e9e naturaliste ne fait que remplacer une vraie r\u00e9flexion.\u00bb <\/p>\n<p>Parler de la nature permettrait aux architectes de cautionner un b\u00e2timent truff\u00e9 de haute technologie par un rappel au biologique et \u00e0 la sagesse de dame Nature. <\/p>\n<p>\u00abCertains architectes tiennent \u00e0 affirmer leur conscience environnementale, rel\u00e8ve dans la revue \u00abNature\u00bb le curateur Hugh Aldersey-Williams de l\u2019exposition \u00abZoomorphic: new animal architecture\u00bb pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Londres en 2003. Une mani\u00e8re efficace de le faire est de donner une apparence organique ou naturaliste \u00e0 leurs b\u00e2timents.\u00bb<\/p>\n<p>Les constructions int\u00e9grant des \u00e9l\u00e9ments biomim\u00e9tiques ne satisfont d\u2019ailleurs pas toujours aux crit\u00e8res du d\u00e9veloppement durable, temp\u00e8re Dayna Baumeister. Et pour la Biomimicry Guild, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un aspect fondamental qu\u2019elle encourage en exigeant de ses clients un engagement financier dans des projets de conservation. \u00abEn pr\u00e9servant leur environnement naturel, nous essayons de r\u00e9compenser les d\u00e9tenteurs originaux des brevets: les organismes biologiques eux-m\u00eames.\u00bb <\/p>\n<p>Le \u00abcornichon\u00bb de Londres est le surnom donn\u00e9 \u00e0 la Swiss Re Tower \u00e0 cause de sa forme l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9e. Cette tour de 180 m\u00e8tres construite au c\u0153ur de la City en 2004 par Forster &#038; Partners est parfois cit\u00e9e dans le cadre du biomim\u00e9tisme architectural, non pas \u00e0 cause de son allure de cucurbitac\u00e9e, mais parce qu\u2019elle rappelle un invert\u00e9br\u00e9: l\u2019\u00e9ponge de verre.<\/p>\n<p>La fa\u00e7ade du b\u00e2timent contient une structure m\u00e9tallique en treillis qui \u00e9voque l\u2019exosquelette de l\u2019organisme marin. L\u2019air peut ainsi circuler efficacement entre les vitrages int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs, ce qui permet d\u2019importantes \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergie de chauffage et de ventilation. Le flux d\u2019air a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 compar\u00e9 \u00e0 la circulation de l\u2019eau \u00e0 travers une \u00e9ponge, mais les liens entre l\u2019organisme biologique et la construction architecturale sont en fait totalement fortuits: il se trouve simplement que l\u2019architecte a d\u00e9velopp\u00e9 un structure similaire \u00e0 ce que la nature avait d\u00e9j\u00e0 produit.<\/p>\n<p>Parfois, la nature sugg\u00e8re qu\u2019il est possible de profiter d\u2019un b\u00e2timent pour r\u00e9soudre un probl\u00e8me a priori s\u00e9par\u00e9. C\u2019est ainsi un insecte du d\u00e9sert qui aurait amen\u00e9 les architectes de Grimshaw \u00e0 int\u00e9grer dans leur projet de \u00abWater Theater\u00bb \u00e0 Las Palmas aux Canaries une unit\u00e9 de dessalement.<\/p>\n<p>\u00abNous avons consid\u00e9r\u00e9 le b\u00e2timent d\u2019une mani\u00e8re globale en tenant compte des sp\u00e9cificit\u00e9s \u00e9cologiques des Canaries, \u00e0 savoir le manque d\u2019eau douce, souligne l\u2019architecte Neven Sidor. Cette technologie a pu tirer parti des sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019\u00eele: une brise tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8re et des fonds marins abrupts.\u00bb<\/p>\n<p>Face \u00e0 la mer, des centaines de grilles d\u2019\u00e9vaporation chauff\u00e9es via des collecteurs solaires sont arros\u00e9es d\u2019eau de mer ti\u00e8de pomp\u00e9e \u00e0 la surface. L\u2019eau s\u2019\u00e9vapore sous l\u2019action de la brise marine en laissant le sel sur les grilles. Elle va se condenser plus loin sur des tubes de condensation refroidis gr\u00e2ce \u00e0 de l\u2019eau de mer froide pomp\u00e9e en profondeur. Les gouttes r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es forment ainsi une source d\u2019eau douce qui, selon Grimshaw, pourrait approvisionner une ville enti\u00e8re. <\/p>\n<p>Ce projet, entre temps avort\u00e9, est cit\u00e9 comme exemple d\u2019architecture biomim\u00e9tique inspir\u00e9e par la Stenocara, un col\u00e9opt\u00e8re vivant dans le d\u00e9sert du Namib. Mais Niven Sidor parle plut\u00f4t de m\u00e9taphore, car les architectes et ing\u00e9nieurs n\u2019ont en fait pas r\u00e9pliqu\u00e9 la m\u00e9thode pr\u00e9cise utilis\u00e9 par la Stenocara pour r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019humidit\u00e9: sur son dos, des minuscules vall\u00e9es sont recouvertes d\u2019une cire hydrophobe qui repousse les gouttelettes d\u2019eau contenues dans l\u2019air vers le sommet des bosses. Elles s\u2019y accumulent et finissent par perler et glisser jusqu\u2019\u00e0 la bouche de l\u2019insecte. Ce savoir-faire naturel a \u00e9t\u00e9 par contre r\u00e9ellement copi\u00e9 par des chercheurs du M.I.T. pour fabriquer un nanomat\u00e9riau fonctionnant comme un \u00abpi\u00e8ge \u00e0 nuage\u00bb permettant, comme l\u2019insecte, de r\u00e9cup\u00e9rer de l\u2019eau dans des d\u00e9serts peu \u00e9loign\u00e9s des c\u00f4tes.<\/p>\n<p>Un nombre croissant de b\u00e2timents r\u00e9cents et imposants poss\u00e8deraient ainsi des \u00e9l\u00e9ments \u00abbiomim\u00e9tiques\u00bb, mais il est parfois difficile de d\u00e9m\u00ealer ce qui rel\u00e8ve d\u2019une analogie trouv\u00e9e a posteriori d\u2019une vraie approche \u00abbiomim\u00e9tique\u00bb. <\/p>\n<p>\u00abEastgate \u00e0 Harare est issu d\u2019un r\u00e9el processus de r\u00e9flexion biomim\u00e9tique, clarifie Dayna Baumeister. Mick Pierce a vraiment travaill\u00e9 avec des biologistes pour identifier des solutions naturelles, indig\u00e8nes au Zimbabwe, qu\u2019il pourrait utiliser dans sa construction.\u00bb A d\u00e9faut d\u2019\u00eatre spectaculaire, le r\u00e9sultat tient compte au mieux des ressources locales limit\u00e9es. <\/p>\n<p>Le biomim\u00e9tisme architectural n\u2019est pas qu\u2019une affaire de communication. Il s\u2019inscrit aussi dans ces courants \u00e9cologiques modernes qui d\u00e9sirent profiter des progr\u00e8s techniques pour d\u00e9velopper des technologies \u00abvertes\u00bb &#8212; et non pas simplement conserver la nature telle qu\u2019elle est.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, les architectes poursuivent des objectifs vari\u00e9s lorsqu\u2019ils s\u2019inspirent de la nature: certains cherchent \u00e0 copier des fonctionnalit\u00e9s organiques, d\u2019autres s\u2019int\u00e9ressent principalement \u00e0 la forme, pour des raisons esth\u00e9tiques ou symboliques. C\u2019est d\u2019ailleurs en Suisse que surgira le b\u00e2timent qui copiera la vie sous sa forme la plus universelle: la tour Roche \u00e0 B\u00e2le, imagin\u00e9e par Herzog et de Meuron et dont la forme torsad\u00e9e a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par la double h\u00e9lice de l\u2019ADN, la brique fondamentale des \u00eatres vivants. Pur symbole &#8212; non seulement de la vie, mais \u00e9galement de notre savoir-faire technologique.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine scientifique Reflex, en vente en kiosques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un nombre croissant de scientifiques s\u2019inspirent de la nature pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes techniques. Avec, en architecture, des r\u00e9sultats spectaculaires. 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