



{"id":2670,"date":"2008-08-18T00:00:00","date_gmt":"2008-08-17T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2670"},"modified":"2009-06-10T15:18:11","modified_gmt":"2009-06-10T13:18:11","slug":"opinion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2670","title":{"rendered":"Sortir de la crise? Impossible sans freiner la croissance"},"content":{"rendered":"<p>\u00abL\u2019Allemagne est touch\u00e9e \u00e0 son tour par la crise qui affecte ses exportations et sa croissance\u00bb, titrait Le Monde la semaine derni\u00e8re. La croissance. Voil\u00e0 le crit\u00e8re qui permet de juger la bonne marche de nos soci\u00e9t\u00e9s. Comme si elles \u00e9taient condamn\u00e9es \u00e0 cro\u00eetre \u00e0 l\u2019infini. Comme si le bonheur des hommes d\u00e9pendait uniquement d\u2019une accumulation formidable de biens mat\u00e9riels.<\/p>\n<p>En bonne fille du concept de progr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 par la philosophie des Lumi\u00e8res, la croissance manifesta pourtant tr\u00e8s t\u00f4t ses limites. Le jeune Marx du <a href=http:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1847\/00\/kmfe18470000.htm target=_blank class=std>Manifeste communiste<\/a> que nous avons revisit\u00e9 la <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=2662 target=_blank class=std>semaine pass\u00e9e<\/a> en avait d\u00e9j\u00e0 per\u00e7u toute l\u2019absurdit\u00e9:<\/p>\n<ul><font size=2> \u00abUne \u00e9pid\u00e9mie qui, \u00e0 toute autre \u00e9poque, e\u00fbt sembl\u00e9 une absurdit\u00e9, s&rsquo;abat sur la soci\u00e9t\u00e9 &#8212; l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de la surproduction. La soci\u00e9t\u00e9 se trouve subitement ramen\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat de barbarie momentan\u00e9e; on dirait qu&rsquo;une famine, une guerre d&rsquo;extermination lui ont coup\u00e9 tous ses moyens de subsistance; l&rsquo;industrie et le commerce semblent an\u00e9antis.<\/p>\n<p>Et pourquoi? Parce que la soci\u00e9t\u00e9 a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d&rsquo;industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce r\u00e9gime qui alors leur fait obstacle; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles pr\u00e9cipitent dans le d\u00e9sordre la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise tout enti\u00e8re et menacent l&rsquo;existence de la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me bourgeois est devenu trop \u00e9troit pour contenir les richesses cr\u00e9\u00e9es dans son sein. Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises? D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, en d\u00e9truisant par la violence une masse de forces productives; de l&rsquo;autre, en conqu\u00e9rant de nouveaux march\u00e9s et en exploitant plus \u00e0 fond les anciens. A quoi cela aboutit-il? A pr\u00e9parer des crises plus g\u00e9n\u00e9rales et plus formidables et \u00e0 diminuer les moyens de les pr\u00e9venir. \u00bb<\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Cent soixante ans plus tard, le constat reste le m\u00eame. Se ressour\u00e7ant en permanence dans les crises, le capitalisme ne cesse de pousser dans un m\u00eame mouvement \u00e0 la surproduction et \u00e0 l\u2019\u00e9limination des biens produits pour pouvoir recommencer.<\/p>\n<p>Cette \u00e9limination se fait en gros de deux mani\u00e8res. Par la guerre, comme nous le constatons tous les jours au Proche-Orient, mais pas seulement. Par un gaspillage d\u00e9mesur\u00e9 qui couvre la plan\u00e8te enti\u00e8re de monstrueuses montagnes de d\u00e9chets irr\u00e9cup\u00e9rables. Une <a href=http:\/\/ti-exclusif.ch\/content\/view\/1105\/2\/ target=_blank class=std>\u00e9tude<\/a> parue ces jours-ci montre par exemple que sur les millions de t\u00e9l\u00e9phones portables (le dernier gadget \u00e0 avoir connu un succ\u00e8s plan\u00e9taire et imm\u00e9diat) diss\u00e9min\u00e9s dans les poches de nos contemporains, seuls 3% sont recycl\u00e9s.<\/p>\n<p>S\u2019\u00e9tant empar\u00e9e de la gouvernance \u00e9conomique du monde sans contrepartie politique, l\u2019\u00e9conomie globalis\u00e9e est incapable de r\u00e9pondre \u00e0 ce genre de d\u00e9fis. Ses profits en souffriraient.<\/p>\n<p>Quand, au moment de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, on accusait le Comit\u00e9 des forges d\u2019avoir propuls\u00e9 le monde dans la guerre pour servir ses propres int\u00e9r\u00eats, il existait encore une (faible) m\u00e9diation politique. Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus cas.<\/p>\n<p>Certes les lobbies p\u00e9troliers \u00e9tasuniens sont en premi\u00e8re ligne au Proche Orient, mais les folles chevauch\u00e9es des traders responsables de la crise des subprimes se sont faites en dehors de toute m\u00e9diation politique. Cette autonomie mortif\u00e8re du capital condamn\u00e9 par le syst\u00e8me m\u00eame \u00e0 multiplier \u00e0 l\u2019infini ses m\u00e9tastases met en p\u00e9ril non seulement notre civilisation mais la plan\u00e8te elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le diagnostic n\u2019est pas nouveau. La prise de conscience non plus: elle appara\u00eet \u00e0 chaque crise. Certains esprits clairvoyants tentent depuis des d\u00e9cennies de d\u00e9noncer la d\u00e9rive qui nous menace en mati\u00e8re d\u2019\u00e9cologie.<\/p>\n<p>Un des livres les plus brillants \u00e0 ce sujet est \u00abL\u2019avenir est notre affaire\u00bb publi\u00e9 par Denis de Rougemont en 1977, au lendemain du premier choc p\u00e9trolier. Rougemont y passait en revue l\u2019essentiel des maux qui rendent la vie en soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus insupportable. <\/p>\n<p>Comme par exemple l\u2019emprise de la voiture sur la ville qui, dans un premier temps, a modifi\u00e9 la vie urbaine en envahissant des rues pas pr\u00e9vues pour absorber un tel trafic. Puis, en un second temps, a provoqu\u00e9 l\u2019exode des habitants vers les banlieues en les condamnant \u00e0 passer une partie toujours plus consid\u00e9rable de leur journ\u00e9e dans des embouteillages.<\/p>\n<p>En 1974 d\u00e9j\u00e0, 54% de l\u2019essence consomm\u00e9e aux Etats-Unis \u00e9tait le fait des allers et retours de pendulaires allant au travail. Outre l\u2019absurdit\u00e9 \u00e9conomique, cette nouvelle mani\u00e8re de vivre d\u00e9veloppe aussi chez l\u2019individu une agressivit\u00e9 qui, une g\u00e9n\u00e9ration plus tard, n\u2019en finit pas d\u2019amplifier celle engendr\u00e9e par la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi et des salaires.<\/p>\n<p>En intellectuel m\u00e9thodique, Rougemont ne s\u2019est pas content\u00e9 d\u2019analyser et de d\u00e9noncer, il a aussi \u00e9bauch\u00e9 des solutions qui sont \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9cologie politique en Suisse.<\/p>\n<p>Cette sensibilisation amena \u00e0 l\u2019\u00e9lection de Daniel Br\u00e9laz au Conseil national en 1979 et \u00e0 l\u2019affirmation des Verts. Sans que cela change beaucoup le sort du simple p\u00e9kin: la ville de Lausanne, fief de Br\u00e9laz dont il est le syndic depuis 2001, bat des records en mati\u00e8re de taux d\u2019ozone et de poussi\u00e8res fines. La circulation automobile y est aussi insens\u00e9e qu\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>En sept ans, aucune mesure n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise pour contraindre les g\u00e9rances immobili\u00e8res \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019isolation des immeubles ou \u00e0 rationnaliser leur chauffage, etc. La patte \u00e9cologique de la municipalit\u00e9 est si transparente qu\u2019elle en est invisible.<\/p>\n<p>Cela n\u2019emp\u00eache pas nos politiciens \u00e9cologistes ou non de se gargariser \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9e avec le d\u00e9veloppement durable. Deux termes qui dans les conditions actuelles sont parfaitement antinomiques. Le d\u00e9veloppement suppose la poursuite de la croissance, cette croissance ch\u00e9rie des \u00e9lites au pouvoir. Or, \u00f4 paradoxe, les gens n\u2019en veulent plus.<\/p>\n<p>Dans un sondage tr\u00e8s int\u00e9ressant consacr\u00e9 aux Suisses face \u00e0 la mondialisation, L\u2019Hebdo (15 mai 2008), sous la plume de Marie-H\u00e9l\u00e8ne Miauton qui ne passe pas pour une gauchiste, constatait : <\/p>\n<p>\u00abToutefois, le principal indicateur n\u00e9gatif du sondage r\u00e9side dans cette tendance dans la population \u00e0 vouloir stabiliser (61%) ou r\u00e9duire (11%) la croissance \u00e9conomique plut\u00f4t que de la favoriser, ce que seule une personne sur quatre dans la population appelle de ses v\u0153ux. La tendance politique n\u2019y change pas grand-chose avec seulement 36% \u00e0 droite et 18% \u00e0 gauche.\u00bb<\/p>\n<p>Cette m\u00eame population \u00e0 qui l\u2019on demande si \u00abpour prot\u00e9ger l\u2019environnement, on peut accepter des mesures qui freinent la croissance et l\u2019emploi\u00bb r\u00e9pond positivement (37% beaucoup, 33% un peu) \u00e0 70%, soit largement plus des deux tiers!<\/p>\n<p>A la question \u00abSi on laisse faire l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, la situation de l\u2019environnement s\u2019aggravera\u00bb, ils sont 79% \u00e0 dire oui, contre seulement 7% \u00e0 r\u00e9pondre \u00abpas du tout\u00bb.<\/p>\n<p>N\u2019\u00e9tant pas comme Marie-H\u00e9l\u00e8ne Miauton \u00e0 la t\u00eate d\u2019un institut de sondage vivant de l\u2019\u00e9conomie priv\u00e9e, permettez-moi de poser une question impertinente: en ces temps de populisme acharn\u00e9, quel est le parti qui osera \u00e9couter le peuple et enfin proclamer \u00abArr\u00eatons le d\u00e9sastre, r\u00e9fl\u00e9chissons autrement qu\u2019en terme de croissance\u00bb?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La surproduction et le gaspillage sont les moteurs de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Dans leur grande sagesse, les Suisses ne veulent plus de cette croissance.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2670","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2670","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2670"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2670\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2670"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2670"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2670"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}