



{"id":2666,"date":"2008-08-12T00:00:00","date_gmt":"2008-08-11T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2666"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"reportage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2666","title":{"rendered":"Dans les laboratoires top secret de Changins"},"content":{"rendered":"<p>Dans le d\u00e9dale de ces laboratoires en sous-sol, on aper\u00e7oit des touffes de bl\u00e9 qui ressemblent \u00e0 n\u2019importe quelles touffes de bl\u00e9. Normal: ces plantes sont issues d\u2019une s\u00e9lection 100% naturelle. Mais o\u00f9 se trouve donc le fameux bl\u00e9 transg\u00e9nique sur lequel travaillent les chercheurs de Changins?<\/p>\n<p>\u00abIl n\u2019est pas possible de le voir, indique Arnold Schori, chef de l\u2019am\u00e9lioration des plantes et des ressources g\u00e9n\u00e9tiques \u00e0 l\u2019Agroscope. Pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 et de confidentialit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Cette extr\u00eame prudence des chercheurs montre \u00e0 quel point le dossier est sensible. Le gouvernement suisse vient de prolonger jusqu\u2019\u00e0 2013 le moratoire prohibant la commercialisation des organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s. A Pully, les tests de bl\u00e9s transg\u00e9niques n\u2019ont pu d\u00e9buter ce printemps comme il \u00e9tait pr\u00e9vu. Des riverains ont d\u00e9pos\u00e9 un recours au Tribunal f\u00e9d\u00e9ral administratif, provoquant de facto une suspension des exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>La recherche s\u2019effectue pourtant dans le cadre tr\u00e8s officiel d\u2019un programme national de recherche (lire encadr\u00e9), et des mesures de s\u00e9curit\u00e9 draconiennes ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es: cl\u00f4tur\u00e9, le champ sera recouvert de filets anti-oiseaux durant toute la p\u00e9riode de germination des graines; dans un rayon de 100 m\u00e8tres autour de l\u2019aire d\u2019exp\u00e9rimentation, il n\u2019y aura ni plantation de bl\u00e9, ni de seigle; et le terrain devra \u00eatre r\u00e9guli\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9 afin de d\u00e9tecter d\u2019\u00e9ventuelles repousses durant les deux ans qui suivront la fin des tests.<\/p>\n<p>De plus, \u00able bl\u00e9 est une plante autogame dont la probabilit\u00e9 de croisement est extr\u00eamement faible, dit Arnold Schori. Et ces essais concernent des vari\u00e9t\u00e9s de printemps alors que la grande majorit\u00e9 des agriculteurs suisses s\u00e8ment des bl\u00e9s d\u2019automne, qui n\u2019ont pas la m\u00eame p\u00e9riode de floraison.\u00bb<\/p>\n<p>Ces pr\u00e9cautions extr\u00eames n\u2019ont pas convaincu les riverains. En d\u00e9posant leur recours ils emp\u00eachent toute diss\u00e9mination en plein champ \u00e0 Pully. Ce n\u2019est que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Sarine que les chercheurs pourront tester les bl\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s, plant\u00e9s depuis mars dernier pr\u00e8s de Z\u00fcrich. Le site a d\u2019ailleurs d\u00fb \u00eatre hautement s\u00e9curis\u00e9, afin de prot\u00e9ger les cultures.<\/p>\n<p>Arnold Schori ne comprend pas l\u2019attitude des opposants. \u00abSelon eux, la connaissance scientifique des impacts n\u00e9gatifs potentiels est insuffisante. Alors pourquoi ne pas laisser la recherche publique, neutre et sans but commercial, faire son travail?\u00bb<\/p>\n<p>Le chercheur se dit effar\u00e9 par ces recours. \u00abCela revient \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer toute recherche sur cette technologie, pourtant prometteuse, \u00e0 certaines multinationales qui n\u2019investissent que dans les OGM les plus int\u00e9ressants commercialement.\u00bb<\/p>\n<p>Ce d\u00e9s\u00e9quilibre ne facilite pas le travail des chercheurs, d\u2019autant que la r\u00e9volution OGM est bel et bien en marche. Depuis le d\u00e9but de leur commercialisation en 1996, les surfaces cultiv\u00e9es n\u2019ont cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre, pour atteindre 114,3 millions d\u2019hectares \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, soit 12% d\u2019augmentation par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Aujourd\u2019hui, pr\u00e8s de 51% des champs OGM sont occup\u00e9s par le fameux soja transg\u00e9nique programm\u00e9 pour r\u00e9sister \u00e0 un herbicide total, le glyphosate. Une application douteuse au niveau agronomique, car la plante a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019herbicide dans le seul but d\u2019optimiser les cultures \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle.<\/p>\n<p>Pour Arnold Schori, \u00abune technologie n\u2019est ni bonne, ni mauvaise. Ce sont ses applications qui doivent \u00eatre jug\u00e9es au cas par cas\u00bb. Utilis\u00e9s \u00e0 bon escient, les OGM permettraient de rendre certains aliments plus sains, en enrichissant leur huile d\u2019om\u00e9gas 3, ou en leur permettant d\u2019absorber moins de graisses lors de la friture.<\/p>\n<p>Certaines plantes pourront \u00eatre programm\u00e9es pour r\u00e9sister aux insectes ou aux maladies, limitant l\u2019emploi de produits toxiques. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas pour le ma\u00efs et le coton transg\u00e9niques, con\u00e7us pour se d\u00e9fendre contre la redoutable pyrale. Il est \u00e9galement possible de modifier les plantes afin qu\u2019elles tol\u00e8rent mieux la salinit\u00e9 des sols, qui peut repr\u00e9senter un s\u00e9rieux probl\u00e8me. \u00abLa transg\u00e9n\u00e8se pourra \u00eatre une cause noble, dit Arnold Schori. Le monde aura les OGM qu\u2019il m\u00e9rite. La m\u00e9fiance actuelle provient du fait que ceux qui sont commercialis\u00e9s ne profitent pas au consommateur.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Comment transformer un patrimoine g\u00e9n\u00e9tique<\/b><\/p>\n<p>Le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique consiste \u00e0 transformer de mani\u00e8re cibl\u00e9e le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique d\u2019un organisme. Parmi les m\u00e9thodes de transformation, on trouve celle du canon \u00e0 particules, ou \u00abgun\u00bb: les cellules sont bombard\u00e9es au hasard de microparticules d\u2019or ou de tungst\u00e8ne contenant les g\u00e8nes s\u00e9lectionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Une autre m\u00e9thode dite \u00abagrobact\u00e9rienne\u00bb introduit des g\u00e8nes dans un organisme au moyen de bact\u00e9ries. Gr\u00e2ce \u00e0 cette technologie, il est possible d\u2019identifier, de copier ou de transf\u00e9rer des informations g\u00e9n\u00e9tiques d\u2019une cellule \u00e0 l\u2019autre et de modifier ainsi ses consignes biologiques.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Programme national, truite et bios\u00e9curit\u00e9<\/b><\/p>\n<p>En 2005, le peuple suisse approuvait un moratoire sur la commercialisation des OGM jusqu\u2019en 2010. Les cinq ans de suspension devaient \u00eatre mis \u00e0 profit pour faire avancer le savoir dans ce domaine, afin de prendre une d\u00e9cision ult\u00e9rieure en connaissance de cause. Le Programme national de recherche 59, intitul\u00e9 \u00abUtilit\u00e9 et risques de la diss\u00e9mination des plantes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es\u00bb, a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par la Conf\u00e9d\u00e9ration dans ce cadre.<\/p>\n<p>Il comporte diff\u00e9rents volets visant \u00e0 examiner des pommiers, du bl\u00e9, des fraises et du ma\u00efs, mais \u00e9galement un vaccin pour la truite du lac, ainsi que les impacts \u00e9thiques et sociaux. Dans toutes les recherches, l\u2019accent est mis sur la bios\u00e9curit\u00e9, ainsi que sur l\u2019interaction des OGM avec leur environnement et les insectes, tr\u00e8s peu \u00e9tudi\u00e9s jusque-l\u00e0.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Des bl\u00e9s plus r\u00e9sistants<\/b><\/p>\n<p>Dans le cadre du Programme national de recherche 59, l\u2019Agroscope de Changins s\u2019est concentr\u00e9 sur les recherches concernant les souches de bl\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s. L\u2019objectif consiste \u00e0 tester la r\u00e9sistance des bl\u00e9s cr\u00e9es par l\u2019Universit\u00e9 de Z\u00fcrich et de l\u2019EPFZ \u00e0 l\u2019o\u00efdium, un pathog\u00e8ne fongique qui s\u00e9vit dans les conditions humides ou peu ventil\u00e9es.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rimentation en laboratoires et en serre, les plantes doivent \u00eatre observ\u00e9es en plein champ. \u00ab Ces essais sont n\u00e9cessaires car les conditions de plein air diff\u00e8rent tant au niveau des conditions climatiques que du rayonnement ultraviolet. Ils nous permettront d\u2019\u00e9tudier l\u2019interaction des plantes avec leur environnement, les bact\u00e9ries du sol et d\u2019autres organismes. \u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>L\u2019Agroscope de Changins, pour une agriculture durable<\/b><\/p>\n<p>Situ\u00e9 pr\u00e8s de Nyon, l\u2019Agroscope de Changins est l\u2019une des trois stations de recherche agronomique publique suisse. Il d\u00e9pend de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019agriculture et pr\u00e9pare les bases scientifiques et techniques n\u00e9cessaires \u00e0 une agriculture durable et comp\u00e9titive. Pour cela, des recherches appliqu\u00e9es en production v\u00e9g\u00e9tale y sont effectu\u00e9es: culture des champs, herbages, viticulture, arboriculture etc.<\/p>\n<p>Cr\u00e9e en 1976 suite \u00e0 la fusion entre la Station f\u00e9d\u00e9rale de chimie agricole, l\u2019Etablissement f\u00e9d\u00e9ral d\u2019essais et de contr\u00f4le des semences et la Station viticole f\u00e9d\u00e9rale, l\u2019Agroscope de Changins forme depuis 2006 une seule et m\u00eame entit\u00e9 avec celui de W\u00e4denswil (ZH).<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine scientifique Reflex, en vente en kiosques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les recherches men\u00e9es \u00e0 l\u2019Agroscope sont politiquement si sensibles que les scientifiques pr\u00e9f\u00e8rent ne pas montrer leurs plantes transg\u00e9niques. Reportage et explications.<\/p>\n","protected":false},"author":19538,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2666","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19538"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2666"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2666\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}