



{"id":2662,"date":"2008-08-07T00:00:00","date_gmt":"2008-08-06T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2662"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"chronique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2662","title":{"rendered":"Les crises poisseuses qui, aujourd\u2019hui, assombrissent nos nuits"},"content":{"rendered":"<p>Chaque jour, nous sommes interpell\u00e9s par de grandes questions qui r\u00e8glent notre vie en soci\u00e9t\u00e9. Premi\u00e8re dominante: la crise \u00e9conomique, parce qu\u2019elle touche directement notre pouvoir d\u2019achat compris dans un sens large.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me dominante: la crise \u00e9cologique, parce qu\u2019elle remet en cause notre existence m\u00eame comme soci\u00e9t\u00e9 humaine \u00e0 plus ou moins long terme. Une troisi\u00e8me crise, de type moral, devrait en permanence soutenir notre r\u00e9flexion, c\u2019est celle d\u2019une prise de conscience de nos responsabilit\u00e9s sociales et, au-del\u00e0, d\u2019une remise en cause (dans le sens d\u2019un redimensionnement) de l\u2019\u00e9go\u00efsme, composante fondamentale de l\u2019individu. <\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est \u00e0 l\u2019adolescence que l\u2019on est particuli\u00e8rement sensible \u00e0 cette crise morale. Elle tracasse, suscite des interrogations, parfois des r\u00e9voltes, fait na\u00eetre mille r\u00e9solutions. Puis, happ\u00e9 par sa socialisation (boulot, famille\u2026), l\u2019adulte abdique, procrastine et se fond dans le moule dominant en ensevelissant sa mauvaise conscience sous une multitude de t\u00e2ches toutes plus urgentes que les autres.<\/p>\n<p>Les soir\u00e9es ao\u00fbtiennes plus d\u00e9tendues que celle de d\u00e9cembre se pr\u00eatant mieux \u00e0 la r\u00e9flexion, le lecteur ne m\u2019en voudra pas de jeter un regard critique sur quelques points br\u00fblants de l\u2019actualit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019analyse d\u2019un philosophe aujourd\u2019hui fort d\u00e9cri\u00e9 en raison des m\u00e9faits commis par certains de ses h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Je veux parler de Karl Marx, du jeune Marx, de celui qui, au moment o\u00f9 le capitalisme (via la formidable puissance \u00e9conomique d\u2019une Grande-Bretagne dominant la plan\u00e8te) essayait de comprendre, en 1847, le monde ans lequel il vivait et \u00e9crivait le <a href=http:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1847\/00\/kmfe18470000a.htm#sect1 target=_blank class=std>Manifeste communiste<\/a>. <\/p>\n<p>Je lis dans Le Temps d\u2019aujourd\u2019hui un \u00e9ditorial intitul\u00e9 <a href=http:\/\/www.letemps.ch\/template\/editoriaux.asp?page=1&#038;article=237197 target=_blank class=std>La crise poisseuse<\/a> dont l\u2019auteur est partag\u00e9 entre le pessimisme et l\u2019inqui\u00e9tude en raison de la multiplication et de la concomitance des crises qui secouent la plan\u00e8te: financi\u00e8re, commerciale, \u00e9nerg\u00e9tique, inflationniste\u2026<\/p>\n<p>\u00abPoisseux\u00bb, le mot est bien choisi. Au propre, il signifie qu\u2019il est visqueux et collant comme de la poix, au figur\u00e9, qu\u2019il inspire d\u00e9go\u00fbt et r\u00e9pulsion. Voici ce que disait Marx il y a plus d\u2019un si\u00e8cle et demi:<\/p>\n<p>\u00abLes conditions bourgeoises de production et d&rsquo;\u00e9change, le r\u00e9gime bourgeois de la propri\u00e9t\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d&rsquo;\u00e9change, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu&rsquo;il a \u00e9voqu\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDepuis des dizaines d&rsquo;ann\u00e9es, l&rsquo;histoire de l&rsquo;industrie et du commerce n&rsquo;est autre chose que l&rsquo;histoire de la r\u00e9volte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9 qui conditionnent l&rsquo;existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour p\u00e9riodique, menacent de plus en plus l&rsquo;existence de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Chaque crise d\u00e9truit r\u00e9guli\u00e8rement non seulement une masse de produits d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9s, mais encore une grande partie des forces productives d\u00e9j\u00e0 existantes elles-m\u00eames.\u00bb<\/p>\n<p>Il y a quelques jours, la conf\u00e9rence de l\u2019OMC sur le cycle de Doha se concluait sur un \u00e9chec. Aussi utopique que le communisme, l\u2019accord de libre-\u00e9change \u00e9chouait comme il \u00e9tait pr\u00e9visible en raison de la contradiction entre pays riches et pays pauvres. L\u2019\u00e9go\u00efsme des repus (nous, les Occidentaux) incapables de se remettre en cause pour partager avec le reste de l\u2019humanit\u00e9. Karl Marx:<\/p>\n<p>\u00abPouss\u00e9e par le besoin de d\u00e9bouch\u00e9s toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s&rsquo;implanter partout, exploiter partout, \u00e9tablir partout des relations. Par l&rsquo;exploitation du march\u00e9 mondial, la bourgeoisie donne un caract\u00e8re cosmopolite \u00e0 la production et \u00e0 la consommation de tous les pays. Au grand d\u00e9sespoir des r\u00e9actionnaires, elle a enlev\u00e9 \u00e0 l&rsquo;industrie sa base nationale.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes vieilles industries nationales ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplant\u00e9es par de nouvelles industries, dont l&rsquo;adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilis\u00e9es, industries qui n&#8217;emploient plus des mati\u00e8res premi\u00e8res indig\u00e8nes, mais des mati\u00e8res premi\u00e8res venues des r\u00e9gions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays m\u00eame, mais dans toutes les parties du globe.\u00bb<\/p>\n<p>Victimes de longue date du d\u00e9veloppement capitaliste, les paysans, pas seulement les paysans suisses, ont pouss\u00e9 un soupir de soulagement \u00e0 l\u2019annonce de l\u2019\u00e9chec des n\u00e9gociations de Gen\u00e8ve, m\u00eame si la charmante Doris Leuthardt s\u2019\u00e9chinait \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019ils n\u2019avaient rien \u00e0 craindre. Karl Marx:<\/p>\n<p>\u00abLa bourgeoisie a soumis la campagne \u00e0 la ville. Elle a cr\u00e9\u00e9 d&rsquo;\u00e9normes cit\u00e9s; elle a prodigieusement augment\u00e9 la population des villes par rapport \u00e0 celles des campagnes, et par l\u00e0, elle a arrach\u00e9 une grande partie de la population \u00e0 l&rsquo;abrutissement de la vie des champs. De m\u00eame qu&rsquo;elle a soumis la campagne \u00e0 la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilis\u00e9s, elle a subordonn\u00e9 les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l&rsquo;Orient \u00e0 l&rsquo;Occident.\u00bb<\/p>\n<p>La justification du cycle de Doha est un d\u00e9veloppement \u00abmieux contr\u00f4l\u00e9\u00bb de la mondialisation. En 1847, s\u2019\u00e9panouissait dans la violence coloniale une premi\u00e8re mondialisation indispensable \u00e0 la cr\u00e9ation de march\u00e9s plus vastes pour des besoins cr\u00e9\u00e9s de mani\u00e8re purement artificielle. Marx:<\/p>\n<p>\u00abA la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, r\u00e9clamant pour leur satisfaction les produits des contr\u00e9es et des climats les plus lointains. A la place de l&rsquo;ancien isolement des provinces et des nations se suffisant \u00e0 elles-m\u00eames, se d\u00e9veloppent des relations universelles, une interd\u00e9pendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production mat\u00e9rielle ne l&rsquo;est pas moins des productions de l&rsquo;esprit.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes \u0153uvres intellectuelles d&rsquo;une nation deviennent la propri\u00e9t\u00e9 commune de toutes. L&rsquo;\u00e9troitesse et l&rsquo;exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicit\u00e9 des litt\u00e9ratures nationales et locales na\u00eet une litt\u00e9rature universelle.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abPar le rapide perfectionnement des instruments de production et l&rsquo;am\u00e9lioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entra\u00eene dans le courant de la civilisation jusqu&rsquo;aux nations les plus barbares. Le bon march\u00e9 de ses produits est la grosse artillerie qui bat en br\u00e8che toutes les murailles de Chine et contraint \u00e0 la capitulation les barbares les plus opini\u00e2trement hostiles aux \u00e9trangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations \u00e0 adopter le mode bourgeois de production; elle les force \u00e0 introduire chez elle la pr\u00e9tendue civilisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 devenir bourgeoises. En un mot, elle se fa\u00e7onne un monde \u00e0 son image.\u00bb<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 Marx \u00e9crivait, la Chine n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 victime des agressions occidentales (Guerre de l\u2019opium, etc.) qui mirent le pays \u00e0 feu \u00e0 sang pendant un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Je reviendrai dans un prochain article sur la crise \u00e9cologique qui touche \u00e0 la question de la surproduction et de son corollaire contemporain, le mythe du d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Crise financi\u00e8re, effondrements bancaires, crise p\u00e9troli\u00e8re, inflation: l\u2019\u00e9conomie va mal. Normal, disait d\u00e9j\u00e0 un certain philosophe en 1847.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2662"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2662\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}