



{"id":2659,"date":"2008-08-04T00:00:00","date_gmt":"2008-08-03T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2659"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"flotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2659","title":{"rendered":"La Suisse, nation maritime"},"content":{"rendered":"<p>Non seulement elle existe, la marine marchande suisse, mais elle dispose de la flotte la plus moderne au monde: ses 33 navires ont une moyenne d\u2019\u00e2ge 4 ans et demi. Et, d\u00e9j\u00e0, il est temps de penser \u00e0 la renouveler. C\u2019est dans ce but que le Parlement a r\u00e9cemment adopt\u00e9, sans histoires, une d\u00e9cision portant sur 500 millions de francs; le \u00abcr\u00e9dit de cautionnement de la marine suisse\u00bb, un subtil syst\u00e8me de subvention indirecte relevant \u00e9galement de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, a ainsi \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 \u00e0 1,1 milliard et prolong\u00e9 jusqu\u2019en 2017.<\/p>\n<p>Le but premier de cette caution est de garantir l\u2019existence d\u2019une flotte que la Conf\u00e9d\u00e9ration peut r\u00e9quisitionner quand elle le souhaite. Car le gouvernement prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux son devoir d\u2019approvisionnement, une mission inscrite dans la Constitution et g\u00e9r\u00e9e par un service sur mesure: l\u2019OFAE (Office f\u00e9d\u00e9ral pour l&rsquo;approvisionnement \u00e9conomique du pays) s\u2019assure par exemple que les entreprises priv\u00e9es gardent les stocks de carburant ou de nourriture n\u00e9cessaires en cas de crise internationale, guerre ou catastrophe naturelle. <\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit de sa s\u00e9curit\u00e9, la Suisse ne fait pas les choses \u00e0 moiti\u00e9. \u00abNous ne pouvons prendre le risque que nos bateaux ne soient pas en condition optimale si une crise venait \u00e0 survenir\u00bb, explique Michael Eichmann. Pour ce chef d\u2019\u00e9tat-major de l\u2019OFAE, la flotte suisse doit \u00eatre des plus moderne. Il y voit aussi un avantage \u00e9conomique pour les armateurs suisse. \u00abC\u2019est comme pour les voitures. Il est plus rentable d\u2019en changer r\u00e9guli\u00e8rement, avant que de nombreuses r\u00e9parations ne deviennent n\u00e9cessaires.\u00bb Conclusion: les bateaux n\u2019atteignent m\u00eame pas la pubert\u00e9. Ils sont chang\u00e9s lorsqu\u2019ils atteignent l\u2019\u00e2ge de 8-10 ans.<\/p>\n<p>Paradoxale, la marine d\u2019un pays sans acc\u00e8s \u00e0 la mer? Pas tant que \u00e7a. Une loi internationale de 1925 assure d\u2019ailleurs \u00e0 tout pays, m\u00eame sans littoral, le droit d\u2019avoir une marine. Elle lui permet, en fait, d\u2019\u00e9tendre son territoire, car un bateau en eaux internationales constitue un petit bout de patrie suppl\u00e9mentaire. C\u2019est donc la loi nationale qui r\u00e8gne \u00e0 bord, et dans le cas de la Suisse, le for juridique est \u00e0 B\u00e2le-Ville, le Rhin constituant le cordon ombilical du pays vers la mer. Et bien entendu, la Suisse a sign\u00e9 des accords avec les pays limitrophes pour s\u2019assurer du passage des marchandises depuis le port le plus proche, si la crise attendue devait survenir.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019\u00e9v\u00e8nement fondateur de la marine suisse se passe le 21 avril 1940 dans le port de Funchal \u00e0 Mad\u00e8re, raconte Reto D\u00fcrler, chef de l\u2019Office suisse de la navigation maritime. Les 15 navires grecs affr\u00e9t\u00e9s par la Conf\u00e9d\u00e9ration se retrouvent bloqu\u00e9s par l\u2019entr\u00e9e en guerre de l\u2019Italie.\u00bb Une mauvaise exp\u00e9rience qui pousse le Conseil f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 doter la Suisse d\u2019une marine nationale en 1941, laquelle passe ensuite en mains priv\u00e9es en 1953.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la flotte suisse se porte bien. Les six armateurs helv\u00e9tiques seront d\u2019ailleurs peut-\u00eatre bient\u00f4t rejoints par un nouveau venu: Elvetina, une compagnie fond\u00e9e par Stefan Sip, un ancien marin qui a troqu\u00e9 sa casquette de capitaine pour celle d\u2019entrepreneur. De plus, des centaines de navires battant pavillon \u00e9tranger sont g\u00e9r\u00e9s par des compagnies maritimes \u00e9tablies en Suisse. Le deuxi\u00e8me armateur mondial pour le transport de containers, le g\u00e9ant MSC, est ainsi \u00e9tabli \u00e0 Gen\u00e8ve. Non seulement pour des raisons fiscales, explique Reto D\u00fcrler, mais \u00e9galement parce que Gen\u00e8ve reste l\u2019un des centres mondiaux du commerce des mati\u00e8res premi\u00e8res. Mais le directeur de MSC, Gianluigi Aponte, est italien et ses bateaux ne peuvent donc pas arborer la croix blanche.<\/p>\n<p>Car la mer a ses propres r\u00e8gles. Pour qu\u2019un bateau puisse \u00eatre enregistr\u00e9 en Suisse, il faut non seulement que sa compagnie maritime soit suisse, mais \u00e9galement que son directeur (c\u2019est \u00e0 dire, l\u2019armateur) le soit. Autre exemple en France, o\u00f9 la nationalit\u00e9 d\u2019un bateau d\u00e9pend de celles de son capitaine et du premier officier: tous deux doivent \u00eatre fran\u00e7ais. H\u00e9ritage du pass\u00e9, ces lois semblent anachroniques \u00e0 l\u2019heure de l\u2019Union Europ\u00e9enne. La loi fran\u00e7aise a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e le 11 mars 2008 par la Cour de justice des Communaut\u00e9s europ\u00e9ennes. <\/p>\n<p>Mais le monde de la marine se transforme d\u2019une affaire d\u2019Etats en un commerce juteux \u2013 97% des marchandises passent au moins une fois par la mer. On sent perler chez le capitaine Stefan Sip (45 ans, dont la moiti\u00e9 pass\u00e9s sur mer) une certaine nostalgie. \u00abAuparavant, les marins aimaient leur bateau comme leur femme. Maintenant, la navire n\u2019est pour eux qu\u2019une masse de m\u00e9tal. Il y a une crise dans la profession, les marins ne sentent plus respect\u00e9s par les compagnies maritimes. Elles ne suivent que des imp\u00e9ratifs commerciaux et ont perdu le contact avec la mer\u00bb.<\/p>\n<p>Le travail est devenu plus dur: les \u00e9quipes sont r\u00e9duites, les arr\u00eats au port pour le d\u00e9chargement plus courts. Les salaires non plus ne sont pas mirobolants: 4&rsquo;500 euros pour un capitaine ayant sous sa responsabilit\u00e9 un bateau de 300 m\u00e8tres de long et son chargement (valeur d\u2019assurance: jusqu\u2019\u00e0 90 millions de dollars). Cons\u00e9quence: la proportion de marins suisses sur les bateaux helv\u00e9tiques est pass\u00e9 sous la barre du 1% (il n\u2019y a que 6 suisses sur 606 marins). Le capitaine se laisse aller \u00e0 un peu de philosophie: \u00abPour d\u00e9couvrir le monde de nos jours, il vaut mieux prendre l\u2019avion. Sur un bateau, on se d\u00e9couvre soi-m\u00eame\u00bb.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<font size=2><b>Une subvention virtuelle<\/b><\/p>\n<p>Le but du cr\u00e9dit de cautionnement adopt\u00e9 en mars par le Parlement n\u2019est pas uniquement d\u2019assurer l\u2019existence d\u2019une marine suisse, mais \u00e9galement de faire b\u00e9n\u00e9ficier les armateurs helv\u00e9tiques d\u2019une subvention indirecte. Car leur confr\u00e8res europ\u00e9ens profitent, eux, de rabais fiscaux impossibles \u00e0 appliquer en terre f\u00e9d\u00e9rale, o\u00f9 les imp\u00f4ts sont une affaire cantonale.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me est subtil: il s\u2019agit d\u2019une garantie financi\u00e8re dont les armateurs helv\u00e9tiques tirent avantage lorsque ceux-ci empruntent aupr\u00e8s des banques pour acqu\u00e9rir des nouveaux navires. Il leur permet d\u2019obtenir une r\u00e9duction d\u2019environ 1% sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eats, car le risque financier assum\u00e9 par les banques est moindre. En tant qu\u2019assurance, elle ne serait vers\u00e9e que dans le cas o\u00f9 une compagnie se trouverait en d\u00e9faut de paiement. Ceci ne s\u2019\u00e9tant jamais produit, la Conf\u00e9d\u00e9ration n\u2019a \u00e0 ce jour jamais d\u00e9bours\u00e9 un franc. Le cr\u00e9dit n\u2019est m\u00eame pas au budget, confirme Michael Eichmann, car il s\u2019agit d\u2019un \u00abengagement \u00e9ventuel\u00bb qui ne sera probablement jamais vers\u00e9. Une subvention efficace donc, et presque virtuelle.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo du 31 juillet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec sa trentaine de navires flambant neufs, le pays dispose de la flotte la plus moderne du monde. 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