



{"id":2635,"date":"2008-06-30T00:00:00","date_gmt":"2008-06-29T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2635"},"modified":"2009-06-22T10:00:25","modified_gmt":"2009-06-22T08:00:25","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2635","title":{"rendered":"\u00abLe march\u00e9 de l&rsquo;art s&rsquo;est globalis\u00e9\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Simon de Pury a de quoi afficher un sourire radieux. Depuis trois ans, le march\u00e9 mondial de l&rsquo;art, port\u00e9 par la peinture contemporaine et les artistes vivants, se porte \u00e0 merveille. Selon le dernier rapport annuel des march\u00e9s \u00abCyclope\u00bb, le seul secteur des ench\u00e8res a vu son chiffre d&rsquo;affaire atteindre 15 milliards de dollars en 2007, en hausse de 37% par rapport \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. <\/p>\n<p>\u00abEn ce qui nous concerne, nos ventes ont augment\u00e9 en 2007 de plus de 125% pour atteindre 308 millions de dollars, constate le pr\u00e9sident de la maison de vente aux ench\u00e8res Phillips de Pury &#038; Company. Rien que sur ce premier semestre, la hausse se chiffre \u00e0 95%.\u00bb<\/p>\n<p>Face aux deux leaders du march\u00e9, Sotheby&rsquo;s et Christie&rsquo;s, le commissaire-priseur b\u00e2lois de 56 ans a d\u00e9cid\u00e9, avec succ\u00e8s, de consolider sa place de num\u00e9ro un dans l&rsquo;art contemporain. En parall\u00e8le, Phillips se profile dans la vente d&rsquo;objets moins on\u00e9reux (de 500 \u00e0 20&rsquo;000 dollars), afin de marquer sa diff\u00e9rence et d&rsquo;initier une nouvelle client\u00e8le \u00e0 la collection d\u2019\u0153uvres d\u2019art.<\/p>\n<p>A l&rsquo;occasion de l&rsquo;un de ses rares passages \u00e0 Gen\u00e8ve, Simon de Pury a re\u00e7u Largeur.com dans l&rsquo;atmosph\u00e8re jazzy du bar de l&rsquo;H\u00f4tel des Bergues.<\/p>\n<p><b>Comment expliquez-vous l&rsquo;\u00e9clatante sant\u00e9 actuelle du march\u00e9 de l&rsquo;art contemporain?<\/b><\/p>\n<p>La client\u00e8le s&rsquo;est fortement \u00e9largie. Il y a encore cinq ans, elle se trouvait principalement en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd&rsquo;hui, le march\u00e9 de l&rsquo;art s&rsquo;est totalement globalis\u00e9. A titre d&rsquo;exemple, parmi les internautes qui consultent le plus notre site, la plupart provient de pays \u00e9mergeants comme le Br\u00e9sil, la Chine, l&rsquo;Inde, la Russie ou la Turquie. C&rsquo;est une constante: les boom \u00e9conomiques s&rsquo;accompagnent toujours d&rsquo;un vaste essor cr\u00e9atif. Cette globalisation nous permet de ne pas ressentir la crise financi\u00e8re. La grande question est de savoir si cela va durer dans les prochains mois\u2026 Nous constatons avec soulagement que l&rsquo;art demeure pour l&rsquo;instant une valeur refuge.<\/p>\n<p><b>Dans ce contexte, comment se positionne votre soci\u00e9t\u00e9, notamment par rapport \u00e0 des g\u00e9ants comme Sotheby&rsquo;s ou Christie&rsquo;s?<\/b><\/p>\n<p>Nous nous sp\u00e9cialisons dans l&rsquo;art contemporain, le design, la photographie et la joaillerie. Nous sommes devenus leaders dans l&rsquo;art de ces 25 derni\u00e8res ann\u00e9es, de m\u00eame que sur le march\u00e9 de l&rsquo;art contemporain russe. En parall\u00e8le, nous d\u00e9veloppons, \u00e0 New York et Londres, des ventes proposant des pi\u00e8ces comprises entre 500 et 20&rsquo;000 dollars, les Saturday@Phillips, destin\u00e9es \u00e0 un public plus jeune.<\/p>\n<p><b>Un moyen de cr\u00e9er et de fid\u00e9liser une nouvelle client\u00e8le?<\/b><\/p>\n<p>Parfaitement. Le 90% des participants sont des jeunes qui assistent pour la premi\u00e8re fois \u00e0 une vente aux ench\u00e8res. Ils peuvent acqu\u00e9rir des skateboards dessin\u00e9s par des artistes prometteurs, des meubles, des montres, des bijoux ou des photographies, bien s\u00fbr, de tirages non limit\u00e9s. La plupart d&rsquo;entre eux attrapent ainsi le \u00abmicrobe\u00bb de la collection et reviennent par la suite. Lors de ces ventes, nous souhaitons m\u00e9langer tous les arts contemporains. Des musiciens sont d&rsquo;ailleurs fr\u00e9quemment invit\u00e9s \u00e0 venir jouer en live.<\/p>\n<p><b>Comment se sont impos\u00e9s, selon vous, les grands noms de l&rsquo;art contemporain, tels que Jeff Koons ou Damien Hirst?<\/b><\/p>\n<p>Un consensus se forme naturellement autour d&rsquo;eux. Il s&rsquo;agit de fortes personnalit\u00e9s charismatiques, disposant d&rsquo;une grande visibilit\u00e9 dans les m\u00e9dias et d&rsquo;une importante influence sur la soci\u00e9t\u00e9. Les deux artistes que vous citez sont devenus des valeurs s\u00fbres, des sortes de \u00abblue chips\u00bb du march\u00e9 de l&rsquo;art. Bien s\u00fbr, en tant que maison de vente aux ench\u00e8res, nous participons, par nos choix, au m\u00eame titre que les marchands et les galeristes, \u00e0 la formation du go\u00fbt du public.<\/p>\n<p><b>Certaines \u0153uvres contemporaines atteignent des prix de ventes faramineux. Le risque de l&rsquo;apparition d&rsquo;une bulle sp\u00e9culative existe-t-il?<\/b><\/p>\n<p>Je ne pense pas. Le march\u00e9 de l&rsquo;art ne se d\u00e9veloppe pas \u00e0 la verticale, il s&rsquo;adapte aux go\u00fbts, qui \u00e9voluent constamment. La probl\u00e9matique de l&rsquo;acc\u00e8s est ici primordiale, tout comme celle des moyens \u00e0 disposition des acheteurs. La question qu&rsquo;ils se posent est la suivante: qu&rsquo;est ce qui est encore disponible sur le march\u00e9? Aujourd&rsquo;hui, il est par exemple devenu impensable de r\u00e9aliser une collection en art impressionniste.<\/p>\n<p><b>Quelle est l&rsquo;\u0153uvre la plus ch\u00e8re que vous ayez vendue?<\/b><\/p>\n<p>Un Picasso \u00e0 29 millions de dollars, \u00e0 New York, il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es alors que je travaillais chez Sotheby&rsquo;s. Plus r\u00e9cemment, j&rsquo;ai vendu une pi\u00e8ce de Basquiat pour 14 millions de dollars. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de ventes publiques. De gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9, les valeurs peuvent atteindre des sommes bien plus importantes.<\/p>\n<p><b>En dehors des ventes, comment s&rsquo;organise votre travail?<\/b><\/p>\n<p>Je g\u00e8re la maison (ndlr: Simon de Pury est actionnaire majoritaire de Phillips de Pury &#038; Company depuis 2004, lire plus loin). Je travaille beaucoup avec des experts, je visite des artistes, des collectionneurs et des conservateurs de mus\u00e9e. Dans l&rsquo;ensemble, je passe le tiers de mon temps \u00e0 New York, le tiers \u00e0 Londres et le reste en voyage.<\/p>\n<p><b>Quelles sont les caract\u00e9ristiques communes de vos acheteurs?<\/b><\/p>\n<p>Notre client\u00e8le est tr\u00e8s large et vari\u00e9e. Pour ceux qui repr\u00e9sentent des nouvelles richesses, ils suivent dans l&rsquo;ensemble le m\u00eame parcours: ils s&rsquo;int\u00e9ressent d&rsquo;abord \u00e0 la joaillerie, ensuite \u00e0 l&rsquo;art de leur propre pays, puis s&rsquo;ouvrent enfin \u00e0 l&rsquo;international.<\/p>\n<p><b>Vous-m\u00eame, quel type de collectionneur \u00eates-vous?<\/b><\/p>\n<p>Je collectionne des photographies, de l&rsquo;art contemporain et beaucoup d&rsquo;art africain. Je m&rsquo;int\u00e9resse aussi \u00e0 des objets moins chers, telles que les tasses de caf\u00e9 avec des figurines populaires que l&rsquo;on trouvait autrefois dans les a\u00e9roports. Par ailleurs, je suis obs\u00e9d\u00e9 par la musique autant que par l&rsquo;art contemporain. Mon iPod contient pour l&rsquo;instant 19&rsquo;500 morceaux sur une capacit\u00e9 de plus de 40&rsquo;000. Lors de nos expositions, c&rsquo;est toujours mes playlists que l&rsquo;on entend en toile de fond\u2026<\/p>\n<p><b>Dans vos chroniques, vous \u00e9voquez souvent votre passion pour le rap et les clips sur MTV. D&rsquo;o\u00f9 vous est venu cet int\u00e9r\u00eat inattendu?<\/b><\/p>\n<p>Les passions de mon adolescence sont les m\u00eames qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai simplement continu\u00e9 \u00e0 suivre ce qui se faisait d&rsquo;int\u00e9ressant sur la sc\u00e8ne musicale. Mon fils a\u00een\u00e9, Alban, dirige une maison de disque \u00e0 Londres. Il est devenu l&rsquo;un de mes informateurs.<\/p>\n<p><b>Une collection peut-elle un jour prendre un terme?<\/b><\/p>\n<p>Une collection n&rsquo;est jamais finie, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle est expos\u00e9e. Il s&rsquo;agit de quelque chose de vivant. La maladie du collectionneur est incurable\u2026 Pour en revenir \u00e0 la musique, pr\u00e9parer des compilations, c&rsquo;est effectuer des choix. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un acte cr\u00e9atif en soi. On doit sentir l&rsquo;\u00e9criture de la personne. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on distingue une bonne collection d&rsquo;une mauvaise.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<font size=2><b>Bio express:<\/b><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 B\u00e2le en 1951, Simon de Pury a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des Beaux-Arts \u00e0 Tokyo dans les ann\u00e9es 1970 avec pour ambition initiale de devenir artiste. Il travaille dans un premier temps \u00e0 Berne, chez Kornfeld &#038; Klipstein, puis \u00e9tudie \u00e0 l&rsquo;institut Sotheby&rsquo;s. Il collabore ensuite pour la v\u00e9n\u00e9rable maison \u00e0 Londres, Gen\u00e8ve et Monte Carlo. Durant les ann\u00e9es 80, il expose notamment la c\u00e9l\u00e8bre collection Thyssen-Bornemisza \u00e0 Lugano. <\/p>\n<p>En 1986, il devient pr\u00e9sident de Sotheby&rsquo;s pour la Suisse, puis pour l&rsquo;Europe. Au cours de la d\u00e9cennie suivante, il dirige les plus importantes ventes de la soci\u00e9t\u00e9 en Europe, dont les Thurn und Taxis \u00e0 Gen\u00e8ve et \u00e0 Regensburg, les Margrave \u00e0 Baden-Baden et toutes les grandes ventes impressionnistes de New York.<\/p>\n<p>En 1997 il fonde, avec Daniella Luxembourg, la soci\u00e9t\u00e9 de conseils techniques de Pury &#038; Luxembourg Art, bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve. En 2001, l&rsquo;entreprise fusionne avec Phillips et se sp\u00e9cialise dans la vente d&rsquo;impressionnistes, d&rsquo;art moderne et contemporain, de bijoux, de photographie et d&rsquo;arts d\u00e9coratifs du XX\u00e8 et XXI\u00e8 si\u00e8cles. En 2004, il devient l&rsquo;actionnaire majoritaire de Phillips de Pury &#038; Company.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine Trajectoire de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simon de Pury dirige la c\u00e9l\u00e8bre maison de vente aux ench\u00e8res Phillips de Pury &#038; Company. Il \u00e9voque l&rsquo;excellente sant\u00e9 et les profonds changements en cours dans le secteur de l\u2019art. Rencontre \u00e0 Gen\u00e8ve.<\/p>\n","protected":false},"author":18920,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2635","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2635","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18920"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2635"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2635\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2635"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}