



{"id":2634,"date":"2008-06-27T00:00:00","date_gmt":"2008-06-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2634"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"futbol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2634","title":{"rendered":"La nation, soluble dans le gazon"},"content":{"rendered":"<p>Bien s\u00fbr, il y aura toujours les drapeaux, les klaxons, et ce patriotisme de fa\u00e7ade exacerb\u00e9, opium identitaire de substitution \u00e0 l\u2019angoisse du temps pour les peuples, \u00e0 la fois victimes et acteurs, de la grande lessive marchande globalis\u00e9e. Certes, on entend encore trop souvent des commentateurs incultes dire \u00abla Turquie se d\u00e9fend bien\u00bb comme si Atat\u00fcrk en personne \u00e9tait dans les buts. Alors que n\u2019\u00e9voluent, sur le terrain, que onze individus choisis en \u00abs\u00e9lection nationale\u00bb pour repr\u00e9senter leur pays. Mais quel pays repr\u00e9sentent-ils au juste? Au rythme o\u00f9 il progresse, le m\u00e9tissage des \u00e9quipes est en train de dissoudre, et c\u2019est tant mieux, l\u2019id\u00e9e m\u00eame de nation telle qu\u2019on l\u2019a longtemps comprise, exclusive et ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>Quelques exemples: dans l\u2019\u00e9quipe de Suisse, nous trouvons trois Turcs (Inler, Derdiyok, Yakin), un Ivoirien (Djourou) et un Kosovar (Behrami). Un Turc (Korkmaz) et quelques Croates dans celle d\u2019Autriche. Il y a un Bosniaque su\u00e9dois (Ibrahimovic), et des tas de Br\u00e9siliens un peu partout (le Turc Mehmet Aur\u00e9lio, l\u2019Espagnol Senna). Au niveau des clubs, c\u2019est encore plus frappant: il y a davantage de Portugais que de Russes au CSKA Moscou, et le FC Chelsea \u00e9volue avec une bonne demi-douzaine d\u2019Africains en compagnie d\u2019une Union europ\u00e9enne du ballon. Si depuis longtemps, les s\u00e9lections fran\u00e7aise, portugaise et n\u00e9erlandaise pr\u00e9sentent le visage d\u2019un multiculturalisme r\u00e9sultant de leurs histoires coloniales respectives, la coloration nouvelle de la plupart des \u00e9quipes nationales europ\u00e9ennes est le r\u00e9sultat r\u00e9cent d\u2019une int\u00e9gration qui progresse.<\/p>\n<p>Soit le football comme miroir repr\u00e9sentatif d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 diverse, dont la composition est d\u00e9sormais tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de l\u2019identit\u00e9 nationale fantasm\u00e9e et pass\u00e9iste de l\u2019\u00c9tat id\u00e9al que les populistes de la droite dure (Blocher, Haider, Bossi, pour ne citer que ces trois-l\u00e0) pr\u00e9tendent encore d\u00e9fendre. En somme, le football nous dit ceci: si l\u2019id\u00e9e de nation devait demeurer, alors elle serait le creuset du sang m\u00e9lang\u00e9. Comme toute tendance, celle-ci a ses exceptions: l\u2019Italie (crispation identitaire sous le berlusconisme?) et les pays de l\u2019ancien bloc sovi\u00e9tique (Russie, R\u00e9publique Tch\u00e8que, Croatie, Roumanie) ont align\u00e9 \u00e0 l\u2019Euro des \u00e9quipes blanches \u00e0 100%. Ces pays n\u2019\u00e9chappent pourtant pas au grand brassage migratoire. Simplement, ouvertes depuis moins longtemps, les nations de l\u2019Est n\u2019ont pas encore \u00abproduit\u00bb de joueurs de couleur. Dans dix ans, les Tch\u00e8ques auront des Blacks ou des Arabes dans leurs rangs, r\u00e9jouissante fatalit\u00e9. <\/p>\n<p>A ce stade de la r\u00e9flexion, il est utile de s\u2019arr\u00eater un instant sur la port\u00e9e r\u00e9elle du ph\u00e9nom\u00e8ne: le football \u00abnational\u00bb multicolore est-il le symbole d\u2019une int\u00e9gration r\u00e9ussie en marche dans l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, ou le cache-sexe d\u2019un particularisme que l\u2019on prendrait \u00e0 tort pour une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9? Car la notion de s\u00e9lection inclut celle d\u2019exclusion. Pour onze hommes sur le terrain, combien sont laiss\u00e9s sur la touche \u2013 comme dans le projet d\u2019immigration s\u00e9lective cher \u00e0 Sarkozy, qui consiste \u00e0 ne juger d\u00e9sirables que les \u00e9trangers dot\u00e9s de capacit\u00e9s exceptionnelles (formation), abandonnant les autres \u00e0 leur sort. Traduit en langage footballistique, cela ferait des talentueux joueurs \u00e9trangers des rescap\u00e9s miraculeux d\u2019un syst\u00e8me port\u00e9 uniquement sur la performance. <\/p>\n<p>Compris ainsi, le football m\u00e9tiss\u00e9 serait une m\u00e9taphore de l\u2019hypercapitalisme, cynique par d\u00e9finition. En clair, si un \u00e9l\u00e9ment h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne est facilement assimilable dans une \u00e9quipe de football, c\u2019est parce qu\u2019il permet de maximiser le profit. Seule compte la valeur ajout\u00e9e, pas l\u2019origine. L\u2019argent fou qui entoure le football permet aussi de comprendre pourquoi le capitalisme sans fronti\u00e8res s\u2019inscrit en opposition frontale avec l\u2019id\u00e9e nationale, mais attention: il ne s\u2019agit nullement d\u2019un objectif politique. <\/p>\n<p>Le m\u00e9tissage des terrains n\u2019a pas encore trouv\u00e9 sa traduction dans la repr\u00e9sentativit\u00e9 des minorit\u00e9s dans le champ du pouvoir: combien de joueurs de couleur dans les parlements ou dans les conseils d\u2019administration? Le spectacle sponsoris\u00e9 offert par l\u2019Euro ouvre toutefois une fen\u00eatre: lieu ultime de l\u2019agr\u00e9gation sociale (des masses populaires aux \u00e9lites), le football propose une accoutumance au m\u00e9lange. Il sera difficile de revenir en arri\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le m\u00e9tissage des \u00e9quipes qui ont \u00e9volu\u00e9 pendant l\u2019Euro 2008 tend \u00e0 relativiser la notion de \u00abs\u00e9lection nationale\u00bb. R\u00e9flexion.<\/p>\n","protected":false},"author":801,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2634","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2634","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/801"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2634"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2634\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2634"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2634"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2634"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}