



{"id":2596,"date":"2008-05-05T00:00:00","date_gmt":"2008-05-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2596"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"jacques mayer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2596","title":{"rendered":"\u00abLe luxe format\u00e9 m&rsquo;ennuie\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>De Richard Wagner \u00e0 Vincent Cassel, de Sissi l\u2019imp\u00e9ratrice \u00e0 la diva C\u00e9cilia Bartoli&#8230; Ce n\u2019est pas seulement parce que de grandes figures y ont s\u00e9journ\u00e9, et que des pages de la grande histoire du monde y furent \u00e9crites, que Beau-Rivage s\u2019est impos\u00e9 comme un embl\u00e8me de Gen\u00e8ve. Ce palace historique, \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance discr\u00e8te des grandes maisons d\u2019antan, accueille c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et fortunes anonymes avec le plus grand soin depuis&#8230; 1865. Au cours du temps, l\u2019\u00e9tablissement n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre r\u00e9nov\u00e9, tout en conservant son charme initial ainsi qu\u2019une bonne partie de l\u2019architecture et des fresques d\u2019origine. L\u2019h\u00f4tel compte d\u00e9sormais 91 chambres, dont une douzaine de suites, et deux restaurants: le Chat Bott\u00e9 (trois toques au Gault Millau) et le Patara (haute cuisine tha\u00eflandaise).<\/p>\n<p>V\u00e9ritable prouesse dans un secteur bouscul\u00e9 par les crises successives et les rachats, Beau-Rivage est rest\u00e9, depuis quatre g\u00e9n\u00e9rations, au sein de la famille Mayer. Il est, de fait, le dernier palace ind\u00e9pendant de la ville. Arri\u00e8re-petit-fils du fondateur Jean-Jacques, le propri\u00e9taire actuel, Jacques Mayer, se bat pour pr\u00e9server l\u2019\u00e2me d\u2019origine et la tradition de Beau-Rivage.<\/p>\n<p><b>Bergues, Richemond, Kempinski, Intercontinental&#8230; Gr\u00e2ce aux investissements colossaux de leurs nouveaux propri\u00e9taires, presque tous les palaces de Gen\u00e8ve ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement r\u00e9nov\u00e9s. Face \u00e0 cette fr\u00e9n\u00e9sie, comment r\u00e9agit Beau-Rivage?<\/b><\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de grands travaux spectaculaires, nous privil\u00e9gions depuis toujours la r\u00e9novation permanente de l\u2019h\u00f4tel. Mon p\u00e8re avait commenc\u00e9 une s\u00e9rie de travaux, apr\u00e8s la guerre, qu\u2019il a fallu plusieurs d\u00e9cennies pour r\u00e9aliser. Nous avons entam\u00e9 un autre chantier d\u2019envergure qui s\u2019ach\u00e8ve cette ann\u00e9e avec les chambres sur le lac, agrandies et compl\u00e8tement r\u00e9nov\u00e9es dans le style. Nous devons constamment adapter l\u2019offre car les besoins de la client\u00e8le changent avec le temps. Mais nous avons toujours \u00e9vit\u00e9 de fermer enti\u00e8rement l\u2019h\u00f4tel, y compris pendant la r\u00e9fection de la fa\u00e7ade, car nous voulons \u00e9viter \u00e0 tout prix une cassure que notre client\u00e8le vivrait mal, sans parler de notre personnel. Nous avons par contre re\u00e7u avec plaisir les clients des h\u00f4tels voisins en r\u00e9fection, qui ont ainsi d\u00e9couvert notre service et reviendront certainement! <\/p>\n<p>Cela ne signifie pas que l\u2019on investit moins que les autres dans la r\u00e9novation, au contraire: les r\u00e9novations \u00e9tal\u00e9es sur plusieurs ann\u00e9es co\u00fbtent beaucoup plus cher mais nous permettent d\u2019assurer la fid\u00e9lit\u00e9 de notre client\u00e8le et de notre personnel. Nous ne versons qu\u2019un minimum de dividendes \u00e0 nos administrateurs car l\u2019essentiel des b\u00e9n\u00e9fices doit \u00eatre r\u00e9investi dans les travaux.<\/p>\n<p><b>Vos concurrents affichent volontiers les montants de leurs investissements et m\u00eame parfois leur marge (lire <a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=2538 target=_blank class=std>l\u2019interview<\/a> de Rocco Forte). Pourquoi ne parlez-vous jamais d\u2019argent?<\/b><\/p>\n<p>Le co\u00fbt des travaux concerne uniquement les propri\u00e9taires et les chiffres n\u2019int\u00e9ressent pas notre client\u00e8le. Le sensationnalisme qui consiste \u00e0 les afficher n\u2019est pas du go\u00fbt de notre client\u00e8le. De toute fa\u00e7on, dans un \u00e9tablissement historique comme Beau-Rivage, les r\u00e9novations prennent une signification toute diff\u00e9rente: si nous devons refaire une suite, nous ne pouvons pas engager n\u2019importe quel peintre avec son gros rouleau mais un artisan qualifi\u00e9 qui devra travailler \u00e0 l\u2019ancienne en respectant la d\u00e9coration existante. <\/p>\n<p>Ainsi, un investissement de 10 millions chez nous ne signifie pas la m\u00eame chose qu\u2019ailleurs. Les cha\u00eenes visent avant tout la rentabilit\u00e9 maximale pour leurs actionnaires, et tant mieux pour eux. Je regrette cependant la disparition des entrepreneurs h\u00f4teliers ind\u00e9pendants. Nous fonctionnons comme des artisans et sommes visc\u00e9ralement attach\u00e9s \u00e0 notre maison, c\u2019est la seule que nous poss\u00e9dons et nous mettons tout notre c\u0153ur pour qu\u2019elle conserve son \u00e2me. Nous partageons ce lien affectif et cette passion avec nos collaborateurs, et nos clients. Nous recevons avec la m\u00eame attention, et toute la discr\u00e9tion voulue, une t\u00eate couronn\u00e9e, un chef d\u2019Etat, un P.-D.G, un touriste ou une secr\u00e9taire.<\/p>\n<p><b>D\u2019accord, vous n\u2019aimez pas les chiffres. Mais comment qualifiez-vous cette p\u00e9riode \u00e9conomiquement?<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 2007 a \u00e9t\u00e9 exceptionnelle. Ce fut m\u00eame l&rsquo;ann\u00e9e la plus ph\u00e9nom\u00e9nale de toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;h\u00f4tel, avec un nombre de nuit\u00e9es in\u00e9gal\u00e9. A cause de la conjoncture, mais aussi parce que nos voisins ont ferm\u00e9 pour cause de travaux. Cette ann\u00e9e s&rsquo;annonce tr\u00e8s bien aussi mais nous restons prudents car les crises financi\u00e8res, m\u00eame \u00e9loign\u00e9es, ont souvent un impact \u00e0 retardement sur notre activit\u00e9, avec la diminution des voyages d\u2019affaires, qui repr\u00e9sentent la majorit\u00e9 de notre client\u00e8le. Le cours du franc suisse peut aussi devenir une autre source d&rsquo;inqui\u00e9tude.<\/p>\n<p><b>Le prix des chambres a-t-il beaucoup augment\u00e9?<\/b><\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 il y a cinq ans, il a augment\u00e9 d\u2019environ 30% \u00e0 50%. C\u2019est la cons\u00e9quence de la surench\u00e8re des rachats de palaces par de grands groupes qui peuvent se permettre de monter les prix. Le r\u00e9sultat est cependant positif pour notre industrie puisque aujourd\u2019hui, tout le monde arrive \u00e0 mieux vendre la prestation h\u00f4teli\u00e8re. A l\u2019\u00e9poque, notre taux d\u2019occupation d\u00e9passait difficilement 50% alors que les cinq \u00e9toilent atteignent aujourd\u2019hui entre 65% et 70%. A Beau-Rivage, l\u2019offre a aussi \u00e9volu\u00e9 vers le haut: nos chambres sont plus spacieuses et nous avons install\u00e9 jacuzzis, douches-massage et m\u00eame sauna et hammam dans certaines suites. <\/p>\n<p><b>Pourquoi ne pas avoir investi dans un vrai spa comme beaucoup de vos concurrents?<\/b><\/p>\n<p>Nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une approche qui privil\u00e9gie l\u2019individualisation, avec des installations wellness priv\u00e9es directement dans les chambres plut\u00f4t qu\u2019un espace commun. Nos clients l\u2019appr\u00e9cient d\u2019autant plus. <\/p>\n<p><b>Comment se diff\u00e9rencie Beau-Rivage des autres palaces selon vous?<\/b><\/p>\n<p>Par notre proximit\u00e9 avec nos clients, mais aussi par la culture et l\u2019histoire de cette maison, t\u00e9moin d\u2019un art de vivre depuis quatre g\u00e9n\u00e9rations. On y venait en diligence, on y vient aujourd\u2019hui en Aston Martin, mais ce qu\u2019on y cherche n\u2019a pas chang\u00e9: notre grande force, c\u2019est notre authenticit\u00e9. Vous savez le luxe fabriqu\u00e9, format\u00e9, celui des grandes marques et des boutiques, ce luxe-l\u00e0 m\u2019ennuie et je ne suis pas le seul. Le vrai luxe, c\u2019est l\u2019authenticit\u00e9. C\u2019est celui-l\u00e0 que nos clients viennent trouver chez nous.<\/p>\n<p><b>Au niveau de l\u2019accueil, pensez-vous que Gen\u00e8ve doit s\u2019am\u00e9liorer d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale?<\/b><\/p>\n<p>Cette ville ne cesse de m\u2019\u00e9tonner: elle a des possibilit\u00e9s \u00e9normes, une r\u00e9putation universelle, mais elle n\u2019en profite pas suffisamment. L\u2019am\u00e9nagement de la rade est, \u00e0 ce titre, particuli\u00e8rement repr\u00e9sentatif: voil\u00e0 un endroit au potentiel attractif consid\u00e9rable, qui justifierait d\u2019importants investissements. Tout le monde reconna\u00eet qu\u2019il faudrait davantage d\u2019endroits conviviaux qui m\u00e9langent les publics. <\/p>\n<p>Cela existe aux Bains des P\u00e2quis et \u00e0 la Terrasse d\u2019\u00e9t\u00e9 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dont le succ\u00e8s incroyable d\u00e9montre, au passage, la forte demande notamment des jeunes, toujours pr\u00e9curseurs. Mais pour le reste, l\u2019offre reste d\u00e9sastreuse, et l\u2019am\u00e9nagement simplement calamiteux. Il faudrait des restaurants, des jolies terrasses, des am\u00e9nagements agr\u00e9ables pour se promener, comme \u00e0 Cannes ou m\u00eame \u00e0 Annecy. Un tel projet semble \u00e0 la port\u00e9e d\u2019une ville comme Gen\u00e8ve. <\/p>\n<p>Pourtant, les gestions publiques qui se succ\u00e8dent ne semblent pas \u00e0 la hauteur de cet enjeu, pas plus que des autres d\u2019ailleurs. Les chiffres le d\u00e9montrent puisque Gen\u00e8ve compte un ch\u00f4mage, des dettes et des imp\u00f4ts deux fois plus importants que partout ailleurs en Suisse. Cette situation m\u2019inqui\u00e8te car, \u00e0 force de s\u2019int\u00e9resser au partage des richesses, on ne pense plus \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019offre qualitative. Et les grandes fortunes partent payer leurs imp\u00f4ts ailleurs. L\u2019am\u00e9nagement de la rade, l\u2019adaptation de la fiscalit\u00e9 et le logement sont trois urgences fondamentales et il faut que nos politiques sortent les pieds de leurs sabots, pour ne pas dire autre chose. <\/p>\n<p><b>O\u00f9 sortez-vous \u00e0 Gen\u00e8ve?<\/b><\/p>\n<p>Je suis curieux et je privil\u00e9gie les endroits authentiques, les bistrots de quartier comme le B\u0153uf Rouge ou le Milan. J\u2019aime les endroits et les gens originaux, ceux qui ne se laissent pas manipuler par les modes. Je me sens \u00e0 l\u2019aise partout. Hier soir par exemple, j\u2019\u00e9tais au Spoutnik, le cin\u00e9ma de l\u2019Usine, o\u00f9 \u00e9tait projet\u00e9 un film auquel une de mes filles a particip\u00e9.<\/p>\n<p><b>Contrairement \u00e0 vous, votre p\u00e8re et votre grand-p\u00e8re, vos deux filles n\u2019ont pas suivi l\u2019\u00e9cole h\u00f4teli\u00e8re. Vont-elles cependant prendre votre succession?<\/b><\/p>\n<p>Nous sensibilisons nos enfants au fonctionnement de l\u2019h\u00f4tel auquel ils sont tr\u00e8s attach\u00e9s et nous les invitons aux r\u00e9unions du Conseil d\u2019administration. Mes filles Tally et Sophie ont cependant la fibre artistique et souhaitent vivre leur passion \u00e0 travers une autre profession dans un premier temps. Et c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e7a! Du reste, leur cousin, Alexandre, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019Ecole H\u00f4teli\u00e8re de Lausanne, travaille dans la branche. L\u2019h\u00f4tellerie, nous l\u2019avons de toute fa\u00e7on dans le sang. Moi je n\u2019ai pas d\u00e9cid\u00e9, c\u2019est venu naturellement, comme l\u2019eau coule de haut en bas. Ma s\u0153ur Catherine Nickbarte, tr\u00e8s active par ailleurs dans une fondation caritative, travaille aussi dans l\u2019h\u00f4tel. Bref, je n\u2019ai aucun souci pour la suite.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine Trajectoire du printemps 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>H\u00e9ritier du dernier palace ind\u00e9pendant de Gen\u00e8ve, Jacques Mayer maintient la tradition de l\u2019accueil soign\u00e9 d\u2019autrefois dans son l\u00e9gendaire Beau-Rivage. Rencontre avec un observateur moderne, discret et avis\u00e9 du secteur h\u00f4telier.<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2596","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2596"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2596\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}