



{"id":2584,"date":"2008-04-16T00:00:00","date_gmt":"2008-04-15T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2584"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"mode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2584","title":{"rendered":"Raf relance Jil"},"content":{"rendered":"<p>Raf: un pr\u00e9nom en trois lettres qui claque. Ecrit en majuscule, comme sur les \u00e9tiquettes de ses cr\u00e9ations, il rappelle le sigle de la Royal Air Force. N\u00e9 en 1968 en Belgique, Raf Simons est un enfant de la contestation. Un habilleur de jeunes gens romantiques et d\u00e9rang\u00e9s. Le gourou du c\u00f4t\u00e9 t\u00e9n\u00e9breux de la mode, hant\u00e9 par les moites \u00e9mois et l\u2019agressivit\u00e9 brute de l\u2019adolescence. Sa marque de pr\u00eat-\u00e0-porter masculin lanc\u00e9e en 1995 n\u2019a cess\u00e9 d\u2019inspirer. Il n\u2019y a pas un cr\u00e9ateur masculin, jusqu\u2019\u00e0 Hedi Slimane, qui ne soit venu puiser dans la mythologie urbaine et d\u00e9senchant\u00e9e de Raf Simons l\u2019avant-gardiste. <\/p>\n<p>Sa longueur d\u2019avance, il la tient peut-\u00eatre de son parcours inhabituel. Raf Simons n\u2019a jamais \u00e9tudi\u00e9 la mode. Il a appris le design industriel \u00e0 Anvers. Puis il a fait un stage chez un tailleur de la capitale flamande. Il d\u00e9crit son style comme \u00abtr\u00e8s Bauhaus, tr\u00e8s propre avec des coupures tr\u00e8s nettes surtout pour les pantalons\u00bb. Son travail int\u00e8gre les notions standards du tailleur et les dynamites avec les codes du streetwear. <\/p>\n<p><center><img src=images\/large170408art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Depuis deux ans, l\u2019ic\u00f4ne a grandi. Lui qui refusait, comme son compatriote Martin Margiela, qu\u2019on le photographie, s\u2019expose et r\u00e9pond aujourd\u2019hui \u00e0 des interviews. Dans ses collections, il a d\u00e9sert\u00e9 les terrains de la r\u00e9volte; dans sa carri\u00e8re, il met entre parenth\u00e8ses sa stricte ind\u00e9pendance et sa d\u00e9testation du syst\u00e8me de la mode. Des concessions qu\u2019il a consenties pour reprendre la direction artistique d\u2019une marque au bord de la faillite et en plein doute identitaire dont il admirait l\u2019histoire. <\/p>\n<p>Depuis deux ans, il revitalise la marque d\u2019origine allemande Jil Sander. L\u2019attente \u00e9tait grande et le chemin pav\u00e9 de chausse-trapes. Jil Sander, fond\u00e9e en 1973, sortait d\u2019une p\u00e9riode floue, marqu\u00e9e par des crises d\u2019ego qui la laissaient exsangue tant financi\u00e8rement qu\u2019artistiquement. Le groupe Prada rach\u00e8te la marque en 2000 et d\u00e9cide d\u2019y faire le m\u00e9nage d\u2019entr\u00e9e en licenciant sa fondatrice. Jil Sander ne s\u2019entend pas avec Patrizio Bertelli, le patron du groupe italien. Quatre ans de latence plus tard, la marque f\u00eate le retour de sa g\u00e9nitrice. Las, apr\u00e8s quatre mois, le remariage se brise derechef pour les m\u00eames motifs d\u2019incompatibilit\u00e9 d\u2019humeurs. Jil Sander s\u2019en va d\u00e9finitivement, laissant vacant le poste de directeur artistique de la marque \u00e0 laquelle elle abandonne, outre son nom, la tradition d\u2019une mode au minimalisme strict. \u00abJil est une personne pour laquelle j\u2019ai toujours \u00e9prouv\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de respect. Son nom symbolise le minimalisme ultime, quelque chose qu\u2019aucune autre marque ne poss\u00e8de et qui implique de renoncer \u00e0 tout ce qui n\u2019est pas n\u00e9cessaire. Je trouve cela tellement beau\u00bb, disait Raf Simons apr\u00e8s l\u2019annonce de son engagement \u00e0 la t\u00eate de la Maison.<\/p>\n<p>Depuis deux ans donc, il pratique donc l\u2019asc\u00e8se fa\u00e7on Jil Sander. Avec une approche presque d\u00e9f\u00e9rente de l\u2019image de la marque pour ses premiers jets. Sans se priver d\u2019inventer de nouvelles formes comme ces pantalons \u00e0 canons tr\u00e8s larges pour hommes alors que le slim arpente encore tous les podiums: \u00abIl faut s\u2019adapter \u00e9motionnellement jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on se sente certain de pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 un legs si fort ainsi qu\u2019aux grandes attentes d\u2019une client\u00e8le exigeante\u00bb, dit-il, presque intimid\u00e9, \u00e0 la sortie de sa premi\u00e8re collection femme en 2006. <\/p>\n<p>Pendant qu\u2019il cherche ses marques, Prada veille aux courbes de la bourse. La nomination de Raf Simons redonne du souffle \u00e0 la marque qui retrouve son attractivit\u00e9 sur le march\u00e9 des investissements. Prada revend la mari\u00e9e redevenue pr\u00e9sentable. Raf Simons fait partie du contrat. L\u2019acqu\u00e9reur, un fond de private equity britannique baptis\u00e9 Change Capital Partners, avec \u00e0 sa t\u00eate le chef du conseil d\u2019administration de Carrefour Luc Vandevelde, n\u2019a rien d\u2019un m\u00e9c\u00e8ne. \u00abLucky Luc\u00bb, ainsi l\u2019appelle-t-on dans le milieu des affaires, passe pour un froid coupeur de t\u00eates. Chez Marks &#038; Spencer, dont il a \u00e9t\u00e9 le manager, il a ray\u00e9 4\u2019400 emplois jusqu\u2019\u00e0 ce que le distributeur anglais retrouve la voie du profit. Le minimalisme chez Jil Sander se con\u00e7oit d\u00e9sormais tant au niveau du budget que des silhouettes. De 180 employ\u00e9s, la marque passe \u00e0 40. Raf Simons lui-m\u00eame doit vendre ou partir. C\u2019est l\u2019ironique chronique d\u2019un designer pris au pi\u00e8ge d\u2019un syst\u00e8me auquel il a toujours cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9chapper. <\/p>\n<p>Depuis deux ans, son style s\u2019affirme et s\u2019affranchit de la frigide figure tut\u00e9laire. Exit le pantalon cigarette noir pl\u00e9biscit\u00e9 par les \u00abMachtfrauen\u00bb de D\u00fcsseldorf dans les ann\u00e9es 80. Sa r\u00e9ussite \u00e9clate aux yeux de tous au moment des pr\u00e9sentations printemps-\u00e9t\u00e9 2008. D\u00e9filent \u00e0 Milan des silhouettes virginales sur lesquelles le cr\u00e9ateur a jet\u00e9 des sortes de foulards de gymnastique rythmique, en fait du tulle et de l\u2019organza sous forme de robes mille-feuilles et d\u2019empilement de gazes. A certaines coupes droites, s\u00e9v\u00e8res et g\u00e9om\u00e9triques, r\u00e9pondent d\u2019autres brouillonnes et n\u00e9buleuses contrastant de fluidit\u00e9 dans les mat\u00e9riaux et dans les couleurs. Quelles couleurs! Rose glac\u00e9 fluo, orange fum\u00e9 ou, plus tranchant, bleu nuit, rouge pivoine et les in\u00e9vitables noir et blanc de la palette classique Sander. Un miracle de combinaisons os\u00e9es et \u00e9l\u00e9gantes qui accrochent tous les commentateurs. La collection fra\u00eeche et l\u00e9g\u00e8re repousse les cat\u00e9gories classiques de la f\u00e9minit\u00e9. Raf Simons, cr\u00e9ateur homme sous son seul nom, r\u00e9invente les silhouettes des femmes dans la simplicit\u00e9 et l\u2019\u00e9vidence du moule Jil Sander. F\u00e9e, souveraine antique, femme d\u2019affaires ou gymnaste, \u00e9vapor\u00e9e, douce, forte, mais jamais dominatrice, la femme Sander retrouve une identit\u00e9. Une harmonie fonci\u00e8rement nouvelle, furieusement moderne et graphique. <\/p>\n<p>Le talent suffira-t-il \u00e0 assurer au cr\u00e9ateur une p\u00e9rennit\u00e9 chez Jil Sander? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. L\u2019\u00e9viction d\u2019Olivier Theyskens, autre agitateur de silhouette anciennement \u00e0 la t\u00eate de Rochas laisse craindre le pire quand les financiers prennent les d\u00e9cisions sur l\u2019avenir des maisons de couture. Mais quoiqu\u2019il advienne, Raf Simons rebondira, lui qui ass\u00e8ne: \u00abJe ne sais pas ce que je ferai dans deux ans; il est possible que je laisse tomber la mode.\u00bb Plus forgeur d\u2019id\u00e9es et artiste que cr\u00e9ateur de mode, il n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9, en 2000, \u00e0 mettre au ch\u00f4mage technique ses onze employ\u00e9s pour prendre une ann\u00e9e sabbatique et devenir commissaire d\u2019exposition. Son retour en 2001 avec une collection plus sombre, plus politique, plus banlieue-bi\u00e8re-bitume-rock-new-wave avec notamment des r\u00e9f\u00e9rences au graphisme de Peter Saville, \u00e0 la musique de Joy Division et de New Order, le consacre comme proph\u00e8te de l\u2019apocalypse avant les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre. Deux ans plus tard, il remporte le prix Swiss Textile \u00e0 Lucerne dot\u00e9 de 100&rsquo;000 francs, qui sauve sa Maison de la ruine. Le prix, lui, ne survivra pas \u00e0 cet \u00e9clair de perspicacit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, sa ligne masculine sous son nom propre \u00e9volue dans des sph\u00e8res plus apais\u00e9es. Le tailleur et l\u2019exp\u00e9rimentateur ont supplant\u00e9 l\u2019anarchiste. Techno-boh\u00e8me pour l\u2019\u00e9t\u00e9, classique et formel pour l\u2019hiver, l\u2019adolescent rebelle s\u2019assagit. Le puriste s\u2019\u00e9veille. Sommet d\u2019une carri\u00e8re dans la mode ou \u00e9tape transitoire? Jil Sander lui offre en tout cas le cadre id\u00e9al pour explorer cette nouvelle facette.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9l\u00e8bre pour son radicalisme sombre au sein de sa marque, le cr\u00e9ateur belge Raf Simons invente de nouvelles formes chez Jil Sander. Gr\u00e2ce \u00e0 son apport, cette r\u00e9f\u00e9rence d\u2019une mode minimaliste des d\u00e9cennies 80-90 retrouve l\u2019avant-garde.<\/p>\n","protected":false},"author":19343,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2584","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2584","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19343"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2584"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2584\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2584"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2584"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2584"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}