



{"id":2571,"date":"2008-03-31T00:00:00","date_gmt":"2008-03-30T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2571"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"hautlence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2571","title":{"rendered":"Les trublions de la haute horlogerie"},"content":{"rendered":"<p> \u00abPour tout dire, l\u2019accueil des horlogers a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t froid. On sentait bien qu\u2019ils se disaient: mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils veulent, ces Fran\u00e7ais, avec leurs id\u00e9es farfelues!\u00bb Il a fallu bouger des montagnes, mais les deux jeunes cr\u00e9ateurs de la marque Hautlence &#8212; anagramme de Neuch\u00e2tel o\u00f9 l\u2019entreprise est bas\u00e9e &#8211;, Renaud de Retz, 34 ans, et Guillaume Tetu, 35 ans, y sont arriv\u00e9s. Leur premi\u00e8re collection, commercialis\u00e9e \u00e0 partir de fin 2005, s\u2019est vendue au-del\u00e0 des esp\u00e9rances: plus de 500 pi\u00e8ces \u00e0 ce jour. Et pour de la haute horlogerie, soit des mod\u00e8les num\u00e9rot\u00e9s \u00e0 plus de 50&rsquo;000 francs, cela repr\u00e9sente ind\u00e9niablement une r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de lancer une marque horlog\u00e8re est n\u00e9e autour d\u2019une table, en 2001. \u00abC\u2019\u00e9tait pendant la foire de B\u00e2le, nous \u00e9tions une dizaine d\u2019employ\u00e9s de grands groupes horlogers suisses, se souvient Renaud de Retz. On s\u2019apercevait que nous faisions toujours le m\u00eame constat un peu d\u00e9prim\u00e9: chaque ann\u00e9e, les marques viennent \u00e0 B\u00e2le avec un marketing aff\u00fbt\u00e9 afin de d\u00e9guiser en innovation des liftings cosm\u00e9tiques qui consistent \u00e0 ajouter des pierres et des brillants sur de vieilles collections.\u00bb Autour de la table, Guillaume Tetu et Renaud de Retz, respectivement chez TAG Heuer et LVMH, d\u00e9cident \u00abde commencer \u00e0 faire quelque chose au lieu de se plaindre\u00bb. L\u2019un, Renaud, Parisien, a fait ses armes comme responsable commercial chez Longines en France, puis chez Jaeger-LeCoultre. L\u2019autre, Guillaume, Lyonnais, travaillait comme consultant en conception chez Rolex avant de s\u2019installer \u00e0 Neuch\u00e2tel.<\/p>\n<p>Amoureux des belles m\u00e9caniques, qu\u2019elles soient automobiles ou horlog\u00e8res, les deux Fran\u00e7ais se mettent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des mouvements d\u2019un nouveau genre, inspir\u00e9s de locomotives, de turbines d\u2019avion, de moteurs de voiture\u2026 \u00abNous ne sommes pas horlogers, et cela s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un avantage: nous n\u2019\u00e9tions pas enferm\u00e9s dans les contraintes techniques et la tradition, poursuit Renaud de Retz. On s\u2019est pench\u00e9 sur des principes m\u00e9caniques diff\u00e9rents, et une nouvelle mani\u00e8re de montrer l\u2019heure, l\u00e0 o\u00f9 les horlogers raisonnaient instinctivement avec des aiguilles autour d\u2019un m\u00eame axe.\u00bb<\/p>\n<p>Ils d\u00e9veloppent des prototypes, cherchent des partenaires et, surtout, convainquent des investisseurs &#8211; qui sont devenus des associ\u00e9s op\u00e9rationnels &#8211; de monter dans l\u2019affaire: ils l\u00e8vent 2 millions de francs suisses et d\u00e9veloppent un m\u00e9canisme \u00e9tonnant, avec un indicateur des minutes qui progresse sur un demi-cercle (comme une jauge de tableau de bord), puis bascule d\u2019un coup \u00e0 l\u2019heure fixe au moyen d\u2019une bielle (comme le long des les roues d\u2019une locomotive \u00e0 vapeur). \u00abIl y a un tr\u00e8s grand conservatisme dans l\u2019horlogerie, et le premier probl\u00e8me a \u00e9t\u00e9 de trouver des partenaires techniques pr\u00eats \u00e0 relever le d\u00e9fi&#8230; et surmonter le blocage psychologique de travailler avec une nouvelle marque, de surcro\u00eet lanc\u00e9e par des Fran\u00e7ais\u00bb, sourit Guillaume Tetu.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, le march\u00e9 accueille avec scepticisme la pr\u00e9sentation des prototypes, en 2005, \u00e0 Baselworld. \u00abIl y a tellement de nouvelles marques chaque ann\u00e9e \u00e0 B\u00e2le qu\u2019on s\u2019y attendait, dit Renaud. L\u2019accueil de l\u2019industrie est toujours logiquement prudent car une minorit\u00e9 de nouveaux acteurs d\u00e9marrent r\u00e9ellement la production, et encore moins r\u00e9ussissent \u00e0 trouver leur march\u00e9&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Soutenu par ses investisseurs, Hautlence franchira ces \u00e9tapes et la premi\u00e8re collection, baptis\u00e9e HL, arrive bien sur le march\u00e9 en octobre 2005, d\u00e9clin\u00e9e en 6 mod\u00e8les (deux suivront l\u2019ann\u00e9e suivante) dont l\u2019originalit\u00e9 convainc rapidement un grand distributeur asiatique. \u00abC\u2019est clair, les premiers clients ont \u00e9t\u00e9 les collectionneurs, toujours friands de nouveaut\u00e9s, notamment en Asie\u00bb, pr\u00e9cise Guillaume. Les commandes affluent, au point que l\u2019entreprise se retrouve rapidement coinc\u00e9e: \u00abNous avions un probl\u00e8me de capacit\u00e9. On n\u2019arrivait \u00e0 assembler qu\u2019une dizaine de montres par mois. Il a fallu engager deux horlogers pour prendre en charge une partie de l\u2019assemblage en interne.\u00bb L\u2019autre goulet d\u2019\u00e9tranglement sera l\u2019approvisionnement de certains composants, comme les cadrans, qui sont parfois livr\u00e9s avec plusieurs mois de retard. <\/p>\n<p>Les deux entrepreneurs constatent un curieux paradoxe: \u00abCertains fournisseurs horlogers suisses tournent \u00e0 plein r\u00e9gime, ils sont visiblement en sous-effectifs, mais n\u2019engagent pas et n\u2019augmentent pas leurs capacit\u00e9s. En les interrogeant, on s\u2019est rendu compte que le spectre de la crise planait toujours dans la r\u00e9gion et que cette prudence s\u2019expliquait par le traumatisme encore dans toutes les m\u00e9moires. Du coup, avec des carnets de commande extr\u00eamement bien remplis pour les mois (voire les ann\u00e9es!) \u00e0 venir, et des embauches qui ne suivent pas, cela pose de gros probl\u00e8mes pour les petits clients comme nous.\u00bb Le premier mouvement Hautlence r\u00e9cup\u00e8re en partie l\u2019architecture du c\u00e9l\u00e8bre mouvement Peseux d\u2019ETA (Swatch). \u00abNous entretenons de tr\u00e8s bonnes relations avec le groupe de Nicolas Hayek, en toute logique puisque nous ne repr\u00e9sentons pas une menace: notre production reste limit\u00e9e \u00e0 88 exemplaires par mod\u00e8le, afin de conserver le caract\u00e8re exclusif de la marque.\u00bb<\/p>\n<p>Hautlence souhaite poursuivre son approche d\u2019innovation technique en d\u00e9veloppant r\u00e9guli\u00e8rement de nouveaux mouvements, \u00abun calibre tous les 36 mois, \u00e0 l\u2019architecture novatrice et inattendue mais sans aller sur le terrain des grandes complications\u00bb.<\/p>\n<p>Install\u00e9e au c\u0153ur de Neuch\u00e2tel (le si\u00e8ge se trouve sur la place des Halles, la plus c\u00e9l\u00e8bre de la ville, et l\u2019atelier \u00e0 deux pas, \u00e0 la rue du Tr\u00e9sor), l\u2019\u00e9quipe s\u2019est \u00e9toff\u00e9e mais Hautlence n\u2019emploie que huit collaborateurs. \u00abNous continuerons de sous-traiter la fabrication, nous n\u2019allons pas cr\u00e9er une manufacture horlog\u00e8re.\u00bb En assemblant une partie en interne, et gr\u00e2ce \u00e0 la confiance de ses fournisseurs, Hautlence livre d\u00e9sormais entre 20 et 30 montres par mois (un cycle de production complet prend 3 \u00e0 5 mois). La marque pr\u00e9sentera un nouveau mod\u00e8le\/calibre fin 2008. En parall\u00e8le, elle d\u00e9veloppe son r\u00e9seau de distribution: de 30 aujourd\u2019hui, le nombre de points de vente doit atteindre la cinquantaine en rythme de croisi\u00e8re. <\/p>\n<p>Ils vendent peut-\u00eatre du r\u00eave \u00e0 une client\u00e8le qui ne compte plus, mais les deux entrepreneurs et leurs associ\u00e9s n\u2019ont, eux, pas perdu le sens des chiffres. Dans leurs costumes couture, ils les partagent m\u00eame avec plaisir et une certaine transparence, ce qui reste plut\u00f4t rare dans le milieu: \u00abNous bouclons cette ann\u00e9e avec un chiffre d\u2019affaire de 5 millions, et nous d\u00e9passerons 8 millions l\u2019an prochain. D\u2019ici au mois de mars, nous aurons non seulement rentabilis\u00e9 l\u2019entreprise mais aussi \u00e9pong\u00e9 les 2 millions de pertes de la premi\u00e8re ann\u00e9e.\u00bb Rien \u00e0 ajouter.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<font size=2><b>La confiance d\u2019industriels fran\u00e7ais<\/b><\/p>\n<p>Outre les deux fondateurs, qui sont par ailleurs actionnaires de leur entreprise, Hautlence a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des fonds de trois partenaires, des investisseurs priv\u00e9s fran\u00e7ais aux profils compl\u00e9mentaires: Jean Plazenet et Alain de Forges (qui, avant Hautlence, ont travaill\u00e9 notamment dans le d\u00e9veloppement du march\u00e9 des gamma-cam\u00e9ras m\u00e9dicales) et Jean-Christophe Chopin (un des pionniers fran\u00e7ais de la nouvelle \u00e9conomie). Des \u00e9minences du capitalisme fran\u00e7ais dont l\u2019exp\u00e9rience se r\u00e9v\u00e8le, encore aujourd\u2019hui, tout aussi pr\u00e9cieuse aux deux jeunes horlogers que leurs fonds. En voyant le concept de d\u00e9part, les trois partenaires ont accept\u00e9 de prendre le risque et de financer l\u2019investissement initial \u00e0 hauteur de 2 millions de francs suisses. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le montant qui sera utilis\u00e9 par la jeune entreprise pour d\u00e9velopper son prototype, puis le mettre en production. \u00abOn pensait y arriver avec moins mais les retards importants de d\u00e9veloppement nous ont co\u00fbt\u00e9 cher\u00bb, reconna\u00eet Renaud de Retz.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A force de d\u00e9termination, les deux fondateurs fran\u00e7ais de Hautlence ont gagn\u00e9 leur pari: apr\u00e8s trois ans, leur marque, b\u00e9n\u00e9ficiaire, a tripl\u00e9 sa production et r\u00e9alise plus de 5 millions de chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2571","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2571"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2571\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}