



{"id":2500,"date":"2007-12-17T00:00:00","date_gmt":"2007-12-16T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2500"},"modified":"2009-06-19T16:53:08","modified_gmt":"2009-06-19T14:53:08","slug":"niche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2500","title":{"rendered":"Le r\u00e9chauffement: un march\u00e9 en plein boom"},"content":{"rendered":"<p>En l&rsquo;espace de dix ans, la pr\u00e9vention des dangers naturels est devenue pour la Suisse un sujet de pr\u00e9occupation majeure. Les catastrophes survenues ces derni\u00e8res ann\u00e9es (et notamment les graves inondations d&rsquo;ao\u00fbt 2005 en Suisse centrale et dans l&rsquo;Oberland bernois) ont montr\u00e9 les limites de la protection actuelle.<\/p>\n<p>Or, avec le r\u00e9chauffement climatique, les experts s&rsquo;accordent \u00e0 penser que le nombre et l&rsquo;intensit\u00e9 de ces \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames va encore augmenter. <\/p>\n<p>La Suisse d\u00e9bourse d\u00e9j\u00e0 2,9 milliards de francs par an, soit 0,6% de son produit int\u00e9rieur brut, pour se prot\u00e9ger contre les dangers naturels, selon une enqu\u00eate men\u00e9e par la commission Planat (Plate-forme nationale Dangers naturels) et mandat\u00e9e par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>Deux tiers de ces d\u00e9penses sont financ\u00e9s par des particuliers, le reste par les pouvoirs publics. Des chiffres vertigineux, mais qu&rsquo;il s&rsquo;agit de relativiser puisque chaque franc ainsi investi permet, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019environnement (OFEV) d&rsquo;\u00e9viter des dommages nettement plus co\u00fbteux.<\/p>\n<p>Pour rappel, depuis 1972, le montant des dommages dus aux crues en Suisse d\u00e9passe 11 milliards de francs &#8212; les effets d\u00e9vastateurs des intemp\u00e9ries d&rsquo;ao\u00fbt 2005 ayant co\u00fbt\u00e9 \u00e0 eux seuls quelque 3 milliards de francs.<\/p>\n<p>Afin de renforcer encore les mesures de protection, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral vient de d\u00e9cider d&rsquo;adapter \u00e0 la hausse ses cr\u00e9dits d&rsquo;engagement. \u00c0 elle seule, la protection contre les crues b\u00e9n\u00e9ficiera ainsi d&rsquo;un total de 400 millions de francs pour les ann\u00e9es 2008 \u00e0 2011 (+156 millions par rapport \u00e0 l&rsquo;ancienne planification financi\u00e8re). Au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, 160 millions (+24 millions) se verront allou\u00e9s aux ouvrages de protection (avalanches, glissements de terrains).<\/p>\n<p>Depuis 2006, l\u2019OFEV est responsable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle f\u00e9d\u00e9rale des questions de s\u00e9curit\u00e9 li\u00e9es aux dangers naturels. Lorsque des personnes, des logements, des voies de communication et d\u2019autres installations importantes sont expos\u00e9s \u00e0 de trop grands risques, on recourt traditionnellement \u00e0 des filets pare-pierres, des brises-lave ou des digues.<\/p>\n<p>Mais dans le contexte des changements climatiques, ces ouvrages de protection traditionnels risquent de se trouver surcharg\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00abLes nouvelles mesures doivent en tenir compte. Il faudra cr\u00e9er davantage d\u2019espaces de r\u00e9tention et de zones inondables, annonce ainsi Andreas G\u00f6tz, sous-directeur de l\u2019OFEV. Une chose est certaine, ajoute le responsable, la pr\u00e9vention co\u00fbtera nettement moins cher \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 que les reconstructions syst\u00e9matiques qui suivent les catastrophes naturelles.\u00bb<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie ancestrale qui se contentait d\u2019adapter la taille des digues aux d\u00e9bits exceptionnels rel\u00e8ve donc du pass\u00e9. D\u00e9sormais, l\u2019am\u00e9nagement des cours d\u2019eau consiste de moins en moins \u00e0 mettre des barri\u00e8res aux rivi\u00e8res, auxquelles on pr\u00e9f\u00e8re laisser davantage d\u2019espace.<\/p>\n<p>Elargir le lit d\u2019un cours d\u2019eau revient \u00e0 abaisser son niveau maximal, accro\u00eetre sa capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coulement et r\u00e9duire sa vitesse. Partout o\u00f9 c\u2019est possible, l\u2019OFEV envisage donc de lib\u00e9rer les rivi\u00e8res de leur corset, car plus les digues sont hautes, plus les inondations s\u2019av\u00e8rent importantes en cas d\u2019\u00e9v\u00e9nement extr\u00eame.  <\/p>\n<p>Par ailleurs, des sp\u00e9cialistes inspectent de mani\u00e8re syst\u00e9matique tous les r\u00e9tr\u00e9cissements et points faibles des cours d\u2019eau, o\u00f9 pourraient se produire des ruptures et des inondations. L\u2019objectif \u00e9tant qu\u2019en cas de crue, la rivi\u00e8re sorte de son lit \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019eau causera le moins de dommages. <\/p>\n<p>\u00abLe concept de gestion des risques a fait son chemin, se f\u00e9licite Michel Jaboyedoff, professeur \u00e0 l&rsquo;institut de g\u00e9omatique et d&rsquo;analyse du risque de l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne (UNIL). Il y a dix ans, je m&rsquo;insurgeais en vain contre l&rsquo;absence de vision et de projet global, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon national. Mais depuis, les mentalit\u00e9s ont nettement \u00e9volu\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 la centralisation des donn\u00e9es existantes et aux efforts conjoints des climatologues, m\u00e9t\u00e9orologues et hydrologues, les ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames peuvent \u00eatre anticip\u00e9s avec plus de pr\u00e9cision.\u00bb <\/p>\n<p>La collaboration amorc\u00e9e entre l&rsquo;OFEV, les cantons et les milieux de la recherche (universit\u00e9s, ETH Zurich, EPFL), conduit \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de cartes d\u00e9taill\u00e9es des dangers, qui doivent r\u00e9v\u00e9ler d&rsquo;ici \u00e0 2011 o\u00f9 et dans quelle mesure la population et les biens de valeur sont menac\u00e9s en Suisse. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Projet Minerve: l\u2019exemple valaisan<\/b><\/p>\n<p>Exc\u00e8s de pr\u00e9vention? Pas vraiment. D\u2019apr\u00e8s plusieurs simulations, jusqu\u2019\u00e0 14&rsquo;000 hectares de terrain pourraient \u00eatre inond\u00e9s lors d\u2019une crue rare dans la plaine du Rh\u00f4ne. Les d\u00e9g\u00e2ts se chiffreraient alors \u00e0 10 milliards de francs, les dommages caus\u00e9s aux grandes entreprises industrielles, telles Alcan et Lonza, repr\u00e9sentant la moiti\u00e9 de cette somme.<\/p>\n<p>On comprend mieux pourquoi la troisi\u00e8me correction du Rh\u00f4ne constitue aujourd\u2019hui le projet le plus vaste et le plus co\u00fbteux de Suisse. Baptis\u00e9 Minerve, cet am\u00e9nagement &#8212; men\u00e9 en partenariat avec l\u2019EPFL &#8212; drainera plus d\u2019un milliard de francs au cours des 30 ann\u00e9es \u00e0 venir. <\/p>\n<p>Des interventions prioritaires d\u2019un co\u00fbt total de 360 millions de francs sont pr\u00e9vues dans cinq secteurs (Vi\u00e8ge, Sierre, Sion, Fully et Aigle). \u00ab\u00c0 terme, presque tout le trac\u00e9 du Rh\u00f4ne (ndlr : 160 km) sera r\u00e9am\u00e9nag\u00e9, mais pour l\u2019heure, la r\u00e9gion de Vi\u00e8ge constitue la zone n\u00e9vralgique, explique Dominique B\u00e9rod, ing\u00e9nieur sp\u00e9cialiste des cours d\u2019eau \u00e0 l\u2019Etat du Valais, responsable du projet Minerve. Plus de 100 millions de francs seront investis d\u00e8s 2009. Les travaux apporteront une grande marge de s\u00e9curit\u00e9, puisque la largeur du fleuve doublera quasiment en plusieurs endroits.\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, toujours dans le cadre du projet Minerve, le canton du Valais s\u2019appliquera \u00e0 mieux  exploiter ses nombreux barrages pour g\u00e9rer les crues. \u00abSi l\u2019on anticipe une crue dans les trois jours \u00e0 venir, par exemple, nous pourrons demander aux exploitants des barrages de vider un peu d\u2019eau pour lib\u00e9rer de la place en pr\u00e9vision de la crue, explique Dominique B\u00e9rod. Il est pr\u00e9vu que l\u2019Etat d\u00e9dommage les soci\u00e9t\u00e9s concern\u00e9es. Cette strat\u00e9gie globale, qui englobe les 13 barrages du canton, ajout\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me correction du Rh\u00f4ne, va permettre d\u2019\u00e9viter des crues.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>L&rsquo;\u00e9conomie du r\u00e9chauffement<\/b><\/p>\n<p>Pour les entreprises actives dans le secteur de la construction et de l&rsquo;am\u00e9nagement du territoire, la mise \u00e0 niveau des infrastructures constitue une manne financi\u00e8re. Des dizaines de soci\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es font aujourd&rsquo;hui commerce de paravalanches, filets de protection, digues escamotables et autres boudins \u00e0 eau d\u00e9ploy\u00e9s en cas de crue.<\/p>\n<p>\u00ab\u00c0 cause de la fonte du perg\u00e9lisol, les produits les plus demand\u00e9s en ce moment sont les syst\u00e8mes de stabilisation de pentes, les filets contre les chutes de pierres et les barri\u00e8re contre les laves torrentielles, rel\u00e8ve Sibylle Keller, responsable marketing chez Geobrugg Protection Systems, soci\u00e9t\u00e9 suisse bas\u00e9e \u00e0 Romanshorn, qui \u00e9coule ses articles dans toute l&rsquo;Europe. <\/p>\n<p>Signe de la sant\u00e9 \u00e9clatante de ce march\u00e9, une foire lui sera consacr\u00e9e l&rsquo;an prochain \u00e0 Saint-Gall: baptis\u00e9 Geoprotecta, le premier \u00abSalon suisse de la gestion int\u00e9gr\u00e9e des risques li\u00e9s aux dangers naturels et aux cons\u00e9quences climatiques\u00bb se tiendra du 13 au 15 novembre 2008 dans le Parc des Expositions. Ce forum r\u00e9unira dans une m\u00eame enceinte les fabricants de produits, les prestataires de services et les repr\u00e9sentants des autorit\u00e9s. <\/p>\n<p>Etroitement concern\u00e9es par les dangers naturels, les assurances investissent de plus en plus dans la pr\u00e9vention. Elles peuvent ainsi, par des d\u00e9penses relativement faibles, \u00e9viter des indemnisations aux montants nettement sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>\u00abLa question du r\u00e9chauffement climatique nous pr\u00e9occupe \u00e9norm\u00e9ment, confie Olivier Lateltin, directeur de la section de pr\u00e9vention des dangers naturels \u00e0 l&rsquo;Association des \u00e9tablissements cantonaux d&rsquo;assurance incendie (AEAI). Nos 18 \u00e9tablissements couvrent le 80% des immeubles b\u00e2tis en Suisse contre les d\u00e9g\u00e2ts naturels. Cela repr\u00e9sente environ 2,5 millions de constructions et 2000 milliards de valeur assur\u00e9e. Etant donn\u00e9 les pr\u00e9visions alarmistes dont nous disposons, trois options s&rsquo;offrent \u00e0 nous: augmenter les primes, diminuer les prestations (par diff\u00e9rents syst\u00e8mes de franchises ou d&rsquo;exclusion) ou mettre l&rsquo;accent sur la pr\u00e9vention. Cette derni\u00e8re solution est privil\u00e9gi\u00e9e. Nous incitons autant que possible les propri\u00e9taires \u00e0 prendre en charge l&rsquo;assainissement des b\u00e2timents, en agissant localement, au cas par cas. Cette approche est compl\u00e9mentaire de la strat\u00e9gie globale mise en place au niveau \u00e9tatique. Nous avons constat\u00e9 que des am\u00e9nagements adapt\u00e9s (mat\u00e9riaux r\u00e9sistants \u00e0 la gr\u00eale et aux temp\u00eates, parois \u00e9tanches, etc.) permettent d&rsquo;\u00e9viter environ 50% des dommages (tous d\u00e9g\u00e2ts naturels confondus, ndlr) occasionn\u00e9s. Une majorit\u00e9 de cantons proposent d&rsquo;ailleurs aux particuliers des syst\u00e8mes de co-financement, prenant en charge jusqu&rsquo;\u00e0 50% de la somme des travaux.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8211;<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine scientifique <a href=http:\/\/www.reflexmagazine.ch target=_blank class=std>Reflex<\/a>, \u00e9dit\u00e9 par l\u2019EPFL et l\u2019agence de presse Largeur.com, qui publie ce mois-ci un num\u00e9ro sp\u00e9cial d\u00e9di\u00e9 au climat et \u00e0 la recherche \u00e9cologique en Suisse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour les entreprises de construction, l\u2019adaptation aux nouvelles menaces climatiques constitue un v\u00e9ritable pactole. 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