



{"id":2498,"date":"2007-12-13T00:00:00","date_gmt":"2007-12-12T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2498"},"modified":"2017-07-12T11:30:13","modified_gmt":"2017-07-12T09:30:13","slug":"relations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2498","title":{"rendered":"L\u2019amiti\u00e9, depuis Aristote jusqu\u2019\u00e0 Facebook"},"content":{"rendered":"<p>\u00abIl me pla\u00eet bien celui-l\u00e0, je vais l\u2019adder\u00bb. Dans le lexique du site convivial Facebook dont tout le monde parle, \u00abadder\u00bb signifie \u00abinviter un membre du site \u00e0 faire partie de ses amis\u00bb.<\/p>\n<p>Selon que l\u2019on \u00abadde\u00bb facilement ou pas, on se retrouve bient\u00f4t avec dix ou mille \u00abfriends\u00bb. L\u2019amiti\u00e9 est devenue quantifiable, et une manne pour les publicitaires.<\/p>\n<p>Plus de 50 millions de personnes font ami-ami sur le site cr\u00e9\u00e9 en 2004 par un \u00e9tudiant de Harvard devenu, entretemps, milliardaire. Sur la page du tennisman Richard Gasquet, un people choisi par d\u2019autres, on compte 1\u2019200 \u00abfriends\u00bb. Si ce score repr\u00e9sente une belle performance sur l\u2019\u00e9chelle Facebook, il fait de lui un \u00absans ami\u00bb aux yeux d\u2019Aristote (\u00abcelui qui a beaucoup d\u2019amis, il n\u2019a pas d\u2019amis\u00bb).<\/p>\n<p>Le  r\u00e9seau virtuel de relations que l\u2019on peut se b\u00e2tir en contactant ses proches ou des internautes qui partagent les m\u00eames centres d\u2019int\u00e9r\u00eat est-il abusivement nomm\u00e9 r\u00e9seau d\u2019amiti\u00e9s par ses concepteurs, ou est-ce le concept d\u2019amiti\u00e9 qui a \u00e9volu\u00e9?<\/p>\n<p>Giorgio Agamben qui a re\u00e7u le prix europ\u00e9en de l\u2019essai Charles-Veillon 2007 vient de publier un opuscule intitul\u00e9 \u00ab<a href=http:\/\/www.payot-rivages.fr\/asp\/fiche.asp?Id=5623 target=_blank class=std>L\u2019amiti\u00e9<\/a>\u00bb. Le philosophe italien a relu Aristote pour retrouver pr\u00e9cis\u00e9ment la signification de l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Aristote avait consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 un trait\u00e9 en bonne et due forme avec l\u2019\u00abEthique \u00e0 Nicomaque\u00bb. Ses th\u00e8ses: il est impossible de vivre sans amis; il n\u2019est pas possible d\u2019avoir beaucoup d\u2019amis; l\u2019amiti\u00e9 \u00e0 distance tend \u00e0 rendre oublieux et, la th\u00e8se la plus importante, l\u2019ami est un autre soi-m\u00eame avec lequel on partage le fait d\u2019exister. \u00abQu\u2019est-ce que l\u2019amiti\u00e9? Une m\u00eame \u00e2me qui habite deux corps\u00bb, r\u00e9pond-il.<\/p>\n<p>Une d\u00e9finition non sans cons\u00e9quence politique: \u00abMais alors pour l\u2019ami aussi il faudra consentir qu\u2019il existe et c\u2019est ce qui arrive quand on vit ensemble et qu\u2019on partage des actions et des pens\u00e9es. C\u2019est en ce sens que l\u2019on dit que les hommes vivent ensemble et non pas comme pour le b\u00e9tail, qu\u2019ils partagent le m\u00eame p\u00e2turage.\u00bb<\/p>\n<p>Relation exigeante, l\u2019amiti\u00e9 a tent\u00e9 de le demeurer au fil des si\u00e8cles. Ainsi la mise en garde de Lord Chesterfield: \u00abNe soyez pas assez vains, assez infatu\u00e9s de vous m\u00eames, pour croire que les autres deviennent vos amis au premier coup d\u2019\u0153il, ou parce qu\u2019ils vous fr\u00e9quentent quelque temps. La v\u00e9ritable amiti\u00e9 se construit jour apr\u00e8s jour.\u00bb  Pour Moli\u00e8re, c\u2019\u00e9tait en profaner le nom que de vouloir la mettre \u00e0 toute occasion.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, Ralph Emerson tire la sonnette d\u2019alarme. \u00abJe d\u00e9teste que l\u2019on prostitue le mot \u00abamiti\u00e9\u00bb pour qualifier des relations convenues et mondaines.\u00bb Deux si\u00e8cles plus tard, Pauline pour expliquer son refus de s\u2019inscrire sur Facebook, fait appel au m\u00eame vocabulaire: \u00abJe refuse de me mettre en vitrine pour me cr\u00e9er un cercle d\u2019amis virtuels\u00bb, r\u00e9pond-elle \u00e0 Irma qui essaye de la persuader de franchir le pas pour sortir de sa solitude.<\/p>\n<p>Pour 75 francs l\u2019heure, le site d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 vaudoise, <a href=http:\/\/www.easyfriend.ch\/fr\/index.html target=_blank class=std> Easyfriend.ch<\/a>, met \u00e0 disposition depuis le mois de septembre des \u00abamis\u00bb pr\u00eats \u00e0 vous tenir compagnie. Comment ne pas penser au renard qui demande au Petit Prince de l\u2019apprivoiser?<\/p>\n<p>\u00abOn ne conna\u00eet que les choses que l\u2019on apprivoise. Les hommes n\u2019ont plus le temps de rien conna\u00eetre. Ils ach\u00e8tent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n\u2019existe point de marchands d\u2019amis, les hommes n\u2019ont plus d\u2019amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi!\u00bb <\/p>\n<p>Saint-Exup\u00e9ry n\u2019avait pas imagin\u00e9 qu\u2019au XXIe si\u00e8cle, les hommes partageraient le m\u00eame p\u00e2turage et se connecteraient avec d\u2019innombrables amis virtuels. Impossible de leur faire le coup du foss\u00e9 conseill\u00e9 par un proverbe jama\u00efcain: si tu veux savoir qui sont tes amis, couche-toi dans le foss\u00e9 et fais mine d\u2019\u00eatre saoul.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abCelui qui a beaucoup d\u2019amis, il n\u2019a pas d\u2019amis\u00bb, affirmait il y a fort longtemps Aristote. Aujourd\u2019hui, en quelques clics de souris, on s\u2019en cr\u00e9e \u00e0 la pelle sur Facebook. On peut m\u00eame s\u2019en acheter pour quelques heures.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-2498","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2498"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2498\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5746,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2498\/revisions\/5746"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}