



{"id":2492,"date":"2007-12-06T00:00:00","date_gmt":"2007-12-05T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2492"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2492","title":{"rendered":"Vacances ou cadeaux: les livres que je conseille"},"content":{"rendered":"<p>Des livres? J\u2019en ai retenu trois. \u00ab<a href=http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%BCnter_Grass target=_blank class=std>Pelures d\u2019oignon<\/a>\u00bb de G\u00fcnter Grass, \u00ab<a href=http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daniel_de_Roulet target=_blank class=std>Kamikaze-Mozart<\/a>\u00bb de Daniel de Roulet et \u00ab<a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/ecrivains\/popescu.htm target=_blank class=std>La symphonie du loup<\/a>\u00bb de Marius Daniel Popescu.<\/p>\n<p>Soit en ordre d\u00e9croissant du point de vue de la notori\u00e9t\u00e9, un Nobel de litt\u00e9rature (Grass) au sommet de sa forme et de sa carri\u00e8re, un \u00e9crivain confirm\u00e9 (de Roulet) dont la dizaine de romans publi\u00e9s dressent une vaste fresque des enjeux politiques contemporains et un \u00e9crivain d\u00e9butant (Popescu) dont la verve, le souffle \u00e9pique, la puissance imaginative laissent le lecteur b\u00e9at.<\/p>\n<p><b>Pelures d\u2019oignon<\/b><\/p>\n<p>Pour ses 80 ans, G\u00fcnter Grass file sur 400 pages une m\u00e9taphore o\u00f9 pelure apr\u00e8s pelure, il d\u00e9cortique l\u2019oignon de sa m\u00e9moires et de ses souvenirs. C\u2019est pour lui l\u2019occasion de faire une fois de plus ce qui lui r\u00e9ussit \u00e0 merveille depuis un demi-si\u00e8cle: saisir un brin de son exp\u00e9rience &#8212; le brin \u00e9tant ici une pelure d\u2019oignon qu\u2019il \u00e9tire, malaxe, presse &#8212; et de lui donner chair et vie.<\/p>\n<p>Le scandale provoqu\u00e9 par les r\u00e9v\u00e9lations fort tardives de l\u2019\u00e9crivain sur son engagement dans les Waffen SS en 1944 est encore dans toutes les m\u00e9moires. Curieusement, la presse n\u2019a fait, comme <a href=http:\/\/www.liberation.fr\/actualite\/monde\/203648.FR.php target=_blank class=std>Lib\u00e9ration<\/a>, qu\u2019un service minimum sur la relation de deux jeunes SS d\u00e9charn\u00e9s et fam\u00e9liques dans un camp de prisonniers bavarois tenus par les Am\u00e9ricains. L\u2019un, t\u00eate en l\u2019air encore peu fix\u00e9 sur ses int\u00e9r\u00eats, allait d\u00e9crocher un Nobel de litt\u00e9rature, l\u2019autre, d\u00e9j\u00e0 confit dans une pi\u00e9t\u00e9 rigoureuse, la tiare pontificale.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019immense succ\u00e8s de son premier livre, \u00abLe Tambour\u00bb, G\u00fcnter Grass n\u2019a cess\u00e9 de prouver qu\u2019il est un des ma\u00eetres contemporains du r\u00e9cit. Dans son dernier livre, il tourne autour de sa jeunesse \u00e0 Dantzig d\u2019abord, lorsque la ville \u00e9tait encore un Etat libre ins\u00e9r\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations en pleine Pologne.<\/p>\n<p>Son bombardement en septembre 1939 marqua le d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale. Grass avait alors 12 ans. Puis pendant la guerre et l\u2019apr\u00e8s-guerre, quand le jeune homme se fourvoie chez les SS, se retrouve prisonnier, puis, sans nouvelles de sa famille, s\u2019efforce de survivre dans un pays d\u00e9vast\u00e9 par la guerre.<\/p>\n<p>Le lecteur habitu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Grass se dira (\u00e0 juste titre) que ce sont des th\u00e8mes d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9s de nombreuses fois. Ce qui m\u2019appara\u00eet neuf, c\u2019est ce que j\u2019appellerais la placidit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture. L\u2019\u00e9crivain conna\u00eet sa force et sait en m\u00eame temps qu\u2019il n\u2019a plus besoin de recourir aux artifices du m\u00e9tier pour se faire entendre. Le r\u00e9cit prend ainsi une ampleur faite de recul, de douceur et de modestie. On n\u2019\u00e9crit pas \u00e0 80 ans comme \u00e0 30 ans. Les ann\u00e9es ont fini par polir son style, lui donnant cette rondeur que les \u0153nologues attribuent aux meilleurs crus.<\/p>\n<p><b>Kamikaze Mozart <\/b><\/p>\n<p>Avec \u00abKamikaze Mozart\u00bb de Daniel de Roulet, nous restons dans la guerre mondiale mais en changeant de genre, en passant du r\u00e9cit au roman. Un roman solidement \u00e9tay\u00e9 par des recherches historiques dans les biblioth\u00e8ques suisses et am\u00e9ricaines, des recherches que l\u2019extraordinaire souplesse de l\u2019Internet permet de mettre \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde par un simple <a href=http:\/\/www.danielderoulet.net\/ target=_blank class=std>clic<\/a>. Le sujet? La bombe atomique, sa fabrication, son utilisation, ses retomb\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019intrigue romanesque d\u00e9marre sur une note l\u00e9g\u00e8re et amoureuse avant de tourner au drame en raison de la guerre. En s\u00e9jour d\u2019\u00e9tudes au conservatoire de Berkeley, Fumika, une pianiste japonaise, apprend que ses parents l\u2019ont fianc\u00e9e sans lui demander son avis \u00e0 un pilote dont les lettres ne d\u00e9bordent pas de chaleur ni d\u2019amour.<\/p>\n<p>Elle s\u2019\u00e9prend d\u2019un violoniste suisse. Mais avant m\u00eame que leur histoire ait pris forme, ce dernier, qui est aussi un physicien de haut niveau, quitte le conservatoire pour rejoindre l\u2019\u00e9quipe d\u2019Oppenheimer appel\u00e9e \u00e0 construire la bombe atomique. Lorsque les Etats-Unis entrent en guerre contre le Japon, Fumika est enferm\u00e9e dans un camp de concentration, alors qu\u2019au Japon, le fianc\u00e9 s\u2019enfonce lui aussi dans la guerre. Le titre du roman laisse deviner ce que sera sa fin\u2026<\/p>\n<p>Grand ma\u00eetre des entrelacs intercontinentaux, de Roulet nous prom\u00e8ne d\u2019un point \u00e0 l\u2019autre du globe dans un livre qui a l\u2019apparence du roman historique mais qui nous renvoie en r\u00e9alit\u00e9 au pr\u00e9sent le plus br\u00fblant. Le nucl\u00e9aire, dont on sait que des conflits avec la Cor\u00e9e ou l\u2019Iran aux ventes de centrales cl\u00e9s en main par Sarkozy, il est revenu au centre de l\u2019actualit\u00e9 mondiale. <\/p>\n<p>Ce faisant l\u2019auteur renoue avec une probl\u00e9matique qui \u00e9tait au centre de \u00abLa ligne bleue\u00bb, son premier grand roman. Avec \u00abKamikaze Mozart\u00bb, ouvrage tr\u00e8s r\u00e9ussi, il nous montre que depuis dix ans son \u0153uvre vise, comme les grandes s\u00e9ries romanesques d\u2019autrefois, \u00e0 dresser une vaste fresque de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous nous d\u00e9battons, vaille que vaille, pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p><b>La symphonie du loup<\/b><\/p>\n<p>Pour un premier roman, Marius Daniel Popescu, frappe tr\u00e8s fort. J\u2019avais signal\u00e9 sur ce petit <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=1897 target=_blank class=std>\u00e9cran<\/a>, la parution d\u2019un volume de po\u00e8mes tr\u00e8s libres mais fascinants \u00e9crits par ce chauffeur de trolleybus lausannois qui nous est venu de Roumanie d\u00e8s la chute de Ceausescu.<\/p>\n<p>Je croyais y voir un certain go\u00fbt \u00e0 l\u2019emphase, \u00e0 l\u2019exag\u00e9ration, au passage de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019irr\u00e9alit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 une imagination d\u00e9brid\u00e9e qui n\u2019a par ailleurs rien de singulier dans la litt\u00e9rature roumaine. Mais Popescu \u00e9crit en fran\u00e7ais. Son art a conquis l\u2019une des plus prestigieuses maisons d\u2019\u00e9dition parisiennes, <a href=http:\/\/www.jose-corti.fr\/titresfrancais\/symphonieduloup.html target=_blank class=std>Jos\u00e9 Corti<\/a>.<\/p>\n<p>Cette \u00abSymphonie du loup\u00bb tient \u00e0 la fois du cri, de la plainte, et d\u2019une intense jubilation. La forme en est encore juv\u00e9nile, l\u2019artifice \u00e9vident, comme ce \u00abtu\u00bb omnipr\u00e9sent qui ne saurait cacher le \u00abje\u00bb fondateur du propos, l\u2019ego brut de coffrage. <\/p>\n<p>Mais quel souffle dans cette prose qui vous emporte dans un monde fra\u00eechement r\u00e9volu, la Roumanie de Ceausescu avec son cort\u00e8ge de vicissitudes, ses privations les plus surprenantes, les in\u00e9vitables calamit\u00e9s! Comme l\u2019avortement qui triomphe sur les \u00e9crans avec le film de Mungiu, et que Popescu raconte avec la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 (p. 260-261). Ce rappel lancinant au rythme tr\u00e8s soutenu d\u2019une jeunesse gueularde, combinarde et d\u00e9brouillarde est entrem\u00eal\u00e9 de sc\u00e8nes de la vie familiale lausannoise de l\u2019auteur o\u00f9 interviennent ses fillettes. Le contraste est saisissant.<\/p>\n<p>\u00abLa symphonie du loup\u00bb est le r\u00e9cit d\u2019une jeunesse roumaine que la dictature aurait bousill\u00e9e si ce jeune-l\u00e0 n\u2019avait eu une vitalit\u00e9, une \u00e9nergie, une sant\u00e9 mentale \u00e0 toute \u00e9preuve, soutenue par une vision profond\u00e9ment po\u00e9tique de la vie. Avec ce qu\u2019il faut d\u2019ironie, d\u2019amour et de complicit\u00e9. Avec l\u2019aisance naturelle du loup dans la montagne.<br \/>\nUn loup qui, venu de loin, ira loin.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>G\u00fcnter Grass, \u00abPelures d\u2019oignon\u00bb, traduit par Claude Porcell, Seuil, Paris, 410 p.<\/p>\n<p>Daniel de Roulet, \u00abKamikaze Mozart\u00bb, Buchet-Chastel, Paris, 295 p.<\/p>\n<p>Marius Daniel Popescu, \u00abLa symphonie du loup\u00bb, Jos\u00e9 Corti, Paris, 400 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le scintillement des d\u00e9corations lumineuses, ou la fi\u00e8vre consommatrice dans les magasins, sont des signes qui ne trompent pas. Il est temps de se pr\u00e9parer aux F\u00eates. G\u00e9rard Delaloye a fait son choix dans les publications r\u00e9centes.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2492","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2492","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2492"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2492\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2492"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2492"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2492"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}