



{"id":246,"date":"1999-11-11T00:00:00","date_gmt":"1999-11-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=246"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=246","title":{"rendered":"\u00abBuffalo &rsquo;66\u00bb, l&rsquo;excellent premier film d&rsquo;un narcisse polyvalent"},"content":{"rendered":"<p>On pourrait qualifier Vincent Gallo de narcisse polyvalent. A la fois acteur, peintre, musicien de rock et coverboy pour publicit\u00e9s Calvin Klein, il multiplie les apparitions flatteuses, ce qui lui vaut la r\u00e9putation de poseur. Mais avant tout, Vincent Gallo est un cin\u00e9aste, un vrai et un bon, comme le prouve son premier film, \u00abBuffalo &rsquo;66\u00bb, actuellement \u00e0 l&rsquo;affiche \u00e0 Gen\u00e8ve et Lausanne.<\/p>\n<p>\u00abBuffalo \u201866\u00bb est une merveille. Un petit bijou. Tout y est cisel\u00e9 avec tant de tendresse et d\u2019humanit\u00e9 qu\u2019on finit m\u00eame par pardonner aux imb\u00e9ciles d\u2019\u00eatre imb\u00e9ciles, aux arnaqueurs d\u2019arnaquer et aux parents d\u2019\u00eatre path\u00e9tiques. On pardonne parce que Billy Brown, le personnage principal interpr\u00e9t\u00e9 par Vincent Gallo, pardonne. On pardonne parce que lui, perdu, triste, sans cesse \u00e0 deux doigts de la catastrophe, obs\u00e9d\u00e9 par une vengeance, va finalement d\u00e9cider de ne pas se laisser sombrer\u2026 <\/p>\n<p>Billy Brown, donc, doit se trouver une \u00e9pouse pour aller rendre visite \u00e0 ses parents. Il vient de purger cinq ans de prison pour un d\u00e9lit qu\u2019il n\u2019a pas commis et, pendant ces cinq ans, il a menti \u00e0 son p\u00e8re et sa m\u00e8re, leur faisant croire qu\u2019il s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 et qu\u2019il voyageait pour son entreprise. Encore faut-il trouver la femme.<\/p>\n<p>La fausse \u00e9pouse, ce sera Layla (Christina Ricci, qui enrichit une filmographie d\u00e9j\u00e0 impressionnante malgr\u00e9 ses 19 ans, puisqu\u2019on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 vue dans \u00abLa famille Addams\u00bb, \u00abPecker\u00bb et \u00abIce Storm\u00bb, pour ne citer que ceux-l\u00e0, sans compter une r\u00e9alisation, \u00abAsylum\u00bb, encore in\u00e9dite dans nos contr\u00e9es). Billy Brown va la kidnapper, par hasard et non par choix, \u00e0 son cours de claquettes. Toute v\u00eatue et maquill\u00e9e de bleu, d\u2019abord un peu t\u00eate-\u00e0-claques puis tr\u00e8s vite attendrissante, elle va tomber amoureuse de ce grand enfant perdu aux col\u00e8res aussi injustifi\u00e9es que passag\u00e8res. <\/p>\n<p>L\u2019histoire d\u2019amour se fera un peu \u00e0 l\u2019arrach\u00e9 entre ces deux personnages en d\u00e9calage total avec le monde. Billy veut que ses parents l\u2018aiment, mais eux n\u2019en ont strictement rien \u00e0 battre. La m\u00e8re (Angelica Huston, extraordinaire) se passionne pour le foot et le p\u00e8re (Ben Gazzara) vieux crooner d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, pr\u00e9f\u00e8re tripoter sa belle-fille en catimini. Bienvenue dans la middle-class de banlieue avec son horizon de fast-food et de t\u00e9l\u00e9vision\u2026<\/p>\n<p>La soir\u00e9e chez les parents est faite de moments d&rsquo;ennui absolu et de flash-back de l\u2019enfance, mont\u00e9s en kal\u00e9idoscope rapide: une poign\u00e9e de secondes suffit pour comprendre comment le p\u00e8re a tu\u00e9 le chien de Billy et pour s\u2019\u00e9merveiller devant Layla d\u00e9ployant des tr\u00e9sors d\u2019imagination dans le but de sauver la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Des sc\u00e8nes d\u2019anthologie, \u00abBuffalo \u201866\u00bb en regorge: les dix premi\u00e8res minutes d\u00e9j\u00e0, pendant lesquelles Billy cherche des WC publics; la rencontre avec son premier amour platonique, une Rosanna Arquette vulgaire \u00e0 souhait; le bowling, d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s cin\u00e9g\u00e9nique apr\u00e8s \u00abThe Big Lebowski\u00bb; le rapprochement progressif avec Layla, leur bain commun tout habill\u00e9s, les \u00abprends-moi dans tes bras\u00bb suivis de \u00abtouche-moi pas\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 la fin. Jusqu\u2019\u00e0 ce que Billy Brown punisse celui qui l\u2019avait envoy\u00e9 en prison et jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il se d\u00e9cide enfin \u00e0 retourner voir Layla.<\/p>\n<p>Habitu\u00e9s que nous sommes \u00e0 un cin\u00e9ma de faux rebondissements narratifs, on se dit alors que c\u2019est trop tard, qu&rsquo;elle ne sera plus l\u00e0. Ouf, rat\u00e9! Elle est encore l\u00e0 et elle boira le chocolat chaud qu\u2019il est all\u00e9 lui chercher. <\/p>\n<p>\u00abBuffalo \u201866\u00bb, c\u2019est en fait une r\u00e9habilitation de la simplicit\u00e9 et de la gentillesse, assimil\u00e9e depuis trop longtemps \u00e0 la niaiserie. C\u2019est un film qui a l\u2019art de se poser en travers des modes tout en montrant, avec tr\u00e8s peu d\u2019images et de mots, un certain nombre de ratages sentimentaux\u2026 D\u2019o\u00f9 la tristesse qui impr\u00e8gne le film, mais une tristesse tout sauf d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abBuffalo &rsquo;66\u00bb comporte sans doute une bonne part d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments autobiographiques puisque Vincent Gallo est n\u00e9 cette ann\u00e9e-l\u00e0, 1966, \u00e0 cet endroit-l\u00e0, Buffalo, petite ville de l\u2019Etat de New York. <\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 \u00e9patant dans \u00abN\u00e9nette et Bonni\u00bb, dans \u00abThe Funeral\u00bb, mais aussi lorsqu\u2019il imitait le Cary Grant de \u00abLa mort aux trousses\u00bb dans \u00abArizona Dream\u00bb de Kusturica, Vincent Gallo se r\u00e9v\u00e8le aujourd\u2018hui tr\u00e8s subtil derri\u00e8re la cam\u00e9ra, excellent dialoguiste et habile musicien puisqu\u2019il a aussi sign\u00e9 une bonne partie des partitions du film.<\/p>\n<p>Pour tout savoir sur Vincent Gallo, ou presque, on peut consulter ce <a href=\"http:\/\/www.bellalunadesigns.com\/vincentgallo\/noframesdir.html\" target=_blank>site<\/a> qui lui est d\u00e9di\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abBuffalo &rsquo;66\u00bb (1998) de Vincent Gallo, avec Christina Ricci.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nAnne Garigio, journaliste, travaille \u00e0 Zurich.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On connaissait ses talents d&rsquo;acteur. On d\u00e9couvre aujourd&rsquo;hui que Vincent Gallo est aussi un cin\u00e9aste inspir\u00e9. Son premier long m\u00e9trage est enfin \u00e0 l&rsquo;affiche \u00e0 Gen\u00e8ve et Lausanne.<\/p>\n","protected":false},"author":1012,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-246","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1012"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=246"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=246"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=246"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=246"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}