



{"id":2451,"date":"2007-10-10T00:00:00","date_gmt":"2007-10-09T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2451"},"modified":"2009-06-22T10:01:27","modified_gmt":"2009-06-22T08:01:27","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2451","title":{"rendered":"Lionel Bovier, premier \u00e9diteur d\u2019art contemporain en Suisse"},"content":{"rendered":"<p>Les bureaux de la maison d\u2019\u00e9dition JRP Ringier, dans le tr\u00e9pidant Kreis 4 zurichois, ressemblent \u00e0 un clich\u00e9 d\u2019espace o\u00f9 l\u2019on t\u00e2te de l\u2019art contemporain: un loft industriel, mi arty, mi white cube, rehauss\u00e9 par des chaises en fibre de verre orange. Qui tend l\u2019oreille y entend du fran\u00e7ais, de l\u2019anglais et de l\u2019allemand. Jusque-l\u00e0, rien que du tr\u00e8s banal. <\/p>\n<p>Sauf qu\u2019un dynamisme inhabituel transpire de la table de r\u00e9union. Energiquement, Lionel Bovier, le directeur-fondateur, met un terme \u00e0 une longue s\u00e9ance avec un \u00e9missaire de l\u2019Ecal (Ecole cantonale d\u2019art de Lausanne) venu discuter d\u2019un prochain livre.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole lausannoise publie r\u00e9guli\u00e8rement chez cet \u00e9diteur de r\u00e9f\u00e9rence. En trois ans, depuis son rachat par le magnat de la presse et collectionneur d\u2019art contemporain Michael Ringier (\u00e9diteur notamment de L\u2019Hebdo, de L\u2019Illustr\u00e9 ou d\u2019Edelweiss en Suisse romande), la jeune entit\u00e9 est devenue la premi\u00e8re maison d\u2019\u00e9dition d\u2019art contemporain en Suisse.<\/p>\n<p>Au rythme fr\u00e9n\u00e9tique d\u2019une sortie par semaine, elle s\u2019est constitu\u00e9 un catalogue aussi complet que pointu de pr\u00e8s de deux cents titres. Des noms connus du grand public c\u00f4toient de jeunes artistes \u00e9mergents.<\/p>\n<p>John Armleder, Gianni Motti, Albert Oehlen, le mouvement situationniste: l\u2019\u00e9diteur met en valeur ce qui lui passe entre les mains avec une rare intelligence, combinant une sobri\u00e9t\u00e9 graphique presque monacale \u00e0 des textes critiques de haute vol\u00e9e. <\/p>\n<p>Simple, chic et direct comme la chemise \u00e0 rayure Dior du directeur de 37 ans, journaliste, curateur et \u00abenseignant \u00e0 la retraite\u00bb.<\/p>\n<p><b>Vos publications s\u2019encha\u00eenent tr\u00e8s rapidement. Pourquoi une telle fr\u00e9n\u00e9sie de productions?<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est un m\u00e9chant rythme, vous avez raison. Il s\u2019agissait d\u2019atteindre promptement une taille critique. Comme les volumes de vente par r\u00e9gion sont assez bas dans le domaine de l\u2019art contemporain, il est important d\u2019obtenir une bonne diffusion. Un minimum de 150 titres s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire pour que les distributeurs consentent \u00e0 nous repr\u00e9senter dans le monde entier.<\/p>\n<p><b>Est-ce la raison pour laquelle vous vous \u00eates associ\u00e9 \u00e0 Ringier en 2004? <\/b><\/p>\n<p>Avec JRP, ma premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9, le probl\u00e8me ne se posait pas en ces termes car je publiais des multiples de quelques dizaines de livres r\u00e9alis\u00e9s par des artistes, vendus principalement dans des galeries. Je me fichais d\u2019acc\u00e9der aux librairies. Comme je vivais de mon activit\u00e9 de curateur et d\u2019enseignant, le profit ne jouait pas de r\u00f4le. A partir de 1997, j\u2019ai souhait\u00e9 \u00e9diter d\u2019autres types de livres comme des \u00e9crits d\u2019artistes. Apr\u00e8s plusieurs tentatives de collaborations avec des maisons comme Revolver, Walter K\u00f6nig et Le Seuil, pour qui je faisais \u0153uvre de conseil \u00e9ditorial, j\u2019ai rencontr\u00e9 Michael Ringier. Je lui ai parl\u00e9 de l\u2019id\u00e9e de lancer une autre entreprise. Quelques temps plus tard, je lui ai pr\u00e9sent\u00e9 le projet d\u2019une PME classique, un mod\u00e8le \u00e0 l\u2019ancienne, proche de son objet avec des capacit\u00e9s \u00e0 l\u2019interne pour g\u00e9rer la conception du livre, son \u00e9dition, son graphisme et sa distribution. Il a tout de suite accept\u00e9.<\/p>\n<p><b>Profitez-vous de synergie avec le groupe Ringier? <\/b><\/p>\n<p>Non, elles sont relativement restreintes car les logiques qui pr\u00e9sident au livre et \u00e0 la presse sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Nous apportons un soin maniaque \u00e0 la production pour de petits volumes imprim\u00e9s, nous nous adressons donc \u00e0 d\u2019autres fournisseurs. Peut-\u00eatre que la nouvelle imprimerie r\u00e9nov\u00e9e par le groupe \u00e0 l\u2019Est nous servira \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<p><b>Est-ce que Michael Ringier intervient dans la ligne \u00e9ditoriale? <\/b><\/p>\n<p>Uniquement sur une s\u00e9rie de livres li\u00e9s aux \u0153uvres qu\u2019il ach\u00e8te. La curatrice de sa collection personnelle, Beatrix Ruf, se charge de ces grands projets. Il s\u2019agit de livres tr\u00e8s stimulants \u00e0 la limite de ce que nous pouvons r\u00e9aliser en termes de poids et de taille. Il a peu de temps \u00e0 nous consacrer en-dehors de cela. Michael Ringier est un investisseur qui accepte que JRP Ringier ram\u00e8ne peu d\u2019argent, raison pour laquelle nous ne faisons pas partie du groupe orient\u00e9, lui, vers le profit.<\/p>\n<p><b>D\u2019o\u00f9 viennent les initiales JRP? <\/b><\/p>\n<p>De notre premier livre d\u2019artiste en 1993, produit au stencil par John Armleder en hommage aux techniques artisanales que Dieter Roth employait en Islande. Dans notre esprit, ce projet devait pr\u00e9figurer une publication future. C\u2019est la raison pour laquelle nous avons inscrit \u00abJust ready to be published\u00bb sur la couverture. Les lecteurs ont cru que cela renvoyait au nom de la maison d\u2019\u00e9dition dont il n\u2019\u00e9tait fait aucune autre mention. Nous avons donc adopt\u00e9 cette appellation. Plus tard, l\u2019artiste genevois Francis Baudevin a dessin\u00e9 un logo, avec les initiales, inspir\u00e9 d\u2019une ancienne entreprise de transport.<\/p>\n<p><b>Comment mettez-vous en place le programme de publications? <\/b><\/p>\n<p>Nous travaillons de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Certaines institutions nous commissionnent enti\u00e8rement pour r\u00e9aliser des livres. C\u2019est le cas de l\u2019Ecal par exemple. Nous travaillons aussi sur concours. Le Kunsthaus de Zurich avait demand\u00e9 \u00e0 plusieurs maisons d\u2019\u00e9ditions internationales de pr\u00e9senter des projets pour un catalogue de l\u2019exposition Fischli &#038; Weiss qui se d\u00e9roule en ce moment. Nous avons remport\u00e9 la mise au concours et le livre est un v\u00e9ritable best-seller avec 20\u2019000 copies \u00e9coul\u00e9es. Parfois nous pr\u00e9sentons spontan\u00e9ment un projet sur un artiste \u00e0 un mus\u00e9e ou \u00e0 une galerie qui pr\u00e9voit une exposition sur ce personnage. Nous menons aussi certains projets seuls.<\/p>\n<p><b>Pourquoi un livre sur Albert Oehlen et aucun sur Martin Kippenberger dans votre catalogue? Quelle logique influence les \u00e9crits livr\u00e9s \u00e0 votre seule libert\u00e9 \u00e9ditoriale? <\/b><\/p>\n<p>Les \u00e9diteurs associ\u00e9s et moi-m\u00eame amenons les id\u00e9es. Dans le cas d\u2019Oehlen, nous souhaitions soutenir un artiste sous-\u00e9valu\u00e9, qui souffre d\u2019un d\u00e9ficit d\u2019attention par rapport \u00e0 Martin Kippenberger. Cela nous permet de nous positionner comme un \u00e9diteur intelligent. D\u2019autres choix sont dict\u00e9s par le march\u00e9. Comme nous vendons en priorit\u00e9 aux Etats-Unis, nous avons essay\u00e9 de proposer plusieurs monographies d\u2019artistes am\u00e9ricains. Nous avons pratiquement balay\u00e9 tout le spectre de la jeune cr\u00e9ation helv\u00e9tique. L\u2019Allemagne est tr\u00e8s importante aussi. Par contre, nous n\u2019avons encore rien fait sur l\u2019Asie, en d\u00e9pit de la vogue actuelle pour cet art.<\/p>\n<p><b>En quoi votre \u00e9tablissement en Suisse influence-t-il votre fa\u00e7on de travailler, vous qui r\u00e9fl\u00e9chissez sur une \u00e9chelle globale? <\/b><\/p>\n<p>Cela complique un peu les choses du point de vue linguistique. Nous ne sommes pas assis sur un march\u00e9 national avec un socle en fran\u00e7ais, ni en allemand. Nous r\u00e9sidons dans un no man\u2019s land international avec g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019anglais pour langue unificatrice. A l\u2019inverse, cette situation nous d\u00e9fend du nationalisme. Au contraire de ce qui se passe en France et en l\u2019Allemagne, nous ne faisons jamais du suisse simplement parce que c\u2019est du suisse. Les artistes helv\u00e9tiques que nous \u00e9ditons supportent tr\u00e8s bien la concurrence internationale.<\/p>\n<p><b>Que devient Christophe Ch\u00e9rix, votre associ\u00e9 au lancement de JRP en 1993? <\/b><\/p>\n<p>Il est le nouveau conservateur du cabinet des estampes du MoMA de New York. Il continue ce qu\u2019il adore faire dans la plus belle collection du monde. Nous collaborons encore ensemble sur une collection de JRP Ringier, celle des \u00e9crits d\u2019artistes. <\/p>\n<p><b>Le livre sur la maison de mode suisse Akris reste une exception dans votre catalogue, souhaitez-vous poursuivre cette diversification? <\/b><\/p>\n<p>Oui, mais certainement pas dans la mode, qui n\u2019est pas notre domaine. A part peut-\u00eatre avec Hedi Slimane, mon cr\u00e9ateur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dont j\u2019aime les photos publi\u00e9es dans un suppl\u00e9ment de Lib\u00e9ration. J\u2019ai aussi rencontr\u00e9 Bryan Ferry avec qui nous pourrions collaborer. La pop culture telle qu\u2019elle est abord\u00e9e dans le monde anglo-saxon me fascine. Pourquoi pas la mettre en valeur avec le m\u00eame soin que l\u2019art contemporain? J\u2019ai cependant refus\u00e9 de publier un livre sur les peintures de David Lynch. \u00abBlue Velvet\u00bb est plus important pour l\u2019histoire de l\u2019art que ces mauvaises toiles pseudo-baconiennes. Mais allez le faire comprendre \u00e0 ces gens \u00e0 qui tout le monde cire les pompes! Dans l\u2019art contemporain, les opinions critiques sont les bienvenues. Nous devons sauvegarder nos crit\u00e8res de jugement, notre seule richesse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sa soci\u00e9t\u00e9 JRP Ringier s\u2019est impos\u00e9e comme une r\u00e9f\u00e9rence internationale gr\u00e2ce \u00e0 ses choix pointus. 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