



{"id":2417,"date":"2007-08-27T00:00:00","date_gmt":"2007-08-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2417"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"sarkozy ","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2417","title":{"rendered":"Yasmina Reza s\u00e9duite par l&rsquo;objet de son portrait"},"content":{"rendered":"<p>Il est des co\u00efncidences f\u00e9condes. L\u2019autre soir Arte signalait dans son agenda culturel une exposition de Lucian Freud \u00e0 Dublin. Le journaliste soulignait, en les <a href=http:\/\/images.google.ch\/images?q=lucian+freud&#038;hl=fr&#038;client=firefox-a&#038;rls=org.mozilla:fr:official&#038;hs=q0X&#038;um=1&#038;sa=X&#038;oi=images&#038;ct=title  target=_Blank class=std>illustrant<\/a>, les qualit\u00e9s de portraitiste du petit-fils de Sigmund. Fascinant. Quelques minutes plus tard, une autre cha\u00eene faisait l\u2019apologie de \u00abL\u2019aube le soir ou la nuit\u00bb, le portrait que Yasmina Reza consacre \u00e0 Nicolas Sarkozy. <\/p>\n<p>N\u2019\u00e9tant pas, on l&rsquo;aura compris, un fan de Sarko, ne connaissant pas les \u0153uvres de Yasmina Reza, d\u00e9daignant les livres lanc\u00e9s sur le march\u00e9 comme des savonnettes, je fis le canard et laissai l\u2019info glisser sur mes plumes.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est que plus tard, en lisant dans le Nouvel Observateur <a href=http:\/\/tempsreel.nouvelobs.com\/actualites\/opinions\/interviews\/20070822.OBS1584\/il_voulait_seduire_la_france.html target=_Blank class=std>l\u2019entretien<\/a> qu\u2019elle a accord\u00e9 \u00e0 J\u00e9r\u00f4me Garcin que l\u2019int\u00e9r\u00eat de sa d\u00e9marche m\u2019est apparu. Il est tr\u00e8s rare de trouver en litt\u00e9rature un portrait fait \u00e0 la mani\u00e8re des peintres, en suivant le mod\u00e8le comme le peintre demande un temps de pause, en se glissant dans son intimit\u00e9 pour en relever les creux et les ombres. <\/p>\n<p>Que Yasmina Reza soit de surcro\u00eet auteur de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 succ\u00e8s, jou\u00e9e et traduite dans le monde entier, me parut un gage suppl\u00e9mentaire d\u2019int\u00e9r\u00eat: l\u2019auteur de th\u00e9\u00e2tre doit faire voir, cr\u00e9er des personnages charnus, contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9crivain qui peut se contenter de sugg\u00e9rer.<\/p>\n<p>Le lendemain, \u00e0 la premi\u00e8re heure, j\u2019\u00e9tais chez mon libraire pour acheter un des premiers exemplaires du succ\u00e8s trompet\u00e9 de la rentr\u00e9e. Puis le d\u00e9gustant comme un de ces sorbets o\u00f9 les parfums sont relev\u00e9s par deux larmes d\u2019alcool, je me suis r\u00e9gal\u00e9.<\/p>\n<p>Yasmina Reza a un beau brin de plume. Elle a un sens tout \u00e0 fait \u00e9tonnant de la mise en sc\u00e8ne, de la description d\u2019une sc\u00e8ne. Elle sait d\u2019un mot rendre une ambiance. Voici, pris au hasard:<\/p>\n<ul><font size=2>A Sisteron, il d\u00e9voile une plaque \u00abrelais-service public\u00bb. Un rond rouge, coll\u00e9 au rond bleu, riv\u00e9s au mur o\u00f9 sont \u00e9crits des deux mots. Il se tient avec une absurde raideur sous cette enseigne hideuse et minable, tandis qu\u2019une foule tass\u00e9e derri\u00e8re la barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 chante La Marseillaise. (p.107)<\/font><\/ul>\n<p>Portraitiste impitoyable, elle jette au lecteur, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, le d\u00e9tail qui tue, celui qu\u2019une arm\u00e9e de communicants s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 cacher, celui dont on se dit imm\u00e9diatement: \u00abMais c\u2019est vrai!\u00bb:<\/p>\n<ul><font size=2>Donc, ce jour, une route le long de rien. Panneaux, bifurcation. Hangars. Lieu du meeting. Engouffrement dans la loge. Il y a sans cesse des choses \u00e0 picorer. Dans la salle de maquillage pr\u00e9fabriqu\u00e9e. Des pruneaux, du chocolat, des p\u00e2tes de fruits. Lui picore sans cesse. Picore et engouffre \u00e0 toute allure. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 qu\u2019il mangeait vite, comme j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 qu\u2019il boitait. (p. 10)<\/font><\/ul>\n<p>Et toc! Sarko, le boiteux. Pour le moment tout le monde s\u2019en fiche. Mais que demain la situation politique se tende, que la haine s\u2019ouvre un chemin, l\u2019insulte jaillira\u2026<\/p>\n<p>Un portrait tient un peu de l\u2019auberge espagnole, chacun y prend ce qui lui convient. Ses adversaires ricaneront en constatant une fois de plus la vacuit\u00e9 de sa pens\u00e9e, l\u2019opportunisme de sa politique, la substitution du programme par des coups m\u00e9diatiques impr\u00e9visibles, tels le soutien \u00e0 Bush, la mise en cause du gouvernement irakien, le renvoi des fous devant les tribunaux ou l\u2019h\u00f4pital-prison pour les d\u00e9linquants sexuels. <\/p>\n<p>Cette pr\u00e9dilection pour les mesures judiciaires (sans augmentation notable des budgets alors que c\u2019est depuis toujours le point faible de la justice) t\u00e9moigne de la droitisation du discours pr\u00e9sidentiel: Sarkozy joue sur les instincts les plus vils pour se donner le beau r\u00f4le. Ce n\u2019est pas par hasard qu\u2019il est rest\u00e9 si longtemps au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur: r\u00e9primer le viol et l\u2019assassinat emplit n\u2019importe quelle besace \u00e9lectorale.<\/p>\n<p>Les partisans de Sarkozy seront heureux de lire que son \u00e9nergie n\u2019est pas feinte, son esprit de d\u00e9cision r\u00e9el, son ind\u00e9pendance d\u2019esprit aussi. Ils admireront l\u2019homme qui vit en parfaite symbiose avec la soci\u00e9t\u00e9 qui l\u2019a \u00e9lu. Le beau passe par les marques (Dior, Prada, Rolex&#8230;), la litt\u00e9rature par les tirages (Marc L\u00e9vy et\u2026 Yasmina Reza!), la politique par les sondages (le peuple veut enfermer les p\u00e9dophiles? Enfermons-les!). C\u2019est la victoire du quantitatif sur le qualitatif. <\/p>\n<p>Le livre est apolitique au sens o\u00f9 l\u2019id\u00e9ologie dominante l\u2019entend aujourd\u2019hui. Donc de droite. Mais d\u2019une droite qui a remis\u00e9 son agressivit\u00e9 et les signes ext\u00e9rieurs de son engagement, d\u2019une droite politiquement correcte, d\u2019une droite qui a ringardis\u00e9 Le Pen au point de rendre ridicules ses envol\u00e9es post-fascistes. Dans le genre: \u00abQuoi! Vous en \u00eates encore l\u00e0?\u00bb<\/p>\n<p>Sarkozy est un tr\u00e8s bel exemple de cette mutation, lui qui il y a trente ans se pavanait avec raideur en t\u00eate d\u2019une escouade de fachos (les Devedjian, Hortefeux, Longuet, Madelin, Novelli, Goasguen&#8230;) qui, depuis, se sont arrondis et emmiell\u00e9s, non sans rappeler, \u00e0 l\u2019occasion, qu\u2019ils peuvent encore griffer.<\/p>\n<p>A lire Yasmina Reza, on a l\u2019impression qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite petit \u00e0 petit par l\u2019objet de son portrait. Je n\u2019en crois rien. Il devait y avoir empathie avant m\u00eame la premi\u00e8re prise de contact: m\u00eame milieu parisien chic, m\u00eame admiration pour la r\u00e9ussite, m\u00eame fiert\u00e9 d\u2019avoir conquis Paris malgr\u00e9 un lourd handicap. Yasmina Reza est de m\u00e8re hongroise et de p\u00e8re juif iranien. Sarkozy de p\u00e8re hongrois (on en parle peu du p\u00e8re!) et de m\u00e8re juive m\u00e9diterran\u00e9enne. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que de tous les discours \u00e9lectoraux, celui qui a enchant\u00e9 la dame a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 \u00e0 Tours, le 12 avril 2007:<\/p>\n<ul><font size=2>Oui, je suis un enfant d\u2019immigr\u00e9. Oui, je suis le fils d\u2019un Hongrois et petit-fils d\u2019un Grec n\u00e9 \u00e0 Salonique&#8230; Oui, je suis un Fran\u00e7ais de sang m\u00eal\u00e9 qui pense que l\u2019on est fran\u00e7ais en proportion de l\u2019amour que l\u2019on porte \u00e0 la France&#8230;<\/font><\/ul>\n<p>Mais de l\u00e0 \u00e0 \u00e9crire le soir de la victoire&#8230;<\/p>\n<ul><font size=2>Au Jardin du Luxembourg il y a des Noirs, des Blancs, je me dis tiens, il y a aussi des juifs (je prends pour une kippa une plaque brillante de gomina), et il y a un m\u00e9tis, notre pr\u00e9sident \u00e9lu, Nicolas Sarkozy. (p.173) <\/font><\/ul>\n<p>\u2026 il y a un pas que la simple d\u00e9cence face aux mesures appliqu\u00e9es par Sarkozy aux banlieues peupl\u00e9es de m\u00e9tis et de m\u00e9t\u00e8ques imposerait de ne pas franchir.<\/p>\n<p>Yasmina Reza et Nicolas Sarkozy vivent chacun leur success story dans un monde friand de d\u00e9rivatifs de ce genre. C\u2019est l\u2019id\u00e9al pour oublier les petits et les grands soucis de la vie quotidienne. Que l\u2019ali\u00e9nation est douce!<\/p>\n<p>Avec Sarko, on court sans se soucier du climat, on claque son pognon sans se soucier du lendemain, on dit oui et non, oui ou non, ni oui ni non, de toute mani\u00e8re on s\u2019en fout, ce qui compte, c\u2019est l\u2019\u00e9clat du moment qu\u2019il fabrique avec habilet\u00e9.<\/p>\n<p>Yasmina est sensible \u00e0 cet \u00e9clat, elle aussi, qui s\u00e8me les p\u00e9pites au fil de ses pages. Aussi ambitieuse \u2013 sinon plus! \u2013 que son mod\u00e8le, elle a d\u00e9j\u00e0 conquis Paris, Londres et New York. En vendant douceurs, sorbets et loukoums. <\/p>\n<p>P.S. Dans le m\u00eame genre, on peut aller au cin\u00e9ma voir \u00ab\u00a0Caramel\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;empathie de l&rsquo;auteur du magnifique \u00abL\u2019aube le soir ou la nuit\u00bb devait pr\u00e9c\u00e9der la premi\u00e8re prise de contact: m\u00eame milieu parisien chic, m\u00eame admiration pour la r\u00e9ussite, m\u00eame fiert\u00e9 d\u2019avoir conquis Paris malgr\u00e9 un lourd handicap.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2417","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2417","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2417"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2417\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2417"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2417"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2417"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}