



{"id":2324,"date":"2007-04-23T00:00:00","date_gmt":"2007-04-22T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2324"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"mode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2324","title":{"rendered":"A corps et Akris"},"content":{"rendered":"<p>A premi\u00e8re vue, la maison de mode Akris accumule maints d\u00e9savantages plut\u00f4t f\u00e2cheux d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019attirer l\u2019attention de la plan\u00e8te fashion. Elle a \u00e9tabli l\u2019ensemble de sa production en face d\u2019un monast\u00e8re \u00e0 la Felsenstrasse \u00e0 St-Gall, une ville de tradition et de savoir-faire en mati\u00e8re de broderie, mais dont la cote glamour patauge \u00e0 des ann\u00e9es-strass de Paris et Milan. <\/p>\n<p>Elle n\u2019a jamais commercialis\u00e9 sacs, chaussures et parfums &#8211; dont le produit de la vente remplit pourtant les tiroirs-caisses des grandes marques &#8211; pr\u00e9f\u00e9rant se concentrer uniquement sur l\u2019essentiel. Elle cible les femmes d\u2019\u00e2ge m\u00fbr avec une mode tout en retenue qui met en avant \u00abla personnalit\u00e9 et non le v\u00eatement\u00bb, dixit Albert Kriemler, designer discret du fleuron helv\u00e9tique. <\/p>\n<p>En d\u00e9pit (ou en raison) de ce profil qui doit \u00e9veiller pas mal de b\u00e2illements chez John Galliano et Donatella Versace, deux compl\u00e8tes antith\u00e8ses de la firme saint-galloise, Akris habille quantit\u00e9 de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s (Nicole Kidman, Susan Sarandon, Condoleezza Rice pour en citer quelques-unes), pr\u00e9sente ses d\u00e9fil\u00e9s lors de l\u2019officielle \u00abfashion week\u00bb parisienne et collectionne les critiques laudatives dans la presse sp\u00e9cialis\u00e9e, Vogue comparant m\u00eame la collection actuellement en vitrine \u00e0 une \u00able\u00e7on de style\u00bb. <\/p>\n<p>Le donneur de le\u00e7on s\u2019appelle donc Albert Kriemler, 47 ans, petit-fils d\u2019Alice Kriemler-Schoch, fondatrice en 1922 d\u2019un petit atelier de couture d\u2019o\u00f9 sortait des tabliers de m\u00e9nag\u00e8res. Cet \u00e9rudit timide aux lunettes \u00e0 la Saint-Laurent dispara\u00eetrait volontiers sous ses robes n\u2019\u00e9taient les exigences de repr\u00e9sentation du m\u00e9tier de designer. L\u2019inspiration lui vient d\u2019une photo, comme ce clich\u00e9 d\u2019Anjelica Huston immortalis\u00e9 par Richard Avedon qui a orient\u00e9 la collection printemps-\u00e9t\u00e9 2006, d\u2019un tableau d\u2019art moderne ou plus trivialement d\u2019un maillot de bain topless des ann\u00e9es 50 de Rudi Gernreich pour la collection tr\u00e8s g\u00e9om\u00e9trique de cette saison. <\/p>\n<p>Il n\u2019a que vingt ans en 1979 quand son p\u00e8re, Max Kriemler, l\u2019appelle pour suppl\u00e9er \u00e0 la d\u00e9fection de son plus proche collaborateur. Pendant de longues ann\u00e9es, il apprend le m\u00e9tier de tailleur avec modestie se refusant \u00e0 signer ses premi\u00e8res collections car il faisait \u00abtrop d\u2019erreurs\u00bb. A l\u2019\u00e9poque, la marque est r\u00e9put\u00e9e pour ses robes de soir\u00e9es et ses costumes aux finitions parfaites, mais ce savoir-faire manque encore d\u2019originalit\u00e9 pour pr\u00e9tendre \u00e0 une destin\u00e9e mondiale. <\/p>\n<p>D\u00e8s 1988, Albert Kriemler appose sa griffe ainsi que sa personnalit\u00e9 sur les v\u00eatements qui sortent des ateliers de la Felsenstrasse. On reconna\u00eet la patte du cr\u00e9ateur \u00e0 la simplicit\u00e9 raffin\u00e9e de mod\u00e8les tr\u00e8s f\u00e9minins taill\u00e9s dans des tissus nobles. \u00abLa pertinence d\u2019une collection d\u00e9pend de la qualit\u00e9 des mat\u00e9riaux et de la production\u00bb, explique-t-il simplement dans l\u2019anthologie consacr\u00e9e \u00e0 sa maison parue simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019exposition que lui consacrait le Mus\u00e9e du textile de St-Gall l\u2019an dernier. Le luxe d\u2019Akris saute rarement aux yeux. S\u2019il fallait associer un des cinq sens \u00e0 ces v\u00eatements de l\u2019anti-spectaculaire, ce serait le toucher, capable de palper la finesse de broderies saint-galloises, le vaporeux des tissus et les tomb\u00e9s parfaits des \u00e9toffes. <\/p>\n<p>En \u00e9non\u00e7ant des principes \u00e0 la fois modernes et archa\u00efques du genre: \u00abUne collection doit s\u2019adapter au style de vie de celle qu\u2019elle habillera, \u00e0 son travail et \u00e0 ses in\u00e9vitables besoins en mobilit\u00e9\u00bb, Albert Kriemler a s\u00e9duit plusieurs femmes d\u2019Etat reprenant un peu le r\u00f4le que tenait G\u00e9rard Darel, sp\u00e9cialiste de la d\u00e9gaine-jupe-et-blazer du pouvoir dans les ann\u00e9es 70. Ainsi, la Conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard arbore volontiers du Akris sur les photos officielles. <\/p>\n<p>Pour sa part, la Secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 la d\u00e9fense am\u00e9ricaine Condoleezza Rice a astucieusement rev\u00eatu une panoplie de la marque pour son premier voyage diplomatique en Europe. Le choix d\u2019une griffe europ\u00e9enne, mais suisse et non pas fran\u00e7aise ou italienne, signalait une humeur conciliante non exempte de certains d\u00e9saccords. Une mani\u00e8re de s\u2019avancer sans trop faire de concession. <\/p>\n<p>A l\u2019exemple de Condie, de nombreuses Am\u00e9ricaines raffolent de ce cocktail chic de simplicit\u00e9 et de snobisme venu de Suisse. Dans les grands magasins Bergdorf Goodman qui ont import\u00e9 les premiers le label \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, il devance m\u00eame certaines griffes comme Armani et Chanel en terme de ventes. Le Wall Street Journal annon\u00e7ait m\u00eame l\u2019an dernier qu\u2019elle faisait partie des quinze marques de v\u00eatements de luxe les plus importantes aux Etats-Unis. <\/p>\n<p>Ce succ\u00e8s am\u00e9ricain a servi de tremplin pour une expansion dans le reste du monde. D\u00e9sormais, la marque poss\u00e8de un r\u00e9seau de treize boutiques qui couvrent le Moyen-Orient, les Etats-Unis, l\u2019Europe et le Japon. En Suisse, la seule enseigne tr\u00f4ne fort logiquement \u00e0 la Felsenstrasse St-Gall. Le Bon G\u00e9nie distribue aussi quelques pi\u00e8ces pour les clientes romandes. <\/p>\n<p>Albert Kriemler r\u00e8gne d\u00e9sormais en compagnie de son fr\u00e8re Peter, en charge du secteur strat\u00e9gique, sur un petit empire de 600 employ\u00e9s, dont 500 dans la lointaine dissidence saint-galloise. \u00abCet isolement implique de mes collaborateurs un engagement total du matin au soir pour Akris\u00bb, aime \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter le designer en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9tonnement que suscite une telle implantation. Cela le d\u00e9livre aussi des contingences futiles et du clinquant de la mode, lui permettant de cr\u00e9er sans pr\u00eater une attention disproportionn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la tendance. A l\u2019inverse, ses cr\u00e9ations traversent les saisons s\u2019inscrivant hors du temps pour tendre vers un nouveau classicisme. Il n\u2019emp\u00eache que le cr\u00e9ateur d\u00e9laisse parfois son fief provincial pour rallier Paris, notamment en p\u00e9riode de d\u00e9fil\u00e9s. <\/p>\n<p>Depuis 2004, la marque saint-galloise y pr\u00e9sente ses collections. La marque fait m\u00eame partie de la tr\u00e8s select  F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise de la couture et du pr\u00eat-\u00e0-porter, qui lui permet de figurer aux c\u00f4t\u00e9s de toutes les griffes historiques dans le programme de la fashion week. La collection automne-hiver 2007-2008, d\u00e9voil\u00e9e au Carrousel du Louvre en f\u00e9vrier dernier, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une part plus extravertie du cr\u00e9ateur. Moins timor\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, il a jou\u00e9 sur la transparence, les d\u00e9collet\u00e9s et l\u2019abondance de surfaces surprot\u00e9g\u00e9es, de renforts, de capuches, de capelines et m\u00eame de fourrure fa\u00e7on vison. Voil\u00e0 qui ajoute du moelleux et de la sensualit\u00e9 \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 coutumi\u00e8re. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la reprise en main de la marque saint-galloise par le designer Albert Kriemler, Akris habille le gratin mondial, de Condoleezza Rice \u00e0 Nicole Kidman en passant par Doris Leuthard, gr\u00e2ce \u00e0 des tenues qui combinent \u00e9pure et luxe de mati\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"author":19343,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2324","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2324","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19343"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2324"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2324\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2324"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2324"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2324"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}