



{"id":2321,"date":"2007-04-18T00:00:00","date_gmt":"2007-04-17T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2321"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2321","title":{"rendered":"Ils ont choisi de servir"},"content":{"rendered":"<p>Il y a peu, travailler dans un caf\u00e9 ou un restaurant \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un m\u00e9tier peu gratifiant. On r\u00e9servait la profession aux immigr\u00e9s ou aux personnes sans formation.<\/p>\n<p>\u00abDans l\u2019esprit suisse, se mettre au service d\u2019un client \u00e9tait mal per\u00e7u et le m\u00e9tier de serveur b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019un d\u00e9ficit d\u2019image, rel\u00e8ve Fr\u00e9d\u00e9ric Haenni, pr\u00e9sident de l\u2019association GastroVaud. Mais la situation a \u00e9volu\u00e9: ces derni\u00e8res ann\u00e9es le nombre de jeunes qui effectuent un certificat de sp\u00e9cialiste en restauration a cru de mani\u00e8re fulgurante.\u00bb<\/p>\n<p>La formation a m\u00eame \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9e d\u2019une ann\u00e9e et \u00e9toff\u00e9e pour inclure des notions de cuisine et de service \u00e0 la client\u00e8le. Les jeunes sont d\u00e9sormais nombreux \u00e0 la choisir. Certains vont jusqu\u2019\u00e0 abandonner un emploi bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ou des \u00e9tudes universitaires pour se consacrer au m\u00e9tier de serveur.<\/p>\n<p>Pour Jonas Masdonati, sp\u00e9cialiste de la transition professionnelle \u00e0 la chaire de psychologie du conseil et de l\u2019orientation de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, ces brusques revirements de carri\u00e8re sont dus \u00e0 la relation particuli\u00e8re que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui entretiennent avec le monde du travail.<\/p>\n<p>\u00abLa g\u00e9n\u00e9ration actuelle sait qu\u2019elle ne pourra pas suivre une trajectoire lin\u00e9aire, conserver le m\u00eame emploi ou m\u00e9tier jusqu\u2019\u00e0 la retraite. Elle investit donc moins dans le salaire et le prestige, mais veut se reconna\u00eetre dans ce qu\u2019elle fait professionnellement, s\u2019\u00e9panouir au travail.\u00bb<\/p>\n<p>A l\u2019extr\u00eame, et surtout chez les plus jeunes, le m\u00e9tier et l&rsquo;identification avec l&rsquo;entreprise deviennent moins importants que l\u2019ambiance au travail. Des caract\u00e9ristiques qui expliquent qu\u2019on se tourne vers le service, un m\u00e9tier o\u00f9 les contacts avec la client\u00e8le et les rapports entre coll\u00e8gues prennent une grande place.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9orientations se produisent le plus souvent entre 25 et 35 ans, au moment de la fameuse crise de la trentaine. <\/p>\n<p>\u00abA cette p\u00e9riode de sa vie, on fait le point et on \u00e9value son degr\u00e9 de satisfaction, note le chercheur lausannois. On sait qu\u2019il s\u2019agit probablement du dernier moment pour recommencer \u00e0 z\u00e9ro professionnellement\u00bb.<\/p>\n<p>Illustration de cette tendance avec trois cas romands.<\/p>\n<p><b>\u00abAu d\u00e9but, j\u2019avais peur des pr\u00e9jug\u00e9s des autres.\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Manuela Bruchez avait choisi le m\u00e9tier de libraire. Mais, \u00e0 27 ans, la Lausannoise d\u2019adoption se rend compte qu\u2019il lui manque quelque chose. \u00abJe trouvais les contacts avec la client\u00e8le frustrants, tout comme avec mes coll\u00e8gues: \u00e0 19 heures, ils se pr\u00e9cipitaient tous chez eux.\u00bb<\/p>\n<p>En septembre dernier, elle se met \u00e0 effectuer des extras au Caf\u00e9 de Grancy, \u00e0 Lausanne, le dimanche ou en soir\u00e9e, \u00abpar amour du m\u00e9tier\u00bb. Bient\u00f4t, une place de serveur se lib\u00e8re. \u00abJ\u2019ai saut\u00e9 sur l\u2019occasion. J\u2019avais du plaisir \u00e0 travailler au caf\u00e9, contrairement \u00e0 la librairie qui m\u2019apparaissait comme une obligation.\u00bb<\/p>\n<p>La jeune femme appr\u00e9cie le contact avec les clients et l\u2019ambiance avec ses nouveaux coll\u00e8gues. \u00ab Apr\u00e8s le service, on passe presque toujours un moment ensemble.\u00bb Elle reconna\u00eet toutefois que son choix est li\u00e9 aux caract\u00e9ristiques de l\u2019endroit lui-m\u00eame. \u00abIl appartient \u00e0 cette vague de bistrots de quartier cool qui ont vu le jour r\u00e9cemment. Je ne me verrais pas servir en uniforme dans un restaurant guind\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Manuela Bruchez pense avoir trouv\u00e9 l\u2019emploi qui lui convient. \u00abMes amis disent que je rayonne depuis que je travaille au caf\u00e9 de Grancy.\u00bb Elle admet avoir eu peur des pr\u00e9jug\u00e9s des autres, \u00abde devoir dire que je n\u2019\u00e9tais plus libraire mais serveuse\u00bb. A plus long terme, la Valaisanne caresse l\u2019espoir d\u2019ouvrir son propre \u00e9tablissement. Pour l\u2019heure, s\u00fbre de son choix, elle vient de s\u2019inscrire \u00e0 un cours d\u2019oenologie.<\/p>\n<p><b>\u00abJe veux conserver un lien avec ce monde.\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Jane Carton a tout dans un rayon de quelques centaines de m\u00e8tres: son appartement, son emploi \u00e0 plein temps dans une grande bo\u00eete de communication et ses extras de serveuse au bar-restaurant le Cheval Blanc, \u00e0 Carouge (GE). Un cumul professionnel qui surprend.<\/p>\n<p>\u00abLe service, cela a commenc\u00e9 comme une obligation \u00e0 la fin d\u2019un contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e. Je devais renflouer mes finances. J\u2019ai toujours dit \u00e0 mon patron que je n\u2019\u00e9tais l\u00e0 que pour une p\u00e9riode.\u00bb<\/p>\n<p>Mais, contre toute attente, lorsque la jeune femme de 32 ans d\u00e9croche un emploi qui correspond \u00e0 ses qualifications, elle ne souhaite pas l\u00e2cher son job de serveuse. \u00abC\u2019est un m\u00e9tier \u00e9reintant, mais aussi gratifiant. Des relations se nouent avec les clients, qui disent parfois \u00eatre venus juste pour moi. Cela fait plaisir.\u00bb<\/p>\n<p>Et entre coll\u00e8gues les rapports sont intenses: \u00abOn passait tant de temps ensemble que j\u2019avais parfois l\u2019impression de vivre avec eux.\u00bb <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, elle appr\u00e9cie le changement de cadre par rapport \u00e0 son emploi de jour: \u00abJe me r\u00e9jouis toujours lorsque je vais travailler le soir au caf\u00e9. L\u00e0-bas, chacun peut se montrer tel qu\u2019il est, sans subir de jugements de valeur.\u00bb<\/p>\n<p><b>\u00abJe me suis rendu compte que je n\u2019avais rien \u00e0 prouver.\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Bernhard Schlaefli est dot\u00e9 d\u2019une m\u00e9moire ahurissante. Il se souvient des pr\u00e9f\u00e9rences culinaires, des go\u00fbts musicaux et m\u00eame des pr\u00e9noms de la plupart de ses clients. Serveur au caf\u00e9 de l\u2019H\u00f4tel de Ville \u00e0 Lausanne depuis trois ans, le Vaudois de 28 ans s\u2019\u00e9tait pourtant engag\u00e9 sur la voie des \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un premier essai \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lausanne, il s\u2019inscrit \u00e0 la Haute \u00c9cole p\u00e9dagogique. A c\u00f4t\u00e9, il effectue des remplacements au caf\u00e9. Le tournant survient lors d\u2019un s\u00e9jour linguistique r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre de sa formation. <\/p>\n<p>Au lieu de suivre des cours, il choisit d\u2019apprendre l\u2019anglais en travaillant dans un restaurant en Ecosse. A son retour, il arr\u00eate les \u00e9tudes. \u00abJe me suis rendu compte que je n\u2019avais rien \u00e0 prouver. On pense toujours qu\u2019il faut d\u00e9montrer qu\u2019on n\u2019est pas un incapable en faisant des \u00e9tudes. Je n\u2019avais pas besoin de cela.\u00bb<\/p>\n<p>Ce sera donc l\u2019H\u00f4tel de Ville, \u00e0 plein temps. \u00abL\u2019endroit me plaisait. J\u2019y ai bien plus de libert\u00e9s qu\u2019ailleurs: pas besoin de me raser, pas de codes vestimentaires.\u00bb<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, il ne pense pas trop \u00e0 l\u2019avenir. \u00abMon fr\u00e8re a une patente, peut-\u00eatre ouvrirons-nous un jour un \u00e9tablissement ensemble.\u00bb<\/p>\n<p>Un soir dans une pizzeria, il a vu le regard inquiet de son p\u00e8re lorsque le serveur, la cinquantaine, s\u2019est approch\u00e9. \u00abJ\u2019esp\u00e8re que mon fils ne finira pas ainsi\u00bb, pensait-il sans doute.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Longtemps mal per\u00e7u, le m\u00e9tier de serveur reprend du galon. Il suscite de nombreuses vocations aupr\u00e8s des jeunes, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 abandonner leurs \u00e9tudes ou une profession prestigieuse pour officier derri\u00e8re le comptoir.<\/p>\n","protected":false},"author":19062,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2321","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2321","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2321"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2321\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2321"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2321"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2321"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}