



{"id":2316,"date":"2007-04-11T00:00:00","date_gmt":"2007-04-10T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2316"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"famille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2316","title":{"rendered":"Quand les enfants gardent la maison"},"content":{"rendered":"<p>La petite maison jaune, pos\u00e9e dans une rue tranquille de Gen\u00e8ve, semble particuli\u00e8rement accueillante en cette froide soir\u00e9e hivernale. Le po\u00eale rougeoie et le caf\u00e9 bout sur la cuisini\u00e8re. Cette demeure chaleureuse est habit\u00e9e par Lucile, 6 ans, Emma, 10 ans, et Oscar, 11 ans.<\/p>\n<p>Il y a deux ans et demi, leurs parents ont d\u00e9cid\u00e9 de se s\u00e9parer apr\u00e8s 16 ans pass\u00e9s ensemble. Les enfants ont alors gard\u00e9 la maison, le chat et la voiture: leur m\u00e8re y vient une semaine sur deux, leur p\u00e8re a droit aux autres tranches hebdomadaires.<\/p>\n<p>Le reste du temps, Genevi\u00e8ve Villeval, 38 ans, et Jean-Pierre Golinelli, 40 ans, occupent chacun un petit logement o\u00f9 ils r\u00e9sident seuls. Une solution qui a permis aux enfants de conserver un semblant de stabilit\u00e9. \u00abMalgr\u00e9 le gros chamboulement de la s\u00e9paration, ils ont gard\u00e9 leur vie de quartier, leurs camarades d&rsquo;\u00e9cole, leur chambre\u00bb, note Genevi\u00e8ve, qui est styliste. Un foyer, en somme. \u00abAinsi, ce ne sont pas les enfants qui ont d\u00fb supporter les cons\u00e9quences des choix faits par les adultes\u00bb, rench\u00e9rit son ex-mari.<\/p>\n<p>Cette garde originale permet \u00e9galement aux deux parents de \u00abs&rsquo;impliquer \u00e0 fond avec les enfants et de les suivre dans leurs activit\u00e9s scolaires ou de loisirs, note Jean-Pierre. Je ne supporterais pas de les voir uniquement un week-end par mois.\u00bb<\/p>\n<p>Genevi\u00e8ve avait pr\u00e9cis\u00e9ment cela en t\u00eate lorsqu&rsquo;elle a propos\u00e9 \u00e0 son ex-partenaire de partager ainsi la maison: \u00abJe voulais que nous gardions tous deux la m\u00eame implication avec les enfants. Il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;une question d&rsquo;\u00e9quit\u00e9. Avec ce syst\u00e8me, nous conservons chacun les m\u00eames charges \u00e9ducatives.\u00bb <\/p>\n<p>Et au bout du compte, la prog\u00e9niture en b\u00e9n\u00e9ficie doublement, puisque chaque semaine elle a droit \u00e0 un parent \u00abtout neuf\u00bb pr\u00eat \u00e0 lui accorder toute son attention. Genevi\u00e8ve se dit \u00abfi\u00e8re d&rsquo;avoir r\u00e9ussi \u00e0 instaurer un syst\u00e8me qui \u00e9vite que l&rsquo;un des deux parents n&rsquo;ait eu \u00e0 abandonner ses enfants.\u00bb<\/p>\n<p>Plus prosa\u00efquement, le mode de garde invent\u00e9 par les ex-\u00e9poux permet d&rsquo;\u00e9viter les grands d\u00e9m\u00e9nagements chaque semaine. \u00abAllez donc d\u00e9placer trois gamins avec toutes leurs affaires tous les sept jours!\u00bb, sourit la m\u00e8re de famille. \u00abJe pr\u00e9f\u00e8re rester ici, je ne voudrais pas faire mes valises tous les dimanches soirs, ajoute Oscar, l&rsquo;a\u00een\u00e9. En fait, \u00e7a m&#8217;embrouillerait si on changeait de syst\u00e8me.\u00bb<\/p>\n<p>La clef du succ\u00e8s: de bons rapports et une bonne dose de confiance. \u00abIl faut bien s&rsquo;entendre, reconna\u00eet Genevi\u00e8ve. Cela n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 facile au d\u00e9but, lorsque la col\u00e8re et la chaleur de la s\u00e9paration \u00e9taient encore tr\u00e8s pr\u00e9sentes, mais ce choix nous a aussi oblig\u00e9 \u00e0 nous voir r\u00e9guli\u00e8rement et \u00e0 rester sur un terrain intelligent.\u00bb<\/p>\n<p>Jean-Pierre acquiesce: \u00abIl faut garder du respect pour son ex-partenaire. Si la s\u00e9paration \u00e9tait intervenue dans un contexte haineux, cela n&rsquo;aurait pas march\u00e9. Avec un tel mode de garde, il est en effet tr\u00e8s facile d&#8217;emb\u00eater l&rsquo;autre.\u00bb<\/p>\n<p>Le p\u00e8re de famille \u00e9voque \u00e0 cet \u00e9gard \u00abla convention tacite\u00bb qui veut que chacun laisse la maison en ordre et le frigo plein en partant le dimanche soir. \u00abEt on se rend service, pour garder les enfants pendant les vacances par exemple. Aucun de nous ne dit &lsquo;c&rsquo;est ta semaine, tu te d\u00e9brouilles&rsquo;\u00bb, explique Genevi\u00e8ve.<\/p>\n<p>Au centre du dispositif mis en place par la famille genevoise se trouve un acteur incontournable: la maison. \u00abC&rsquo;est elle qui a rendu possible notre syst\u00e8me de partage, gr\u00e2ce \u00e0 son loyer tr\u00e8s bas. Nous n&rsquo;aurions pas pu financer deux appartements de six pi\u00e8ces chacun. Nous n&rsquo;avons pas eu le choix, en quelque sorte\u00bb, souligne Jean-Pierre. Fait int\u00e9ressant, cet arrangement a eu pour effet de souder les enfants entre eux: \u00abIls sont devenus les ma\u00eetres de la maison, ses trois piliers, dit Genevi\u00e8ve. R\u00e9sultat, ils sortent moins et pr\u00e9f\u00e8rent rester dans le cocon qu&rsquo;ils se sont construits ici.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tous ses avantages, cette solution comporte une face obscure. \u00abSouvent les gens pensent que notre syst\u00e8me repr\u00e9sente la panac\u00e9e\u00bb, rel\u00e8ve Jean-Pierre. Mais pour cet architecte aux longues journ\u00e9es, les d\u00e9m\u00e9nagements constants repr\u00e9sentent une charge pesante. \u00abNous subissons la contrainte que nous n&rsquo;avons pas voulu imposer aux enfants.\u00bb<\/p>\n<p>Plus grave, les ex-\u00e9poux ont de la peine \u00e0 tirer un trait d\u00e9finitif sur le pass\u00e9 en retournant tous les 15 jours dans les murs qui ont h\u00e9berg\u00e9 leur histoire. \u00abRetrouver cette maison, la d\u00e9coration inchang\u00e9e, \u00e9tait difficile au d\u00e9but, mais j&rsquo;ai fini par m&rsquo;en d\u00e9tacher, explique Jean-Pierre. On me dit parfois qu&rsquo;\u00e0 force de rester dans le m\u00eame univers, je n&rsquo;ai pas pu faire de coupure nette.\u00bb<\/p>\n<p>Genevi\u00e8ve a \u00e9prouv\u00e9 les m\u00eames probl\u00e8mes: \u00abParfois, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que rien n&rsquo;a chang\u00e9, de faire du sur place. Le plus dur a \u00e9t\u00e9 de se laisser vivre la s\u00e9paration tout en \u00e9tant tout le temps coll\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre.\u00bb Autre risque: \u00abNotre syst\u00e8me repr\u00e9sente une forme de possession sur l&rsquo;autre &#8212; de mainmise &#8212; qui l&#8217;emp\u00eache de refaire enti\u00e8rement sa vie.\u00bb Comment concilier en effet un nouveau partenaire, voire une nouvelle naissance, avec le partage altern\u00e9 d&rsquo;une maison?<\/p>\n<p>Pour les enfants aussi la situation n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 limpide. \u00abIls ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 une certaine zone de flou en restant au m\u00eame endroit malgr\u00e9 la s\u00e9paration\u00bb, analyse Jean-Pierre.<\/p>\n<p>Lucile a eu le plus de difficult\u00e9s \u00e0 s&rsquo;adapter. Il a fallu renoncer au repas en commun du dimanche soir, une sorte de conseil de famille, car cela la stressait de voir ses parents s&rsquo;entendre sans pour autant rester ensemble.<\/p>\n<p>Oscar avait, lui, de la peine \u00e0 s&rsquo;habituer \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du nouveau parent: \u00abIl confondait les noms, m&rsquo;appelait papa le premier jour\u00bb, raconte Genevi\u00e8ve. Quant \u00e0 Emma, elle souffrait du probl\u00e8me inverse: \u00abCela me paraissait trop long d&rsquo;attendre l&rsquo;autre parent d&rsquo;une semaine \u00e0 l&rsquo;autre\u00bb, relate la petite fille.<\/p>\n<p>Pour les parents, le d\u00e9chirement est non moins insoutenable \u00e0 la fin de \u00absa\u00bb semaine. \u00abLa premi\u00e8re ann\u00e9e, j&rsquo;avais l&rsquo;impression qu&rsquo;on me coupait une jambe \u00e0 chaque fois que je devais les laisser. Je me mettais en col\u00e8re, je me demandais pourquoi je m&rsquo;infligeais cela\u00bb, dit la m\u00e8re de famille. Puis, la douleur a pass\u00e9. \u00abJ&rsquo;ai recommenc\u00e9 \u00e0 sortir et \u00e0 voir des gens pendant ma semaine de libre. Je suis aussi plus disponible pour mon travail: j&rsquo;ai d\u00e9velopp\u00e9 une nouvelle collection, cr\u00e9\u00e9 un site internet, commenc\u00e9 \u00e0 faire de la vid\u00e9o.\u00bb <\/p>\n<p>Jean-Pierre s&rsquo;est lui aussi mis \u00e0 appr\u00e9cier ces plages de libert\u00e9. \u00abJe suis pleinement heureux quand je suis avec mes enfants et pleinement disponible la semaine suivante pour tout le reste.\u00bb<\/p>\n<p>Cet \u00e9quilibre reste toutefois pr\u00e9caire: Genevi\u00e8ve et Jean-Pierre ont tous deux conscience que leur arrangement n&rsquo;est pas \u00e9ternel. \u00abSi l&rsquo;un de nous refait sa vie ou part \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, il ne tiendra plus\u00bb, fait remarquer la m\u00e8re de famille.<\/p>\n<p>De m\u00eame, d&rsquo;ici quelques ann\u00e9es, Oscar, Emma et Lucile partiront chacun de leur c\u00f4t\u00e9. Plus question alors de maintenir un domicile familial commun. \u00abA ce moment-l\u00e0, le changement s&rsquo;op\u00e9rera naturellement. J&rsquo;esp\u00e8re juste qu&rsquo;on tiendra jusque l\u00e0\u00bb, conclut Genevi\u00e8ve.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b>\u00abIl y a un risque de cr\u00e9er un fantasme de r\u00e9conciliation\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Philipp Jaff\u00e9, professeur de psychologie l\u00e9gale \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, collabore \u00e9galement avec l&rsquo;autorit\u00e9 tut\u00e9laire pour les cas de divorce conflictuels.<\/p>\n<p><font size=2><b>La solution du logement partag\u00e9 par les ex-\u00e9poux est-elle bien v\u00e9cue par les enfants?<\/b><\/p>\n<p>Ce qui incommode le plus les enfants lors d&rsquo;un divorce, ce sont les all\u00e9es et venues constantes: ils se plaignent de manquer leurs \u00e9missions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es \u00e0 la TV ou de ne pas avoir avec eux certains v\u00eatements. A l&rsquo;inverse, le syst\u00e8me que vous \u00e9voquez permet de diminuer l&rsquo;impact de la s\u00e9paration sur les enfants, en maintenant leur environnement. L&rsquo;id\u00e9e derri\u00e8re cet arrangement est de leur \u00e9pargner les d\u00e9sagr\u00e9ments du divorce: aux parents de souffrir des probl\u00e8mes logistiques li\u00e9s \u00e0 la s\u00e9paration.<\/p>\n<p><b>N&rsquo;y a-t-il pas un risque de susciter de faux espoirs chez les enfants?<\/b><\/p>\n<p>Le risque de cr\u00e9er un fantasme de r\u00e9conciliation existe effectivement. Certains jeunes le tra\u00eenent avec eux jusqu&rsquo;\u00e0 leur majorit\u00e9, tant il est contre nature d&rsquo;imaginer ses parents se s\u00e9parer. Mais le fait de demeurer dans le m\u00eame lieu leur permet aussi de se reconstruire rapidement une nouvelle routine et donc d&rsquo;int\u00e9grer le divorce. <\/p>\n<p><b>Les enfants deviennent-ils les nouveaux ma\u00eetres de la maison?<\/b><\/p>\n<p>Les parents doivent faire tr\u00e8s attention \u00e0 ne pas abdiquer leur autorit\u00e9, surtout lorsqu&rsquo;ils sont affaiblis \u00e9motionnellement par le divorce. Ils doivent se concerter et faire savoir aux enfants qu&rsquo;ils montrent du respect l&rsquo;un pour l&rsquo;autre en leur disant clairement que le point de vue du conjoint compte.<\/p>\n<p><b>Et pour les parents, quels sont les effets de ce syst\u00e8me?<\/b><\/p>\n<p>Ils doivent prendre garde \u00e0 ne pas figer dans l&rsquo;espace-temps ce qui reste de la famille. Il y a un risque d&rsquo;enlisement, de chroniciser la s\u00e9paration. Parfois, il faut marquer le coup pour passer \u00e0 autre chose. Je pense qu&rsquo;il s&rsquo;agit avant tout d&rsquo;une solution \u00e0 moyen terme.<\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chamboul\u00e9e par un divorce, une famille genevoise a choisi de confier leur domicile aux enfants, les parents y s\u00e9journant chacun une semaine sur deux. Un type de s\u00e9paration original qui comporte de nombreux avantages, et quelques inconv\u00e9nients. Rencontre.<\/p>\n","protected":false},"author":19062,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2316","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2316"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2316\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}