



{"id":2273,"date":"2007-02-07T00:00:00","date_gmt":"2007-02-06T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2273"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"apres-ski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2273","title":{"rendered":"Boire et d\u00e9boires dans les bars de Verb&rsquo;s"},"content":{"rendered":"<p>Debout sur le bar, une jeune Anglaise se bat avec son pantalon de ski. Il ne cesse de remonter, masquant la bande de peau et de slip qu&rsquo;elle aimerait exhiber. Autour d&rsquo;elle, une dizaine de filles se tr\u00e9moussent fr\u00e9n\u00e9tiquement sur une reprise de U2.<\/p>\n<p>Les pichets de bi\u00e8re circulent et remplissent les verres qui se tendent. Certains f\u00eatards boivent \u00e0 m\u00eame le pot. Il est \u00e0 peine 17 heures.<\/p>\n<p>Cette sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te tous les jours au Farinet, un bar de Verbier connu loin \u00e0 la ronde pour ses apr\u00e8s-ski enfi\u00e9vr\u00e9s.<\/p>\n<p>Sit\u00f4t descendus des pistes, les tr\u00e8s nombreux Anglais pr\u00e9sents dans la station s&rsquo;y pr\u00e9cipitent. Des danses d\u00e9brid\u00e9es s&rsquo;improvisent par terre, sur les bancs, sur les tables et sur le comptoir du bar. Mieux vaut se trouver en hauteur, d&rsquo;ailleurs, car il pleut de la bi\u00e8re, des verres, et m\u00eames des filles qui se jettent dans la foule depuis le zinc.<\/p>\n<p>\u00abIl y a quelque temps, j&rsquo;ai re\u00e7u une lettre d&rsquo;un avocat genevois outr\u00e9 que sont fils ait vu des Anglais enti\u00e8rement nus \u00e0 19 h 30\u00bb, raconte Laurent Royer, le g\u00e9rant du lieu. Jadis hupp\u00e9e, la station de Verbier est devenue depuis cinq ou six ans une des destinations de f\u00eate favorites des habitants du Royaume-Uni. Le g\u00e9rant de l&rsquo;\u00e9tablissement s&rsquo;est habitu\u00e9 aux frasques de ses clients, Britanniques \u00e0 70%. <\/p>\n<p>\u00abIls jettent souvent leur verre par terre apr\u00e8s l&rsquo;avoir bu. Comme ils sont l\u00e0 pour s&rsquo;amuser, nous les laissons faire.\u00bb Le Farinet importe donc directement d&rsquo;Angleterre des verres sp\u00e9ciaux en plastique renforc\u00e9.<\/p>\n<p>Ces touristes britanniques qui arrivent le plus souvent par vol charter pour un s\u00e9jour de samedi \u00e0 samedi &#8212; une minorit\u00e9 prenant un vol low-cost le temps d&rsquo;un week-end &#8212; repr\u00e9sentent une v\u00e9ritable manne pour la station. D\u00e9cid\u00e9s \u00e0 passer une semaine inoubliable, ils d\u00e9pensent sans compter. Le Farinet, lui-m\u00eame en mains britanniques, en profite au maximum: c&rsquo;est le seul endroit de Verb&rsquo;s &#8212; comme l&rsquo;appellent les anglophones &#8212; qui propose des concerts live tous les jours.<\/p>\n<p>\u00abCes groupes sont l\u00e0 pour faire boire et chanter les gens\u00bb, explique Laurent Royer. Une mission qu&rsquo;ils remplissent avec succ\u00e8s puisqu&rsquo;il suffit d&rsquo;un week-end pour ass\u00e9cher les six cuves de 1000 litres du bar. En ce d\u00e9but de soir\u00e9e, l&rsquo;ambiance s&rsquo;\u00e9chauffe toujours plus. Le groupe organise le concours de \u00abla fille la plus sexy\u00bb. Certains soirs, il suffit de montrer un morceau de sein pour recevoir un \u00abshot\u00bb de vodka gratuit.<\/p>\n<p>Vers 20 h 30, apr\u00e8s une \u00e9ni\u00e8me reprise des Proclaimers, le groupe quitte la sc\u00e8ne. Les forcen\u00e9s de l&rsquo;apr\u00e8s-ski se dispersent rapidement dans la nuit froide. D\u00e9bute alors une petite parenth\u00e8se de calme. Les f\u00eatards en profitent pour se doucher ou manger un morceau.<\/p>\n<p>D\u00e8s 22 heures, le Mont-Fort devient le nouveau p\u00f4le d&rsquo;attraction nocturne. Au bar, impossible de passer commande en fran\u00e7ais: ici, la panach\u00e9e se dit \u00abshandy\u00bb. La plupart des clients consomment de la bi\u00e8re. Il n&rsquo;est pas rare de voir des commandes de dix ou douze pintes. En saison, le Mont-Fort est r\u00e9put\u00e9 \u00eatre le plus gros d\u00e9bit de bi\u00e8re de Suisse.<\/p>\n<p>Les filles sont en minijupe, bas r\u00e9sille et moon boots. Quant aux gar\u00e7ons, ils ont opt\u00e9 pour les d\u00e9guisements. Superman sirote un shaker, tandis que Fred Flintstone commande des pintes au bar. \u00abL&rsquo;apr\u00e8s-ski est top \u00e0 Verbier. On skie la journ\u00e9e, on se so\u00fble le soir\u00bb, s&rsquo;enthousiasme Wayne, 40 ans.<\/p>\n<p>Pour cet entrepreneur de Bristol, d\u00e9guis\u00e9 en m\u00e9decin, un st\u00e9thoscope autour du cou, il s&rsquo;agit des premi\u00e8res vacances \u00e0 Verbier. \u00abLa station est tr\u00e8s connue en Grande-Bretagne, surtout le Mont-Fort, que nous appelons le \u00ab\u00a0Stairway to Heaven\u00a0\u00bb. Rentrer et dire qu&rsquo;on a fait cette piste, c&rsquo;est comme ramener un troph\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Il loge avec ses 21 copains dans un chalet en demi-pension, lou\u00e9 sur internet. Il ne sait pas s&rsquo;il reviendra. \u00abJ&rsquo;ai achet\u00e9 un lopin de terre \u00e0 Villars pour y construire un chalet\u00bb, explique-t-il entre deux shots de vodka au caramel.<\/p>\n<p>A partir de minuit, l&rsquo;ambiance devient plus d\u00e9lur\u00e9e. Dans un coin du pub, Tristan, Laurence et Robbie attirent tous les regards. Ils sont habill\u00e9s respectivement en clown, en chevalier, et en femme, gr\u00e2ce \u00e0 un attirail impressionnant de faux seins en mousse. Ils portent encore leurs chaussures de ski et engloutissent bi\u00e8re sur bi\u00e8re, tenant une forme olympique.<\/p>\n<p>\u00abNous avons commenc\u00e9 par le bar 1936 sur le pistes, avant d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-ski du Farinet puis au Mont-Fort. Nous n&rsquo;avons m\u00eame pas eu le temps de nous changer\u00bb, raconte Tristan, 41 ans. Il est d\u00e9j\u00e0 venu six fois \u00e0 Verbier.<\/p>\n<p>Laurence, 30 ans, effectue en revanche sa premi\u00e8re visite dans la station valaisanne. Ce lobbyiste, qui skie depuis vingt ans, accompagne ses onze amis d&rsquo;enfance, tous originaires de Cambridge. Parmi eux se trouvent un DJ, un paysan et un joueur de rugby professionnel. Ils sont venus pour le ski, mais aussi et surtout pour l&rsquo;apr\u00e8s-ski. Ils ont conscience de l&rsquo;image grivoise qu&rsquo;ils donnent. <\/p>\n<p>\u00abVoir les r\u00e9actions scandalis\u00e9es des gens, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 la moiti\u00e9 du plaisir\u00bb, sourit Laurence. Cependant, il n&rsquo;appr\u00e9cie pas d&rsquo;\u00eatre d\u00e9nigr\u00e9 par les locaux, m\u00eame s&rsquo;il reconna\u00eet que ses compatriotes ont tendance \u00e0 \u00ab\u00e9venter leurs frustrations sur les pistes de ski\u00bb.<\/p>\n<p>A 1 h 30, les lumi\u00e8res se rallument. Le Mont-Fort ferme. Tout ce petit monde se dirige alors dans un joyeux vacarme vers la sortie pour rejoindre le Casbah, la discoth\u00e8que du Farinet. L\u00e0-bas, l&rsquo;ambiance est explosive. Des filles font du \u00abpole dancing\u00bb debout sur une table sous le regard lubrique des hommes. Au coin du bar, un d\u00e9but de bagarre \u00e9clate, rapidement stopp\u00e9e par les autres clients.<\/p>\n<p>Ce soir, les DJ viennent sp\u00e9cialement de Grande-Bretagne: il s&rsquo;agit de Hed Kandi, une d\u00e9clinaison du Ministry of Sound, la c\u00e9l\u00e8bre bo\u00eete londonienne. \u00abVous ne vous sentez pas trop envahis par les Anglais? Il y en a partout\u00bb, s&rsquo;inqui\u00e8te Matt, 33 ans. Ce m\u00e9decin gallois loue un chalet \u00e0 la semaine avec sept amis. <\/p>\n<p>\u00abPersonne ne sait cuisiner, alors on s&rsquo;est surtout nourris de bi\u00e8re.\u00bb C&rsquo;est son dernier soir. \u00abVu l&rsquo;heure, je ne pense pas que j&rsquo;irai skier demain. Mais je reviendrai l&rsquo;ann\u00e9e prochaine!\u00bb Il est 3 heures. Un jeune Anglo-Saxon se penche et vomit par terre. Personne ne bronche. Un autre se fait discr\u00e8tement sortir par un videur. A la fermeture, sur le coup des 4 heures, il r\u00e8gne une atmosph\u00e8re de fin du monde. La soir\u00e9e dure depuis douze heures. <\/p>\n<p>Les moins fortun\u00e9s regagnent le Bunker, le seul h\u00f4tel de la station destin\u00e9 aux petits budgets. La plupart des r\u00e9sidents sont des Britanniques \u00e2g\u00e9s de 18 \u00e0 30 ans, selon Marianne Regez, la responsable du lieu. Pour 25 francs, ces h\u00f4tes ont droit \u00e0 un lit, un petit-d\u00e9jeuner et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la piscine ainsi qu&rsquo;\u00e0 la patinoire. Pour 15 francs de plus ils ont la demi-pension.<\/p>\n<p>Install\u00e9 dans un abri antiatomique, h\u00e9sitant suivant les heures entre les odeurs de pieds et celles de Javel, le Bunker \u00e9voque l&rsquo;univers des cours de r\u00e9p\u00e9tition. Pourtant, ses 120 lits sont pris d&rsquo;assaut.<\/p>\n<p>\u00abC&rsquo;est s\u00fbr, on ne dort pas tr\u00e8s bien dans un dortoir \u00e0 35, confie Scott Rutherford, un Ecossais de 28 ans rencontr\u00e9 sur place. Mais personne ne vient ici pour dormir. Les gens rentrent se coucher vers 5 h 30 et \u00e0 8 heures ils se l\u00e8vent pour aller skier.\u00bb<\/p>\n<p>Le jeune homme conna\u00eet bien la station, puisqu&rsquo;il y travaille depuis trois ans comme saisonnier, notamment aupr\u00e8s de T\u00e9l\u00e9verbier. \u00abLa paie est bonne. De toute fa\u00e7on je suis pr\u00eat \u00e0 accepter n&rsquo;importe quel job pour pouvoir rester \u00e0 Verbier. J&rsquo;aimerais aussi pratiquer mon fran\u00e7ais mais c&rsquo;est dur, la station est tr\u00e8s anglophone.\u00bb<\/p>\n<p>Il compte trouver une colocation le plus vite possible. \u00abJe vis mon r\u00eave. Voil\u00e0 plusieurs ann\u00e9es que j&rsquo;\u00e9conomise pour cela\u00bb, d\u00e9clare-t-il entre deux morces de sandwich au thon. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, les pistes paraissent presque vides. Les f\u00eatards de la veille n&rsquo;ont pas trouv\u00e9 la force d&rsquo;aller skier. Les premiers noctambules font leur apparition sur le coup de 13 heures \u00e0 la terrasse du chalet Carlsberg, pos\u00e9e au milieu des pistes.<\/p>\n<p>Musique lounge, transats et les sempiternelles pintes de bi\u00e8re sont au rendez-vous. Mais la temp\u00e9rature ne recommence v\u00e9ritablement \u00e0 monter que vers 16 heures, \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;apr\u00e8s-ski. La station bagnarde se pr\u00e9pare \u00e0 vivre une nouvelle soir\u00e9e mouvement\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nCe reportage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 et \u00e9crit en collaboration avec Julie Zaugg.<\/p>\n<p>Une version de l&rsquo;article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans L\u2019Hebdo du 1er f\u00e9vrier 2007.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les touristes britanniques ont transform\u00e9 la tr\u00e8s s\u00e9rieuse station de Verbier en un lieu de f\u00eates compl\u00e8tement d\u00e9brid\u00e9es. Reportage jusqu&rsquo;aux petites heures du matin.<\/p>\n","protected":false},"author":19284,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2273","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2273","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19284"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2273"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2273\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2273"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2273"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2273"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}