



{"id":2225,"date":"2006-11-29T00:00:00","date_gmt":"2006-11-28T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2225"},"modified":"2017-07-12T11:26:33","modified_gmt":"2017-07-12T09:26:33","slug":"suisse-416","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2225","title":{"rendered":"L\u2019in\u00e9narrable Moritz en gardien du temple"},"content":{"rendered":"<p>En ce temps-l\u00e0, Boris Eltsine r\u00e9gnait sur la Russie, John Major sur l\u2019Angleterre, Helmut Kohl dirigeait l\u2019Allemagne, Lamberto Dini l\u2019Italie, tandis que la France venait de se doter d\u2019un nouveau pr\u00e9sident, un certain Chirac, Jacques.<\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait le 27 septembre 1995, un conseiller d\u2019\u00e9tat zurichois, genre gauche soft et urbaine, Moritz Leuenberger, \u00e9tait \u00e9lu, lui, au Conseil f\u00e9d\u00e9ral, malgr\u00e9 les r\u00e9sistances de son propre parti, qui ne le jugeait que mod\u00e9r\u00e9ment socialiste. Il avait fallu cinq tours de scrutin.<\/p>\n<p>Onze ans plus tard, l\u2019homme est toujours l\u00e0 et annonce vouloir rempiler. C\u2019est \u00e9videmment l\u2019inconv\u00e9nient de porter au pouvoir des hommes trop jeunes: ils durent. Et forc\u00e9ment lassent.<\/p>\n<p>M\u00eame si, dans le cas du bon Moritz, il a tenu toutes ses promesses, exau\u00e7ant notamment toutes les craintes de la gauche. A un journaliste qui lui faisait remarquer qu\u2019\u00e0 travers Swisscom, La Poste et les CFF,  il \u00e9tait l\u2019un des patrons suisses qui avait supprim\u00e9 le plus d\u2019emplois et lui demandait si, comme socialiste, cela ne l\u2019emp\u00eachait pas de dormir, Moritz Leuenberger avait r\u00e9pondu: \u00abEn tout cas pas le jour\u00bb.<\/p>\n<p>Allusion \u00e9videmment \u00e0 son image, en Suisse romande surtout, entretenue par l\u2019humoriste Yann Lambiel, de personnage nonchalant, amorphe, quasi lymphatique, dormeur \u00e9veill\u00e9, une r\u00e9putation sans doute aussi m\u00e9rit\u00e9e que la pr\u00e9tendue addiction de Ruth Dreifuss \u00e0 la Suze. Et qui vient peut-\u00eatre d\u2019un complexe profond: s\u2019autoproclamant amoureux des belles lettres et du beau langage, au point de f\u00e2cher les camarades du PS en snobant le 1er mai pour se rendre au Salon du livre, s\u2019\u00e9tant vu d\u00e9cerner en Allemagne un prix prestigieux pour la qualit\u00e9 de ses discours (imagine-t-on un politicien romand honor\u00e9 en France pour son \u00e9loquence?), Moritz Leuenberger, bien que natif de Bienne, pratique un fran\u00e7ais poussif qui doit lui faire honte et l\u2019oblige \u00e0 parler lentement, tr\u00e8s lentement, pour sauver ce qui peut l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Les journalistes du Palais savent bien que, face \u00e0 lui, lors d\u2019un interview en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, entre la question pos\u00e9e et un d\u00e9but de semblant de r\u00e9ponse, il peut bien s\u2019\u00e9couler trente secondes d\u2019un silence angoissant.<\/p>\n<p>Ce \u00aben tout cas pas le jour\u00bb, cit\u00e9 plus haut, est typique du witz \u00e0 la Leuenberger, une sorte d\u2019humour qu\u2019on pourrait qualifier d\u2019autod\u00e9rision l\u00e9g\u00e8re et qui semble servir surtout \u00e0 esquiver les critiques, voire m\u00eame \u00e0 les tuer dans l\u2019\u0153uf ou les noyer dans le rire jaune.<\/p>\n<p>Se pr\u00e9sentant en avril dernier devant une r\u00e9union d\u2019assureurs priv\u00e9s, Moritz Leuenberger attaque: \u00abVous commencez le symposium sur les catastrophes naturelles avec un exemple pratique: le pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration\u00bb.<\/p>\n<p>Et les catastrophes naturelles ou surnaturelles, Moritz conna\u00eet. Lors de sa premi\u00e8re pr\u00e9sidence en 2001, ce fut comme si le ciel avait d\u00e9cid\u00e9 que Leuenberger \u00e0 la pr\u00e9sidence, autant en profiter pour faire avaler toutes les pilules, d\u00e9clencher tous les d\u00e9luges: intemp\u00e9ries monstres, faillite de Swissair, onze septembre etc. <\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui, tout est chang\u00e9. C\u2019est un nouveau Leuenberger qui veut remettre la compresse, dop\u00e9 par une conjonction politique lui redonnant tonus et relief: l\u2019ascension de  Blocher, et surtout le fait que le chef de l\u2019UDC et ses troupes l\u2019aient pris en grippe, moins pour sa pugnacit\u00e9 d\u00e9mocratique que parce que Blocher r\u00eave, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obsession, de ce d\u00e9partement des transports, de l\u2019\u00e9nergie et de la communication (DETEC) auquel Leuenberger s\u2019accroche depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>Inesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Moritz-le-mou se remet ainsi, par la gr\u00e2ce des attaques agrariennes, \u00e0 exister et le dandy somnambule \u00e0 se transformer en gardien du temple. Il a pu ainsi, en annon\u00e7ant qu\u2019il se repr\u00e9sentait, fustiger, sans le nommer, ce trublion, vous savez, qui met \u00e0 mal la sainte coll\u00e9gialit\u00e9 et conduit, \u00e0 partir du Conseil f\u00e9d\u00e9ral, \u00abune politique partisane et \u00e9lectoraliste\u00bb. Ou, pire, s\u2019exprime \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sur une controverse de politique int\u00e9rieure, suivez mon doux regard.<\/p>\n<p>Donc Moritz reste, rien que pour emb\u00eater Christoph.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs le PS le lui a demand\u00e9, au nom de la patrie en danger: comment imaginer, en effet, sans fr\u00e9mir, les transports et la communication aux mains de l\u2019UDC?<\/p>\n<p>Affreux.<\/p>\n<p>Enfin, s\u00fbrement: on en aurait bient\u00f4t \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 ne plus pouvoir passer le L\u00f6tschberg qu\u2019\u00e0 pieds, et de nuit, et la SSR aurait d\u00fb contenir ses p\u00e9riodiques fringales d\u2019ob\u00e8se. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En poste depuis 1995, le conseiller f\u00e9d\u00e9ral a d\u00e9cid\u00e9 de rempiler. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019UDC qui l\u2019a \u00e9rig\u00e9 en t\u00eate de Turc, et lui a redonn\u00e9 ainsi une existence politique. On dit merci qui?<\/p>\n","protected":false},"author":19223,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[1298],"class_list":["post-2225","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","tag-chroniques","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2225","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19223"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2225"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2225\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5476,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2225\/revisions\/5476"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2225"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2225"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2225"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}