



{"id":2215,"date":"2006-11-16T00:00:00","date_gmt":"2006-11-15T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2215"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"histoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2215","title":{"rendered":"Les mots de Jean-Fran\u00e7ois Bergier"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Zo\u00e9 publient ces jours-ci des entretiens de Jean-Fran\u00e7ois Bergier avec Bertrand M\u00fcller (historien) et Pietro Boschetti (journaliste \u00e0 la TSR). Qu\u2019un historien aussi chevronn\u00e9 accepte de parler librement de son m\u00e9tier et de l\u2019\u00e9volution de la recherche historique est suffisamment rare pour que l\u2019on s\u2019y arr\u00eate.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1931, Bergier a fait ses \u00e9tudes et commenc\u00e9 sa carri\u00e8re dans une universit\u00e9 qui \u00e9tait encore celle de grand-papa. El\u00e8ve et disciple de Ferdinand Braudel dont il suivit l\u2019enseignement \u00e0 Paris, il soutient en 1963 une th\u00e8se au titre embl\u00e9matique, \u00abGen\u00e8ve et l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne de la Renaissance\u00bb, qui lui vaut d\u2019\u00eatre illico nomm\u00e9 professeur ordinaire d\u2019histoire \u00e9conomique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>Six ans plus tard, il s\u2019en va \u00e0 l\u2019EPFZ o\u00f9 il succ\u00e8de \u00e0 Jean-Rodolphe de Salis pour un enseignement d\u2019histoire dispens\u00e9 en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral &#8212; aux abois suite \u00e0 la crise des fonds en d\u00e9sh\u00e9rence &#8212; va le chercher dans la soir\u00e9e du 18 d\u00e9cembre 1996 pour lui confier la pr\u00e9sidence de la Commission ind\u00e9pendante d\u2019experts charg\u00e9e d\u2019investiguer sur la politique suisse pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Bergier est alors \u00e0 la veille de sa retraite. Il se jette en pleine tourmente.<\/p>\n<p>Politiquement, Jean-Fran\u00e7ois Bergier est venu tardivement \u00e0 l\u2019engagement politique public. Il prend le virage en 1992 en publiant juste avant la votation sur l\u2019EEE un essai intitul\u00e9 \u00abEurope et les Suisses. Impertinences d\u2019un historien\u00bb (Zo\u00e9). Il s\u2019agit d\u2019une brillantissime mise en perspective de nos relations avec le reste du continent au fil des si\u00e8cles. Il y d\u00e9fend notre int\u00e9gration \u00e0 l\u2019Europe avec une conviction fond\u00e9e sur une vie de fr\u00e9quentation de l\u2019histoire: <\/p>\n<p>\u00abJe me suis efforc\u00e9 d\u2019\u00eatre honn\u00eate avec l\u2019histoire en traduisant son message comme un appel clair, sans d\u00e9tours ni fausses pudeurs, \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de la Suisse dans l\u2019Europe de demain; car c\u2019est ainsi seulement qu\u2019elle se r\u00e9v\u00e9lera fid\u00e8le \u00e0 la richesse de son pass\u00e9 et apte \u00e0 affronter l\u2019avenir.\u00bb (p. 171)<\/p>\n<p>Dans les entretiens publi\u00e9s aujourd\u2019hui, Bergier revient en d\u00e9tail sur les conditions \u00e9tranges dans lesquelles il travailla. Il dut g\u00e9rer les travaux d\u2019historiens mandat\u00e9s officiellement pour fouiller dans des archives que personne, dans les milieux politique ou \u00e9conomiques suisses, ne d\u00e9sirait vraiment ouvrir. Par ailleurs, les attaques du s\u00e9nateur am\u00e9ricain Alfonse D\u2019Amato maintenaient \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et dans la presse internationale une pression qui ne retomba finalement qu\u2019avec sa disparition de la sc\u00e8ne politique fin 1998.<\/p>\n<p>Sur l\u2019accord sign\u00e9 en 1998 par les banques afin de sortir d\u2019une crise d\u00e9l\u00e9t\u00e8re pour la place financi\u00e8re suisse, Bergier est on ne peut plus clair:<\/p>\n<p>\u00abPour ce qui est des banques, ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment une restitution puisqu\u2019elles n\u2019ont pas attendu de savoir quel en \u00e9tait le montant et qu\u2019elles ont vers\u00e9 d\u00e8s 1998 une somme dix fois sup\u00e9rieure \u00e0 ce que les enqu\u00eateurs du Comit\u00e9 Volcker ont finalement trouv\u00e9. Elles se sont d\u00e9douan\u00e9es, c\u2019est leur probl\u00e8me. Mais \u00e7a n\u2019\u00e9tait plus une r\u00e9paration, c\u2019\u00e9tait une esp\u00e8ce d\u2019amende honorable.\u00bb<\/p>\n<p>Le reflux des pol\u00e9miques permet \u00e0 la Commission de travailler plus sereinement. Mais l\u2019indiff\u00e9rence s\u2019installe progressivement et les \u00e9v\u00e9nements qui furent parmi les plus discut\u00e9s de notre histoire r\u00e9cente int\u00e9ressent de moins en moins les gens, les m\u00e9dias et les autorit\u00e9s. Quand la Commission Bergier rend son rapport en d\u00e9cembre 2001, les autorit\u00e9s se montrent distantes au point de refuser d\u2019en prendre connaissance: <\/p>\n<p>\u00abUne d\u00e9l\u00e9gation du Conseil f\u00e9d\u00e9ral nous a re\u00e7us fort aimablement &#8212; en l\u2019absence de tout journaliste. Mais elle a refus\u00e9 de prendre possession des exemplaires que nous \u00e9tions fiers de lui remettre. Elle craignait des fuites! C\u2019est quand m\u00eame un peu affligeant ou inqui\u00e9tant. \u00c7a nous a choqu\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par la Commission, Jean-Fran\u00e7ois Bergier d\u00e9veloppe aussi une sorte de bilan de la recherche historique suisse au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, avec les avanc\u00e9es exceptionnelles r\u00e9alis\u00e9es non seulement en histoire \u00e9conomique mais aussi en particulier dans l\u2019histoire alpine. Pour arriver \u00e0 une conclusion pour le moins d\u00e9capante:<\/p>\n<p>\u00abJe crois que l\u2019historiographie r\u00e9cente, si elle s\u2019appuie sur des recherches localis\u00e9es en Suisse, en Autriche, en Italie, ne le fait plus dans un esprit d\u2019histoire nationale. D\u2019ailleurs je me demande de plus en plus si cette notion d\u2019histoire nationale a encore un sens. M\u00eame en Suisse.\u00bb<\/p>\n<p>Eh, oui. Place aux grands espaces, \u00e0 l\u2019Europe !<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nBertrand M\u00fcller et Pietro Boschetti: \u00abEntretiens avec Jean-Fran\u00e7ois Bergier\u00bb, Zo\u00e9, 300 pages.<\/p>\n<p>Pietro Boschetti: \u00abLa Suisse et les nazis. Le rapport Bergier pour tous\u00bb, Zo\u00e9, 2004, 190 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand historien suisse se confie dans un livre d\u2019entretiens aussi passionnants qu\u2019instructifs \u00e0 propos de l\u2019\u00e9volution r\u00e9cente du pays. Brillant.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2215","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2215","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2215"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2215\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2215"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2215"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2215"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}