



{"id":219,"date":"1999-10-14T00:00:00","date_gmt":"1999-10-13T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=219"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=219","title":{"rendered":"Les secrets de \u00abBlair Witch Project\u00bb, premi\u00e8re fiction multim\u00e9dia"},"content":{"rendered":"<p>Je suis finalement all\u00e9 voir \u00abThe Blair Witch Project\u00bb et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9. Souffl\u00e9 par l&rsquo;audace de ce long m\u00e9trage exp\u00e9rimental, souffl\u00e9 par sa coh\u00e9rence et par les champs infinis qu&rsquo;il ouvre \u00e0 la cr\u00e9ation multim\u00e9dia.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de \u00abBlair Witch Project\u00bb constitue sans conteste la meilleure surprise de l&rsquo;ann\u00e9e cin\u00e9ma. Qu&rsquo;un film bricol\u00e9 avec un si petit budget (il a co\u00fbt\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une voiture neuve) ait r\u00e9ussi \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer 140 millions de dollars en deux mois d&rsquo;exploitation, voil\u00e0 qui a d\u00e9j\u00e0 fourni le pr\u00e9texte \u00e0 des dizaines d&rsquo;articles de presse, \u00e0 juste titre. On a beaucoup parl\u00e9 de la r\u00e9ussite commerciale de \u00abBlair Witch\u00bb, en n\u00e9gligeant ses qualit\u00e9s cin\u00e9matographiques et son caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire. C&rsquo;est pourtant l\u00e0, dans son ing\u00e9niosit\u00e9 narrative, que le film fait figure d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. C&rsquo;est l\u00e0, d&rsquo;abord, que r\u00e9side le secret de son succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Si une campagne de marketing aussi habile a pu \u00eatre orchestr\u00e9e autour du film, c&rsquo;est bien parce que \u00abThe Blair Witch Project\u00bb se pr\u00e9sente d&#8217;embl\u00e9e comme un document brut: comme une pi\u00e8ce \u00e0 conviction emball\u00e9e dans un sachet de plastique transparent, un enregistrement confisqu\u00e9 par la police pour les besoins de l&rsquo;enqu\u00eate. Au m\u00eame titre qu&rsquo;une m\u00e8che de cheveux qui serait pr\u00e9lev\u00e9e sur les lieux du crime, le film porte les traces du m\u00e9fait et contient sans doute, au d\u00e9tour d&rsquo;une sc\u00e8ne, la cl\u00e9 du myst\u00e8re. C&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;essaient de nous faire croire Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, les deux r\u00e9alisateurs, dont c&rsquo;est le premier film.<\/p>\n<p>Vous allez voir les images originales tourn\u00e9es par les trois \u00e9tudiants en cin\u00e9ma qui ont retrouv\u00e9s morts l&rsquo;an dernier \u00e0 Burkittsville. En nous adressant ce message en guise de g\u00e9n\u00e9rique, les deux auteurs nous invitent \u00e0 jouer le jeu, \u00e0 regarder le film comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un document authentique. Tourn\u00e9 cam\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, volontairement b\u00e2cl\u00e9, \u00abThe Blair Witch Project\u00bb ressemble effectivement au carnet de route en format vid\u00e9o qui aurait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 par trois \u00e9tudiants partis en vadrouille dans une for\u00eat du Maryland pour y tourner un documentaire sur une l\u00e9gende de sorci\u00e8re.<\/p>\n<p>Heather, Josh et Mike, c&rsquo;est leur nom, ont emport\u00e9 un enregistreur DAT et deux cam\u00e9ras dans leurs sacs \u00e0 dos. Ils filment tout, m\u00eame les sc\u00e8nes les plus triviales de leur p\u00e9riple: le d\u00e9part en voiture, l&rsquo;arriv\u00e9e au village, les conversations avec les autochtones, la vir\u00e9e en for\u00eat, les nuits sous la tente, les traces bizarres sur le sol&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;agression finale, film\u00e9e cam\u00e9ra au poing par Heather. Quand elle meurt \u00e0 son tour, sa cam\u00e9ra tombe sur le sol et le film s&rsquo;ach\u00e8ve.<\/p>\n<p>\u00abThe Blair Witch Project\u00bb se pr\u00e9sente comme le montage chronologique de ces sc\u00e8nes saisies sur le vif. Le spectateur ne voit rien d&rsquo;autre que ce qui a \u00e9t\u00e9 film\u00e9 par les victimes. Autant dire pas grand chose: trois \u00e9tudiants avec leurs camescopes, perdus dans la for\u00eat et confront\u00e9s \u00e0 un \u00abagresseur\u00bb invisible. A plusieurs reprises, l&rsquo;\u00e9cran vire au noir et le film se r\u00e9sume \u00e0 la bande-son enregistr\u00e9e sur DAT. Rien de bien spectaculaire.<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est justement la banalit\u00e9 de ces sc\u00e8nes qui fait la qualit\u00e9 du film. En contrepoint de l&rsquo;intrigue, \u00abThe Blair Witch Project\u00bb parle d&rsquo;une Am\u00e9rique obs\u00e9d\u00e9e par Halloween, d&rsquo;une modernit\u00e9 obs\u00e9d\u00e9e par la l\u00e9gende, d&rsquo;une jeunesse obs\u00e9d\u00e9e par l&rsquo;image, mais aussi des rapports de pouvoir entre les sexes, et surtout de cin\u00e9ma. Comment montrer la peur, le narcissisme, la confrontation \u00e0 l&rsquo;\u00e9trange?<\/p>\n<p>Avec le camescope, r\u00e9pondent Mytrick et Sanchez. En c\u00e9dant la cam\u00e9ra \u00e0 leurs personnages, les deux r\u00e9alisateurs organisent leur propre disparition. Jamais cin\u00e9aste ne s&rsquo;\u00e9tait effac\u00e9 \u00e0 ce point pour laisser parler son sujet. L&rsquo;effet de r\u00e9el est saisissant.<\/p>\n<p>Avec un certain panache, Mytrick et Sanchez offrent ainsi la r\u00e9ponse am\u00e9ricaine au collectif du dogme danois (Lars von Trier, Thomas Vinterberg): un film casse-gueule et gonfl\u00e9, tourn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule avec un budget microscopique.<\/p>\n<p>Pour parachever l&rsquo;affaire, il ne restait plus qu&rsquo;\u00e0 exploiter le faux fait divers via d&rsquo;autres m\u00e9dias. Le journal intime de Heather a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans les librairies, la cassette que Josh \u00e9coutait dans son autoradio est sortie en CD, les documents de l&rsquo;enqu\u00eate sont pr\u00e9sent\u00e9s sur le <a href= \"http:\/\/www.blairwitch.com\" target=_blank> site Blair Witch<\/a>.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 des r\u00e9alisateurs et du distributeur, \u00abThe Blair Witch Project\u00bb est ainsi devenu la premi\u00e8re cr\u00e9ation multim\u00e9dia, au sens propre du terme: une fiction d\u00e9clin\u00e9e par divers canaux. Bonne nouvelle: le cin\u00e9ma de la convergence n&rsquo;est pas n\u00e9 dans le d\u00e9partement de marketing d&rsquo;un studio hollywoodien, mais au fond d&rsquo;un garage du Maryland.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si le film de Mytrick et Sanchez a rapport\u00e9 3000 fois le budget de tournage, devenant ainsi l&rsquo;affaire la plus rentable de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma, ce n&rsquo;est pas gr\u00e2ce au marketing. Pas seulement.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-219","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/219\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}