



{"id":2171,"date":"2006-09-18T00:00:00","date_gmt":"2006-09-17T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2171"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cellules souches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2171","title":{"rendered":"Congeler le cordon ombilical: une assurance sur l\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<p>Au bout de l\u2019un des innombrables corridors de l&rsquo;h\u00f4pital de Lugano, on butte sur une porte grise. Un panneau en interdit l&rsquo;acc\u00e8s. Derri\u00e8re se trouve la premi\u00e8re banque de cellules souche de cordon ombilical de Suisse, la Swiss Stem Cells Bank (SSCB). Cette soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e offre depuis juillet 2005 la possibilit\u00e9 aux parents de conserver ce lien nutritif, pour un \u00e9ventuel usage futur. Les grands bidons fumants remplis d&rsquo;azote liquide qui jonchent le laboratoire contiennent ainsi quelque 1000 \u00e9chantillons de sang de cordon ombilical. Ils resteront entrepos\u00e9s dans les locaux du SSCB pour une dur\u00e9e de 20 ans. En cas de maladie grave de leur enfant, les parents pourront \u00e0 tout moment r\u00e9clamer ce pr\u00e9cieux mat\u00e9riel biologique. Le footballeur Thierry Henry et Letizia, la princesse d\u2019Espagne, font partie des premiers \u00e0 avoir recouru \u00e0 cette m\u00e9thode. <\/p>\n<p>A l&rsquo;avenir, les cellules souches issues du cordon pourraient en effet servir \u00e0 gu\u00e9rir toutes sortes de maladies, comme les leuc\u00e9mies, les tumeurs, les affections cong\u00e9nitales ou encore l&rsquo;an\u00e9mie. Elles ont \u00e9galement une fonction r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice des tissus et pourraient \u00e0 cet \u00e9gard soigner les grands br\u00fbl\u00e9s, les fractures, les d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences de la r\u00e9tine, les infarctus du myocarde et les maladies qui touchent aux cellules nerveuses comme la scl\u00e9rose en plaques ou la maladie de Parkinson. Des essais sont d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 en cours et semblent prometteurs. \u00abNous en sommes encore \u00e0 un stade exp\u00e9rimental, mais nous pensons que les cellules souches sont le futur de la m\u00e9decine r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative\u00bb, souligne le Dr. Gianni Soldati, directeur scientifique du SSCB. <\/p>\n<p>Toute r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des tissus passe en effet par les cellules souches. Lorsqu&rsquo;on les injecte \u00e0 un certain endroit du corps, elles se sp\u00e9cialisent et accomplissent la fonction qui fait d\u00e9faut ou qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite chez le patient. \u00abAujourd&rsquo;hui, les m\u00e9decins utilisent des m\u00e9dicaments pour soigner leurs patients. Demain, ils se serviront de cellules souches\u00bb, pr\u00e9dit le docteur \u00e0 la barbe grisonnante. Or ces m\u00e9dicaments du futur comportent bien moins de contre-indications et d&rsquo;effets secondaires que les actuelles pr\u00e9parations chimiques. \u00abLa m\u00e9decine red\u00e9couvre les potentialit\u00e9s du corps humain. Elle a effectu\u00e9 une virage \u00e0 180\u00b0 et envisage d\u00e9sormais d&rsquo;utiliser ses propres tissus pour se soigner au lieu de produire des substances externes.\u00bb<\/p>\n<p>Un d\u00e9lire futuriste qui rappelle les exp\u00e9riences de cryog\u00e9nisation tent\u00e9es aux Etats-Unis? Le service propos\u00e9 par le SSCB n&rsquo;est pourtant pas si fantaisiste si l&rsquo;on consid\u00e8re les r\u00e9sultats obtenus gr\u00e2ce aux greffes de moelle osseuse \u2013 autre source de cellules souches \u2013 que l&rsquo;on pratique depuis une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es pour soigner les leuc\u00e9mies notamment. Quelque 20&rsquo;000 op\u00e9rations de ce type sont r\u00e9alis\u00e9es chaque ann\u00e9e dans le monde.<\/p>\n<p>\u00abEn ao\u00fbt 2004, nous avons test\u00e9 avec succ\u00e8s un traitement \u00e0 base de moelle osseuse sur 23 patients souffrant d&rsquo;un infarctus du myocarde, relate le responsable du SSCB. Cette exp\u00e9rience positive nous a donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de lancer la banque de sang de cordon.\u00bb Les cellules souches issues du cordon ombilical pr\u00e9sentent en effet plusieurs avantages sur celles de la moelle osseuse. \u00abPrises sur un individu jeune, elles sont plus mall\u00e9ables et parviennent mieux \u00e0 se sp\u00e9cialiser que celles &#8211; enti\u00e8rement form\u00e9es &#8211; d&rsquo;un adulte.\u00bb <\/p>\n<p>De plus, le pr\u00e9l\u00e8vement est moins compliqu\u00e9. Pour recueillir des cellules de moelle osseuse, il faut anesth\u00e9sier le donneur, voire l&rsquo;hospitaliser, et il souffre par la suite d&rsquo;an\u00e9mie, de douleurs et de fatigue. A l&rsquo;inverse, le sang de cordon ombilical peut \u00eatre pr\u00e9lev\u00e9 de mani\u00e8re totalement indolore, peu co\u00fbteuse et sans cons\u00e9quences sur la m\u00e8re et l&rsquo;enfant. <\/p>\n<p>Au moment de leur inscription au SSCB, les parents re\u00e7oivent un kit de r\u00e9colte du sang. Lors de l&rsquo;accouchement, la sage-femme ou le m\u00e9decin n&rsquo;ont plus qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9lever le pr\u00e9cieux liquide au moyen d&rsquo;une seringue et \u00e0 le placer dans un emballage de glace livr\u00e9 dans le kit. Il est ensuite envoy\u00e9 par courrier \u00e0 Lugano et la SSCB se charge des analyses, de la cong\u00e9lation et de la conservation de l&rsquo;\u00e9chantillon. Le tout revient \u00e0 2700 francs (2900 depuis l&rsquo;\u00e9tranger), payable en plusieurs mensualit\u00e9s. \u00abNotre programme est ouvert \u00e0 toutes les cat\u00e9gories sociales. Cela peut faire un cadeau de naissance original pour les grands-parents ou les amis. Ce que nous proposons n&rsquo;est pas si \u00e9loign\u00e9 du compte \u00e9pargne, dans le fond\u00bb, sourit Patrizia Franconi, la directrice du SSCB. A noter tout de m\u00eame que la conservation du sang de cordon n&rsquo;est pas rembours\u00e9e par l&rsquo;assurance maladie.<\/p>\n<p>La banque luganaise est la seule structure en Suisse \u00e0 offrir cette prestation de fa\u00e7on priv\u00e9e. Les maternit\u00e9s de Gen\u00e8ve et B\u00e2le entreposent des \u00e9chantillons de cellules souches du cordon depuis 1998 et pratiquent plusieurs transfusions par ann\u00e9e (trois en 2005). Mais ces banques publiques &#8211; mises sur pied par la commission f\u00e9d\u00e9rale Swisscord et subventionn\u00e9es &#8211; mettent les \u00e9chantillons de sang qu&rsquo;elles conservent \u00e0 disposition de tout malade qui en aurait besoin et non du seul donneur. C&rsquo;est l\u00e0 que la soci\u00e9t\u00e9 tessinoise tire son \u00e9pingle du jeu. Elle permet en effet \u00e0 l&rsquo;enfant, et \u00e0 lui seul, de disposer de ses propres cellules souches \u00ab\u00e0 n&rsquo;importe quel moment de sa vie\u00bb. Cela lui \u00e9vitera de \u00abdevoir chercher f\u00e9brilement un donneur et de risquer une infection ou un rejet pour des raisons de compatibilit\u00e9\u00bb, d\u00e9taille un d\u00e9pliant de la SSCB.<\/p>\n<p>Seule contre-indication: l&rsquo;\u00e9chantillon de sang ne peut pas \u00eatre conserv\u00e9 s&rsquo;il est infect\u00e9 par le HIV, l&rsquo;h\u00e9patite ou la syphilis, ou s&rsquo;il comporte trop peu de sang en raison de complications lors de l&rsquo;accouchement. \u00abCela se produit dans environ 1 cas sur 200\u00bb, reconna\u00eet le Dr. Soldati, tout en regardant sa montre. Il est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 15h00 et il attend justement deux \u00e9chantillons de sang de cordon. Ils sont sans doute bloqu\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re italienne. Quelque 75% des clients de la SSCB proviennent de la p\u00e9ninsule, car les banques priv\u00e9es de cellules souches y sont interdites. Les milieux catholiques italiens en ont fait un enjeu de soci\u00e9t\u00e9, \u00abconfondant la conservation de cellules souches de cordon avec la manipulation d&#8217;embryons\u00bb, selon le m\u00e9decin. <\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 luganaise, qui re\u00e7oit cinq nouveaux \u00e9chantillons par jour en moyenne, envisage d\u00e9sormais d&rsquo;\u00e9tendre ses prestations \u00e0 la France, \u00e0 l&rsquo;Allemagne et \u00e0 l&rsquo;Autriche. \u00abAux Etats-Unis, les banques priv\u00e9es existent depuis de nombreuses ann\u00e9es, mais en Europe la Suisse est en avance, avec la Belgique et la Grande-Bretagne, dans ce domaine\u00bb, dit Patrizia Franconi.<\/p>\n<p>Soudain, une agitation s&#8217;empare du laboratoire. Les \u00e9chantillons sont arriv\u00e9s. Une biologiste d\u00e9balle les poches de sang envelopp\u00e9es dans des sachets de glace, les p\u00e8se et les place dans la machine de s\u00e9paration. A l&rsquo;issue de cette proc\u00e9dure qui dure 30 minutes, il reste trois sachets: les globules rouges, le plasma et les globules blancs. Ce sont ces derniers qui vont \u00eatre conserv\u00e9es. Pour l&rsquo;heure, les \u00e9chantillons sont congel\u00e9s et plac\u00e9s en quarantaine en attendant le r\u00e9sultat des tests charg\u00e9s de d\u00e9terminer la qualit\u00e9 des cellules souches. Elles sont ensuite transf\u00e9r\u00e9es dans leur lieu d&rsquo;entreposage d\u00e9finitif. Chauss\u00e9e de grands gants bleu anti-froid, la laborantine soul\u00e8ve le couvercle du grand bidon de conservation \u00e0 -196 degr\u00e9s et y place d\u00e9licatement les petites plaquettes de cellules souches. Elles y passeront les 20 prochaines ann\u00e9es, si personne ne les r\u00e9clame plus t\u00f4t&#8230;<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b><font size=2>\u00abSi elle tombe malade, ma fille aura ses cellules\u00bb<\/b><\/p>\n<p>\u00abJe vois cet acte comme la constitution d&rsquo;une assurance vie pour mon enfant.\u00bb Employ\u00e9e de bureau aupr\u00e8s de l\u2019h\u00f4pital de Lugano, Cristina Largader, 40 ans, est aussi la premi\u00e8re cliente de la Swiss Stem Cells Bank . Elle y a plac\u00e9 les cellules souches tir\u00e9es du cordon ombilical de sa fille, n\u00e9e en mai 2005, d\u00e8s son ouverture. \u00abJe voulais donner cette chance \u00e0 mon enfant. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;elle n&rsquo;aura jamais \u00e0 s&rsquo;en servir. Je veux m\u00eame oublier leur existence. Mais s&rsquo;il se passe quelque chose dans les prochaines ann\u00e9es, si elle tombe malade, elle aura ses cellules.\u00bb<\/p>\n<p>Cristina Largader croit aux vertus th\u00e9rapeutiques des cellules souches. \u00abCe n&rsquo;est pas que de la musique d&rsquo;avenir, les patients qui ont souffert d&rsquo;un infarctus sont d\u00e9j\u00e0 soign\u00e9s ainsi. Et aux Etats-Unis, on a fr\u00e9quemment recours \u00e0 cette m\u00e9thode.\u00bb Elle est persuad\u00e9e que, d&rsquo;ici dix ans, \u00abchaque enfant conservera ses cellules souches dans une banque\u00bb. La Tessinoise reconna\u00eet qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00abcela peut para\u00eetre bizarre\u00bb de conserver le cordon ombilical de son enfant. Son entourage l&rsquo;a cependant soutenue dans sa d\u00e9marche, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e d&rsquo;un commun accord avec son mari. <\/p>\n<p>Financi\u00e8rement, elle a trouv\u00e9 une solution toute naturelle. \u00abComme nous ne pouvions de toute fa\u00e7on pas partir en vacances avec un enfant si jeune, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;utiliser cet argent pour payer les services de la SSCB.\u00bb La r\u00e9colte de sang lors de l&rsquo;accouchement s&rsquo;est tr\u00e8s bien pass\u00e9e. \u00abMa gyn\u00e9cologue \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au courant de cette possibilit\u00e9 et, comme elle pratique r\u00e9guli\u00e8rement des pr\u00e9l\u00e8vements de sang de cordon pour la recherche, elle savait parfaitement comment proc\u00e9der avec le kit.\u00bb <\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00f4pital n&rsquo;a pas non plus \u00e9t\u00e9 surpris de sa d\u00e9cision. \u00abLe m\u00e9decin m&rsquo;a quand m\u00eame pr\u00e9venue que si la naissance pr\u00e9sentait des complications, il se chargerait d&rsquo;abord de ma sant\u00e9, ensuite de celle de mon enfant et seulement en dernier lieu d&rsquo;effectuer le pr\u00e9l\u00e8vement.\u00bb<\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une soci\u00e9t\u00e9 tessinoise propose aux parents de conserver les cellules souches contenues dans le cordon ombilical de leur enfant, pour gu\u00e9rir une \u00e9ventuelle maladie future. Reportage.<\/p>\n","protected":false},"author":19062,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2171","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2171","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2171"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2171\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2171"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2171"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2171"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}