



{"id":2148,"date":"2006-08-15T00:00:00","date_gmt":"2006-08-14T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2148"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2148","title":{"rendered":"L\u2019allemand de moins en moins populaire"},"content":{"rendered":"<p>Les professeurs d&rsquo;allemand de l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve commencent \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter. \u00abIl y a une diminution nette des \u00e9tudiants en allemand sur le long terme\u00bb, observe Kirsten Adamzik, directrice du d\u00e9partement.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s \u00eatre longtemps rest\u00e9 relativement stable &#8212; une petite centaine de nouveaux venus chaque ann\u00e9e &#8212; le nombre d&rsquo;inscriptions n&rsquo;a cess\u00e9 de baisser depuis cinq ans. \u00abEn 2003, les \u00e9tudiants nouvellement inscrits \u00e9taient 84. En 2005, ils n&rsquo;\u00e9taient plus que 41\u00bb, indique Kirsten Adamzik.<\/p>\n<p>A Lausanne, la situation, bien que moins alarmante, n&rsquo;est pas rassurante non plus: une cinquantaine de nouveaux arrivants en 2005, contre une moyenne de 65 entre 2001 et 2004. A cela s&rsquo;ajoute le fait que bon nombre de ces \u00e9tudiants viennent de Suisse al\u00e9manique. \u00abDans les ann\u00e9es 1990, la r\u00e9unification avait remis l&rsquo;allemand \u00e0 la mode, dit Peter Utz, professeur d&rsquo;allemand \u00e0 Lausanne. Mais cela s&rsquo;est tass\u00e9, et nous ne participons plus \u00e0 la croissance g\u00e9n\u00e9rale.\u00bb<\/p>\n<p>Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette d\u00e9saffection. \u00abAu niveau gymnasial, l&rsquo;allemand est de moins en moins appuy\u00e9 par d&rsquo;autres langues grammaticalement proches, comme le latin ou le grec qui poss\u00e8dent \u00e9galement des cas\u00bb, avance Peter Utz. R\u00e9sultat: les \u00e9tudiants ont l&rsquo;impression qu&rsquo;ils ne ma\u00eetriseront jamais toutes les subtilit\u00e9s de la langue de Goethe, et s&rsquo;en d\u00e9tournent une fois leur maturit\u00e9 en poche. Comme on peut s&rsquo;y attendre, nombreux sont ceux qui lui pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;anglais, r\u00e9put\u00e9 plus facile &#8211; et surtout plus utile \u00e0 l&rsquo;heure de la globalisation.<\/p>\n<p>\u00abJe trouve d\u00e9solant que l&rsquo;allemand ait si mauvaise presse, poursuit Peter Utz. D&rsquo;ailleurs, il faut tordre le cou \u00e0 la rumeur selon laquelle seuls les germanophones peuvent suivre des \u00e9tudes d&rsquo;allemand. Il faudrait \u00e9galement r\u00e9habiliter la maturit\u00e9 bilingue, qui ne conna\u00eet pas le succ\u00e8s qu&rsquo;elle devrait, malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;elle est parfaitement adapt\u00e9e \u00e0 des candidats francophones.\u00bb<\/p>\n<p>La Suisse romande n&rsquo;est pourtant pas la seule r\u00e9gion touch\u00e9e par ce d\u00e9samour. \u00abC&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne que l&rsquo;on constate dans toute l&rsquo;Europe\u00bb, regrette Kirsten Admazik. <\/p>\n<p>Il n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;en Suisse, la question de l&rsquo;enseignement des langues trouve une r\u00e9sonance toute particuli\u00e8re, en raison de ses implications politiques. Et, justement, on observe un ph\u00e9nom\u00e8ne sym\u00e9trique de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la Sarine. \u00abL&rsquo;apprentissage du fran\u00e7ais en tant que premi\u00e8re langue \u00e9trang\u00e8re recule en Suisse al\u00e9manique, ce qui est peut-\u00eatre plus inqui\u00e9tant encore\u00bb, estime Peter Utz.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;historien Hans-Ulrich Jost, parfait bilingue et \u00e0 cheval entre les deux cultures, cette \u00e9volution n&rsquo;a rien de surprenant. \u00abL&rsquo;histoire des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s linguistiques en Suisse est pleine de mystifications, dit-il. La premi\u00e8re est de s&rsquo;imaginer que la Suisse serait plurilingue, ce qui en grande majorit\u00e9 est faux.<\/p>\n<p>L&rsquo;allemand n&rsquo;a jamais eu de place importante en Romandie. Moi-m\u00eame, en tant que Suisse allemand, je pensais en arrivant ici que la plupart des Romands parleraient allemand: j&rsquo;ai rapidement d\u00e9chant\u00e9. C&rsquo;est le fait d&rsquo;avoir v\u00e9cu aussi longtemps sur ce mythe qui cr\u00e9e aujourd&rsquo;hui cet effritement, le d\u00e9calage d\u00e9cevant entre fantasme et r\u00e9alit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Un danger pour la coh\u00e9sion du pays? Hans-Ulrich Jost ne croit pas que, en Suisse, la question des langues soit fermement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 nationale. \u00abJusqu&rsquo;\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, le sentiment nationaliste \u00e9tait officiellement valoris\u00e9, et le plurilinguisme \u00e9tait l&rsquo;un de ses arguments. Mais aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;espace r\u00e9f\u00e9rentiel des Suisses n&rsquo;a plus grand- chose \u00e0 voir avec l&rsquo;id\u00e9e de nation. Celle-ci s&rsquo;exprimerait plut\u00f4t sous forme r\u00e9gionale, comme on a pu le voir r\u00e9cemment avec l&rsquo;annonce de la cr\u00e9ation d&rsquo;une m\u00e9tropole zurichoise. Ce d\u00e9calage est donc in\u00e9vitable, selon moi.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir dans la dissolution? Comment, dans ce cas, \u00e9viter le repli des r\u00e9gions? \u00abEn fait de collaboration, je verrais plut\u00f4t la Romandie s&rsquo;ouvrir vers la France voisine, Annecy, Lyon, etc., si nous ne voulons pas devenir une banlieue de Zurich, poursuit Hans-Ulrich Jost. Une ouverture qui \u00e0 moyen ou long terme signifierait une dissolution de la Suisse telle que nous la connaissons. Apr\u00e8s tout, pourquoi pas?\u00bb<\/p>\n<p>Mais on n&rsquo;en n&rsquo;est pas encore l\u00e0, et pour l&rsquo;instant, la question en appelle d&rsquo;autres, notamment au niveau du secondaire. Si l&rsquo;universit\u00e9 produit de moins en moins de germanistes, le nombre de candidats pour les postes de professeurs d&rsquo;allemand va diminuer, et la qualit\u00e9 de l&rsquo;enseignement de cette langue \u00e9galement. Comment dit-on \u00abcercle vicieux\u00bb en allemand?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les universit\u00e9s de Gen\u00e8ve et Lausanne voient s&rsquo;effondrer le nombre d&rsquo;inscriptions en allemand. Un danger pour la coh\u00e9sion nationale? Pas forc\u00e9ment.<\/p>\n","protected":false},"author":19295,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-2148","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19295"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2148"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2148\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}