



{"id":2137,"date":"2006-07-31T00:00:00","date_gmt":"2006-07-30T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2137"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"soins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2137","title":{"rendered":"L\u2019incroyable succ\u00e8s des gu\u00e9risseurs"},"content":{"rendered":"<p>Une br\u00fblure douloureuse? Une entorse? Une verrue? Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 appeler le gu\u00e9risseur! Un conseil qui peut faire sourire. Mais les m\u00e9thodes de ces gens prodiguant des soins populaires, qualifi\u00e9es autrefois de recettes de grand-m\u00e8re, sont en train d&rsquo;effectuer un come-back ahurissant jusqu&rsquo;au coeur des grandes villes.<\/p>\n<p>L&rsquo;engouement est particuli\u00e8rement sensible dans les cantons catholiques (Jura, Valais, Fribourg). \u00abOn assiste \u00e0 une r\u00e9actualisation des croyances sous-jacentes dans ces zones marqu\u00e9es par l&rsquo;h\u00e9ritage culturel et religieux catholique, analyse Claude Grin, qui pr\u00e9pare une th\u00e8se sur l&rsquo;exorcisme \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;histoire de la m\u00e9decine de l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne. Il y a eu une coupure entre le monde traditionnel, o\u00f9 l&rsquo;on savait comment faire pour se prot\u00e9ger de la maladie, et le monde moderne. D\u00e9sormais, on red\u00e9couvre ces pratiques.\u00bb<\/p>\n<p>J\u00e9r\u00f4me Debons, auteur d&rsquo;un m\u00e9moire sur ce qu\u2019on appelle le \u00absecret\u00bb, rappelle pour sa part que certains cantons catholiques n&rsquo;ont jamais laiss\u00e9 tomber le gu\u00e9risseur. \u00abEn Valais, l&rsquo;arriv\u00e9e du m\u00e9decin au village ne remonte souvent qu&rsquo;aux ann\u00e9es 60. Avant, on s&rsquo;adressait au gu\u00e9risseur, qui \u00e9tait la premi\u00e8re arme des gens contre la maladie.\u00bb<\/p>\n<p>Mais la red\u00e9couverte des soins populaires est \u00e9galement \u00e0 mettre en relation avec la tendance New Age, et le succ\u00e8s croissant des m\u00e9decines parall\u00e8les depuis une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es. \u00abDans une soci\u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;individualisme, les patients sont \u00e0 la recherche d&rsquo;une solution globale \u00e0 leurs maux. Ils veulent l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique, mais sont aussi en qu\u00eate de sens. Ils vont donc combiner diff\u00e9rentes approches pour obtenir une r\u00e9ponse holistique \u00e0 leur souffrance, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une maladie grave ou chronique\u00bb, explique Ilario Rossi, professeur en anthropologie de la sant\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n<p>Le malade t\u00e2tonne, bricole sa prise en charge, jusqu&rsquo;\u00e0 se cr\u00e9er un \u00abbouquet\u00bb de m\u00e9thodes de gu\u00e9rison. Autre ph\u00e9nom\u00e8ne qui participe \u00e0 l&rsquo;engouement pour les gu\u00e9risseurs, l&rsquo;augmentation d&rsquo;une population migrante r\u00e9ceptive aux explications surnaturelles du malheur.<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;envo\u00fbtement ou la possession appartiennent au langage commun pour ces personnes\u00bb, note Claude Grin. A leur contact, les Suisses voient leur mani\u00e8re de concevoir la sant\u00e9 \u00e9voluer. Une ouverture d&rsquo;esprit qui explique le succ\u00e8s des gu\u00e9risseurs, dont les salles d&rsquo;attente ne d\u00e9semplissent plus. Tour d&rsquo;horizon des nouvelles pratiques en Suisse romande.<\/p>\n<p><b>Le \u00abfaiseur de secret\u00bb<\/b><br \/>\nLe \u00absecret\u00bb est une incantation, comportant des pri\u00e8res aux saints, que le gu\u00e9risseur prononce en pensant au malade. La consultation se d\u00e9roule par t\u00e9l\u00e9phone et le \u00abfaiseur de secret\u00bb ignore l&rsquo;identit\u00e9 du bless\u00e9. Il soigne gratuitement. Le \u00absecret\u00bb se transmet au sein d&rsquo;une m\u00eame famille ou \u00e0 une connaissance. Il sert \u00e0 gu\u00e9rir les verrues, les entorses, les lumbagos et l&rsquo;ecz\u00e9ma ou \u00e0 stopper les h\u00e9morragies. Il att\u00e9nue aussi la douleur des br\u00fblures, d&rsquo;o\u00f9 le surnom de \u00abcoupeurs de feu\u00bb.<\/p>\n<p><b>Le rebouteux<\/b><br \/>\nSouvent associ\u00e9 aux ost\u00e9opathes ou aux chiropraticiens, le rebouteux soigne par l&rsquo;imposition des mains sur l&rsquo;endroit meurtri. Il sent la douleur et peut alors y rem\u00e9dier en remettant en place le syst\u00e8me musculaire et osseux. Il pr\u00e9tend gu\u00e9rir les fractures, luxations et autres douleurs des membres ou du dos. Le rebouteux soigne \u00e9galement les animaux (chevaux, vaches). Il r\u00e9clame parfois un paiement pour ses soins, mais ses prestations ne sont pas rembours\u00e9es par l&rsquo;assurance maladie.<\/p>\n<p><b>Les cultes protestants de la gu\u00e9rison<\/b><br \/>\nPratiqu\u00e9s par diff\u00e9rentes Eglises protestantes, ces cultes ont pour but de soigner les maux &#8212; physiques ou psychiques &#8212; du croyant par des pri\u00e8res et une imposition des mains au cours d&rsquo;un c\u00e9r\u00e9monial collectif. Ils peuvent prendre la forme de gu\u00e9risons miraculeuses chez les \u00e9vang\u00e9liques ou de simples \u00abc\u00e9l\u00e9brations pour les fatigu\u00e9s et les charg\u00e9s\u00bb dans l&rsquo;Eglise r\u00e9form\u00e9e. Des \u00abchambres de la gu\u00e9rison\u00bb proposent en outre aux fid\u00e8les un entretien et des pri\u00e8res de gu\u00e9rison individuels avec un pasteur. Tous ces soins sont gratuits.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;exorciste<\/b><br \/>\nOfficiellement nomm\u00e9s par l&rsquo;Eglise catholique, les exorcistes sont des pr\u00eatres ou des abb\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9s dans le traitement des personnes qui s&rsquo;estiment poss\u00e9d\u00e9es. Apr\u00e8s analyse du cas, si les soup\u00e7ons sont av\u00e9r\u00e9s, on proc\u00e8de \u00e0 un \u00abpetit exorcisme\u00bb qui prend la forme de pri\u00e8res de d\u00e9livrance. Suite \u00e0 cela, on peut effectuer un \u00abgrand exorcisme\u00bb, une proc\u00e9dure plus lourde qui implique que l&rsquo;exorciste s&rsquo;adresse directement au D\u00e9mon. Ce second cas est cependant extr\u00eamement rare. Ces deux prestations sont gratuites.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Le secret dans le Jura<\/b><\/p>\n<p>Premier arr\u00eat dans les Franches-Montagnes. Nich\u00e9s entre les champs vallonn\u00e9s, on trouve des hameaux aux noms romantiques: La Chaux-d&rsquo;Abel, La Large-Journ\u00e9e, Le Creux-des-Biches. C&rsquo;est dans ce coin de pays, impr\u00e9gn\u00e9 de catholicisme mais aussi de croyances pr\u00e9chr\u00e9tiennes, que pratique Erika (nom fictif), 73 ans et \u00abfaiseuse de secret\u00bb depuis pr\u00e8s de cinquante ans, qui pr\u00e9f\u00e8re ne pas r\u00e9v\u00e9ler son identit\u00e9 pour ne pas \u00eatre submerg\u00e9e d&rsquo;appels.<\/p>\n<p>Elle habite une petite maison blanche en bordure du village et re\u00e7oit dans une \u00abpetite chambre sp\u00e9ciale\u00bb, d\u00e9cor\u00e9e d&rsquo;images bibliques. \u00abJ&rsquo;\u00e9coute la personne me raconter son mal, puis je fais ma pri\u00e8re\u00bb, explique-t-elle. Elle poss\u00e8de le \u00absecret\u00bb qui soigne les br\u00fblures, les verrues, les h\u00e9morragies, les entorses et les maux de dos. Il lui a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9 par son beau-p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;avais 25 ans, j&rsquo;\u00e9tais encore trop jeune. Je l&rsquo;ai transmis \u00e0 mon mari, plus \u00e2g\u00e9, qui a exerc\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort il y a trois ans.\u00bb Depuis, elle a repris son \u00abminist\u00e8re\u00bb et les demandes affluent. Justement, le t\u00e9l\u00e9phone sonne. \u00abQuel est votre nom et o\u00f9 habitez-vous?\u00bb demande-t-elle, avant de s&rsquo;enqu\u00e9rir de la nature du mal, du psoriasis dans ce cas pr\u00e9cis. \u00abJe fais quelque chose pour vous, tout de suite. Et si cela ne va pas mieux, rappelez-moi dans deux jours\u00bb, conclut-elle.<\/p>\n<p>En une demi-heure, elle recevra pas moins de sept appels t\u00e9l\u00e9phoniques du m\u00eame genre. Elle accueille \u00e9galement au moins une personne par jour pour une consultation en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate. \u00abJe ne fais pas de publicit\u00e9, les gens se transmettent mon nom par le bouche \u00e0 oreille. Je ne force pas les gens \u00e0 venir, c&rsquo;est \u00e0 eux de prendre la d\u00e9cision de me consulter.\u00bb<\/p>\n<p>Parfois, sa t\u00e2che lui p\u00e8se: \u00abCela me prend beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie, il faut \u00eatre disponible \u00e0 toute heure, m\u00eame au milieu de la nuit. La vie priv\u00e9e n&rsquo;existe pas pour moi, je ne suis pas une femme comme les autres.\u00bb Mais elle n&rsquo;envisage pas d&rsquo;arr\u00eater pour autant. \u00abJe n&rsquo;arrive pas \u00e0 me lib\u00e9rer du secret. Et puis les gens ont besoin de moi.\u00bb<\/p>\n<p>Un jour pourtant, elle transmettra son secret \u00e0 l&rsquo;une de ses trois filles. Se voit-elle comme un interm\u00e9diaire entre Dieu et le malade? \u00abEn quelque sorte, oui. Sans la foi je ne pourrais rien faire, cela ne marcherait pas.\u00bb Les gens du village et le cur\u00e9 local ne s&rsquo;offusquent pas de ses pratiques. Dans le Jura, on a l&rsquo;habitude des \u00abcoupeurs de feu\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abDans le temps, il n&rsquo;y avait pas beaucoup de m\u00e9decins dans ce coin de fermes isol\u00e9es. Alors, on se d\u00e9brouillait comme on pouvait, avec des plantes ou avec le secret.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Le rebouteux d&rsquo;Aigle<\/b><\/p>\n<p>Prochaine \u00e9tape \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du Valais, contr\u00e9e connue pour ses affinit\u00e9s avec le surnaturel. Sur la porte de l&rsquo;immeuble, au centre d&rsquo;Aigle, une plaque dor\u00e9e: \u00abRaymond Derameru, masseur-rebouteux, 30 ans d&rsquo;exp\u00e9rience\u00bb. Tout de blanc v\u00eatu, il re\u00e7oit chez lui, dans une pi\u00e8ce am\u00e9nag\u00e9e en cabinet et orn\u00e9e d&rsquo;une grande image du Christ. Il soigne tous les maux du syst\u00e8me osseux ou musculaire: sciatiques, lumbagos, entorses, torticolis.<\/p>\n<p>\u00abJe regarde ce qui est tordu, je passe ma main dessus, puis je le remets en place.\u00bb S&rsquo;il a suivi une formation de physioth\u00e9rapeute, il dit que sa facult\u00e9 de soigner \u00abne s&rsquo;apprend pas, c&rsquo;est un don\u00bb. Et il ajoute que celui qui n&rsquo;a jamais soign\u00e9 un animal \u00abn&rsquo;est pas un vrai rebouteux\u00bb. \u00abCe que je fais est proche du secret, la seule diff\u00e9rence est que j&rsquo;utilise mes mains et les fluides qu&rsquo;elles transmettent.\u00bb<\/p>\n<p>Il pense avoir toujours eu son don mais ne l&rsquo;a d\u00e9couvert qu&rsquo;\u00aben 1973 ou en 74\u00bb. Il ne sait pas d&rsquo;o\u00f9 il le tient. \u00abPeut-\u00eatre d&rsquo;un membre de ma famille, qui pratiquait lui aussi. Ou alors du patron, l\u00e0-haut\u00bb, dit-il en levant les yeux au ciel. Lorsqu&rsquo;il se d\u00e9couvre rebouteux, il est arbitre de foot et ses premiers patients sont donc des joueurs. Une proximit\u00e9 avec le monde sportif qu&rsquo;il continue de cultiver. \u00abJe soigne les cyclistes, les footballeurs, les coureurs.\u00bb<\/p>\n<p>Au mur sont accroch\u00e9es des photos d\u00e9dicac\u00e9es du cycliste Laurent Dufaux et de l&rsquo;ancien champion de biathlon Jean-Marc Chabloz, ses clients. Il facture ses consultations 50 francs et re\u00e7oit plusieurs personnes par jour. Les gens viennent de loin: Gen\u00e8ve, Sion, Fribourg. Et lui de constater: \u00abIl n&rsquo;y a plus beaucoup de rebouteux. La plupart sont vieux et certains ont cess\u00e9 de pratiquer.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Culte \u00e9vang\u00e9lique dans le Gros-de-Vaud<\/b><\/p>\n<p>La petite ville d&rsquo;Oron, au coeur du Gros-de-Vaud, abrite le si\u00e8ge europ\u00e9en de l&rsquo;Association internationale des minist\u00e8res de gu\u00e9rison, un courant n\u00e9 aux Etats-Unis \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Plusieurs cultes de la gu\u00e9rison ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu en Suisse romande, rassemblant \u00e0 chaque fois plusieurs milliers de fid\u00e8les. Des c\u00e9r\u00e9monies enfi\u00e9vr\u00e9es au cours desquelles on prie collectivement pour les malades et on c\u00e9l\u00e8bre les gu\u00e9risons miraculeuses.<\/p>\n<p>Mais en temps normal, l&rsquo;Eglise \u00e9vang\u00e9lique d&rsquo;Oron accueille des consultations moins th\u00e9\u00e2trales. Une fois par semaine, les fid\u00e8les peuvent solliciter un entretien avec un groupe de pri\u00e8re afin de tenter de gu\u00e9rir un mal particulier. Les malades sont re\u00e7us &#8212; gratuitement &#8212; dans ces chambres de la gu\u00e9rison par une \u00e9quipe de deux ou trois prieurs pour une dur\u00e9e de trente minutes et \u00abpeuvent revenir chaque semaine s&rsquo;ils le d\u00e9sirent\u00bb, relate le pasteur Werner Lehmann, en charge de la chambre d&rsquo;Oron.<\/p>\n<p>De temps \u00e0 autre, l&rsquo;un des prieurs re\u00e7oit \u00abune pens\u00e9e de Dieu\u00bb, une intuition qui lui indique l&rsquo;origine du mal (probl\u00e8me dans l&rsquo;enfance, difficult\u00e9s de couple). Pour juger les progr\u00e8s du malade, une grille d&rsquo;\u00e9valuation a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e. \u00abParfois les changements sont rapides, parfois la maladie \u00e9volue plus lentement\u00bb, raconte le pasteur. Il attribue ces gu\u00e9risons \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour Dieu de \u00abconfirmer son message\u00bb par des actes concrets dans une soci\u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par la multiplication des croyances.<\/p>\n<p>En ce vendredi de juillet, Anne (nom fictif) est venue faire soigner un mal de dos et de t\u00eate chronique depuis un accident il y a quatorze ans. Elle a consult\u00e9 de nombreux gu\u00e9risseurs et m\u00e9decins &#8212; sans succ\u00e8s &#8212; avant de se tourner vers la chambre de gu\u00e9rison d&rsquo;Oron il y a deux ans.<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;assied entre les pasteurs Lehmann et son adjoint Blaise Thomy, puis commence la pri\u00e8re. Elle raconte ses douleurs \u00e0 la hanche, \u00e0 la t\u00eate et demande \u00e0 Dieu de \u00abchasser les esprits d&rsquo;infirmit\u00e9 et de maladie\u00bb. Le pasteur Lehmann lui pose la main sur l&rsquo;\u00e9paule tout en chuchotant une pri\u00e8re. Le pasteur Thomy se met \u00e0 son tour \u00e0 prier \u00e0 haute voix, en posant une main sur son autre \u00e9paule. Il invoque la pr\u00e9sence de Dieu et ordonne \u00e0 la maladie de \u00abquitter son corps\u00bb.<\/p>\n<p>La main du pasteur Lehmann se pose alors sur la t\u00eate d&rsquo;Anne et il demande \u00e0 Dieu de \u00abbriser la mal\u00e9diction et de restaurer son corps\u00bb. Elle entrouvre les mains et dirige ses paumes vers le plafond. \u00abAmen\u00bb, la consultation est termin\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>L&rsquo;exorciste lausannois<\/b><\/p>\n<p>A l&rsquo;approche de la maison blanche aux volets bleus orn\u00e9e de g\u00e9raniums, on imagine mal le lieu de travail d&rsquo;un exorciste. L&rsquo;abb\u00e9 Jean Marmy, officiellement nomm\u00e9 \u00e0 ce minist\u00e8re par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Lausanne, Gen\u00e8ve et Fribourg il y a une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es, re\u00e7oit dans ce quartier paisible de Lausanne les personnes qui s&rsquo;estiment poss\u00e9d\u00e9es et qui requi\u00e8rent cette forme de gu\u00e9rison incantatoire que l&rsquo;on appelle exorcisme.<\/p>\n<p>\u00abJe laisse les gens parler. Pendant ce temps, j&rsquo;analyse les donn\u00e9es qu&rsquo;ils me fournissent.\u00bb Il distingue divers degr\u00e9s dans l&rsquo;activit\u00e9 du Diable: l&rsquo;infestation, l&rsquo;obsession et la possession. Face \u00e0 cela, on peut faire soit un petit exorcisme, des pri\u00e8res de d\u00e9livrance o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;adresse \u00e0 Dieu, soit un grand exorcisme, o\u00f9 l&rsquo;on demande au D\u00e9mon de quitter le corps de la personne poss\u00e9d\u00e9e. Mais l&rsquo;abb\u00e9 Marmy insiste sur l&rsquo;extr\u00eame ra-ret\u00e9 de ces occurrences. \u00abLe Diable est plus malin que cela. Il a d&rsquo;autres moyens d&rsquo;intervenir.\u00bb<\/p>\n<p>Lui n&rsquo;a pratiqu\u00e9 le grand exorcisme qu&rsquo;une seule fois, m\u00eame s&rsquo;il re\u00e7oit entre trois et six demandes par semaine. \u00abIl s&rsquo;agissait de la femme d&rsquo;un pasteur qui souffrait de spasmes et \u00e9tait tr\u00e8s perturb\u00e9e. J&rsquo;ai pratiqu\u00e9 l&rsquo;exorcisme tel que pr\u00e9vu par la liturgie, mais il n&rsquo;a pas fonctionn\u00e9. C&rsquo;est la preuve qu&rsquo;il fallait faire autre chose.\u00bb<\/p>\n<p>Il invite donc \u00e0 une extr\u00eame prudence: \u00abDe nombreuses personnes cherchent une issue magique \u00e0 leurs probl\u00e8mes \u00e0 travers les rites religieux. Paradoxalement, moi, je suis assez cart\u00e9sien.\u00bb<\/p>\n<p>En revanche, il dit \u00eatre moins rationnel avec les personnes qui ont un pass\u00e9 animiste ou vaudou. \u00abJ&rsquo;ai effectu\u00e9 une c\u00e9l\u00e9bration de d\u00e9livrance avec un jeune de 17 ans du Nord vaudois qui pratiquait la sorcellerie. \u00c7a l&rsquo;a lib\u00e9r\u00e9.\u00bb Pour \u00e9viter les exc\u00e8s, le Vatican a r\u00e9vis\u00e9 le rituel des exorcismes d\u00e9but 1999, pr\u00e9conisant la prudence dans la d\u00e9tection des cas de possession et conseillant de consulter un psychiatre.<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;exorcisme est une pratique relativement r\u00e9cente. Il ne date que du haut Moyen Age\u00bb, rel\u00e8ve l&rsquo;homme de foi. Mais l&rsquo;engouement qu&rsquo;il suscite est universel: \u00abIl appartient \u00e0 l&rsquo;humain d&rsquo;\u00eatre interpell\u00e9 par l&rsquo;invisible.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>En Suisse, le \u00absecret\u00bb entre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital<\/b><\/p>\n<p>On peut s&rsquo;en \u00e9tonner: les m\u00e9decines et les h\u00f4pitaux romands font preuve d&rsquo;une grande ouverture \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des pratiques de gu\u00e9rison parareligieuses. Allant jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en relation leurs patients avec ces soigneurs. Une situation unique en Europe.<\/p>\n<p>\u00abEn Suisse, il y a une forme de tol\u00e9rance de la m\u00e9decine officielle vis-\u00e0-vis des pratiques traditionnelles. Les h\u00f4pitaux tiennent fr\u00e9quemment \u00e0 disposition des patients des listes de gu\u00e9risseurs. On ne verrait jamais cela en France ou en Italie\u00bb, rel\u00e8ve la chercheuse lausannoise Silvia Mancini, sp\u00e9cialiste des pratiques religieuses transversales et marginalis\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00abEn fait, le pays se caract\u00e9rise par une coexistence de diff\u00e9rents syst\u00e8mes m\u00e9dicaux: la pratique scientifique, les m\u00e9decines parall\u00e8les (hom\u00e9opathie, acupuncture, etc.) et les soins populaires ou traditionnels, compl\u00e8te Ilario Rossi, professeur en anthropologie de la sant\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne. Les m\u00e9decins s&rsquo;int\u00e9ressent de plus en plus \u00e0 ces deux derniers types de pratique, au fur et \u00e0 mesure que cro\u00eet l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des patients pour ces soins.\u00bb<\/p>\n<p>Jacques de Haller, pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration des m\u00e9decins suisses (FMH), confirme: \u00abLes h\u00f4pitaux pratiquent une m\u00e9decine de premier recours, dans des conditions de grande d\u00e9tresse et d&rsquo;incertitude, et n&rsquo;ont donc pas r\u00e9ponse \u00e0 tout. Si une solution existe &#8212; et manifestement il y a des gens que les gu\u00e9risseurs aident &#8211;, il serait idiot de ne pas y recourir.\u00bb<\/p>\n<p>Dans la pratique, presque tous les h\u00f4pitaux romands poss\u00e8dent des listes de faiseurs de secret qu&rsquo;ils mettent \u00e0 disposition des patients. Elles se trouvent en g\u00e9n\u00e9ral aux urgences ou dans les services d&rsquo;oncologie.<\/p>\n<p>\u00abIl nous arrive de faire appel \u00e0 des coupeurs de feu, particuli\u00e8rement chez les victimes de br\u00fblures, sans toutefois que le m\u00e9decin joue un r\u00f4le d&rsquo;interm\u00e9diaire direct, indique Fran\u00e7ois Sarasin, m\u00e9decin-chef de l&rsquo;unit\u00e9 de m\u00e9decine interne \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital universitaire de Gen\u00e8ve (HUG). Nous sommes donc assez loin de la rigueur scientifique que l&rsquo;on nous attribue.\u00bb<\/p>\n<p>Au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) \u00e0 Lausanne, on travaille \u00e9galement avec le \u00absecret\u00bb. \u00abCela calme les gens, ce qui est d\u00e9j\u00e0 \u00e9norme\u00bb, note Mette Berger, responsable du service des grands br\u00fbl\u00e9s.<\/p>\n<p>M\u00eame son de cloche \u00e0 Sion: \u00abNous avons une liste de faiseurs de secret dissimul\u00e9e derri\u00e8re un panneau. Elle existe depuis dix-sept ans et ne porte pas l&rsquo;en-t\u00eate officiel de l&rsquo;h\u00f4pital\u00bb, indique Daniel Fischman, m\u00e9decin-chef des urgences. Le fait d&rsquo;y recourir d\u00e9coule de l&rsquo;initiative et des convictions personnelles du personnel, pr\u00e9cise-t-il. Une r\u00e8gle toutefois: le \u00absecret\u00bb ne doit en aucun cas interf\u00e9rer avec les soins prodigu\u00e9s par l&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Les h\u00f4pitaux de Fribourg et de Sierre reconnaissent, eux aussi, d\u00e9tenir une liste de \u00abfaiseurs de secret\u00bb. A la Clinique de Genolier (VD), le responsable du service de radiooncologie, Dominique-Pierre Schneider, propose r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 ses patients, lors de la premi\u00e8re visite, de leur fournir le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone d&rsquo;un gu\u00e9risseur.<\/p>\n<p>Le Centre de la Corbi\u00e8re, \u00e0 Estavayer-le-Lac (FR), sp\u00e9cialis\u00e9 dans les m\u00e9decines compl\u00e9mentaires, a \u00e9galement une liste de gu\u00e9risseurs. \u00abNous avons constat\u00e9 que le secret est efficace pour les br\u00fblures et les verrues et la reboutologie pour les probl\u00e8mes de lumbago\u00bb, confirme Fran\u00e7ois Choffat, le responsable m\u00e9dical du centre.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la m\u00e9decine officielle pour ces pratiques ancestrales s&rsquo;exprime jusque dans la formation du corps soignant. Andr\u00e9 B\u00e9day et Charles Chalverat ont ainsi r\u00e9alis\u00e9 deux films sur le \u00absecret\u00bb &#8212; \u00abVoie parall\u00e8le\u00bb (1986) et \u00abLe don redonn\u00e9\u00bb (1999) &#8211;, pr\u00e9sent\u00e9s aux \u00e9tudiants en m\u00e9decine pour les sensibiliser \u00e0 ces pratiques.<\/p>\n<p>\u00abIl y a une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, les gu\u00e9risseurs \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des charlatans, mais aujourd&rsquo;hui, les milieux m\u00e9dicaux sont convaincus de leur utilit\u00e9, tout comme ils se sont ouverts aux m\u00e9decines parall\u00e8les\u00bb, note Andr\u00e9 B\u00e9day.<\/p>\n<p>Les gu\u00e9risseurs confirment cette tendance. \u00abLes m\u00e9decins, les dermatologues et les h\u00f4pitaux de Gen\u00e8ve, de La Chaux-de-Fonds et de Del\u00e9mont m&rsquo;envoient souvent des gens. Les pharmacies en ville conseillent aussi aux personnes qui viennent acheter du produit contre les verrues de m&rsquo;appeler\u00bb, indique une \u00abfaiseuse de secret\u00bb jurassienne. \u00abUn h\u00f4pital valaisan m&rsquo;appelle plus d&rsquo;une fois par mois pour stopper des h\u00e9morragies\u00bb, raconte pour sa part Roger, un gu\u00e9risseur fribourgeois.<\/p>\n<p>Les rebouteux sont \u00e9galement sollicit\u00e9s, m\u00eame si cela se fait moins ouvertement. \u00abLorsque je sens qu&rsquo;il y a une fracture, j&rsquo;envoie le bless\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Il m&rsquo;arrive alors de m&rsquo;entretenir du patient avec le radiologue\u00bb, d\u00e9crit Raymond Derameru, rebouteux \u00e0 Aigle. Sans compter les nombreux m\u00e9decins qui viennent chez lui pour se faire soigner d&rsquo;une sciatique ou d&rsquo;un lumbago. \u00abSouvent, quand je les croise dans la rue, ils deviennent tout rouges\u00bb, sourit-il.<\/p>\n<p>Les rapports entre le monde rationnel de la m\u00e9decine et celui des soins populaires ne sont donc pas aussi d\u00e9complex\u00e9s qu&rsquo;ils le semblent au premier abord. Ils peuvent m\u00eame devenir conflictuels.<\/p>\n<p>L&rsquo;H\u00f4pital de Porrentruy a ainsi fait retirer la liste de faiseurs de secret qui circulait aux urgences, \u00e0 l&rsquo;initiative de son m\u00e9decin-chef Marc Worreth, qui dit avoir ces pratiques en horreur. \u00abJe suis croyant et les gu\u00e9risseurs n&rsquo;entrent pas dans le plan de Dieu. Ce sont mes convictions, je ne les impose pas, mais si les gens viennent se faire soigner \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, je ne vais pas leur proposer le secret.\u00bb<\/p>\n<p>Le Dr Marc Worreth affirme avoir \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 en haut lieu m\u00e9dical pour avoir fait retirer la liste des faiseurs de secret. \u00abC&rsquo;est un sujet auquel les gens tiennent beaucoup dans le Jura\u00bb, glisse-t-il.<\/p>\n<p>Plus tabou encore, le recours \u00e0 un exorciste par les \u00e9tablissements psychiatriques. Les \u00e9changes existent pourtant. \u00abUn certain nombre de psychiatres, eux-m\u00eames croyants ou avec un int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;ethnopsychiatrie, sont sensibles \u00e0 ces questions religieuses et vont les utiliser \u00e0 des fins th\u00e9rapeutiques, recommandant \u00e0 leurs patients de consulter un exorciste dans certains cas\u00bb, dit Claude Grin, qui pr\u00e9pare une th\u00e8se sur l&rsquo;exorcisme \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n<p>Certaines cliniques psychiatriques &#8212; Cery (VD), Bellelay (BE) &#8212; y auraient ainsi recours pour les cas de grands d\u00e9lires de possession diabolique. Le Dr Eric Bonvin, qui exerce \u00e0 la clinique valaisanne de Mal\u00e9voz, collabore parfois avec les pr\u00eatres exorcistes.<\/p>\n<p>\u00abLa souffrance psychologique est quelque chose de tr\u00e8s intime et subjectif. Lorsque quelqu&rsquo;un a un sentiment de possession, je ne vais pas simplement lui dire qu&rsquo;il d\u00e9lire, je vais faire intervenir la personne comp\u00e9tente pour cela: le pr\u00eatre exorciste.\u00bb<\/p>\n<p>Face au discours m\u00e9dical \u00abfroid\u00bb, ce dernier pourra peut-\u00eatre donner sens \u00e0 la maladie d&rsquo;une autre mani\u00e8re, pense le Dr Eric Bonvin. Il conc\u00e8de toutefois que cette pratique n&rsquo;est pas tr\u00e8s courante aupr\u00e8s des psychiatres: \u00abIl y a un a priori condescendant envers les explications religieuses.\u00bb L&rsquo;abb\u00e9 Jean Marmy, exorciste dans le canton de Vaud, s&rsquo;entretient, lui, r\u00e9guli\u00e8rement avec le psychiatre lausannois G\u00e9rard Salem et il arrive que les deux hommes travaillent ensemble, \u00abavec l&rsquo;accord du patient\u00bb.<\/p>\n<p>Des rencontres \u00e0 trois sont alors organis\u00e9es. L&rsquo;abb\u00e9 est \u00e9galement le pr\u00eatre r\u00e9pondant pour la clinique de Cery. \u00abLes m\u00e9decins sont en g\u00e9n\u00e9ral ouverts \u00e0 la collaboration, certains sont tr\u00e8s chr\u00e9tiens\u00bb, dit Jean Marmy.<\/p>\n<p>L&rsquo;Eglise protestante observe aussi de telles collaborations \u00e0 travers ses cultes de la gu\u00e9rison. \u00abIl n&rsquo;est pas rare que des m\u00e9decins et certains h\u00f4pitaux nous envoient des patients\u00bb, note Jean-Luc Trachsel, pr\u00e9sident pour l&rsquo;Europe de l&rsquo;Association internationale des minist\u00e8res de gu\u00e9rison, qui a son si\u00e8ge \u00e0 Oron (VD).<\/p>\n<p>Ces rites protestants interviennent \u00e9galement au sein m\u00eame des \u00e9tablissements m\u00e9dicaux. Ursula Tissot, qui a pratiqu\u00e9 des cultes de la gu\u00e9rison dans le Jura bernois, se rappelle que lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait aum\u00f4nier dans un h\u00f4pital neuch\u00e2telois, il lui est arriv\u00e9 de pratiquer des pri\u00e8res de gu\u00e9rison avec imposition des mains pour des patients qui le r\u00e9clamaient. \u00abParfois m\u00eame, le personnel m\u00e9dical me sollicitait pour aller voir un malade.\u00bb Qu&rsquo;ils invoquent une gu\u00e9rison r\u00e9elle ou un effet placebo, la plupart des m\u00e9decins laissent donc la porte ouverte \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>L&rsquo;\u00e9glise diabolise les gu\u00e9risseurs<\/b><\/p>\n<p>Les protestants \u00e9vang\u00e9liques et les catholiques rejettent violemment les pratiques des faiseurs de secret et des rebouteux. Ils y voient une \u00e9manation du Diable et recommandent \u00e0 leurs fid\u00e8les de se tenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de ces m\u00e9decines ancestrales.<\/p>\n<p>Ils sont pr\u00e8s de 200, entass\u00e9s dans la salle communale lou\u00e9e pour l&rsquo;occasion au sous-sol d&rsquo;un immeuble lausannois. Un public de paroissiens en majorit\u00e9, venu \u00e9couter le r\u00e9cit de Jacqueline Fr\u00e9sard-Munsch. L&rsquo;oratrice du jour, invit\u00e9e par l&rsquo;Eglise \u00e9vang\u00e9lique locale, est une ancienne faiseuse de secret. Elle est venue raconter comment ce \u00abdon\u00bb lui a pourri la vie. Elle pense avoir \u00e9t\u00e9 envo\u00fbt\u00e9e, poss\u00e9d\u00e9e m\u00eame, et veut mettre en garde les fid\u00e8les contre les dangers de ces pratiques \u00aboccultes\u00bb.<\/p>\n<p>Originaire de Bassecourt dans le Jura, elle a pratiqu\u00e9 le secret contre l&rsquo;arthrose, les verrues et les br\u00fblures pendant une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es. Pendant cette p\u00e9riode, elle affirme n&rsquo;avoir plus eu de paix int\u00e9rieure. Pire, elle raconte avoir \u00abquitt\u00e9 son corps plusieurs fois\u00bb, avoir \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e \u00e0 deux reprises et avoir eu des pulsions de suicide.<\/p>\n<p>\u00abLe secret est l&rsquo;oeuvre de Satan, les personnes qui le pratiquent sont instrumentalis\u00e9es par le D\u00e9mon\u00bb, proclame-t-elle aujourd&rsquo;hui. Elle en veut pour preuve le fait que le secret contre les br\u00fblures commence par l&rsquo;incantation \u00abFeu de l&rsquo;enfer\u00bb. Depuis lors, Jacqueline Fr\u00e9sard-Munsch a reni\u00e9 son savoir de gu\u00e9risseuse et dit avoir retrouv\u00e9 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la religion.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage &#8212; et sa mise en sc\u00e8ne dans un cadre paroissial &#8212; est caract\u00e9ristique de l&rsquo;hostilit\u00e9, voire de la parano\u00efa, affich\u00e9e par l&rsquo;Eglise face aux pratiques relevant de la m\u00e9decine populaire qui se r\u00e9clame pourtant d&rsquo;une filiation religieuse.<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;Eglise est tr\u00e8s m\u00e9fiante face \u00e0 ces personnes qui sont cens\u00e9es avoir un don pour soulager les autres. Elle n&rsquo;accepte que les \u00ab\u00a0miracles\u00a0\u00bb qui proviennent de Dieu, cens\u00e9 contr\u00f4ler toute la nature. L&rsquo;homme ne peut pas prendre sa place\u00bb, rel\u00e8ve J\u00e9r\u00f4me Debons, auteur d&rsquo;un m\u00e9moire sur le secret \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne. Une animosit\u00e9 aviv\u00e9e par la propension du gu\u00e9risseur \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 d&rsquo;autres sources de pouvoir: religions orientales, pratiques pr\u00e9chr\u00e9tiennes, m\u00e9decine naturelle.<\/p>\n<p>Michel Fehr, rebouteux \u00e0 Yverdon, confirme: \u00abPour l&rsquo;Eglise, nous sommes des \u00e9manations directes du D\u00e9mon. Pour peu que l&rsquo;on utilise un pendule, on nous catalogue imm\u00e9diatement comme d\u00e9moniaques.\u00bb<\/p>\n<p>Les protestants \u00e9vang\u00e9liques sont les plus virulents. \u00abLes gu\u00e9risseurs nous posent un probl\u00e8me de foi: celui qui soigne, ce n&rsquo;est pas le gu\u00e9risseur mais Dieu. Et la pri\u00e8re ne doit pas \u00eatre de l&rsquo;ordre du magique ou du rituel, comme c&rsquo;est le cas chez les faiseurs de secret. C&rsquo;est une relation personnelle avec Dieu\u00bb, souligne ainsi Jean-Paul Z\u00fcrcher, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Alliance \u00e9vang\u00e9lique romande.<\/p>\n<p>Les catholiques ne sont pas non plus tendres avec les faiseurs de secret. \u00abGu\u00e9rir quelqu&rsquo;un avec ses mains n&rsquo;est pas catholique, l&rsquo;Eglise ne le tol\u00e8re pas, tonne ainsi Mario Galgano, porte-parole de la Conf\u00e9rence suisse des \u00e9v\u00eaques. Les hommes ne peuvent pas accomplir de miracles, seul Dieu le peut.\u00bb Pour gu\u00e9rir, l&rsquo;Eglise catholique recommande plut\u00f4t la pri\u00e8re ou la m\u00e9ditation, souligne-t-il encore.<\/p>\n<p>Chez les protestants, en revanche, on fait preuve de davantage de tol\u00e9rance. \u00abPour les Eglises r\u00e9form\u00e9es, le souffle de Dieu reste insaisissable et agit en des endroits surprenants, relativise Simon Webel, porte-parole de la F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9glises protestantes de Suisse. De plus, il n&rsquo;y a aucun r\u00e9cit dans la Bible o\u00f9 le Diable ferait quelque chose de mal sous l&rsquo;apparence du bien.\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rebouteux et \u00abfaiseurs de secret\u00bb font l&rsquo;objet d&rsquo;un v\u00e9ritable engouement aupr\u00e8s de certains patients. H\u00f4pitaux et m\u00e9decins n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 faire appel \u00e0 leurs services. 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