



{"id":2128,"date":"2006-07-17T00:00:00","date_gmt":"2006-07-16T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2128"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"histoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2128","title":{"rendered":"Grosse pomme, ballon rond et boule disco"},"content":{"rendered":"<p>Qu\u2019y a-t-il donc en commun entre Pel\u00e9, Mick Jagger et l\u2019empire m\u00e9diatique Warner? Entre Franz Beckenbauer, Henry Kissinger et le mythique Studio 54?<\/p>\n<p>R\u00e9ponse: le Cosmos de New York, club de football aussi glamour qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, qui fit vibrer le tout New York \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70. Et dont l\u2019histoire mouvement\u00e9e est relat\u00e9e par un documentaire qui vient de sortir en salle outre-Atlantique.<\/p>\n<p>\u00ab<a href=http:\/\/www.onceinalifetimemovie.co.uk\/ target=_blank class=std>Once In A Lifetime: The Extraordinary Story of the New York Cosmos<\/a>\u00bb traite en effet d\u2019une parenth\u00e8se \u00e0 peine croyable et largement oubli\u00e9e de l\u2019histoire de la Grande Pomme et du sport am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Entre 1975 et 1980, le soccer  s\u2019imposait bri\u00e8vement comme le sport le plus en vogue de la ville, et les Cosmos, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une pl\u00e9iade de stars du football mondial en fin de carri\u00e8re, faisaient figure d\u2019attraction \u00e0 la mode pour c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. En se distinguant aussi bien sur les terrains d\u2019Am\u00e9rique du Nord que sur les plus fameuses pistes de danse du moment. Les Cosmos de New York, c\u2019\u00e9tait le ballon rond et les boules disco plac\u00e9es sur une m\u00eame orbite.<\/p>\n<p>Rien ne laissait pourtant pr\u00e9sager un tel engouement.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, les Cosmos vivotent au sein d\u2019un championnat professionnel nord-am\u00e9ricain, la NASL, moribond et peu suivi. Ils sont condamn\u00e9s \u00e0 \u00e9voluer devant des affluences confidentielles dans un stade d\u00e9labr\u00e9 de Randall\u2019s Island, entre Manhattan et le Bronx.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la presse, elle n\u2019a que faire du soccer, qu\u2019elle rel\u00e8gue \u00e0 la rubrique des chiens \u00e9cras\u00e9s. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que le journaliste David Hirschey, aujourd\u2019hui \u00e9diteur ex\u00e9cutif de HarperCollins Publishers et grand sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9pop\u00e9e des Cosmos de New York, entame sa carri\u00e8re<br \/>\n.<br \/>\nLorsqu\u2019il se pr\u00e9sente devant Dick Young, le chef de la rubrique sportive du New York Daily News, et lui fait part de son envie de couvrir le soccer, la r\u00e9ponse qu\u2019il re\u00e7oit est cinglante: pas besoin de perdre son temps sur un sport pour poules mouill\u00e9es en shorts.<\/p>\n<p>En short ou sans. Pour donner un peu de visibilit\u00e9 \u00e0 son club, et arrondir ses fins de mois avec un ch\u00e8que de 5&rsquo;000 dollars, le gardien des Cosmos, Shep Messing, montre ses fesses et bombe le torse dans un magazine local.<\/p>\n<p>Si la pratique est aujourd\u2019hui banalis\u00e9e (des rugbymen du Stade Fran\u00e7ais aux pompiers de Gen\u00e8ve), l\u2019esth\u00e9tique soft-porn tranche avec les habitudes de l\u2019\u00e9poque. Messing perd son emploi d\u2019enseignant, qui compl\u00e9tait son revenu de footballeur, et se voit \u00e9cart\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe. L\u2019horizon semble bouch\u00e9 pour longtemps. Mais il va s\u2019\u00e9claircir du jour au lendemain.<\/p>\n<p>Le tournant intervient en 1975. Steve Ross, homme d\u2019affaire excentrique et charismatique, directeur de Warner Communications et pr\u00e9sident des Cosmos, comprend que s\u2019il entend d\u00e9velopper le football aux Etats-Unis, il aura besoin du meilleur joueur du monde.<\/p>\n<p>Apprenant que Pel\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 Mohamed Ali ou au pape en termes de popularit\u00e9, le magnat arr\u00eate son choix. Il faut recruter le champion br\u00e9silien. L\u2019id\u00e9e est s\u00e9duisante. Encore faut-il la r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Alors \u00e2g\u00e9 de 34 ans, le roi Pel\u00e9 a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence huit mois auparavant et quitt\u00e9 son club de toujours, le FC Santos. Il a d\u00e9clin\u00e9 les propositions de grandes \u00e9quipes europ\u00e9ennes qui lui font les yeux doux, comme la Juventus de Turin. Et le Br\u00e9sil, qui l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 \u00abtr\u00e9sor national\u00bb, est peu enclin \u00e0 le laisser s\u2019exporter.<\/p>\n<p>Ross va donc faire marcher ses r\u00e9seaux tentaculaires. Et fait appel au talent et au poids diplomatique de son ami Henry Kissinger, passionn\u00e9 de football depuis son enfance allemande et ancien gardien de but.<\/p>\n<p>Le secr\u00e9taire d\u2019Etat am\u00e9ricain saura trouver les mots pour convaincre Brasilia de laisser filer son joyau \u00abpour le bien des relations entre les gouvernements am\u00e9ricain et br\u00e9silien\u00bb.<\/p>\n<p>Mais l\u2019offre all\u00e9chante et le contrat juteux propos\u00e9 par Ross &#8212; entre 2 et 5 millions de dollars sur deux ans selon les sources &#8212; ach\u00e8vent de persuader Pel\u00e9. Car Edson Arantes do Nascimento cherche \u00e0 se refaire une sant\u00e9 financi\u00e8re apr\u00e8s quelques investissements malheureux, et notamment la faillite d\u2019une usine de caoutchouc. Le Cosmos est donc pour lui l\u2019occasion de rebondir au pays du chewing-gum.<\/p>\n<p>Et de diriger une mission civilisatrice en terres pa\u00efennes. Car les Etats-Unis sont encore une terra incognita du ballon rond, et le soccer tr\u00e8s loin de la place qu\u2019il occupe actuellement en Am\u00e9rique, en tant que sport le plus pratiqu\u00e9 par les jeunes.<\/p>\n<p>Le roi Pel\u00e9 est intronis\u00e9 \u00e9vang\u00e9lisateur en chef charg\u00e9 de diffuser la bonne parole. Ou plut\u00f4t gourou en qu\u00eate de disciples pr\u00eats \u00e0 ouvrir g\u00e9n\u00e9reusement leurs portes-monnaies. Car l\u2019entreprise est loin d\u2019\u00eatre d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e et philanthropique.<\/p>\n<p>Ross et ses homologues pr\u00e9sidents de clubs attendent en effet un retour sur investissement. Le contrat sign\u00e9 par Pel\u00e9 pr\u00e9figure les accords sign\u00e9s aujourd\u2019hui par les plus grands joueurs, incluant droits d\u2019image et contrats de licences. Et le Cosmos, qui multiplie les tourn\u00e9es, devient une sorte d\u2019antenne au service de Warner Bros, utilis\u00e9e pour promouvoir la compagnie.<\/p>\n<p>Le premier match de Pel\u00e9 a lieu le 15 juin 1975. Il attire plus de 20&rsquo;000 spectateurs sur Randall\u2019s Island et sera diffus\u00e9 dans 13 pays. Mais ses partenaires sont loin d\u2019\u00eatre la hauteur et la surface de jeu tient plus du terrain vague que du terrain de football. Quelques minutes avant la rencontre, on peut m\u00eame observer des hommes \u00e0 genoux qui enduisent la pelouse d\u00e9garnie de peinture verte, afin de la rendre plus t\u00e9l\u00e9visuelle.<\/p>\n<p>L\u2019intention est louable, mais on raconte qu\u2019elle manque de faire rentrer Pel\u00e9 illico au pays. Lorsque, \u00e0 la fin de la partie, il d\u00e9couvre avec horreur la plante de ses pieds devenue verd\u00e2tre, il croit avoir affaire \u00e0 un champignon parasite new yorkais.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tape suivante consiste \u00e0 entourer Pel\u00e9 de joueurs capables de lui donner la r\u00e9plique et \u00e0 remplacer l\u2019\u00e9quipe de bric et de broc de 1975. Dans le souci de plaire aux diff\u00e9rentes communaut\u00e9s ethniques de la ville, Ross va donc recruter des joueurs du monde entier.<\/p>\n<p>Surtout, le Cosmos s\u2019offre les services de quelques autres grands noms du football international. Comme Franz Beckenbauer, capitaine de l\u2019\u00e9quipe d\u2019Allemagne et du Bayern de Munich, Carlos Alberto, capitaine du Br\u00e9sil champion du monde en 1970, et l\u2019attaquant italien Giorgio Chinaglia. Un quart de si\u00e8cle avant le Real Madrid et ses \u00abGalactiques\u00bb, les New York Cosmos ont d\u00e9j\u00e0 tout invent\u00e9.<\/p>\n<p>Avec cette \u00e9quipe stellaire, le soccer devient l\u2019attraction du moment \u00e0 Manhattan. Mis en sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, \u00e0 grands renforts de pom-pom girls, les Cosmos provoquent un engouement ph\u00e9nom\u00e9nal et enregistrent des affluences record au Giants Stadium, leur nouveau th\u00e9\u00e2tre, dans lequel se pressent r\u00e9guli\u00e8rement plus de 70&rsquo;000 spectateurs.<\/p>\n<p>La fr\u00e9n\u00e9sie gagne aussi le monde du show-biz. Le soccer est devenu trendy et Mick Jagger, Peter Frampton, Barbara Streisand, Robert Redford ou, une fois encore, Henry Kissinger, se bousculent \u00e0 la porte des vestiaires comme on cherche \u00e0 f\u00e9liciter un acteur \u00e0 la fin d\u2019une repr\u00e9sentation sur Broadway.<\/p>\n<p>Les matches \u00e0 peine termin\u00e9s, des limousines noires attendent les joueurs \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du stade pour les conduire au Studio 54, o\u00f9 une table leur est r\u00e9serv\u00e9e. Habill\u00e9s par Ralph Lauren, ils y festoient parmi la cr\u00e8me des nuits new yorkaises, \u00e0 grandes lamp\u00e9es de Chivas Regal et de Dom P\u00e9rignon.<\/p>\n<p>Car l\u2019histoire des New York Cosmos est \u00e0 double face. Au-del\u00e0 du football, c\u2019est aussi celle du fric chic, des soir\u00e9es arros\u00e9es et des filles faciles. Celle d\u2019une \u00e9quipe qui m\u00e8ne grand train et croque \u00e0 pleine dents dans la pomme new-yorkaise. Une \u00e9quipe qu\u2019un club rival tente d\u2019affaiblir \u00e0 la veille d\u2019un match en envoyant deux prostitu\u00e9es attendre Pel\u00e9 et Chinaglia \u00e0 leur sortie d\u2019avion.<\/p>\n<p>Buteur vedette et ours mal l\u00e9ch\u00e9 au jeu de ma\u00e7on, ce dernier se pla\u00eet \u00e0 endosser le r\u00f4le du m\u00e9chant. Favori du pr\u00e9sident Ross, celui qui aime aujourd\u2019hui \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Tony Soprano terrorise ses co\u00e9quipiers \u00e0 coups de r\u00e9parties lanc\u00e9es comme des parpaings. <\/p>\n<p>A Pel\u00e9, qui lui reproche de tenter sa chance dans des angles impossibles, il r\u00e9pond: \u00abSi Chinaglia tire dans un angle, c\u2019est que Chinaglia peut marquer dans cet angle.\u00bb<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s le retrait de Pel\u00e9 en 1977, puis de Beckenbauer en 1980, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le soccer diminue \u00e0 New York. A l\u2019image d\u2019une com\u00e9die musicale, sa popularit\u00e9 n\u2019aura dur\u00e9 que quelques saisons. Et le public aura fini par s\u2019en lasser. Par manque de comp\u00e9tition notamment, car les clubs des autres grandes villes, Seattle, Houston ou Vancouver entre autres, auront souvent pein\u00e9 \u00e0 s\u2019implanter et \u00e0 trouver leur public.<\/p>\n<p>En 1984, la North American Soccer League (NASL) implose, victime de sa folie des grandeurs. Sa disparition pr\u00e9cipite la mort des derniers clubs qui la composaient.<\/p>\n<p>Elle aura n\u00e9anmoins constitu\u00e9 un facteur majeur de diffusion du football aux Etats-Unis. Et permis aux New York Cosmos de rivaliser, l\u2019espace de quelques ann\u00e9es, avec leurs concurrents du baseball et du football am\u00e9ricain, les Yankees et les Giants. Avant tout gr\u00e2ce \u00e0 un pr\u00e9sident, Steve Ross, si passionn\u00e9 qu\u2019on devait l\u2019attacher \u00e0 son si\u00e8ge pour \u00e9viter qu\u2019il ne chute des tribunes durant les rencontres.<\/p>\n<p>Paradoxalement, l\u2019heure de gloire des New York Cosmos aura correspondu \u00e0 une p\u00e9riode noire de l\u2019histoire de la m\u00e9tropole, au bord de la banqueroute et marqu\u00e9e par une criminalit\u00e9 end\u00e9mique, des quartiers en pleine d\u00e9cr\u00e9pitude, le blackout de 1977 et le tueur en s\u00e9rie du \u00abSummer of Sam\u00bb.<\/p>\n<p>Mais trente ans plus tard, la Grande Pomme pourrait retrouver une \u00e9quipe \u00e0 la hauteur des illustres Cosmos. Le 9 juillet dernier, le New York Times <a href=http:\/\/www.nytimes.com\/2006\/07\/09\/sports\/soccer\/09redbulls.html?_r=1&#038;oref=slogin target=_blank class=std>\u00e9voquait<\/a> la possibilit\u00e9 que le nouveau club phare de la ville, les New York Red Bulls, s\u2019attachent les services de Zin\u00e9dine Zidane et du Br\u00e9silien Ronaldo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un documentaire fra\u00eechement sorti retrace la fabuleuse histoire des New York Cosmos, club de football men\u00e9 par Pel\u00e9 et Beckenbauer qui passionna Manhattan en pleine p\u00e9riode disco. Zoom arri\u00e8re sur une \u00e9pop\u00e9e l\u00e9gendaire et m\u00e9connue.<\/p>\n","protected":false},"author":19287,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2128","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2128","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19287"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2128"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2128\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2128"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2128"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2128"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}