



{"id":2120,"date":"2006-07-05T00:00:00","date_gmt":"2006-07-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2120"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"football","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2120","title":{"rendered":"La psychanalyse sur le terrain"},"content":{"rendered":"<p>\u00abLe penalty est relativement facile \u00e0 tirer. Il exige cependant un grand calme et une parfaite confiance en soi-m\u00eame. Un penalty devrait toujours donner un but. Malheureusement, souvent, l\u2019\u00e9nervement entre en jeu et compromet le but.\u00bb<\/p>\n<p>Ces mots de Trello Abegglen, international suisse membre de la l\u00e9gendaire \u00e9quipe qui bouta l\u2019Allemagne nazie hors de la Coupe du Monde 1938, sonnent profond\u00e9ment juste apr\u00e8s l\u2019\u00e9limination de l\u2019Angleterre aux tirs aux buts face au Portugal.<\/p>\n<p>Car la f\u00e9brilit\u00e9 affich\u00e9e par les joueurs anglais au bout d\u2019un quart de finale o\u00f9 ils furent h\u00e9ro\u00efques, r\u00e9duits \u00e0 dix apr\u00e8s l\u2019expulsion de leur attaquant Wayne Rooney, causa leur perte dans un exercice o\u00f9 o\u00f9 le sang froid s\u2019impose.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te pour les sujets de Sa Majest\u00e9, aussi peu fiables qu\u2019une voiture anglaise lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019affronter l\u2019\u00e9preuve des tirs de penaltys. <\/p>\n<p>D\u2019autant que l\u2019exclusion de Rooney n\u2019est pas sans rappeler celle subie par David Beckham en 1998, alors que lui aussi disputait sa premi\u00e8re Coupe du Monde. D\u00e9j\u00e0, l\u2019Argentine s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e aux tirs aux buts face \u00e0 l\u2019\u00e9quipe aux Trois Lions.<\/p>\n<p>L\u2019Angleterre accumule les \u00e9checs en comp\u00e9tition internationale dans cet exercice fatidique et cruel. Ainsi, sur six occasions, elle a d\u00e9sormais connu l\u2019\u00e9limination \u00e0 cinq reprises, et fait figure, aux c\u00f4t\u00e9s de la Hollande, de cancre de service. De quoi remettre en cause ceux qui avancent que les tirs aux buts sont une loterie, ou encore, selon les termes employ\u00e9s par le s\u00e9lectionneur ukrainien Oleg Blokhine, comparables \u00e0 la roulette russe. Pour l\u2019Angleterre en tous le cas, ils n\u2019ont rien d\u2019une pi\u00e8ce lanc\u00e9e \u00e0 pile ou face.<\/p>\n<p>Les Anglais s\u2019\u00e9taient pourtant bien pr\u00e9par\u00e9s, multipliant \u00e0 l\u2019entra\u00eenement les face-\u00e0-face avec le gardien pour se rassurer sur leurs capacit\u00e9s. Mais \u00e0 la vue des tireurs d\u2019Albion, mains tremblantes et regard de b\u00eates men\u00e9es \u00e0 l\u2019abattoir au moment de frapper, on a pu comprendre que le mal \u00e9tait beaucoup plus profond. Et que quelques s\u00e9ances factices de tirs aux buts ne remplaceraient pas une imp\u00e9rieuse th\u00e9rapie de groupe et quelques s\u00e9ances collectives de\u2026 psychanalyse.<\/p>\n<p>Car l\u2019histoire du football, celle des grandes confrontations, des vieilles rivalit\u00e9s, des d\u00e9faites am\u00e8res ou des victoires glorieuses, transmet aux \u00e9quipes un pass\u00e9 souvent lourd de sens. Une sorte d\u2019h\u00e9ritage familial qui p\u00e8se sur la psych\u00e9 des joueurs, et influence leur approche des parties ou les instants cl\u00e9s des rencontres.<\/p>\n<p>Dans le cas anglais, la r\u00e9p\u00e9tition des \u00e9checs aux tirs aux buts est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un traumatisme aux effets paralysants. Le gardien portugais Ricardo a d\u00e9clar\u00e9 avoir senti la peur chez les joueurs britanniques qui se sont avanc\u00e9s vers lui, comme si le but qu\u2019il prot\u00e9geait r\u00e9tr\u00e9cissait subitement \u00e0 leurs yeux.<\/p>\n<p>Une peur encore accrue par le fait qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 leur bourreau lors de l\u2019Euro portugais, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 marquer lui-m\u00eame le penalty victorieux, et qu\u2019il aura su exploiter \u00e0 merveille.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 l\u2019impotence anglaise lors des tirs de penaltys, on peut opposer l\u2019assurance et la r\u00e9gularit\u00e9 allemandes. Face \u00e0 l\u2019Argentine en quarts de finale, les Allemands ont donn\u00e9 une nouvelle d\u00e9monstration de leur ma\u00eetrise inimitable dans l\u2019\u00e9preuve des tirs aux buts.<\/p>\n<p>M\u00eame perclus de crampes ou bless\u00e9s, ils n\u2019ont pas trembl\u00e9, et tous leurs tireurs ont marqu\u00e9 avec autorit\u00e9 et confiance. Portant leur bilan en Coupe du Monde, pour cet exercice, \u00e0 quatre victoires en autant de tentatives. Et confirmant un taux de r\u00e9ussite impressionnant de 95% de leurs frappes (seulement 50% pour les Anglais). Une marque de fabrique made in Germany. Presque une \u00e9cole.<\/p>\n<p>Devant de telles statistiques, la conclusion s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame. Il faut tout faire pour \u00e9viter d\u2019affronter la Mannschaft sur ce terrain de pr\u00e9dilection. Mardi soir, le s\u00e9lectionneur italien Marcello Lippi a montr\u00e9 qu\u2019il avait bien compris le message.<\/p>\n<p>Dans une demi-finale Allemagne-Italie verrouill\u00e9e, il a tout fait pour forcer la d\u00e9cision en faveur d\u2019une Squadra Azzura qui restait sur trois plaies ouvertes aux tirs aux buts. Allant jusqu\u2019\u00e0 introduire trois attaquants, Gilardino, Iaquinta et Del Piero, en fin de partie. Pari gagn\u00e9. A une minute du terme, l\u2019Italie for\u00e7ait le barrage et s\u2019ouvrait la route vers Berlin.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la question des tirs aux buts, certaines formations souffrent d\u2019une sorte de complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 face \u00e0 des \u00e9quipes contre lesquelles elles ont \u00e9chou\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement. Un syndrome de la b\u00eate noire qui plombe les chaussures et inhibe les esprits.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de France en a longtemps souffert devant l\u2019Allemagne, avant de se d\u00e9couvrir conqu\u00e9rante \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90. Jusqu\u2019alors, le rouleau compresseur allemand avait sembl\u00e9 intouchable en comp\u00e9tition pour les tenants du football champagne. Un sentiment exacerb\u00e9 par la puissance \u00e9conomique germanique et les relations historiquement troubl\u00e9es entre les deux pays.<\/p>\n<p>La France elle-m\u00eame fait aujourd\u2019hui figure d\u2019\u00e9pouvantail pour plusieurs nations. Et si l\u2019on en croit ses derniers r\u00e9sultats outre-Rhin, ce sentiment pourrait se renforcer. C\u2019est le cas pour l\u2019Espagne tout d\u2019abord, qu\u2019elle vient d\u2019affronter en huiti\u00e8mes de finales.<\/p>\n<p>Si les deux pays ne s\u2019\u00e9taient jamais rencontr\u00e9s en Coupe du Monde auparavant, la France avait nettement pris l\u2019avantage sur son voisin ib\u00e9rique dans le cadre des championnats d\u2019Europe des nations. Gagnant m\u00eame un duel en finale en 1984.<\/p>\n<p>A l\u2019heure de s\u2019attaquer \u00e0 la France, l\u2019entra\u00eeneur espagnol Luis Aragones avait donc voulu s\u2019assurer que sa jeune \u00e9quipe ne se soucie pas des \u00e9checs de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et de l\u2019incapacit\u00e9 chronique des Ib\u00e8res \u00e0 se montrer \u00e0 la hauteur de leur r\u00e9putation.<\/p>\n<p>Selon le quotidien sportif espagnol Marca, il se serait attach\u00e9 les services d\u2019un \u00e9minent psychologue du sport dans le but de soigner le d\u00e9ficit de confiance de ses hommes. En vain, des Bleus ressuscit\u00e9s renvoyant ses bleus \u00e0 leurs \u00e9tudes et rejoignant en quarts leur autre grand souffre-douleur, le Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>En effet, la s\u00e9lection auriverde a essuy\u00e9 plusieurs d\u00e9faites de rang face aux Fran\u00e7ais lors des derniers Mondiaux. Autant de trag\u00e9dies et d\u2019humiliations qui doivent commencer \u00e0 peser sur l\u2019inconscient du collectif br\u00e9silien.<\/p>\n<p>Tout commence au Mexique en 1986. A la surprise g\u00e9n\u00e9rale, la France de Platini \u00e9limine le Br\u00e9sil de Zico et Socrates dans son stade f\u00e9tiche de Guadalajara, t\u00e9moin des exploits de Pel\u00e9 et Ja\u00efrzinho, champions du Monde seize ans plus t\u00f4t. Et en 1998, au Stade de France, la bande \u00e0 Zidane \u00e9touffe un Br\u00e9sil amorphe qui n\u2019est que l\u2019ombre de lui-m\u00eame. 3-0, le score est sans appel.<\/p>\n<p>Samedi dernier, la France a obtenu une victoire tout aussi convaincante. Le coq gaulois, disciplin\u00e9 et concentr\u00e9, a pris le meilleur sur un Br\u00e9sil sens dessus dessous et d\u00e9sarticul\u00e9, qui joua avec la lucidit\u00e9 d\u2019un poulet d\u00e9capit\u00e9. Malgr\u00e9 les nombreux appels \u00e0 la revanche, pour laver l\u2019affront subi en 98.<\/p>\n<p>Le pass\u00e9 peut en effet aussi s\u2019av\u00e9rer fort utile lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019haranguer ses troupes \u00e0 l\u2019approche d\u2019une partie cruciale. Par exemple en ravivant de vieilles blessures mal cicatris\u00e9es. Ainsi, au moment d\u2019affronter la France mercredi soir, l\u2019entra\u00eeneur portugais, Luiz Felipe Scolari, adepte des m\u00e9taphores guerri\u00e8res et motivateur hors pair, n\u2019aura certainement pas oubli\u00e9 de rappeler \u00e0 ses hommes l\u2019indigeste d\u00e9faite qu\u2019elle leur a inflig\u00e9 lors de l\u2019Euro 2000.<\/p>\n<p>Dans un genre moins revanchard, la presse italienne a demand\u00e9 \u00e0 son s\u00e9lectionneur Lippi de rem\u00e9morer \u00e0 ses joueurs, \u00e0 la veille du match contre l\u2019Allemagne, l\u2019\u00e9pop\u00e9e transalpine de 1982, ponctu\u00e9e par une victoire en finale contre la RFA. Pour l\u2019instant, Cannavaro, Gattuso et consorts se sont montr\u00e9s largement dignes de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs sous le maillot azzuro, les Rossi, Conti ou autres Tardelli. Et pourraient bien reconqu\u00e9rir le titre supr\u00eame, vingt-quatre ans plus tard.<\/p>\n<p>Dans cette v\u00e9ritable guerre psychologique o\u00f9 l\u2019on cherche \u00e0 rassurer des joueurs souvent en proie au doute et \u00e0 la recherche de certitudes avant une grande confrontation, mais aussi \u00e0 d\u00e9stabiliser l\u2019adversaire \u00e0 coups de d\u00e9clarations bien senties, l\u2019entra\u00eeneur allemand J\u00fcrgen Klinsmann avait pourtant lui aussi tent\u00e9 d\u2019user d\u2019arguments convaincants faisant r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9.<\/p>\n<p>Et si l\u2019Allemagne restait sur deux nuls et surtout deux d\u00e9faites au Mondial face \u00e0 l\u2019Italie, il soulignait que la Mannschaft allait \u00e9voluer dans son antre sacr\u00e9e de Dortmund, le Westfalenstadion, o\u00f9 son bilan \u00e9tait irr\u00e9prochable (13 victoires en 14 matches, 59 buts pour, 7 contre). Etait. Jusqu\u2019\u00e0 ce que son \u00e9quipe y rencontre une Squadra Azzura qui a retrouv\u00e9 sa rigueur d\u00e9fensive traditionnelle et qui prot\u00e8ge son but comme une tortue romaine. Tout en sachant forcer le destin et mener des raids mortels lorsque le besoin s\u2019en fait sentir.<\/p>\n<p>Mais le retour sur le pass\u00e9, c\u2019est aussi l\u2019occasion de faire saliver le public \u00e0 l\u2019approche d\u2019une grande rencontre. France-Br\u00e9sil, Italie-Allemagne, Allemagne-Argentine.<\/p>\n<p>Autant de grandes affiches ayant figur\u00e9 au menu de ce Mondial. Autant de classiques du genre footballistique et de matches cultes qui forment les v\u00e9ritables plats de r\u00e9sistance des Coupes du Monde, et constituent les pi\u00e8ces centrales de leur mythologie.<\/p>\n<p>Attendus avec impatience par les spectateurs, abondamment comment\u00e9s par la presse, ces blockbusters sont une assurance, pour les t\u00e9l\u00e9visions et les sponsors, de faire tinter les tiroirs caisses.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>B\u00eates noires, contentieux historiques,  affiches de l\u00e9gende\u2026 Depuis les huiti\u00e8mes de finale, le pass\u00e9 vient hanter ou illuminer les matches. A la Coupe du Monde, l\u2019histoire semble \u00eatre un \u00e9ternel recommencement.<\/p>\n","protected":false},"author":19287,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-2120","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2120","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19287"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2120"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2120\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2120"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}