



{"id":212,"date":"1999-10-06T00:00:00","date_gmt":"1999-10-05T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=212"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=212","title":{"rendered":"Fran\u00e7ois Gross: \u00abIl faut mettre fin \u00e0 la sauvagerie dans la presse romande\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est la guerre entre Edipresse et Ringier et on n&rsquo;y croit presque pas. Pendant des ann\u00e9es, pas le moindre souffle n&rsquo;est venu agiter le petit bocal journalistique romand et soudainement, la temp\u00eate. On parle d&rsquo;\u00abespionnage\u00bb, d&rsquo;\u00abagression\u00bb, on menace m\u00eame d&rsquo;en venir aux mains ou au tribunal pour mettre fin \u00e0 des \u00abm\u00e9thodes de cow-boy\u00bb.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, l&rsquo;entente a toujours \u00e9t\u00e9 cordiale entre les deux groupes de presse, \u00e0 tel point qu&rsquo;on a souvent \u00e9voqu\u00e9 un pacte tacite de non agression: Ringier se r\u00e9servait le secteur des magazines hebdomadaires (L&rsquo;Hebdo, L&rsquo;Illustr\u00e9) et Edipresse celui des quotidiens (24 Heures, La Tribune de Gen\u00e8ve, Le Matin, 47% du capital du Temps) et les ch\u00e8vres \u00e9taient bien gard\u00e9es.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de Ringier &#8211; ou plut\u00f4t de son directeur des publications Jacques Pilet &#8211; de lancer un nouveau journal du dimanche a allum\u00e9 la m\u00e8che \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Premi\u00e8re cons\u00e9quence: quelques jours plus tard, Edipresse d\u00e9cidait de r\u00e9armer son tank publicitaire, \u00abLe Matin Dimanche\u00bb (600&rsquo;000 lecteurs), et cong\u00e9diait le r\u00e9dacteur en chef de ce titre, David Moginier, lequel restera toutefois \u00e0 ce poste jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de son successeur. Pour se doter de nouvelles munitions, la direction du groupe lausannois relan\u00e7ait la r\u00e9flexion sur une \u00e9dition du dimanche du Temps, qu&rsquo;il d\u00e9tient \u00e0 hauteur de 47%. Un autre journal dominical sous son contr\u00f4le permettrait \u00e0 Edipresse de compl\u00e9ter l&rsquo;offre du Matin et surtout, de couper l&rsquo;herbe sous les pieds de Ringier. <\/p>\n<p>Jean-Philippe Ceppi, journaliste d&rsquo;investigation r\u00e9put\u00e9, a ainsi \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer la viabilit\u00e9 d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9dition dominicale du Temps. Vendredi dernier, coup de th\u00e9\u00e2tre: Jean-Philippe Ceppi annonce son d\u00e9part du Temps pour passer \u00e0 \u00abl\u2019ennemi\u00bb. Il met sa hi\u00e9rarchie et le groupe Edipresse dans tous ses \u00e9tats en annon\u00e7ant sa nomination comme r\u00e9dacteur en chef du futur journal dominical de Ringier, \u00abdimanche.ch\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abDe par sa position, Jean-Philippe Ceppi disposait d&rsquo;informations strat\u00e9giques et confidentielles, y compris de nos partenaires commerciaux, expliquait samedi Eric Hoesli, directeur et r\u00e9dacteur en chef du Temps, dans son journal. Il appara\u00eet par ailleurs que Jean-Philippe Ceppi a poursuivi son travail de recherche dans notre entreprise apr\u00e8s avoir donn\u00e9 son accord au groupe Ringier. C&rsquo;est inacceptable.\u00bb Jean-Philippe Ceppi a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 avec effet imm\u00e9diat. Il en a re\u00e7u la confirmation \u00e9crite mercredi. Le Temps \u00e9tudie la possibilit\u00e9 de poursuivre en justice son ancien collaborateur, ainsi que le groupe Ringier.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Ceppi envisage d&rsquo;attaquer Le Temps pour licenciement abusif. \u00abSous-entendre que j&#8217;emporte avec moi des documents confidentiels est un proc\u00e8s d&rsquo;intention, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Largeur.com. Si Eric Hoesli craignait r\u00e9ellement que je fasse circuler des informations chez Ringier, il pouvait me contraindre \u00e0 respecter mon contrat avec Le Temps, qui me liait \u00e0 l&rsquo;entreprise jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e. Il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me licencier.\u00bb<\/p>\n<p>Le journaliste est par ailleurs accus\u00e9 d&rsquo;avoir donn\u00e9 son accord oral \u00e0 Ringier lundi 27 septembre et de n&rsquo;avoir inform\u00e9 sa hi\u00e9rarchie que trois jours plus tard, un d\u00e9lai pendant lequel il a continu\u00e9 \u00e0 travailler sur des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cisifs du projet du Temps. \u00abPrendre la r\u00e9daction en chef de \u00abdimanche.ch\u00bb est un choix de carri\u00e8re important, qui demande r\u00e9flexion aux deux parties, poursuit Jean-Philippe Ceppi. Pour de tels postes, il n&rsquo;est pas inhabituel qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9coule trois jours entre un accord de principe et la signature \u00e9crite, c&rsquo;est m\u00eame un d\u00e9lai minimum. Par ailleurs, j&rsquo;ai r\u00e9guli\u00e8rement fait part \u00e0 Eric Hoesli de mes volont\u00e9s de changement et je n&rsquo;ai jamais cach\u00e9 que plusieurs possibilit\u00e9s m&rsquo;\u00e9taient offertes avant la proposition de Ringier, qui n&rsquo;est intervenue qu&rsquo;au dernier moment. Ma d\u00e9cision s&rsquo;explique aussi par des \u00e9l\u00e9ments relationnels et personnels que les observateurs de tout ordre, qui me jugent aujourd&rsquo;hui, ne connaissent pas.\u00bb<\/p>\n<p>Pour apporter un regard ext\u00e9rieur \u00e0 cette situation, Largeur.com a interrog\u00e9 Fran\u00e7ois Gross, \u00e9minent observateur du m\u00e9diascope romand: il fut r\u00e9dacteur en chef du quotidien fribourgeois La Libert\u00e9 et de Radio Suisse Internationale. <\/p>\n<p><b>Largeur.com: Y a-t-il de la place pour trois journaux du dimanche?<\/b><\/p>\n<p><b>Fran\u00e7ois Gross:<\/b> Trois \u00e9ditions du dimanche pour un march\u00e9 restreint comme la Suisse romande me semble exag\u00e9r\u00e9. Le Matin Dimanche, d\u00e9tenu par Edipresse, tient bien sa place de journal populaire. Le projet \u00abdimanche.ch\u00bb de Ringier vise \u00e0 compl\u00e9ter cette offre en proposant un contenu plus haut de gamme, qui cible ce qu&rsquo;on appelle le lectorat \u00abde qualit\u00e9\u00bb. A mon avis, une grande partie des lecteurs qui forment ce public se dispensent actuellement de tout journal ou se tournent vers les magazines hebdomadaires suisses ou \u00e9trangers. Ajouter de la concurrence dans un march\u00e9 monopolis\u00e9 est sain, mais si celle-ci devient trop importante, on risque un acharnement, une chasse aux scoops qui n&rsquo;en sont pas, comme on l&rsquo;a vu en Suisse al\u00e9manique. En mati\u00e8re de presse, la course vers le gain commercial ne pousse pas vers la qualit\u00e9. Je mets par ailleurs en doute la viabilit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9dition dominicale du Temps. J&rsquo;ai beaucoup d&rsquo;estime pour ce journal, mais il reste \u00e0 mon avis du travail \u00e0 faire pour consolider l&rsquo;\u00e9dition de la semaine avant de se lancer dans de nouvelles aventures qui me paraissent audacieuses, voire t\u00e9m\u00e9raires.<\/p>\n<p><b>S&rsquo;il est t\u00e9m\u00e9raire, comment se fait-il que ce projet soit en gestation?<\/b><\/p>\n<p>Derri\u00e8re des grands projets fond\u00e9s sur de pr\u00e9tendues \u00e9tudes de march\u00e9, on trouve souvent des ressentiments personnels. La presse romande est entr\u00e9e dans une phase d&rsquo;irrationnel. Souvenez-vous que Jacques Pilet (actuel directeur des publications de Ringier, ndlr) a d\u00fb quitter son poste de responsable des journaux d&rsquo;Edipresse brutalement et dans des conditions difficiles. Son animosit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son ancien employeur doit certainement donner, comment dire, de l&rsquo;\u00e9mulation \u00e0 son projet. Il doit se d\u00e9lecter \u00e0 secouer une maison trop \u00e9tablie, et r\u00e9gler par la m\u00eame occasion de vieux comptes. Cette attitude cr\u00e9\u00e9 une certaine nervosit\u00e9 chez Edipresse et h\u00e9risse Eric Hoesli, qui fait les frais de cette arrogance.<\/p>\n<p><b>Estimez-vous que l&rsquo;attitude de Ringier, qui va ainsi d\u00e9baucher le chef d&rsquo;un projet concurrent, est condamnable?<\/b><\/p>\n<p>Il est l\u00e9gitime que Ringier essaie de recruter des journalistes qui travaillent au Temps et ailleurs en leur proposant des postes int\u00e9ressants et bien pay\u00e9s.<\/p>\n<p><b>Et l&rsquo;attitude de Jean-Philippe Ceppi?<\/b><\/p>\n<p>Une conscience professionnelle aiguis\u00e9e n&rsquo;aurait pas accept\u00e9 cette offre \u00e0 ce moment pr\u00e9cis. Compte tenu du fait qu&rsquo;il travaillait sur un projet directement concurrent, la clart\u00e9 aurait voulu qu&rsquo;il annonce le plus rapidement possible \u00e0 son employeur qu&rsquo;il \u00e9tait en tractation avec Ringier. De nombreux cadres sont pass\u00e9s d&rsquo;un groupe \u00e0 l&rsquo;autre, comme Jacques Pilet, Th\u00e9o Bouchat (ancien directeur de Ringier Romandie devenu responsable des publications d&rsquo;Edipresse, ndlr) ou Alain Jeannet (pass\u00e9 plusieurs fois d\u2019Edipresse \u00e0 Ringier, et vice versa, ndlr), mais la situation est diff\u00e9rente pour Jean-Philippe Ceppi: il quitte un poste strat\u00e9gique pour rejoindre un projet exactement concurrent. M\u00eame s&rsquo;il est tenu de ne pas divulguer des informations confidentielles dans ses nouvelles fonctions, il est difficile dans sa situation de faire abstraction de ce qu&rsquo;il sait. Le moins que l&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est que son attitude ne rehausse pas ses qualit\u00e9s d&rsquo;enqu\u00eateur, qui sont r\u00e9elles.<\/p>\n<p><b>Pensez-vous que Le Temps doive le poursuivre en justice?<\/b><\/p>\n<p>Oui, car il est souhaitable de dire le droit dans cette affaire. Cela se fait dans d&rsquo;autres secteurs, notamment dans les banques. Je ne me souviens d&rsquo;aucun exemple comme celui-ci dans la presse. De telles moeurs sont d\u00e9plorables: la concurrence doit se faire entre adversaires et non entre ennemis. Il faut mettre fin \u00e0 la sauvagerie dans la presse romande.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La guerre du dimanche a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e entre les deux principaux \u00e9diteurs de Suisse francophone. Le responsable d\u2019un projet dominical a \u00e9t\u00e9 d\u00e9bauch\u00e9 pour diriger un projet directement concurrent. 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