



{"id":2114,"date":"2006-06-28T00:00:00","date_gmt":"2006-06-27T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2114"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"claude nicollier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2114","title":{"rendered":"\u00abL\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace va se d\u00e9mocratiser\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>A l\u2019\u00e2ge o\u00f9 la plupart des gens tentent d\u2019obtenir leur permis de conduire, Claude Nicollier poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 un brevet de pilote. L\u2019aviation, le ciel\u2026 Son r\u00eave d\u2019enfance ainsi concr\u00e9tis\u00e9, il a voulu explorer des horizons plus lointains.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des \u00e9tudes d\u2019astrophysique, il parvient \u00e0 se s\u00e9lectionner \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 au sein du premier groupe d\u2019astronautes de l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne (ESA). Il aura alors le privil\u00e8ge de devenir quelques ann\u00e9es plus tard l\u2019un des 430 humains \u00e0 avoir voyag\u00e9 dans l\u2019espace.<\/p>\n<p>Claude Nicollier aime montrer les photos de paysages terriens \u00e0 couper le souffle qu\u2019il a prises durant ses quatre missions spatiales. Il se sent privil\u00e9gi\u00e9, il tient \u00e0 partager son exp\u00e9rience avec le plus grand nombre. C\u2019est  l\u2019une des raisons qui l\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 venir enseigner les techniques spatiales aux \u00e9tudiants  de l\u2019EPFL.<\/p>\n<p>Ag\u00e9 aujourd\u2019hui de 61 ans, il continue \u00e0 g\u00e9rer un programme tr\u00e8s charg\u00e9: il travaille toujours \u00e0 Houston, Texas, o\u00f9 se situe son domicile principal, et \u00e0 Cologne, o\u00f9 il participe, au sol, \u00e0 de nouvelles missions.<\/p>\n<p><b>Quelles sont pr\u00e9cis\u00e9ment vos occupations actuelles?<\/b><\/p>\n<p>Je suis engag\u00e9 par l\u2019ESA, au sein de sa base de Houston, o\u00f9 je vis depuis le d\u00e9but de mon entra\u00eenement \u00e0 la NASA en 1980. J\u2019effectue en outre divers mandats \u00e0 Cologne, tels que la s\u00e9lection d\u2019un nouveau groupe de spationautes europ\u00e9ens ou le soutien \u00e0 Thomas Reiter, qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 effectuer une mission de six mois \u00e0 bord de la Station spatiale internationale.<\/p>\n<p>Enfin, pour la troisi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, je donne un cours durant le semestre d\u2019\u00e9t\u00e9 aux \u00e9tudiants de la Facult\u00e9 des sciences et techniques de l\u2019ing\u00e9nieur de l\u2019EPFL. Mon but est de leur transmettre l\u2019envie de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019espace et de leur fournir des outils permettant d\u2019appliquer les technologies spatiales \u00e0 d\u2019autres domaines d\u2019activit\u00e9. <\/p>\n<p><b>Comment jugez-vous les rapports entre la NASA et l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne ? Entrent-elles en comp\u00e9tition?<\/b><\/p>\n<p>Au contraire. Depuis plusieurs ann\u00e9es, notre collaboration est tr\u00e8s bonne.  Hubble, la sonde Cassini-Huygens et la Station spatiale internationale, o\u00f9 sont repr\u00e9sent\u00e9s seize pays, en sont de bons exemples. Bien s\u00fbr, de par leur poids respectif, les Etats-Unis et la Russie sont les plus gros contributeurs financiers et, par cons\u00e9quent, les principaux partenaires.<\/p>\n<p>Cela dit, il n\u2019y a aucune arrogance de la part des scientifiques de la NASA. Certaines diff\u00e9rences subsistent n\u00e9anmoins: l\u2019Europe apporte une vision plus scientifique de l\u2019espace, alors que la conception des Etats-Unis est traditionnellement plus politique. Ils sont davantage orient\u00e9s vers la conqu\u00eate spatiale et l\u2019exploration, ce qui est sans doute un h\u00e9ritage de la guerre froide.<\/p>\n<p><b>Quelle est au fond l\u2019utilit\u00e9 des voyages spatiaux?<\/b><\/p>\n<p>Qu\u2019elle soit habit\u00e9e ou non, l\u2019exploration spatiale demeure tr\u00e8s stimulante pour la recherche scientifique. Le fait de se surpasser physiquement et technologiquement permet de d\u00e9velopper des techniques qui ont des retomb\u00e9es importantes sur Terre.<\/p>\n<p>Ces missions d\u00e9veloppent notamment la t\u00e9l\u00e9-m\u00e9decine, qui permet d\u2019op\u00e9rer quelqu\u2019un \u00e0 distance gr\u00e2ce \u00e0 la robotique. Elles contribuent aussi \u00e0 am\u00e9liorer la gestion des ressources: lorsque l\u2019on se retrouve dans l\u2019espace durant six mois, tout doit \u00eatre recycl\u00e9, aussi bien l\u2019urine que le gaz carbonique. Pour ce faire, nous \u00e9laborons des syst\u00e8mes de \u00absupport vie\u00bb totalement autonomes et autog\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Deux de mes missions ont aussi permis de r\u00e9parer Hubble, qui est une v\u00e9ritable machine \u00e0 d\u00e9couvertes sur le pass\u00e9 et le futur de l\u2019Humanit\u00e9. Le fait de d\u00e9couvrir est fondamentalement positif: toutes les soci\u00e9t\u00e9s qui ont cherch\u00e9 \u00e0 voir ce qu\u2019il y avait derri\u00e8re la colline et au-del\u00e0 des oc\u00e9ans ont progress\u00e9 et en ont retir\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices. Se refermer sur soi-m\u00eame est une position de faiblesse. Cela dit, l\u2019exploration se fait aussi dans les laboratoires. <\/p>\n<p><b>Les co\u00fbts sont tr\u00e8s importants\u2026<\/b><\/p>\n<p>En effet. Etre envoy\u00e9 l\u00e0-haut repr\u00e9sente pour moi une tr\u00e8s forte responsabilit\u00e9: chaque mission co\u00fbte environ 500 millions de dollars. Cela dit, les entreprises priv\u00e9es s\u2019int\u00e9ressent de plus en plus \u00e0 l\u2019a\u00e9rospatial. Ainsi, Ariane est d\u00e9sormais exploit\u00e9e par une compagnie commerciale.<\/p>\n<p>Le tourisme spatial va lui aussi se d\u00e9velopper et se d\u00e9mocratiser, ce qui me r\u00e9jouis fortement. Il suivra le m\u00eame parcours que le tourisme traditionnel, qui ne s\u2019adressait \u00e0 ses d\u00e9buts lui aussi  qu\u2019aux personnes tr\u00e8s fortun\u00e9es. Ce si\u00e8cle sera celui de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace.<\/p>\n<p><b>Comment jugez-vous le r\u00f4le de la Suisse sur la sc\u00e8ne internationale?<\/b><\/p>\n<p>La Suisse, malgr\u00e9 sa petite taille, sait tr\u00e8s bien s\u2019int\u00e9grer. Surtout au sein d\u2019organisations techniques et scientifiques. Elle a par exemple fait partie des pays fondateurs de l\u2019ESA durant les ann\u00e9es 70. Elle sait aussi battre des records, regardez les trois g\u00e9n\u00e9rations Piccard!<\/p>\n<p>Le projet SolarImpulse est un excellent exemple de notre savoir-faire. Politiquement, notre pays est en revanche plus timide. Mais ce n\u2019est pas un handicap insurmontable. La Suisse est pleine de talents, elle aime le travail bien fait et la pr\u00e9cision. L\u2019excellente situation de notre industrie horlog\u00e8re le prouve.<\/p>\n<p><b>A quel moment avez-vous eu l\u2019envie de devenir astronaute?<\/b><\/p>\n<p>Cela s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9 avec le temps. Enfant, j\u2019avais deux passions: l\u2019aviation et la science. J\u2019ai obtenu mon brevet de pilote priv\u00e9 en 1964, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans. J\u2019ai ensuite obtenu un brevet de pilote militaire et un autre de pilote de ligne.<\/p>\n<p>En 1969, lorsque j\u2019ai vu Neil Armstrong poser le pied sur la lune, j\u2019ai trouv\u00e9 cela \u00e0 la fois fantastique et inaccessible. J\u2019ai n\u00e9anmoins particip\u00e9 aux premi\u00e8res s\u00e9lections de l\u2019ESA au milieu des ann\u00e9es 70 et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 choisi en 1978.<\/p>\n<p><b>Vous \u00eates-vous d\u00e9j\u00e0 senti seul en mission?<\/b><\/p>\n<p>Non. Durant mes quatre vols, l\u2019\u00e9quipage, constitu\u00e9 de sept personnes, \u00e9tait constamment en contact avec le sol. De plus, les missions ne duraient en moyenne qu\u2019une dizaine de jours. <\/p>\n<p><b>Que ressentiez-vous au fond de vous lors de ces missions?<\/b><\/p>\n<p>Ces exp\u00e9riences sont incroyables. L\u2019environnement spatial est tr\u00e8s particulier. A une altitude de 600 kilom\u00e8tre, on a une vision globale des continents. La vue d\u2019ensemble de la c\u00f4te ouest de l\u2019Am\u00e9rique du Sud m\u2019a particuli\u00e8rement marqu\u00e9: on distingue parfaitement les plaines d\u00e9sertiques du Chili, la cordill\u00e8re des Andes et, en arri\u00e8re plan, l\u2019Amazonie avec ses cumulus.<\/p>\n<p>De plus, nous faisions le tour de la plan\u00e8te en 1 heure et demi, nous pouvions donc toutes les 45 minutes  admirer le lever et le coucher du soleil. Le contraste entre la mince couche atmosph\u00e9rique et le fond du ciel noir rend ce spectacle encore plus magnifique. La vue \u00e9tait si belle que je me demandais constamment si j\u2019\u00e9tais en train de r\u00eaver. Sans parler de l\u2019apesanteur&#8230; L\u2019impression d\u2019\u00eatre un privil\u00e9gi\u00e9 m\u2019habite constamment. Mon seul regret est de ne pas avoir pu effectuer une mission de plusieurs mois. <\/p>\n<p><b>Vous sentiez-vous parfois envahi par la peur?<\/b><\/p>\n<p>Je mentirais si j\u2019affirmais que l\u2019\u00e9quipage \u00e9tait totalement serein durant le d\u00e9collage et la mise en orbite. C\u2019est durant ces huit minutes, o\u00f9 la navette avance \u00e0 une vitesse de 7,7 kilom\u00e8tres par seconde, que se situe le plus grand risque. La probabilit\u00e9 d\u2019y rester est de une sur cinquante. Mais m\u00eame s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 de une sur dix, j\u2019estimerais que le jeu en vaudrait toujours la chandelle. Si j\u2019avais eu l\u2019occasion d\u2019aller sur Mars, je l\u2019aurais fait sans h\u00e9sitation. <\/p>\n<p><b>Comment voyez-vous le futur de l\u2019exploration spatiale?<\/b><\/p>\n<p>Il n\u2019y aura plus de comp\u00e9tition entre l\u2019homme et les robots, mais une coop\u00e9ration \u00e9troite entre ces deux moyens. Chacun \u00e0 ses forces et ses faiblesses. En ce qui concerne l\u2019exploration de Mars, nous avons avantage \u00e0 envoyer des machines afin de mieux conna\u00eetre cet environnement tr\u00e8s hostile. Nous pourrons d\u00e8s lors y envoyer des humains dans les meilleures conditions, d\u2019ici \u00e0 une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. <\/p>\n<p><b>Nous avons d\u00e9couvert \u00e0 ce jour pr\u00e8s de 188 exoplan\u00e8tes, dont certaines seraient semblables \u00e0 la Terre. Pensez-vous que nous rentrerons un jour en contact avec une civilisation extraterrestre intelligente?<\/b><\/p>\n<p>Je pense que l\u2019univers grouille de vies extraterrestres. Un contact radio n\u2019est donc pas exclu. Quant aux d\u00e9placements physiques, ils sont moins probables, compte tenu des distances gigantesques et de notre dur\u00e9e de vie limit\u00e9e. On peut cependant imaginer que des cr\u00e9atures non structur\u00e9es \u00e0 base de carbone aient des dur\u00e9es de vie incroyablement plus longue. Mais je ne pense pas que nous ayons d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 visit\u00e9. Ou alors c\u2019\u00e9tait il y a des millions d\u2019ann\u00e9es\u2026<\/p>\n<p><b>Etes-vous croyant?<\/b><\/p>\n<p>Oui. Je pense que l\u2019univers a \u00e9t\u00e9 construit par une force sup\u00e9rieure. La perception des corps c\u00e9lestes depuis l\u2019espace a encore renforc\u00e9 chez moi ce sentiment.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>L\u2019aventure au service de la science<\/b><\/p>\n<p>\u00abLorsque une chose est difficile et \u00e9prouvante, elle acquiert \u00e0 mes yeux une plus grande valeur.\u00bb Cette phrase pourrait r\u00e9sumer le parcours et la philosophie de Claude Nicollier.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Vevey le 2 septembre 1944, il obtient son baccalaur\u00e9at au gymnase de la Cit\u00e9 \u00e0 Lausanne, puis une licence en physique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne et un certificat d\u2019astrophysique \u00e0 celle de Gen\u00e8ve. Apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 diverses recherches, notamment pour l\u2019Observatoire de Gen\u00e8ve, il d\u00e9cide de passer son brevet de pilote de ligne et est engag\u00e9 par Swissair en tant que pilote sur un DC-9. Parall\u00e8lement, il manoeuvre des Hunter et des Tiger, dans le cadre de l\u2019arm\u00e9e suisse, o\u00f9 il a le grade de capitaine.<\/p>\n<p>En 1976, il entre \u00e0 l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne pour effectuer diverses recherches en astrophysique. Il est s\u00e9lectionn\u00e9 deux ans plus tard au sein du premier groupe de spationautes europ\u00e9ens, avant de rejoindre la NASA pour y suivre une formation de sp\u00e9cialiste de mission \u00e0 Houston. Sa femme, Susana, d\u2019origine mexicaine, lui a donn\u00e9 deux filles, Maya et Marina. <\/p>\n<p>Il a effectu\u00e9 quatre missions dans l\u2019espace, o\u00f9 sa t\u00e2che principale \u00e9tait de man\u0153uvrer le bras de la navette XX. En 1992, il est charg\u00e9 avec le reste de l\u2019\u00e9quipage de mettre en orbite la plate-forme scientifique EURECA et de tester un satellite captif.<\/p>\n<p>En 1993, il effectue une premi\u00e8re intervention sur le t\u00e9lescope spatial Hubble. Trois ans plus tard, il participe \u00e0 diverses investigations en \u00e9tat de microgravit\u00e9 et, en 1999, il collabore \u00e0 une nouvelle r\u00e9paration du t\u00e9lescope spatial, o\u00f9 il r\u00e9alise pour la premi\u00e8re fois une sortie extrav\u00e9hiculaire. Etabli \u00e0 Houston, il revient chaque \u00e9t\u00e9 depuis trois ans en Suisse, o\u00f9 il enseigne l\u2019ing\u00e9nierie spatiale \u00e0 l\u2019EPFL. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Trajectoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De passage \u00e0 Lausanne, l\u2019astronaute vaudois \u00e9voque ses missions et son envie de partage. Il parle de la Suisse, de science et de Dieu. 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