



{"id":2071,"date":"2006-04-25T00:00:00","date_gmt":"2006-04-24T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2071"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"vieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2071","title":{"rendered":"Maltraitance des personnes \u00e2g\u00e9es: les lacunes romandes"},"content":{"rendered":"<p>Une personne \u00e2g\u00e9e que vous connaissez \u00abest incapable ou embarrass\u00e9e pour expliquer ses blessures\u00bb, \u00abperd du poids de mani\u00e8re inexplicable\u00bb, \u00abpara\u00eet effray\u00e9e, m\u00e9fiante\u00bb? Elle est peut-\u00eatre victime de maltraitance. Ces questions figurent dans un tout nouveau questionnaire distribu\u00e9 par l&rsquo;association romande Alter Ego, qui s&rsquo;occupe de cas d&rsquo;abus sur les seniors. <\/p>\n<p>Elabor\u00e9 avec l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) et fond\u00e9 sur un mod\u00e8le canadien, cet outil de d\u00e9pistage vient de terminer avec succ\u00e8s sa phase de tests, entam\u00e9e en novembre dernier dans neuf pays, dont la Suisse. Il doit permettre aux travailleurs de la sant\u00e9 de rep\u00e9rer les cas de maltraitance physiques, psychologiques ou financi\u00e8res dont sont victimes les personnes \u00e2g\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche intervient tard. \u00abLes professionnels de la sant\u00e9 n&rsquo;aiment pas ce sujet, ils pr\u00e9f\u00e8rent dire que la maltraitance n&rsquo;existe pas\u00bb, constate le m\u00e9decin genevois Charles-Henri Rapin, auteur de plusieurs ouvrages sur la question. Pourtant, cela fait plus de dix ans que la question de la maltraitance des personnes \u00e2g\u00e9es est entr\u00e9e dans le d\u00e9bat public. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, un article paru dans un magazine f\u00e9minin romand d\u00e9clenchait une temp\u00eate en abordant ce sujet encore tabou. En quelques semaines, la publication recevait des centaines de t\u00e9moignages et on prenait conscience de l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Depuis, qu&rsquo;en est-il? Des \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, la Suisse romande faisant office de pionni\u00e8re en la mati\u00e8re, gr\u00e2ce notamment aux recherches des docteurs Charles-Henri Rapin et Christian de Saussure. On estime aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;entre 5 et 10% des seniors sont victimes d&rsquo;abus en Suisse. Cela repr\u00e9sente quelque 60&rsquo;000 cas par ann\u00e9e, selon Charles-Henri Rapin.<\/p>\n<p>Mais, si les outils th\u00e9oriques sont bien d\u00e9velopp\u00e9s, il reste du chemin \u00e0 parcourir en mati\u00e8re d&rsquo;action. En Suisse romande, Alter Ego est la seule structure \u00e0 se pr\u00e9occuper de cette probl\u00e9matique. L&rsquo;association, cr\u00e9\u00e9e en 2002, est financ\u00e9e par des fonds priv\u00e9s. Elle dispose d&rsquo;une permanence t\u00e9l\u00e9phonique, de modules de formation pour les professionnels de la sant\u00e9 et d&rsquo;un groupe de r\u00e9f\u00e9rence compos\u00e9 de m\u00e9decins, de directeurs d&rsquo;EMS ou de juristes charg\u00e9s de mener des consultations avec les victimes de mauvais traitements. Mais elle rechigne \u00e0 porter les abus devant la justice. <\/p>\n<p>La plupart des cas surviennent en effet dans un cadre familial (environ 90% \u00e0 Gen\u00e8ve), ce qui complique la donne: \u00abLa victime tient alors fortement \u00e0 la personne qui la maltraite. Nous devons donc veiller \u00e0 ne pas mettre ce lien en p\u00e9ril\u00bb, souligne Caroline von Gunten, coordinatrice pour Alter Ego. Le placement en institut appara\u00eet ainsi fr\u00e9quemment comme \u00abun rem\u00e8de pire que le mal\u00bb.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des autorit\u00e9s, on h\u00e9site aussi \u00e0 intervenir. \u00abL&rsquo;Etat fait preuve d&rsquo;une frilosit\u00e9 coupable\u00bb, estime Christian de Saussure. La plupart des cantons romands ne disposent pas de structures ad hoc. A Gen\u00e8ve, la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la sant\u00e9 n&rsquo;intervient que dans les cas d&rsquo;abus en EMS, la maltraitance \u00e0 domicile \u00e9tant d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e \u00e0 une fondation priv\u00e9e. Les cantons de Vaud et de Fribourg renvoient pour leur part au m\u00e9decin cantonal et au personnel de sant\u00e9 qui ont \u00abun devoir de surveillance au sens large\u00bb.<\/p>\n<p>Outre-Sarine, on a pris les choses en main. Deux guichets, \u00e0 Zurich et \u00e0 Saint-Gall (Unabh\u00e4ngige Beschwerdestelle f\u00fcr das Alter &#8211; UBA), recueillent les plaintes des victimes de maltraitance, le dernier ayant ouvert le 1er f\u00e9vrier dernier. Sur 800 cas trait\u00e9s annuellement, 11 ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des proc\u00e8s en 2004. \u00abDans 82% des cas, nous avons eu gain de cause\u00bb, se r\u00e9jouit Verena Kutter, \u00e0 l&rsquo;origine de la d\u00e9marche. C\u00f4t\u00e9 financement aussi, les guichets al\u00e9maniques s&rsquo;en sortent mieux que leurs homologues romands. Le canton de Zurich leur fournit 80 000 francs et Schaffhouse 8&rsquo;000 par an.<\/p>\n<p>Mais cela a pris du temps: \u00abLa premi\u00e8re UBA a \u00e9t\u00e9 ouverte il y a neuf ans. Nous avons d\u00fb attendre six ans avant de recevoir un financement du canton\u00bb, rel\u00e8ve Verena Kutter. Le guichet saint-gallois n&rsquo;aurait d&rsquo;ailleurs pas pu voir le jour sans un don priv\u00e9 de 100000 francs. La responsable d\u00e9plore en outre qu&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9tendre les guichets au reste de la Suisse se soit enlis\u00e9, faute de fonds suffisants.<\/p>\n<p>Pour expliquer cette r\u00e9ticence \u00e0 empoigner le probl\u00e8me, les sp\u00e9cialistes du dossier esquissent plusieurs pistes. \u00abLa maltraitance des seniors est abord\u00e9e avec la m\u00eame m\u00e9fiance aujourd&rsquo;hui que la violence contre les femmes ou les enfants il y a une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es. Il y a beaucoup de d\u00e9ni. On pr\u00e9f\u00e8re pousser le probl\u00e8me sous le tapis plut\u00f4t que de l&rsquo;affronter\u00bb, dit Alexandre Kalache, charg\u00e9 du programme sur le vieillissement \u00e0 l&rsquo;OMS.<\/p>\n<p>Angeline Fankhauser, ancienne conseill\u00e8re nationale b\u00e2loise et vice-pr\u00e9sidente des Panth\u00e8res grises, une organisation de d\u00e9fense des droits des a\u00een\u00e9s, met la faute, elle, sur \u00able climat anti-vieux qui r\u00e8gne actuellement en Suisse lorsque l&rsquo;on parle d&rsquo;AVS ou d&rsquo;assurance maladie\u00bb. Ses propos sonnent comme une mise en garde: \u00abOn montre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que les personnes \u00e2g\u00e9es ne sont qu&rsquo;une charge. Dans un tel climat, on d\u00e9rape vite vers la maltraitance.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<b><font size=2>Trois formes de maltraitance<\/b><\/p>\n<p>La maltraitance des personnes \u00e2g\u00e9es a majoritairement lieu dans un cadre familial: \u00e9pouse\/\u00e9poux, enfants, belle-famille sont alors les abuseurs. Mais le personnel soignant dans les EMS et les h\u00f4pitaux est \u00e9galement concern\u00e9. Les abus peuvent prendre trois formes:<\/p>\n<p>1. La violence physique: coups, bousculade, m\u00e9dicaments refus\u00e9s ou administr\u00e9s de force, personne attach\u00e9e \u00e0 son lit ou, comme vu dans certains EMS genevois, \u00e0 un radiateur. L&rsquo;association Alter Ego cite le cas d&rsquo;une femme de 67 ans souffrant de la maladie d&rsquo;Alzheimer, laiss\u00e9e dans ses urines par sa fille. Plus rares: les abus sexuels.<\/p>\n<p>2. La violence psychologique: d\u00e9nigrement, injure, m\u00e9pris, intimidation ou chantage. On menace de mettre la personne en institution ou de ne plus lui laisser voir ses petits-enfants. D&rsquo;autres sont trait\u00e9es de \u00abg\u00e2teux\u00bb comme si elles \u00e9taient incapables ou irresponsables.<\/p>\n<p>3. Les abus financiers: vols, d\u00e9tournements de fonds, procurations frauduleuses, rente AVS dilapid\u00e9e par un proche, achat ou vente forc\u00e9e, appropriation d&rsquo;un h\u00e9ritage. \u00abLors de mon hospitalisation, je me suis fait vider mon compte bancaire par mon fils. A mon retour \u00e0 la maison, je n&rsquo;avais plus d&rsquo;argent pour m&rsquo;acheter de la nourriture\u00bb, raconte un vieil homme de 85 ans cit\u00e9 par Alter Ego.<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo du 20 avril 2006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On estime que 5 \u00e0 10% des seniors sont victimes de mauvais traitements en Suisse. 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