



{"id":2057,"date":"2006-04-02T00:00:00","date_gmt":"2006-04-01T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2057"},"modified":"2017-07-12T11:30:21","modified_gmt":"2017-07-12T09:30:21","slug":"langue-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2057","title":{"rendered":"Allah, les cris aviaires et la linguistique"},"content":{"rendered":"<p>Pour une fois, voici une <a href=http:\/\/www.courrierinternational.com\/insolites\/insolite.asp?obj_id=61196&#038;provenance=insolites target=_blank class=std>info<\/a> o\u00f9 l\u2019adjectif aviaire n\u2019est pas associ\u00e9 \u00e0 la grippe mais \u00e0 un miracle. L\u2019histoire nous arrive du Kirghizistan, ancienne r\u00e9publique de l\u2019URSS, en Asie centrale.<\/p>\n<p>Ibraghim Ismatoullay s\u2019appr\u00eatait \u00e0 sacrifier son coq pour en faire une bonne soupe quand le volatile s\u2019est mis \u00e0 hurler \u00abAllah, Allah!\u00bb Un miracle aviaire! A peine l\u2019affaire connue, les offres d\u2019achat ont afflu\u00e9 sans que le propri\u00e9taire c\u00e8de son coq. On peut \u00e9couter le chant de l\u2019animal sur le <a href=http:\/\/news.ferghana.ru\/archive\/petux.mp3 tarhet=_blank class=std>site<\/a> de l\u2019agence de presse Ferghana.ru, qui promet qu\u2019il est authentique.<\/p>\n<p>Franchement, apr\u00e8s avoir visit\u00e9 l\u2019exposition \u00ab<a href=http:\/\/www.museum-neuchatel.ch\/  target=_blank class=std>Poules<\/a>\u00bb au Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle de Neuch\u00e2tel (jusqu\u2019au 15 octobre 2006), je n\u2019ai pas trouv\u00e9 cette nouvelle particuli\u00e8rement insolite. <\/p>\n<p>L&rsquo;expo montre notamment le film \u00abCocoricos\u00bb r\u00e9alis\u00e9 par Denis Maurer. Il fait d\u00e9filer devant la cam\u00e9ra quantit\u00e9 de personnes qui nous font conna\u00eetre, dans leur langue maternelle, l\u2019onomatop\u00e9e imitant le cri du coq. Nos oreilles n\u2019en reviennent pas.<\/p>\n<p>Notre cocorico devient \u00abg\u00fcger\u00fcg\u00fc\u00bb en zurichois, \u00abcock-a-doodle-doo\u00bb en anglais, \u00abwo wo wo\u00bb en chinois, \u00abkykliky kykkeliky\u00bb en danois, \u00abqui qui ri qui\u00bb en espagnol, \u00abkukkokiekuu\u00bb, en finlandais, \u00abkukurikuu\u00bb, en hongrois, \u00abgaggalago\u00bb en  islandais, \u00abkokekokko\u00bb en japonais et \u00abo, o, o, o\u00bb en vietnamien (\u00e0 \u00e9couter sur le DVD qui accompagne le catalogue de l\u2019expo).<\/p>\n<p>On a peine \u00e0 croire que ces transcriptions d\u00e9signent le m\u00eame son. Les coqs ne chantent-ils pas pareillement sous toutes les latitudes?<\/p>\n<p>Les cris d\u2019animaux, aviaires en particulier, constituent un passionnant sujet d\u2019\u00e9tude linguistique. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de le constater lors d\u2019une promenade dans le Parc national suisse. Un panneau signalait la pr\u00e9sence de gypa\u00e8tes barbus et sous le dessin du rapace, son cri \u00e9tait traduit tr\u00e8s diff\u00e9remment en allemand, en italien et en anglais. <\/p>\n<p>L\u2019absence de mention en fran\u00e7ais m\u2019obligea \u00e0 m\u2019interroger sur ce que je pourrais bien entendre si l\u2019oiseau venait \u00e0 passer &#8212; et quelle traduction fran\u00e7aise j\u2019en ferais, quelle onomatop\u00e9e je cr\u00e9erais. A supposer que je me trouvais alors en pleine qu\u00eate spirituelle, qui sait si je n\u2019aurais pas invent\u00e9 un son \u00e9voquant \u00abJ\u00e9sus\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Une onomatop\u00e9e d\u00e9signe un mot dont le son \u00e9voque la chose qu\u2019il d\u00e9signe par une ressemblance sonore*. Or, le linguiste Ferdinand de Saussure a d\u00e9fini ce lien entre le son et le sens, entre le signifiant et le signifi\u00e9, comme purement arbitraire, injustifiable par une quelconque n\u00e9cessit\u00e9 naturelle, ce dont t\u00e9moigne \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence la diversit\u00e9 m\u00eame des langues. <\/p>\n<p>L\u2019exemple des expressions du cri du coq dans diff\u00e9rentes langues est tr\u00e8s souvent cit\u00e9 dans des ouvrages de linguistique pour montrer que les onomatop\u00e9es, elles-m\u00eames, sont soumises aux <a href=http:\/\/www.ling.umontreal.ca\/olst\/polguere\/Enseignement\/Manuel1080.pdf target=_blank class=std>contraintes phonologiques<\/a> de chaque langue. Celui du canard est tout aussi d\u00e9monstratif. Rendu en fran\u00e7ais par couin couin, en danois par rap rap, en allemand par gack gack, en roumain par mac mac, en italien par qua qua, en russe par quack.<\/p>\n<p>Les lecteurs de bandes dessin\u00e9es auront constat\u00e9 en lisant Tintin ou Ast\u00e9rix dans diff\u00e9rentes langues combien les animaux s\u2019y expriment diff\u00e9remment. Autres surprises, en italien, les ambulances font \u00abla lu la la\u00bb et \u00abda di da do\u00bb en suisse allemand &#8212; alors qu\u2019au royaume d&rsquo;Achille Talon, l&rsquo;onomatop\u00e9e ne correspond pas toujours au bruit \u00abl\u00e9gitime\u00bb, et vice-versa.<\/p>\n<p>Par exemple, une porti\u00e8re qu&rsquo;on referme ne fait pas clac mais cui cui, tandis qu&rsquo;une voiture qui s&rsquo;\u00e9lance \u00e0 toute vitesse \u00e9met un tranquille zonzon au lieu du vroum traditionnel. Dans un <a href=http:\/\/www.erudit.org\/revue\/meta\/1999\/v44\/n4\/004143ar.html target=_blank class=std>travail de recherche<\/a>, une linguiste pr\u00e9tend que traduire une BD consiste surtout \u00e0 traduire des onomatop\u00e9es&#8230;<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nL\u2019origine \u00e9tymologique du mot onomatop\u00e9e vient du grec onomatopoiia, form\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;onoma, \u00abmot\u00bb, et de poiein, \u00abfaire\u00bb. Poiein est en outre la racine du verbe \u00abpouvoir\u00bb. Onomatop\u00e9e \u00e9voque donc le pouvoir, la libert\u00e9 de faire, de cr\u00e9er des mots.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nA lire aussi, \u00abCes mots qui font du bruit\u00bb, d\u2019Orlando de Rudder aux Editions Latt\u00e8s. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De \u00abg\u00fcger\u00fcg\u00fc\u00bb en zurichois \u00e0 \u00abkokekokko\u00bb en japonais, les cris aviaires ont pos\u00e9 des probl\u00e8mes aux linguistes. Voyage sur la plan\u00e8te des onomatop\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-2057","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2057","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2057"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2057\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5798,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2057\/revisions\/5798"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2057"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2057"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2057"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}