



{"id":2049,"date":"2006-03-21T00:00:00","date_gmt":"2006-03-20T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2049"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2049","title":{"rendered":"Tous \u00e0 l&rsquo;uni! Le renouvellement des \u00e9lites est en marche"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9lites traditionnelles ont du souci \u00e0 se faire. Car depuis que les \u00e9tudes se sont d\u00e9mocratis\u00e9es, il y a foule au sommet de l&rsquo;\u00e9chelle sociale. Une enqu\u00eate publi\u00e9e d\u00e9but 2006 par l&rsquo;Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS) le confirme: 58% des \u00e9tudiants universitaires sont issus de familles dont les parents n&rsquo;ont aucune formation acad\u00e9mique. Si l&rsquo;on inclut les hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es, cette proportion monte \u00e0 64%.<\/p>\n<p>Plus significatif encore: alors qu&rsquo;en 1960, un enfant issu d&rsquo;une famille universitaire avait 12 fois plus de chances de suivre des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, ce privil\u00e8ge n&rsquo;augmente aujourd&rsquo;hui plus que de 15% ses chances d&rsquo;entrer en facult\u00e9, selon une \u00e9tude du professeur genevois Yves Fl\u00fcckiger, directeur de l&rsquo;Observatoire universitaire de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>Les fils et filles de migrants sont les grands gagnants de cette d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes. Selon une enqu\u00eate du Fonds national suisse (FNS), 22% des \u00absecondos\u00bb espagnols ou italiens vont \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9, contre 14% des Suisses issus d&rsquo;un milieu social comparable, souvent modeste.<\/p>\n<p>\u00abLes parents immigr\u00e9s consacrent beaucoup d&rsquo;efforts \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de leurs enfants, leur mobilit\u00e9 vers la Suisse contient d\u00e9j\u00e0 en soi un fort projet d&rsquo;ascension sociale\u00bb, d\u00e9taille Claudio Bolzman, l&rsquo;un des auteurs de l&rsquo;\u00e9tude. Fille d&rsquo;immigr\u00e9s espagnols, la municipale lausannoise Sylvia Zamora dit avoir \u00abr\u00e9alis\u00e9 le but de toute une vie\u00bb pour ses parents en fr\u00e9quentant l&rsquo;Universit\u00e9 (lire ci-dessous).<\/p>\n<p>Mais que font tous ces enfants qui n&rsquo;ont pas grandi dans un milieu cousu de fil d&rsquo;or quand ils sortent de l&rsquo;universit\u00e9? Ils vont gravir un \u00e0 un les \u00e9chelons menant vers les positions de pouvoir et devenir les nouveaux membres de l&rsquo;\u00e9lite, celle qui fa\u00e7onne le destin politique, \u00e9conomique et culturel de la Suisse.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que Dominique Joye, directeur du Service suisse d&rsquo;information et d&rsquo;archivage de donn\u00e9es pour les sciences sociales, appelle \u00abl&rsquo;effet d&rsquo;ascenseur\u00bb des \u00e9tudes. Confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e sur le march\u00e9 du travail de ces nouveaux pr\u00e9tendants au tr\u00f4ne, les \u00e9lites en place se voient contraintes d&rsquo;op\u00e9rer \u00abun \u00e9largissement de leur d\u00e9finition du \u00ab\u00a0nous collectif\u201d\u00bb, note Claudio Bolzman.<\/p>\n<p>Un chamboulement qui ne se fait pas sans douleur: on ne c\u00e8de pas sa place au soleil si facilement. \u00abNous assistons \u00e0 une sorte de division du travail entre membres de l&rsquo;ancienne et de la nouvelle \u00e9lite\u00bb, rel\u00e8ve Dominique Joye. Les premiers campent sur leurs positions, alors que les seconds investissent les domaines de la nouvelle \u00e9conomie, qui leur ouvrent les bras.<\/p>\n<p>\u00abLa forte demande dans ce secteur pour du personnel tr\u00e8s qualifi\u00e9 a accru les chances de ces nouveaux venus\u00bb, selon Yves Fl\u00fcckiger. \u00abDans un environnement international de plus en plus concurrentiel, on engage simplement les personnes les plus comp\u00e9tentes, celles avec le maximum d&rsquo;intelligence pratique, les autres crit\u00e8res tombent\u00bb, explique Beno\u00eet Genecand, directeur de UBS Gen\u00e8ve, lui-m\u00eame issu d&rsquo;un milieu modeste (lire ci-dessous ). On voit alors \u00e9merger une \u00e9lite internationale, calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le m\u00e9ritocratique am\u00e9ricain, qui se pr\u00e9occupe peu de l&rsquo;origine sociale de ses membres.<\/p>\n<p>La politique s&rsquo;est, elle aussi, ouverte \u00e0 de nouveaux horizons. Alors que le parcours oblig\u00e9 d&rsquo;un \u00e9lu passait jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment par le quatuor \u00abcoll\u00e8ge priv\u00e9, facult\u00e9 de droit, soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudiants, arm\u00e9e\u00bb, le m\u00e9tier s&rsquo;est aujourd&rsquo;hui popularis\u00e9 et f\u00e9minis\u00e9. \u00abIl n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 regarder l&rsquo;Ex\u00e9cutif lausannois, presque enti\u00e8rement compos\u00e9 de \u00ab\u00a0secondos\u00a0\u00bb: Oscar Tosato, Silvia Zamora, Doris Cohen-Dumani\u00bb, sourit Claudio Bolzman.<\/p>\n<p>A contrario, les secteurs de l&rsquo;\u00e9conomie qui ont un ancrage local plus marqu\u00e9 continuent de recruter au sein de l&rsquo;ancienne \u00e9lite. A l&rsquo;image des banques priv\u00e9es de la place genevoise: \u00abOn y sent le poids de la tradition. On engage les personnes appartenant aux r\u00e9seaux que l&rsquo;on souhaite courtiser comme client\u00e8le\u00bb, fait remarquer Beno\u00eet Genecand. Les professions lib\u00e9rales (m\u00e9decins, avocats) maintiennent, elles aussi, un fonctionnement de castes.<\/p>\n<p>Mais cette habile s\u00e9paration des t\u00e2ches ne profite pas \u00e0 tous. La d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes a aussi banalis\u00e9 la valeur du dipl\u00f4me et rejet\u00e9 toute une cat\u00e9gorie d&rsquo;universitaires vers des emplois subalternes. A fortiori en p\u00e9riode de crise \u00e9conomique, lorsque la concurrence au sommet est la plus rude.<\/p>\n<p>Le sociologue Walo Hutmacher, ex-directeur du Service de la recherche en \u00e9ducation \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, craint de voir appara\u00eetre un \u00abprol\u00e9tariat intellectuel\u00bb, frustr\u00e9 par son incapacit\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;ascenseur social. Il cite le cas des enseignants, \u00abm\u00e9contents car ils ont le sentiment que leur m\u00e9tier a perdu en prestige\u00bb.<\/p>\n<p>Claudio Bolzman \u00e9voque, lui, \u00abdes jeunes issus des migrations r\u00e9centes, balkanique ou turque, qui ne profitent pas encore de la mobilit\u00e9 sociale\u00bb, malgr\u00e9 leur dipl\u00f4me universitaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de cette \u00e9lite \u00abde seconde classe\u00bb se joue en amont, au moment du choix de la fili\u00e8re d&rsquo;\u00e9tudes. \u00abL&rsquo;establishment garde la mainmise sur les facult\u00e9s les plus porteuses d&#8217;emplois\u00bb, assure Dominique Joye.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine et pharmacie, on trouve ainsi 54% de fils et filles d&rsquo;universitaires, alors qu&rsquo;en sciences humaines et sociales ils ne sont que 38%. Or, si 86% des \u00e9tudiants en m\u00e9decine et pharmacie ont trouv\u00e9 un emploi six mois apr\u00e8s leur sortie de l&rsquo;universit\u00e9, seuls 45% des \u00e9tudiants en sciences humaines et sociales sont dans le m\u00eame cas. Il est sans doute encore un peu t\u00f4t pour annoncer la fin de la lutte des classes.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Silvia Zamora, 51 ans, conseill\u00e8re municipale de Lausanne<\/b><\/p>\n<p>Fille d&rsquo;un p\u00e8re m\u00e9canicien et d&rsquo;une m\u00e8re couturi\u00e8re, tous deux Espagnols, Sylvia Zamora est arriv\u00e9e en Suisse en 1962, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 8 ans. \u00abAu coll\u00e8ge secondaire, j&rsquo;\u00e9tais la seule fille d&rsquo;ouvriers dans ma classe. Nous n&rsquo;avions pas de collection de livres \u00e0 la maison, alors j&rsquo;allais \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale\u00bb, se souvient-elle. Elle dit toutefois ne s&rsquo;\u00eatre jamais vue comme une victime. \u00abMon milieu m&rsquo;a appris le sens de l&rsquo;effort.\u00bb L&rsquo;\u00e9lue socialiste croit \u00e0 la d\u00e9mocratisation de l&rsquo;acc\u00e8s au savoir: \u00abMa soeur et moi avons toutes deux fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures.\u00bb<\/p>\n<p><b>Beno\u00eet Genecand, 42 ans, directeur de UBS Gen\u00e8ve<\/b><\/p>\n<p>Issu d&rsquo;un milieu modeste, \u00abun p\u00e8re boulanger et une m\u00e8re qui travaillait pour son mari\u00bb, Beno\u00eet Genecand a obtenu une licence en hautes \u00e9tudes internationales \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, avant d&rsquo;entrer chez UBS en 1988. Il dit avoir puis\u00e9 son \u00abenvie de se d\u00e9passer\u00bb dans les multiples activit\u00e9s associatives de son p\u00e8re. \u00abL&rsquo;ouverture peut venir d&rsquo;ailleurs que d&rsquo;une \u00e9ducation universitaire.\u00bb Son origine sociale ne l&rsquo;a pas frein\u00e9 dans ses ambitions, indique-t-il. D&rsquo;ailleurs, son fr\u00e8re est docteur en math\u00e9matiques et sa soeur est licenci\u00e9e, comme lui.<\/p>\n<p><b>Val\u00e9rie Garbani, 39 ans, conseill\u00e8re nationale et \u00e9lue au Conseil municipal de la ville de Neuch\u00e2tel<\/b><\/p>\n<p>La socialiste a grandi dans un quartier d&rsquo;immigr\u00e9s, derri\u00e8re la gare de Neuch\u00e2tel. Fille d&rsquo;un poseur de tapis et d&rsquo;une t\u00e9l\u00e9phoniste, elle fait des \u00e9tudes de droit, devient avocate, puis se lance en politique. \u00abJe n&rsquo;ai jamais eu l&rsquo;impression de ne pas \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e, m\u00eame si j&rsquo;ai d\u00fb travailler pour payer mes \u00e9tudes et mon stage d&rsquo;avocat.\u00bb Une anecdote: elle dit ne jamais avoir \u00e9t\u00e9 convi\u00e9e au bal du Jardin, \u00abune agape organis\u00e9e par la haute bourgeoisie neuch\u00e2teloise\u00bb. Le renouvellement des \u00e9lites est une r\u00e9alit\u00e9 depuis une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, selon elle. Elle craint cependant que \u00abla hausse des taxes universitaires et le processus de Bologne ne remettent en cause ces acquis\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les premiers effets de la d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes commencent \u00e0 se faire sentir. 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