



{"id":2019,"date":"2006-02-02T00:00:00","date_gmt":"2006-02-01T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=2019"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"portrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=2019","title":{"rendered":"Maurice Chappaz, po\u00e8te lumineux"},"content":{"rendered":"<p>Figure tut\u00e9laire des lettres helv\u00e9tiques, le po\u00e8te Maurice Chappaz vient d\u2019entrer dans sa nonanti\u00e8me ann\u00e9e. Dans le village du Ch\u00e2ble, l\u2019entr\u00e9e du val de Bagnes, il habite toujours la vieille maison familiale qui fut autrefois la demeure de son oncle Maurice Troillet, l\u2019homme politique qui arracha le Valais \u00e0 sa ruralit\u00e9 alpine pour le propulser dans la civilisation industrielle. Rude changement. <\/p>\n<p>\u00abJ\u2019appartiens, dira Chappaz, \u00e0 un pays qui a chang\u00e9 en vingt ou trente ans. En restant ici en Valais, j\u2019ai pour finir fait un voyage tout aussi grand que si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 en Am\u00e9rique.\u00bb Il ne faudrait pas en d\u00e9duire pour autant qu\u2019il est un observateur immobile plant\u00e9 dans son pr\u00e9 carr\u00e9 et pentu valaisan. Au contraire! Dans son corps circule encore le sang des anciens migrants bagnards, de ceux qui, sac au dos et souliers clout\u00e9s, ne savaient jamais s\u2019arr\u00eater. Descendre \u00e0 Fully travailler la vigne. Pousser le b\u00e9tail vers les mayens en mi-saison. Grimper en \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019alpage v\u00e9rifier si les vaches sont bien trait\u00e9es, le fromage bon. <\/p>\n<p>Cette aptitude \u00e0 nomadiser \u2013 sa premi\u00e8re femme, l\u2019\u00e9crivain Corinna Bille, parlait de \u00abfolie ambulatoire\u00bb! \u2013 l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 courir la plan\u00e8te. <\/p>\n<p>Plut\u00f4t les d\u00e9serts et les montagnes que les villes. Mais quand m\u00eame, au c\u0153ur de Manhattan, la verticalit\u00e9 des gratte-ciel lui rappelant celle du Grand Combin ou du Cervin force son admiration. Le vaste monde et ses habitants sont une importante source d\u2019inspiration pour le po\u00e8te Chappaz. Il n\u2019a de cesse de comparer ou de confronter de lointaines civilisations avec la sienne, cela nous a valu des livres comme \u00abLe match Valais-Jud\u00e9e\u00bb ou \u00abLa tentation de l\u2019Orient\u00bb.<\/p>\n<p>Une autre source de profonde inspiration vient peut-\u00eatre de sa maison m\u00eame, cette abbaye du Ch\u00e2ble qui, avant d\u2019abriter les Troillet et les Chappaz fut la r\u00e9sidence estivale des abb\u00e9s de Saint-Maurice, seigneurs de la vall\u00e9e de Bagnes dans l\u2019ancien temps. Vou\u00e9 pendant des si\u00e8cles \u00e0 des serviteurs de Dieu, le lieu a impr\u00e9gn\u00e9 le po\u00e8te dont le mysticisme, le dialogue intime et permanent avec le Christ, ont si profond\u00e9ment marqu\u00e9 sa po\u00e9sie que sa derni\u00e8re \u0153uvre, publi\u00e9e chez Gallimard en 2001, porte un titre \u00e0 valeur de manifeste, \u00abEvangile selon Judas\u00bb, qui masque un lancinant questionnement religieux.<\/p>\n<p>Mais cet \u00e9crivain empreint de religiosit\u00e9 n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019adage qui veut que nul ne soit proph\u00e8te en son pays. Les Valaisans, pourtant enclins au chauvinisme, ne portent gu\u00e8re Maurice Chappaz dans leur c\u0153ur. C\u2019est que l\u2019\u00e9crivain a non seulement \u00e9crit un fort beau \u00abPortrait des Valaisans en l\u00e9gende et en v\u00e9rit\u00e9\u00bb qui a pu susciter quelques r\u00e9serves chez certains, il a aussi lanc\u00e9 un vigoureux pamphlet contre \u00abLes maquereaux des cimes blanches\u00bb, ces sp\u00e9culateurs pr\u00eats \u00e0 vendre p\u00e8re et m\u00e8re pour arrondir leur compte en banque. <\/p>\n<p>Le livre a fait scandale et sem\u00e9 la consternation chez les bien-pensants. Mais les jeunes lui ont fait f\u00eate, sans toutefois pouvoir inverser la cours des choses. Les maquereaux ont 30 ans de plus, ils se portent mieux que jamais et leur succession est assur\u00e9e.<\/p>\n<p>A l\u2019heure o\u00f9 Maurice Chappaz arrive au bout d\u2019une vie riche en livres qui resteront, arr\u00eatons-nous un instant sur ce qu\u2019il disait de la vieillesse et du temps qui passe il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 dans \u00abLe gar\u00e7on qui croyait au paradis\u00bb: <\/p>\n<ul><font size=2>\u00abOn dirait l\u2019odeur du foin qui se r\u00e9veille en hiver, voici cinquante ans, les po\u00e8mes s\u2019approchaient de moi. J\u2019\u00e9tais un jeune homme solitaire avec de vrais amis. On filait, on gagnait le large. Ce qui attire maintenant l\u2019homme qui s\u2019enfonce dans la vieillesse avec sa plume, c\u2019est une ligne invisible, une fronti\u00e8re, celle de sa propre mort. J\u2019ai vu, j\u2019ai pass\u00e9 tant de cols qui varient, me suis tant exerc\u00e9 \u00e0 un chant! Que voil\u00e0 tous les chemins aujourd\u2019hui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, o\u00f9 devrait na\u00eetre, o\u00f9 est d\u00e9j\u00e0 n\u00e9 tout ce que j\u2019ai aim\u00e9. Et tous ces \u00eatres deviendront moi-m\u00eame. Ma vie les a \u00e9crits. Une angoisse, l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019une feuille fr\u00e9mit mais je craindrais de ne pas mourir.\u00bb<\/font><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abEn restant en Valais, j\u2019ai pour finir fait un voyage tout aussi grand que si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 en Am\u00e9rique.\u00bb L\u2019\u00e9crivain suisse entre dans sa nonanti\u00e8me ann\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2019","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2019","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2019"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2019\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2019"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2019"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2019"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}