



{"id":20,"date":"1999-04-16T00:00:00","date_gmt":"1999-04-15T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=20"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"image","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=20","title":{"rendered":"L&rsquo;Europe est en guerre, et \u00abLa ligne rouge\u00bb encore sur les \u00e9crans"},"content":{"rendered":"<p>Quel concert de louanges accompagne \u00abLa Ligne rouge\u00bb de Terrence Malick! Et quelle vacuit\u00e9 intellectuelle pour d\u00e9fendre ce que l&rsquo;unanimit\u00e9 des critiques consid\u00e8re comme un chef d&rsquo;oeuvre! Pas un argument politique, pas une seule r\u00e9serve \u00e9thique, pas l&rsquo;ombre d&rsquo;une distance, rien que de l&rsquo;extase superlative: \u00abPri\u00e8re\u00bb, \u00abM\u00e9ditation m\u00e9taphysique\u00bb, \u00abLitanie hypnotique\u00bb, etc&#8230;<\/p>\n<p>Le film serait sauv\u00e9 de son mauvais genre &#8211; le film de guerre &#8211; parce qu&rsquo;il convoquerait la beaut\u00e9, l&rsquo;Ancien Testament et la nature, l\u00e0 o\u00f9 en g\u00e9n\u00e9ral ne r\u00e9side que la barbarie. Je n&rsquo;aime pas les films de guerre, et encore moins ceux qui utilisent le genre pour le mettre au service d&rsquo;un discours sentimentalo-humaniste que ne renierait aucune chapelle new age.<\/p>\n<p>Chez Terrence Malick, il n&rsquo;y a pas que l&rsquo;enfer qui soit pav\u00e9 de bonnes intentions, le paradis aussi. Dans ce fatras de pens\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, r\u00e9cit\u00e9es par une dizaine de voix off \u00e0 la virilit\u00e9 compatissante et larmoyante, on reste dans le domaine du gadget philosophique. On utilise les grands mots du r\u00e9pertoire (l&rsquo;\u00eatre, le n\u00e9ant, la vie, la mort, l&rsquo;amour, la bont\u00e9, la haine), si possible en lettres majuscules, et on fait comme si tout le monde, forc\u00e9ment, s&rsquo;entendait sur leur sens commun.<\/p>\n<p>On oublie du m\u00eame coup que ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces mots qui, souvent, ont \u00e9t\u00e9 &#8211; sont encore &#8211; \u00e0 l&rsquo;origine de malentendus terribles qui m\u00e8nent au conflit, \u00e0 la violence et \u00e0 la guerre. Dans son survol de tous les grands chapitres de la Bible, Malick aurait \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9 de relire la fable de la Tour de Babel.<\/p>\n<p>Que faire pour convaincre de la profondeur de son regard? Malick a trouv\u00e9: avoir recours \u00e0 la grandiloquence. Qu&rsquo;il invoque Rimbaud, notamment \u00e0 travers la figure du \u00abDormeur du Val\u00bb, Rousseau dans son attachement \u00e0 une nature qui n&rsquo;aurait pas encore \u00e9t\u00e9 corrompue par l&rsquo;homme, ou la Gen\u00e8se par son imagerie d&rsquo;un Eden perdu, le film avance par emphase. Ainsi peut-il s&rsquo;autoproclamer, avec la lenteur qui sied \u00e0 \u00abla pens\u00e9e qui r\u00e9fl\u00e9chit\u00bb, sublime hymne \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9. A ce titre, \u00abLa ligne rouge\u00bb est moins une oeuvre m\u00e9taphysique que religieuse: elle ass\u00e8ne plut\u00f4t qu&rsquo;elle interroge.<\/p>\n<p>Esth\u00e9tiquement, le film est irr\u00e9prochable. A plusieurs moments, \u00abLa Ligne rouge\u00bb m&rsquo;a fait penser \u00e0 une cath\u00e9drale: rythme lent, soulign\u00e9 par le \u00abRequiem\u00bb de Faur\u00e9, invitant \u00e0 la m\u00e9ditation; sens extraordinaire des couleurs travaill\u00e9es avec la transparence d&rsquo;un vitrail; polyphonie des voix qui renvoie \u00e0 la tradition du choeur; sens de la lumi\u00e8re pour exalter l&rsquo;au-del\u00e0. La question pourtant demeure en moi: que vient-on prier dans cette belle demeure, sinon une image acceptable de la guerre?<\/p>\n<p>Le film de Terrence Malick me fait penser \u00e0 ces \u00e9glises sublimes qui ont \u00e9t\u00e9 investies par les sponsors de l&rsquo;humanisme primaire ou les marchands du temple de la bonne conscience. Car Terrence Malick, aussi talentueux soit-il, a lui aussi quelque chose \u00e0 vendre et \u00e0 montrer: sa propre vertu.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nMargot Steiner, 39 ans, est journaliste \u00e0 Gen\u00e8ve. Elle pr\u00e9tend avoir vu tous les films dont le titre contient l&rsquo;adjectif \u00abrouge\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que vient-on prier dans la cath\u00e9drale de Terrence Malick, sinon une image acceptable de la guerre? Margot Steiner s&rsquo;interroge<\/p>\n","protected":false},"author":24,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-20","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/24"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}