



{"id":1978,"date":"2005-12-06T00:00:00","date_gmt":"2005-12-05T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1978"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"lectures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1978","title":{"rendered":"Ma s\u00e9lection de livres pour l\u2019hiver, par G\u00e9rard Delaloye (1)"},"content":{"rendered":"<p>\u00abBien trop de livres?\u00bb, s\u2019<a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=1973 target=_blank class=std>interrogeait<\/a> Genevi\u00e8ve Grimm-Gobat sur cet \u00e9cran, en faisant miroiter un sombre avenir d\u2019engorgement bibliophile ou bibliophage g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>C\u2019est bien s\u00fbr la question que chacun peut se poser en voyant l\u2019avalanche de publications qui se d\u00e9verse sur l\u2019\u00e9tal des biblioth\u00e9caires \u00e0 des moments choisis de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019abondance, heureusement, ne limite pas la libert\u00e9 de choix de chacun. Pour ma part, apr\u00e8s avoir lu divers compte-rendus, je finis toujours par me rendre dans ma librairie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e qui s\u2019appelle fort prosa\u00efquement La Librairie (au centre de Morges, canton de Vaud, \u00e0 deux pas de la Coop) pour humer les livres rep\u00e9r\u00e9s dans la presse.<\/p>\n<p>Mon premier achat en cet automne radieux m\u2019a report\u00e9 une bonne quarantaine d\u2019ann\u00e9es en arri\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9, avant la vague soixante-huitarde, la r\u00e9volution culturelle chinoise intriguait le monde en divisant la gauche. Sans \u00eatre d\u2019ob\u00e9dience mao\u00efste (j\u2019inclinais plut\u00f4t pour le vieux L\u00e9on Davidovitch Bronstein), j\u2019ai cru trop longtemps que le concept de r\u00e9volution continue d\u00e9velopp\u00e9 par Mao \u00e9tait cousin de celui que Trotski avait baptis\u00e9 du doux nom de r\u00e9volution permanente.<\/p>\n<p>Erreur grossi\u00e8re et mortelle pour des millions de Chinois comme nous l\u2019apprit quelques ann\u00e9es plus tard <a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=886 target=_blank class=std>Simon Leys<\/a> dans son d\u00e9capant \u00ab<a href=http:\/\/www.chapitre.com\/frame_rec.asp?isbn=9782221085394&#038;source=NEUF&#038;sessionid=62400666352131608521828171&#038;donnee_appel=MOTEUR2 target=_blank class=std>Les habits neufs du pr\u00e9sident Mao<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Je me laissai donc tenter par la biographie de <a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2213626073\/171-2218081-9261803 target=_Blank class=std>Mao Ts\u00e9-Toung<\/a> de Philip Short qui, loin de rester fid\u00e8le \u00e0 son nom, a fait franchement long, 680 pages dans la version fran\u00e7aise. Or, cette version ne comporte que les deux tiers de l\u2019original en anglais.<\/p>\n<p>M\u00eame rapetiss\u00e9e, la bio du grand homme reste indigeste. Trop de d\u00e9tails. C\u2019est le genre de bouquin \u00e0 emporter aux sports d\u2019hiver en esp\u00e9rant une semaine de blizzard qui vous emp\u00eache de mettre le nez dehors. Ou au bord d\u2019une mer ensoleill\u00e9e infest\u00e9e de m\u00e9duses.<\/p>\n<p>J\u2019en \u00e9tais \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des repr\u00e9sentants du Komintern en Chine (soit en termes romanesques aux pr\u00e9mices des romans de Malraux) quand le \u00ab<a href=http:\/\/www.priceminister.com\/navigation\/search\/category\/search_books\/keyword\/dantzig-charles\/ss\/70 target=_blank class=Std>Dictionnaire \u00e9go\u00efste de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/a>\u00bb de Charles Dantzig passa soudain de La Librairie \u00e0 ma table de chevet.<\/p>\n<p>Encore un pav\u00e9! Mais d\u00e9goulinant avec bonheur d\u2019esprit fran\u00e7ais, de litt\u00e9rature fran\u00e7aise, de mots fran\u00e7ais, de tout ce qui fait la quintessence de notre culture sans que nous ayons, nous qui pouvons \u00eatre vieille France sans \u00eatre fran\u00e7ais, \u00e0 nous coltiner avec les pesanteurs fran\u00e7aises (pass\u00e9 colonial, banlieues invivables, chiraqueries\u2026).<\/p>\n<p>J\u2019avais lu quelque part qu\u2019il ne fallait pas craindre de lire ce dictionnaire comme n\u2019importe quel bouquin, de A \u00e0 Z. Je le fis avec d\u2019autant plus de plaisir que les premi\u00e8res pages sont truff\u00e9es de formules dont la d\u00e9magogie n\u2019entame que peu leur v\u00e9rit\u00e9. Ainsi \u00e0 propos de Proust :<\/p>\n<ul><font size=2>\u00abEt tel, un jour, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 aussi lu, relu et ador\u00e9 que \u00abL\u2019Astr\u00e9e\u00bb, \u00abA la recherche du temps perdu\u00bb s\u2019\u00e9teindra comme \u00abL\u2019Astr\u00e9e\u00bb, gros lustre rel\u00e9gu\u00e9 au fond d\u2019une cave, qui ne sera plus visit\u00e9 que par les vingti\u00e9mistes dans les universit\u00e9s, comme \u00abL\u2019Astr\u00e9e\u00bb ne l\u2019est plus que par les dix-septi\u00e9mistes.\u00bb<\/ul>\n<p><\/font><br \/>\nOu des \u00abAmers et grincheux\u00bb:<\/p>\n<ul><font size=2> \u00abL\u2019aigre est une vari\u00e9t\u00e9 de l\u2019amer. Je pense \u00e0 George Steiner, le professeur qui assure que \u00abnous savons qu\u2019il n\u2019y aura plus de Dante, plus de Proust\u00bb. Nous savons. Non seulement il n\u2019y en aura plus, mais il n\u2019y en a pas besoin, puisqu\u2019ils ont exist\u00e9. De nouveaux talents existent d\u00e9j\u00e0, qu\u2019il faudra du temps pour g\u00e9nialiser: un jour avant Proust, aucun Steiner n\u2019aurait pari\u00e9 sur Proust.\u00bb<\/ul>\n<p><\/font><br \/>\nJ\u2019ai lu ce \u00abDictionnaire\u00bb avec plaisir. Comme il ne parle pas des auteurs vivants, j\u2019ai ainsi fait une agr\u00e9able r\u00e9vision de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise d\u2019hier et d\u2019autrefois en pouffant aux ex\u00e9cutions sommaires et partiales (\u00abBreton, fils de gendarme, n\u2019a pas trahi son h\u00e9r\u00e9dit\u00e9\u00bb) ou b\u00e2illant aux \u00e9loges saugrenus:<\/p>\n<ul><font size=2>\u00abC\u2019est peut-\u00eatre en po\u00e9sie que Val\u00e9ry est le plus ce qu\u2019il est, ou qu\u2019il sait mieux nous le faire croire: un jouisseur de la mer, du soleil, des arbres aux feuilles qui bougent lentement\u2026\u00bb<\/ul>\n<p><\/font><br \/>\nVal\u00e9ry en jouisseur, voil\u00e0 qui est jouissif!<\/p>\n<p>Si Dantzig me pla\u00eet beaucoup, c\u2019est, outre son esprit, son \u00e9rudition, sa finesse, parce qu\u2019il ne cache pas ses enthousiasmes. Egrenant son chapelet d\u2019auteurs c\u00e9l\u00e8bres, il ne manque pas de signaler au passage les livres qu\u2019il tient pour des chefs d\u2019\u0153uvre. J\u2019en ai not\u00e9 quelques-uns, cela compose une fort s\u00e9duisante biblioth\u00e8que. Cela vous int\u00e9resse? Voici:<\/p>\n<ul><font size=2> Malraux, \u00ab<a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=1885 target=_blank class=std>Antim\u00e9moires<\/a>\u00bb; Claudel: \u00abConversations dans le Loir-et-Cher\u00bb; Max Jacob: \u00abLes P\u00e9nitents en maillots roses\u00bb; Maupassant: \u00abBel-Ami\u00bb; Emmanuel Berl: \u00abLa fin de la IIIe R\u00e9publique\u00bb; Fr\u00e9d\u00e9ric Berthet: \u00abSimple journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9\u00bb; Henri de R\u00e9gnier: \u00abCarnets\u00bb; Montherlant: \u00abLes Gar\u00e7ons\u00bb; Stendhal: \u00abLa Chartreuse de Parme\u00bb; Albert Cohen: \u00abBelle du Seigneur\u00bb; Pa Kin: \u00abNuit glac\u00e9e\u00bb; Benjamin Constant: \u00abAdolphe\u00bb; Melchior Grimm: \u00abCorrespondance litt\u00e9raire\u00bb; L\u00e9on Bloy: \u00abL\u2019ex\u00e9g\u00e8se des lieux communs\u00bb; A. Dumas: \u00abMes M\u00e9moires\u00bb; Lampedusa: \u00abLe Gu\u00e9pard\u00bb; Flaubert: \u00abMadame Bovary\u00bb; R. Gary: \u00abLa nuit sera calme\u00bb; Gide: \u00abPaludes\u00bb; Jean Genet: \u00abNotre-Dame-des-Fleurs\u00bb\u2026<\/ul>\n<p><\/font><br \/>\nEn digne repr\u00e9sentant du bel esprit, Charles Dantzig voue une admiration sans borne \u00e0 Voltaire et d\u00e9nigre Rousseau. C\u2019est son point faible.<\/p>\n<p>Pour aimer Rousseau, il faut un autre pli de l\u2019\u00e2me, ce pli qui fait le charme d\u2019un auteur comme W.G. Sebald que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=471 target=_blank class=std>pr\u00e9senter<\/a> sur cet \u00e9cran. Depuis sa tragique disparition un soir d\u2019hiver il y a quatre ans, son \u00e9diteur fran\u00e7ais fait traduire une \u0153uvre qui ne cesse de frapper par son caract\u00e8re original, personnel, in\u00e9galable.<\/p>\n<p>Avec ces \u00abS\u00e9jours \u00e0 la campagne\u00bb, Sebald le promeneur se fait chroniqueur de quelques \u00e9crivains promeneurs dont la proximit\u00e9 lui est si forte qu\u2019ils sont de la famille. Rousseau justement, un Rousseau saisi sur l\u2019Ile Saint-Pierre \u00e0 un moment difficile de son existence. Ou des \u00e9crivains de langue allemande que nous fr\u00e9quentons moins, Edouard M\u00f6rike, le pasteur bavarois, ou Gottfried Keller, chancelier zurichois.<\/p>\n<p>Mais aussi Robert Walser, l\u2019\u00e9tonnant po\u00e8te biennois dont le succ\u00e8s posthume ne se d\u00e9ment pas: il y a quelques mois, les \u00e9ditions Zo\u00e9 nous donnaient \u00ab<a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=1860 target=_blank class=std>Seeland<\/a>\u00bb, aujourd\u2019hui, c\u2019est Gallimard qui publie des \u00abPetits textes po\u00e9tiques\u00bb, qui arrivent tout frais dans les librairies, pr\u00eats \u00e0 passer sous les sapins de No\u00ebl.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nLivres cit\u00e9s:<\/p>\n<p>\u00abMao Ts\u00e9-Toung\u00bb de Philippe Short, traduit de l\u2019anglais par Colette Lahary-Gauti\u00e9, Editions Fayard, Paris, 2005, 680 pages.<\/p>\n<p>\u00abLes Habits Neufs du Pr\u00e9sident Mao\u00bb, de Simon Leys, Ed. Champ-Libre, Paris, 1971, 310 pages.<\/p>\n<p>\u00abDictionnaire \u00e9go\u00efste de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00bb, de Charles Dantzig, Ed. Grasset, Paris, 2005, 968 pages.<\/p>\n<p>\u00abS\u00e9jours \u00e0 la campagne\u00bb, de W. G. Sebald, traduit de l\u2019allemand par Patrick Charbonneau, Ed. Actes Sud, Arles, 2005, 200 pages.<\/p>\n<p>\u00abPetits textes po\u00e9tiques\u00bb, de Robert Walser, traduit de l\u2019allemand par Nicole Taubes, Gallimard, Paris, 2005, 178 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le chroniqueur glocal de Largeur.com pr\u00e9sente les ouvrages qui ont retenu son attention sur les rayons de La Libraire et qui, en cette fin d\u2019ann\u00e9e, l\u2019ont men\u00e9 de la Chine jusqu\u2019\u00e0 Bienne.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1978","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1978","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1978"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1978\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1978"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1978"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1978"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}